Traditionnellement, l'utilisation de l'espace marin, en particulier la pêche, a été réglementée par les populations locales afin de protéger des ressources








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BIODIVERSITÉ




Le terme biodiversité apparaît pour la première fois dans la littérature scientifique, sous sa forme anglaise (biodiversity), quelques années avant la conférence de Rio (1992) puis se diffuse dans le monde entier après cet événement. Consacré à l'environnement et au développement durable dans le cadre d'un programme des Nations unies, ce « Sommet de la Terre », auquel ont participé de nombreux chefs d'État, a donné le jour à la Convention sur la diversité biologique, ratifiée par la grande majorité des pays, à l'exception notable des États-Unis d'Amérique. Dans ce contexte politique et mondial, marqué par des préoccupations et des engagements concernant l'environnement et le développement de la planète, le mot biodiversité a pris un sens sensiblement différent de celui de l'expression « diversité biologique », permettant de faire sortir cette notion de la sphère des seuls biologistes.

De la diversité du vivant au concept de biodiversité



Que la vie se manifeste sous des formes très diverses est un fait bien connu, et de longue date. Quand ils peignaient des bisons, des lions, des sangliers ou des antilopes, les hommes des cavernes témoignaient déjà, entre autres, de leur connaissance d'un monde vivant diversifié. Depuis lors, les naturalistes, paléontologues, systématiciens, puis écologues et généticiens n'ont cessé de faire état de la diversité du vivant, c'est-à-dire de la richesse des espèces vivantes et disparues, de la variabilité génétique au sein des populations d'une même espèce, de la diversité des fonctions écologiques qu'elles assument et des écosystèmes qu'elles constituent.

Ainsi, apparue il y a 3,8 milliards d'années dans les eaux de la planète Terre, sous forme de molécules puis de protocellules capables de s'autorépliquer, la vie n'a cessé de se diversifier tout en se transformant. Quand de nouvelles espèces naissaient, d'autres disparaissaient : comme les individus qui les constituent, les espèces sont mortelles, mais leur durée de vie se compte, en moyenne, en millions d'années.

Aujourd'hui, la Terre héberge plus d'une dizaine de millions d'espèces – les estimations varient entre 10 et 30 millions – mais seulement 1,7 million sont connues, c'est-à-dire décrites et nommées. Connues, c'est trop dire en effet : pour l'écrasante majorité d'entre elles, on ignore à peu près tout de leur biologie, de leurs caractéristiques fonctionnelles, de leur rôle dans l'écosystème planétaire, de leurs utilisations possibles par l'homme.

À la source de cette profusion d'espèces, on trouve une omniprésente variabilité génétique, la prodigieuse capacité de multiplication des êtres vivants et la mécanique implacable de la sélection naturelle. À l'analyse apparaît tout d'abord un ordre taxonomique, qui traduit l'organisation phylogénétique de la diversité du vivant ; ensuite, un ordre écologique exprime l'organisation fonctionnelle de cette diversité. Le premier résulte du processus de spéciation : les nouvelles espèces qui apparaissent procèdent d'espèces mères ; en d'autres termes, il existe des relations de parenté entre toutes les espèces (fig. 1). Quant à l'ordre écologique, il est issu de la dynamique des interactions qui s'exercent au sein de systèmes – les écosystèmes – constitués de populations naturelles et de leur environnement physique (biotope, climat) [fig. 2]. Par le jeu des interactions de compétition, prédation, parasitisme, mutualisme et sous l'effet de contraintes exercées par le cadre physico-chimique et climatique, les différentes espèces ajustent leurs niches écologiques, évoluent ou disparaissent localement. On imagine aisément qu'à l'échelle de l'évolution cette diversité écologique – diversité des espèces et diversité des fonctions écologiques (niches) – ait pu être canalisée et organisée du local au planétaire.

