Traditionnellement, l'utilisation de l'espace marin, en particulier la pêche, a été réglementée par les populations locales afin de protéger des ressources








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La protection des espèces

La Conférence des parties à la Convention sur la biodiversité se déroule chaque année pour assurer le suivi et le développement des mesures prises à Rio. En 1995 (IIe Conférence, Jakarta), était élaboré un programme pour la prévention des risques biotechnologiques. Par ailleurs, les aires protégées (réserves naturelles, parcs nationaux, sites du patrimoine mondial, etc.), dont l'Union internationale pour la conservation de la nature (U.I.C.N.) estimait, en 1998, le nombre à 12 754 réparties dans le monde, couvrent une surface cumulée de 1 204 millions d'hectares.



La lutte contre le réchauffement climatique

Depuis la Convention sur les changements climatiques de 1992, beaucoup a été fait pour endiguer la composante anthropique du réchauffement de la planète. Le Comité intergouvernemental qui avait rédigé cette convention à Rio a été dissous à l'issue de sa onzième session en février 1995 qui instituait la Conférence des parties comme autorité suprême en la matière. Celle-ci a tenu sa première réunion à Berlin en mars-avril 1995, adoptant le Mandat de Berlin qui devait mettre au point « un protocole ou un autre instrument juridique », à adopter en 1997 à la troisième session de la Conférence des parties, sur la lutte contre le réchauffement climatique. Celle-ci s'est tenue à Ky?to en décembre 1997 et a effectivement abouti à un accord chiffré sur la réduction des gaz à effet de serre – 5,2 % par rapport au niveau de 1990 d'ici à 2012 – constituant une première historique. Il reste les décisions les plus difficiles à prendre, c'est-à-dire la mise en œuvre concrète du Protocole de Ky?to, les divergences entre les pays en développement, les États-Unis et l'Union européenne étant encore nombreuses. La quatrième session (Buenos Aires, novembre 1998) fut un échec en cela et la cinquième session prévue tenue à Bonn en octobre 1999 n'a pas suffi à gommer les mésententes.

La C.N.U.E.D. a eu un mérite essentiel : faire sortir les préoccupations environnementales de leur ghetto et engager un immense chantier de préservation de l'environnement global. Faut-il s'étonner de la lenteur des prises de décisions communes et surtout de leurs mises en œuvre ? Une lecture des différents textes de la Charte de la Terre montre qu'il s'agit ni plus ni moins de vouloir établir un nouvel ordre économique et social, au profit de notre environnement global. Il y a un grand espoir pour l'humanité dans la prise de conscience réelle des dangers qui menacent la planète, dont l'homme est en grande partie responsable. Alors, s'il faut du temps pour arriver à un développement durable, espérons qu'il nous en reste assez avant que ne surviennent des bouleversements catastrophiques irrémédiables.

CONSERVATOIRES DU PATRIMOINE NATUREL FRANÇAIS




La France est certainement le pays européen qui dispose de la plus grande diversité de paysages et de milieux naturels remarquables, abritant une flore et une faune exceptionnelles sur des espaces encore vastes. C'est aussi un des pays qui détruit le plus son patrimoine, comme l'attestent la prolifération des constructions en bord de mer et la dégradation de ses plus beaux paysages de montagne et de piémont.

Peu sensibilisé à la nature, que ce soit à l'école ou dans la vie civile, le Français n'accordait que peu d'importance à la sauvegarde de la nature et à la beauté de nos côtes et de nos campagnes. Il ne faut pas s'étonner dès lors de la faiblesse de la France dans la préservation de son patrimoine naturel illustrée par la maigreur des moyens publics de l'État en faveur de la nature et par la taille modeste de ses associations.

La montée en puissance du Conservatoire du littoral, établissement public de l'État qui préserve à ce jour 50 000 hectares de terrains situés préférentiellement en bord de mer, et la création des conservatoires régionaux et départementaux d'espaces naturels illustrent, cependant, une nouvelle prise en compte de la nature en France. D'autres pays européens avaient ouvert la voie.