La diversité du vivant est donc un fait bien établi. Il paraît souhaitable de réserver l'emploi du néologisme biodiversité – qui certes signifie littéralement la même chose – au concept qui s'est dessiné dans les coulisses de Rio et qui donne corps à la Convention sur la diversité biologique. Parler de la diversité du vivant dans ce cadre, c'est dire autre chose que ce qu'entend habituellement le systématicien, le généticien ou l'écologue dans son univers de spécialiste. C'est à la fois cela et davantage. Et c'est donc différent à deux titres.

Tout d'abord, notre attention est désormais attirée sur les interdépendances qui existent entre les trois composantes majeures de la diversité du vivant : la variabilité génétique, la diversité des espèces et la diversité fonctionnelle ou écologique, classiquement abordées séparément par des spécialistes portés à s'ignorer. Bref, c'est l'idée même de diversité qui prend de l'importance. Ensuite, et c'est la rupture conceptuelle la plus significative, nous sommes invités à sortir du seul champ des sciences de la nature : le concept de biodiversité n'appartient pas aux seuls biologistes. Il inscrit la diversité du vivant au creux des enjeux, préoccupations et conflits d'intérêts qui se sont fait jour à Rio et qui expliquent qu'une Convention internationale, signée par 188 pays et l'Union européenne, s'impose aujourd'hui aux gouvernements du monde entier (même à ceux qui, comme les États-Unis, ont refusé de s'engager) pour organiser le développement des connaissances, la protection et l'utilisation durable de la diversité du vivant, ainsi qu'un juste partage des bénéfices qui en découlent.
2Les enjeux de la biodiversité

Raison d'être de la diversité du vivant


Si la diversité apparaît aussi omniprésente, constamment renouvelée, restaurée après chaque grande crise d'extinction, c'est qu'elle assure une fonction essentielle pour l'expression et le maintien de la vie. De fait, il n'y a pas de vie sans diversité : c'est une caractéristique intrinsèque du vivant.

Les risques associés à l'appauvrissement génétique des populations animales ou végétales sont aujourd'hui bien connus. Ils sont de trois types :

une adaptabilité amoindrie face aux changements de l'environnement ; –

un développement accru de l'expression des gènes délétères ; –

une diminution des systèmes de défense, immunitaires ou autres, – exposant davantage les individus à l'agression des agents pathogènes.

L'homme a appris à ses dépens que l'homogénéisation génétique des variétés de plantes produites et cultivées à une échelle industrielle les exposait particulièrement aux ravageurs – virus, champignons ou insectes – doués de capacités d'évolution et de pullulation rapides. Ainsi, en 1970, tandis que les pratiques de croisement et de sélection avaient réduit 85 % du maïs cultivé aux États-Unis à une presque totale homogénéité génétique, la résistance de cette plante à l'helminthosporiose, une maladie cryptogamique, fut surmontée par le champignon et l'épidémie provoqua des dégâts considérables. En 2000, une équipe chinoise a montré que la diversité génétique du riz accroissait considérablement la résistance de cette céréale à la pyriculariose, la principale maladie fongique qui l'affecte : en associant aux variétés sensibles à la maladie d'autres variétés, on a pu accroître le rendement des cultures de 89 %, tandis que la maladie reculait de 94 % par rapport à des cultures monovariétales. Au point que le recours à des fongicides fut abandonné (Zhu et al., 2000).

Si la variabilité génétique est, pour toute espèce, une assurance pour parer à l'imprévu, on peut considérer dans les mêmes termes la diversité des espèces et donc celle des écosystèmes pour l'homme et ses besoins connus ou à venir. De fait, alors que l'on parle beaucoup de changements climatiques, à l'heure où l'utilisation des sols et des milieux est profondément affectée par les besoins des hommes, on ne peut douter que les conditions de l'environnement se modifieront dans les années et décennies à venir. Pour y remédier et mieux gérer à notre convenance et d'une façon durable les systèmes biologiques dont nous dépendons, il faudra pouvoir disposer de toute la diversité des « compétences écologiques » qui existent dans la nature : gènes, complexes de gènes ; espèces, complexes d'espèces ; écosystèmes et paysages.

Au-delà de l'intérêt économique évident des ressources génétiques que représentent les espèces et des raisons éthiques qui militent en faveur de la sauvegarde de ces dernières, l'érosion de la biodiversité a des implications écologiques :

une perte de la diversité génétique, par le jeu de la réduction – des effectifs au sein des populations, puis l'extinction des populations et des espèces ;

une rupture et une perte des performances écologiques à l'échelle des écosystèmes. –

Le premier point, très médiatisé, fait oublier le second : comment les espèces assurent, par leur diversité, la durabilité des écosystèmes. Cette question est encore insuffisamment étudiée mais on peut avancer que les espèces et leur diversité peuvent avoir un rôle écologique important assurant la « résilience » des écosystèmes soumis à des perturbations, c'est-à-dire leur capacité à se rétablir après celles-ci. La perte d'espèces, l'amenuisement continu des populations naturelles et la simplification des habitats peuvent atteindre un seuil critique et conduire finalement à la rupture du fonctionnement et de la résilience des écosystèmes – donc à leur effondrement irréversible ; d'autres espèces, ravageurs ou fléaux, peuvent alors s'introduire et amplifier le processus.

Un potentiel de ressources renouvelables précieux


La prodigieuse diversité des espèces (diversité génétique comprise) est une source encore largement inexplorée de produits alimentaires, de matériaux (papier, vêtements, bois, fibres...) et de ressources pharmaceutiques.

L'agronomie ne cesse de tirer profit de cette diversité, non seulement des rares espèces effectivement exploitées à une échelle industrielle (riz, blé, maïs...) mais aussi de quantité de variétés et espèces sauvages qui sont des sources de gènes pour améliorer les variétés exploitées (gènes de résistance à la sécheresse ou à tel ou tel ravageur, par exemple).

Le domaine médical fait de même. Éléments essentiels de la médecine traditionnelle – 80 % de la population mondiale y a toujours régulièrement recours –, les plantes restent à la base de la médecine moderne. On peut citer la morphine, extraite du pavot, la quinine provenant du quinquina, la digitaline de la digitale, l'aspirine du saule et de la reine-des-prés. Aux États-Unis, 25 % des ordonnances prescrites comportent des médicaments dont les principes actifs sont tirés ou dérivés de plantes. Cela atteint 41 % si l'on y ajoute animaux et micro-organismes. Plus de 70 % des traitements anticancéreux prometteurs sont issus d'êtres vivants, notamment de plantes tropicales.

En 1997 déjà, le chiffre d'affaires des médicaments dérivés de sources biologiques dépassait les 100 milliards de dollars aux États-Unis. À lui seul, le ginkgo, ou arbre aux quarante écus, représente un chiffre d'affaires de 500 millions de dollars par an, grâce aux molécules très efficaces qui en sont dérivées pour contrer les maladies cardio-vasculaires.

La biodiversité marine est également mise à profit dans cette recherche intensive de nouvelles molécules actives. La description, depuis les années 1980, de 3 000 à 4 000 substances nouvelles synthétisées par les organismes marins – algues, invertébrés ou micro-organismes – a permis de caractériser près de 500 molécules actives : antitumorales, antivirales, immunomodulatrices, antibiotiques, antifongiques, anti-inflammatoires, inhibiteurs enzymatiques et moléculaires agissant au niveau des systèmes nerveux ou vasculaires. Actuellement, trois médicaments d'origine marine sont commercialisés : un antibiotique (la céphalosporine), un antitumoral (la cytarabine) et un antiviral (la vidarabine). Une trentaine de molécules sont à des stades de développements divers.

Pour le biologiste, frappé par la diversité et par la sophistication des mécanismes de défense mis au point au cours de milliards d'années d'évolution par les espèces exposées, comme celle de l'homme, à une multitude d'agents pathogènes, de parasites et de prédateurs, quoi de plus naturel que de chercher à détourner ces armes chimiques à notre profit ? La sélection naturelle a retenu dans tous les milieux des espèces capables de résoudre les problèmes posés par un environnement hostile – températures extrêmes (bactéries des sources hydrothermales), lutte contre des pathogènes ou des parasites, protection vis-à-vis de consommateurs trop avides ou de compétiteurs dangereux.