En Grande-Bretagne, depuis plus d'un siècle, le public a pris en charge la sauvegarde de son patrimoine naturel en créant des associations très puissantes, capables à elles seules d'acheter d'immenses territoires et de les aménager en harmonie pour la nature et pour les hommes. Le National Trust, première organisation privée britannique, dispose ainsi de deux millions d'adhérents qui lui ont permis d'acheter le tiers de toutes les côtes anglaises et de nombreux domaines à l'intérieur du pays, assurant la sauvegarde de patrimoines naturels et architecturaux prestigieux, dont de superbes châteaux. Il en est de même pour les Pays-Bas, où l'association privée Naturr Monumenten a réussi en trente ans à préserver la quasi-totalité des espaces naturels les plus intéressants de ce pays. Appuyée par un réseau de cinq cent mille adhérents, ce qui est considérable à l'échelle des Pays-Bas, Naturr Monumenten intervient partout pour la nature en procédant à l'achat des zones naturelles les plus belles et en les ouvrant intelligemment au public.
Le Conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres

Le Conservatoire du littoral est né du refus de l'opinion publique, dans les années 1970, de voir le littoral se transformer en une interminable banlieue. Son action se fonde à la fois sur l'espoir de pouvoir enrayer un processus de dégradation qui devenait gravissime et sur la volonté des pouvoirs publics, des associations et des collectivités locales d'unir leurs efforts pour fournir une réponse durable à la menace qui pèse sur un grand nombre de sites d'intérêt écologique majeur.

Placé sous la tutelle du ministère de l'Environnement, le Conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres est un établissement public administratif de l'État, qui a été créé par une loi du 10 juillet 1975 et qui s'est inspiré, pour partie, du National Trust britannique. Il présente certaines similitudes avec les « land trust » américains, notamment avec le California State Coastal Conservancy, créé en 1976.

Le Conservatoire peut acquérir, par tous les moyens dont dispose la puissance publique, les espaces naturels fragiles et menacés. Il peut acheter à l'amiable, par préemption dans le cadre de la législation sur les périmètres sensibles, par expropriation pour cause d'utilité publique.

Il peut être affectataire des biens du domaine privé de l'État ou des collectivités locales. Il est habilité à recevoir tous dons et legs, mobiliers ou immobiliers. Il peut enfin acquérir, sous forme de droits réels, toutes servitudes pouvant contribuer à la protection d'espaces naturels significatifs.

Le Conservatoire est une véritable banque de la nature dont le patrimoine est inaliénable. Si le Conservatoire a la possibilité d'acheter les espaces naturels maritimes et lacustres les plus remarquables, il n'a pas la capacité juridique de les revendre. Les sites acquis seront transmis intacts aux générations futures. Sa compétence se limite aux cantons côtiers et aux communes riveraines des lacs et des plans d'eau dont la superficie est égale ou supérieure à 1 000 hectares : le Léman, Annecy, le Bourget, der Chantecoq, forêt d'Orient, Vouglans, Serre-Ponçon, Sainte-Croix-du-Verdon, Vassivière, Bort-les-Orgues, Sarrans et Pareloup. Le Conservatoire intervient en France métropolitaine et dans les départements d'outre-mer (Guadeloupe, Guyane, Martinique, île de la Réunion).

Le choix des acquisitions est effectué par le conseil d'administration du Conservatoire, après avis des conseils de rivages et consultation des communes concernées. Le Conservatoire intervient, en priorité, dans trois cas :

lorsque la pression foncière est particulièrement forte et qu'elle – menace, à court ou moyen terme, des sites naturels remarquables ; seule l'acquisition permet alors d'écarter définitivement la menace d'urbanisation ;

lorsque la gestion des terrains est défectueuse et que ce défaut d'entretien menace la – qualité ou la diversité biologique du site ;

lorsque le site, par sa situation ou son étendue, mérite d'être ouvert au public. –

Outre ces trois critères, le Conservatoire privilégie les acquisitions de sites qui ont une valeur nationale, par leur intérêt ou par leur dimension. Une importance particulière est attachée à la diversité biologique des milieux (importance et rareté des espèces animales et végétales) et à leur valeur paysagère.

Les acquisitions réalisées varient de quelques hectares à plusieurs centaines ou milliers d'hectares : 2 hectares pour le site de Lugrin, sur les bords du lac Léman, près de 5 000 hectares d'un seul tenant, pour le massif des Agriate, en Haute-Corse.

Parmi les grands sites acquis par le Conservatoire figurent les réserves naturelles du platier d'Oye et de la baie de Canche, dans le Pas-de-Calais ; le parc ornithologique du Marquenterre, dans la Somme ; l'estuaire de l'Orne, dans le Calvados ; les sites historiques du débarquement en Normandie ; l'île de Tatihou et le cap Levy, dans la Manche ; la baie d'Audierne et les dunes de Keremma, dans le Finistère ; les marais d'Yves et de Brouage, en Charente-Maritime ; le domaine de Certes, en Gironde ; l'île Sainte-Lucie, sur les bords de l'étang de Bages-Sigean, dans l'Aude ; La Palissade, l'Étourneau et Le Ligagneau, en Camargue ; le Cap Corse et les Agriate, en Haute-Corse ; Senetosa, en Corse du Sud, etc.

Une classification schématique fait ressortir la composition du patrimoine du Conservatoire, en fonction du type de milieux protégés :

17 % de zones humides ; –

12 % de massifs dunaires ; –

18 % de bois et de forêts ; –

35 % de maquis ; –

11 % de landes et de garrigues ; –

5 % de prairies ; –

2 % de terres cultivées. –

Inconstructibles, les terrains du Conservatoire sont protégés de façon rigoureuse : le camping, le caravaning, le motocross et la circulation automobile sont interdits. Aménagés pour l'accueil du public, ils sont ouverts à tous.

Chaque acquisition nouvelle fait l'objet d'un bilan écologique, qui est suivi d'un programme de restauration et d'aménagement : fixation des massifs dunaires, ouverture de sentiers pédestres, réalisation d'aires de stationnement en périphérie des sites, travaux de défense contre l'incendie, entretien des zones humides, etc.

Des conventions de gestion sont passées entre le Conservatoire et les collectivités locales concernées (départements et communes). Les massifs boisés sont gérés par l'Office national des forêts. Des gardes recrutés par les communes, grâce à l'aide financière des départements, assurent la surveillance et l'entretien quotidien des principaux domaines du Conservatoire. En octobre 1990, les collectivités et les organismes gestionnaires des terrains du Conservatoire se sont regroupés au sein de l'association Rivages de France, afin de développer entre eux des échanges techniques et d'assurer une plus large information du public sur la protection des espaces naturels. En 1995, à l'occasion de son vingtième anniversaire, le Conservatoire s'est donné pour objectif d'acquérir, au cours des cent ans à venir, 150 000 hectares nouveaux, laissant ainsi aux générations futures 200 000 hectares protégés, soit 20 % du littoral.

Ainsi l'État, les associations et les collectivités locales unissent-ils leurs efforts pour que les rivages restent, partout où cela est encore possible, des lieux de vie et de liberté.

Daniel BEGUIN

Conservatoires d'espaces naturels non littoraux, L'exemple du Conservatoire des sites lorrains

Si la Lorraine n'apparaît pas comme une région spectaculaire sur le plan du paysage, elle abrite toutefois un patrimoine naturel encore remarquable comme vient de le démontrer un récent inventaire national sur les zones naturelles à grande valeur écologique. Cinq cent cinquante zones ont été décrites tant sur le plan de la faune que de la flore, révélant de réelles surprises sur l'importance du patrimoine biologique lorrain. Au total et sur une superficie régionale de 24 300 kilomètres carrés, les zones naturelles couvrent à peine 2 % de ce territoire, hors zones forestières, soit au maximum 50 000 hectares pour quatre départements concernés (Meuse, Moselle, Meurthe-et-Moselle, Vosges). C'est peu, mais c'est beaucoup au regard des régions voisines, voire des pays voisins, où le patrimoine actuel devient quasi inexistant. Par conséquent, ces zones donnent à la Lorraine une immense responsabilité dans cette partie centre-ouest de l'Europe.

Autrefois très importantes, puisque après la Seconde Guerre mondiale elles couvraient au moins trois fois cette superficie, les zones naturelles de Lorraine sont en voie de disparition et de dégradation très rapide. Les pelouses calcaires à orchidées de la Meuse, les tourbières des Hautes-Vosges, les étangs du plateau Lorrain, la vallée de la Moselle sauvage sont quotidiennement le théâtre de la disparition de notre patrimoine biologique. Le ministère de l'Environnement a bien tenté de classer certains sites parmi les plus exceptionnels, mais la tâche supposait une action plus spectaculaire et durable qu'une simple mesure consécratoire.

L'action en profondeur qui s'imposait est la raison d'être du Conservatoire des sites lorrains (C.S.L.), association privée qui a pris en charge dès 1985 un vaste programme de sauvegarde du patrimoine biologique régional. Travaillant en partenariat étroit avec l'ensemble des acteurs concernés par la sauvegarde de la nature en Lorraine, le C.S.L. a pu assurer la survie de plus de 3 000 hectares de nature prestigieuse. Disposant d'un conseil scientifique, de plusieurs centaines de bénévoles et d'une équipe salariée opérationnelle, le C.S.L. gère aujourd'hui plus de quatre-vingts espaces naturels sur la région, allant de quelques hectares à plus de 500 hectares d'un seul tenant. Certains de ces sites sont aménagés pour l'accueil du public tandis que les zones les plus fragiles font l'objet d'un suivi scientifique attentif. Enfin, de nombreuses zones naturelles préservées par le C.S.L. sont confiées en gestion aux agriculteurs moyennant un cahier des charges respectueux du patrimoine.

Les autres conservatoires régionaux

Il existe au début des années 1990 quatorze conservatoires régionaux d'espaces naturels regroupés au sein d'une fédération nationale, Espaces naturels de France, pour laquelle l'écomusée Ungersheim joue le rôle de contact avec le public.

Encore embryonnaire, la stratégie de ces conservatoires s'articule préférentiellement sur les achats et les locations des zones naturelles les plus prestigieuses. Elle recueille déjà un écho très favorable de la part du grand public qui répond de plus en plus aux appels financiers, mais aussi des régions et départements enfin soucieux de la sauvegarde de leur patrimoine et de leurs paysages. Pour la France, l'enjeu est d'importance car il ne s'agit ni plus ni moins que d'assurer le maintien du patrimoine naturel sur plus de 10 % de l'espace rural, soit plusieurs millions d'hectares.

Dominique LEGRAIN

Bibliographie

  • A. Comolet, L'Évaluation et la comptabilisation du patrimoine naturel : définitions, méthodes et pratiques, L'Harmattan, Paris, 1994

  • B. Desaigues & P. Point, L'Économie du patrimoine naturel : la valorisation des bénéfices de l'environnement, Économica, Paris, 1993

  • D. Desforges, Camargue, La Renaissance du livre, Paris, 1997

  • Direction régionale de l'environnement Bretagne - Conseil régional de Bretagne, Le Patrimoine naturel en Bretagne, Ouest-France, 1997

  • Espaces naturels de France, Espaces naturels en France : la protection des paysages au quotidien, Nuée bleue, 1996

  • F. Mosse, À la découverte des réserves naturelles de France, Nathan, Paris, 1996

  • J.-A. Prades, L'Éthique de l'environnement et du développement, coll. Que sais-je, P.U.F., Paris, 1995.

Chronologie des premiers parcs naturels

1864Yosemite Grant (Californie, États-Unis), qui prendra le nom de Yosemite National Park en 1890.

1872Parc de Yellowstone (Wyoming, États-Unis), 888 708 ha.

1879Royal National Park (Australie), 14 620 ha.

1886Glacier National Park (Canada), 135 250 ha.

1894Tongariro National Park (Nouvelle-Zélande), 67 404 ha.

1898Sabie Game Reserve, qui deviendra le Parc national Kruger en 1926 (Afrique du Sud), 1 817 146 ha.

1903Nahuel Huapi (Argentine), 785 000 ha.

1907Etosha (Namibie), 2 227 000 ha.

1909Sarek (Suède), 195 000 ha.

1914Parc national suisse (unique parc de Suisse), 16 887 ha.

1918Covadonga (Espagne), 16 925 ha. Ordesa Y Monte Perdido (Espagne), 15 608 ha.

1922Gran Paradiso (Italie), 70 200 ha.

1925Virunga (Zaïre), 780 000 ha.

1926Matobo (Zimbabwe), 42 500 ha.

1928Thingvellir (Islande), 5 000 ha.

1929Kaieteur (Guyana), 58 559 ha. 2 Volcans (Rwanda), 15 000 ha.

1930Pico Cristal (Cuba), 15 000 ha. Veluwezoom (Pays-Bas), 4 800 ha.

1932Killarney (Irlande), 10 129 ha. 2 Bialowieza, qui deviendra Bialowieski en 1947 (Pologne), 5 317 ha.

1934Vitocha (Bulgarie), 26 607 ha. 2 Chubu-Sangaku (Japon), 174 323 ha. 2 Mount Canlaon (Philippines), 24 558 ha.

1935Berbak (Indonésie), 162 700 ha. 2 Iztaccíhuatl-Popocatépetl (Mexique), 25 679 ha. 2 Retezat (Roumanie), 54 400 ha. 2 Dinder (Soudan), 890 000 ha.

1936Corbett (Inde), 52 082 ha.

1937Mont Olympe (Grèce), 4 000 ha. 2 Rancho Grande, qui reçoit le nom de Henri Pittier en 1953 (Venezuela), 107 000 ha. 2 Itatiaia (Brésil), 30 000 ha.

1938Pyhätunturi (Finlande), 4 300 ha. 2 Wilpattu Block 1 et 5 (Sri Lanka), 56 831 ha.

1939Day (Djibouti), 10 000 ha. 2 Taman Negara (Malaisie), 434 351 ha.

1942Toubkal (Maroc), 36 000 ha.

1946Nairobi (Kenya), 11 721 ha.

1948Pelister (Macédoine), 12 500 ha. 2 Tatransky (Tchécoslovaquie), 74 111 ha.

1963Parc national de la Vanoise (France), 52 839 ha. Parc national de Port-Cros, 2 475 ha. 2 Cette liste recense les premiers parcs créés pour les pays mentionnés, parcs reconnus comme tels par l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature). La superficie indiquée est celle lors de la création du parc.

LA PROTECTION DES ESPÈCES
L'expression d'une volonté de protection de la nature est relativement récente dans l'histoire des sociétés humaines. Si l'on adopte comme critère principal la mise en place d'aires protégées – réserves ou parcs naturels – on en relève les premiers signes à la fin du xixe siècle, avec la création aux États-Unis, en 1872, de l'un des premiers parcs nationaux du monde, celui du Yellowstone. Il faut cependant attendre la première moitié du xxe siècle pour voir ce mouvement s'affirmer : en Europe, les premiers parcs naturels sont créés, par la Suède, en 1909 ; suivent la Suisse (1915) et la Grande-Bretagne (1949). En France, la réaction est plus tardive encore, si l'on excepte l'initiative particulière de la Société nationale de protection de la nature, association privée à but scientifique et philanthropique, qui crée en 1928 la réserve zoologique et botanique de Camargue. Ce n'est qu'en 1960 que fut votée la loi sur les parcs nationaux, et en 1963 que le premier d'entre eux, celui de la Vanoise, fut ouvert.

L'Union internationale pour la protection de la nature (U.I.P.N.) est constituée en 1948. Sa transformation, huit ans plus tard, en Union internationale pour la conservation de la nature et des ressources naturelles (U.I.C.N.) entérine l'idée que la préservation de la nature doit s'inscrire dans une perspective plus large. La publication par l'U.I.C.N., l'U.N.E.P. (Programme des Nations unies pour l'environnement) et le W.W.F. (Fonds mondial pour la nature) de la Stratégie mondiale de la conservation, en 1980, marque une nouvelle étape : elle souligne le besoin de sauvegarder les processus écologiques et donc de maintenir des espaces protégés, mais en accordant une place importante aux exigences de développement économique. Cette évolution a été marquée par deux sommets planétaires : la Conférence des Nations unies sur l'environnement de Stockholm qui, en 1972, fait des problèmes d'environnement une priorité pour les gouvernements de la planète ; la Conférence des Nations unies pour l'environnement et le développement de Rio de Janeiro qui, en 1992, à partir d'un éclairage porté sur l'érosion de la biodiversité et sur les menaces de changements climatiques, souligne l'interdépendance entre développement et protection de l'environnement.

La mort des espèces, comme celle des individus, est un phénomène naturel, destinée inexorable. À partir de l'analyse des restes fossiles, les paléontologues estiment que la durée moyenne de vie des espèces est comprise entre 1 et 2 millions d'années pour les mammifères, et autour de 10 millions d'années pour les invertébrés terrestres ou marins. En outre, ils ont mis en relief cinq grandes crises d'extinction au cours des temps géologiques, qui éliminèrent entre 65 et 85 % des espèces et jusqu'à 95 % au Permien, il y a 250 millions d'années. La plus connue de ces extinctions massives, celle du Crétacé-Tertiaire (il y a 65 millions d'années), fut notamment marquée par la disparition des dinosaures, parmi de nombreuses autres espèces. À l'origine de ces catastrophes, qui s'étalèrent toutefois sur plusieurs milliers, voire millions d'années, on évoque des cataclysmes d'origine interne ou externe à la Terre, comme des éruptions volcaniques ou des chutes de météorites.

La crise d'extinction actuelle diffère des précédentes : elle est le fait de l'homme et s'inscrit, non plus sur des millions d'années, mais seulement quelques siècles, voire quelques décennies. Elle résulte de quatre phénomènes : la dégradation des milieux (pollutions, fragmentation de l'habitat, déforestation, etc.) ; la surexploitation des espèces (chasse, pêche, récolte) ; l'introduction d'espèces exotiques (destructeurs de l'habitat comme les chèvres et les moutons, prédateurs ou compétiteurs efficaces comme les chats et les chiens, vecteurs de maladies comme les rats et les moustiques) ; les extinctions en cascade, qui résultent, par exemple, de la disparition d'une espèce clé.

On sait que c'est la réduction des effectifs et de la diversité génétique des populations qui précipite les espèces vers l'extinction et qu'il existe un lien étroit entre la superficie du milieu habitable, l'effectif des populations considérées et la richesse spécifique locale. Cela permet de souligner que le point clé, pour une conservation durable de la biodiversité, est la sauvegarde ou la restauration de milieux naturels diversifiés de superficie importante. Mais notre espèce aussi a besoin d'espace ! Là est le problème. De fait, au-delà des facteurs immédiats, qui conduisent des espèces à l'extinction, il faut considérer les causes premières, toutes liées à ce que l'on peut appeler le succès écologique de l'espèce Homo sapiens sapiens : l'augmentation de la population humaine et de ses besoins en ressources naturelles (on estime qu'elle consomme, détourne ou accapare 39 % de la production végétale terrestre) ; le poids croissant d'un système économique qui prend peu en compte l'environnement, le renouvellement des ressources naturelles et l'intérêt des générations futures ; la mondialisation de l'économie et la réduction de la gamme des produits provenant de l'agriculture, de la sylviculture ou de la pêche ; la prédominance de systèmes législatifs et institutionnels favorisant l'exploitation non durable des ressources ; l'insuffisance des connaissances et de leurs applications.

Face à cette situation de crise, trois types de mesures sont mis en œuvre pour protéger les espèces : la création d'espaces protégés, parcs ou réserves ; l'élaboration de réglementations et d'interdictions ; la protection ex situ et le recours aux techniques de réintroductions et de renforcements des populations.
Les espaces protégés
Définitions

Une aire protégée est, selon l'U.I.C.N, « une zone de terre ou de mer particulièrement consacrée à la protection de la biodiversité et des ressources naturelles et culturelles qui lui sont associées, et gérée selon des lois ou d'autres moyens efficaces ».

On compte, dans le monde entier, plus de quatre mille cinq cents aires protégées représentant, avec une superficie totale de 4,5 millions de kilomètres carrés, environ 3,5 % des terres émergées.

En France, départements d'outre-mer (D.O.M.) compris, on dénombrait, en 1997, 129 réserves naturelles (dont 7 dans les D.O.M.), couvrant 131 418 hectares en métropole et 188 149 hectares dans les D.O.M., et 7 parcs nationaux (dont 1 en Guadeloupe), s'étendant sur 353 865 hectares en métropole et 17 381 hectares en Guadeloupe.

En matière d'espace protégé, il convient d'accorder une attention particulière à ce que l'on appelle les réserves de biosphère. C'est en 1974 qu'un groupe de travail du programme sur L'Homme et la biosphère de l'U.N.E.S.C.O. émet l'idée de réserve de biosphère. L'originalité du concept, par rapport à la perception classique des réserves et à l'opinion qui prévalait à l'époque en matière de protection de la nature, est de prendre en compte simultanément les objectifs de conservation et de développement. Les réserves classiques sont définies par rapport à la nature ; les réserves de la biosphère partent d'interrogations et de réflexions sur les relations entre les sociétés humaines et leur environnement naturel. Celles-ci ont été conçues pour répondre à l'une des questions essentielles qui se posent aujourd'hui : comment concilier la conservation de la biodiversité et des ressources biologiques avec leur utilisation durable ?

Les réserves de la biosphère sont des aires protégées aménagées à titre individuel par les États, qui les soumettent à l'approbation de l'U.N.E.S.C.O. pour leur insertion dans le réseau mondial des réserves de la biosphère.

Chaque réserve de biosphère doit remplir trois fonctions fondamentales, qui sont complémentaires et interactives :

– une fonction de conservation, pour assurer la sauvegarde des paysages, des écosystèmes, des espèces et de la variabilité génétique ;

– une fonction de développement, pour encourager une économie durable au niveau local sur les plans écologique, sociologique et culturel ;

– une fonction logistique, pour la recherche, la surveillance continue, la formation et l'éducation en matière de conservation et de développement durable aux niveaux local, régional et planétaire.

Ces aires comportent : une zone centrale strictement protégée, une zone tampon, où peuvent s'exercer des activités non destructrices soigneusement réglementées et une zone de transition permettant le développement d'activités économiques durables, compatibles avec l'environnement. Elles associent donc résolument la conservation – qui est leur objectif ultime – et le développement durable dans les principaux écosystèmes de la planète. Elles constituent aussi un réseau mondial de recherche et de surveillance écologique et contribuent à sensibiliser, éduquer et former aux problèmes d'environnement.

L'U.N.E.S.C.O. a approuvé la création de 324 réserves de la biosphère, dont 127 en Europe. Cinq sont implantées en France : Camargue, Cévennes, vallée du Fango (Corse), Iroise (partie de l'Atlantique s'étendant au large de la Bretagne) et Vosges du Nord.
Les attributs d'une bonne réserve

Les réserves doivent être conçues de manière à satisfaire les objectifs qui ont conduit à en décider la mise en place. Au-delà de spécificités écologiques propres aux espèces ou aux écosystèmes concernés, la théorie de la biogéographie insulaire de Robert MacArthur et Edward Wilson et les modèles de populations minimales viables constituent des bases utiles pour orienter les choix.

La taille est le premier critère à considérer, puisque la richesse spécifique des peuplements et les effectifs des populations dépendent d'abord de la superficie de l'aire protégée. Ainsi, si l'objectif est de sauvegarder une population durable d'ours grizzlis, il faudra envisager la mise en réserve de quelque 13 000 à 14 000 kilomètres carrés d'habitat favorable à cette espèce pour abriter une population viable de 50 à 90 individus. On pourra se contenter, en revanche, de réserves de quelques hectares pour préserver certaines populations d'insectes.

Un vaste débat a divisé les théoriciens de la conservation, « popularisé » par la dénomination de S.L.O.S.S., (Single Large Or Several Small). En d'autres termes, optimise-t-on mieux la conservation par une seule réserve de grande superficie ou par plusieurs petites, représentant éventuellement au total une superficie équivalente ?

C'est Jared Diamond qui, frappé par le caractère insulaire des réserves, a, le premier, en 1975, prôné explicitement l'application de règles issues de la théorie de la biogéographie insulaire pour la conception des aires protégées. La superficie, la forme et le degré d'isolation par rapport à des types de milieux similaires sont des éléments essentiels à considérer. Ainsi, de grandes réserves, d'un seul tenant, permettraient d'assurer plus efficacement la conservation de davantage d'espèces que de plus petites couvrant, au total, une même superficie ; de même, des réserves proches les unes des autres, ou liées par des corridors protégés d'habitat naturel, permettront de sauvegarder plus d'espèces que des réserves isolées ou éloignées les unes des autres.

La réponse aux questions posées par l'interrogation S.L.O.S.S. dépend de divers éléments : la différence entre les probabilités d'extinction des petites et grandes populations concernées ; le nombre des populations en cause ; l'importance des fluctuations interannuelles des conditions environnementales et spécialement leur degré de corrélation entre parcelles différentes ; la probabilité de recolonisation après extinction locale.

Ainsi, quatre petites réserves pourront conférer un temps de persistance supérieur à celui d'une seule grande réserve de même surface totale s'il n'y a pas de possibilité de recolonisation et si les fluctuations des conditions environnementales ne sont pas corrélées dans les petites réserves entre elles.
Les mesures légales

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«Le génie végétal se définit comme l’utilisation de plantes, de parties de celles-ci et de semences afin de résoudre les problèmes...

Traditionnellement, l\Par cette étude est recherchée, entre autres, la participation dans...

Traditionnellement, l\Note de presentation
«chimie, bio-industrie, environnement» du ministère de l’éducation nationale et de la cpc «des métiers de l’agriculture, de l’agro-industrie...

Traditionnellement, l\En l’absence d’inventaires et de suivis de terrain réalisés dans...
«fiches espèces» ont été par ailleurs été considérablement enrichies par la valorisation des travaux menés par le Conservatoire des...

Traditionnellement, l\Les champignons sont des organismes eucaryotes apparentés aux végétaux,...

Traditionnellement, l\Recherche Année 2014 Recherche contre la leucémie
«Contre la leucémie» (dont les membres fondateurs sont les Présidents respectifs des associations Laurette Fugain et Cent pour Sang...

Traditionnellement, l\Ensemble des moyens mis en œuvre afin de démontrer, réfuter. Recherche...

Traditionnellement, l\L’indication de la source des ressources génétiques et des savoirs...

Traditionnellement, l\Club subaquatique
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