La biodiversité apparaît donc, pour l'espèce humaine et les autres, comme un atout en termes d'adaptation et de survie à long terme. Mais, c'est aussi un enjeu puisqu'il s'agit de ressources précieuses, avec les conflits d'intérêt que cela suppose. Quand on aura souligné que la biodiversité est principalement une richesse des pays tropicaux et que les grands groupes industriels et pharmaceutiques sont des firmes internationales ayant leur siège dans les pays du Nord, on comprendra mieux les tensions et polémiques qui se sont développées avant la conférence de Rio et qui se poursuivent autour de la Convention sur la diversité biologique.

Des services écologiques

Le tissu vivant de la planète est organisé en écosystèmes. Pour faire image, en assimilant la planète à un être vivant, comme le propose James Lovelock avec son concept Gaïa, on pourrait dire que les écosystèmes constituent les organes de la biosphère. Ainsi, les savanes, les forêts tropicales et tempérées, les déserts, les systèmes cultivés, les lacs, les rivières et les océans sont autant de systèmes vivants qui assurent des fonctions essentielles dont bénéficie l'homme, directement ou indirectement. On parle à ce propos de services écologiques : recyclage des déchets organiques, production de matières vivantes, pollinisation, régulation des climats, purification de l'eau, etc. Ce concept – qui vise à faire prendre en compte des processus écologiques qui, s'exerçant hors marché, étaient tenus jusque-là pour « sans valeur » – a conduit au développement d'une nouvelle discipline : l'écologie économique. Faisant le lien entre écologie et économie, elle devrait favoriser la prise de conscience de l'importance de la biodiversité et des fonctions assurées par les écosystèmes pour le bon développement des sociétés humaines. L'évaluation des écosystèmes pour le millénaire (Millennium Ecosystem Assessment, M.E.A.), étude mondiale de grande ampleur conduite de 2001 à 2004 et lancée par Kofi Annan dans le cadre des Nations unies, a donné à cette préoccupation un retentissement planétaire et marque une étape majeure dans l'évolution de l'écologie. Les services écologiques sont regroupés en grandes catégories, selon qu'ils contribuent à des activités de « soutien de base », de production des « biens », de « régulation », ou d'ordre « culturel » (fig. 3).




Vers une sixième crise d'extinction
Avec le succès écologique et économique de l'espèce humaine, on est entré dans la sixième crise d'extinction d'espèces. Les cinq précédentes furent la conséquence de catastrophes géologiques (éruptions volcaniques...) ou astronomiques (chutes de météores), généralement suivies et amplifiées par des changements climatiques et, donc, écologiques. La crise actuelle s'en distingue parce qu'elle est le fait de l'homme (crise anthropique) mais aussi parce qu'elle s'inscrit sur une échelle de temps beaucoup plus restreinte et dans un espace géographique de plus en plus monopolisé par l'homme et ses activités. Elle menace les fondements mêmes d'un développement durable des sociétés humaines.

Elle a pour origine cinq phénomènes : la destruction des écosystèmes (pollutions, déforestation, fragmentation des habitats, etc.) ; la pression excessive sur les espèces exploitées (chassées, pêchées, récoltées ou utilisées à des fins industrielles) ; la prolifération d'espèces exotiques introduites ; le réchauffement climatique ; enfin, les extinctions en cascade qui résultent, par exemple, de la disparition d'une espèce clé. Mais la cause première est évidemment le succès écologique et technologique de l'homme, marquée par une croissance exponentielle de ses besoins en ressources et en espace.

Les estimations des taux d'extinction sont assez précises pour les groupes taxonomiques les mieux connus et les plus accessibles : vertébrés et plantes supérieures. Pour les autres groupes, on ne peut qu'avancer des extrapolations hasardeuses. Celles-ci sont fondées sur la relation qui existe entre richesse spécifique S (nombre d'espèces) et superficie du milieu A, et qui permet d'évaluer un taux d'extinction à partir d'un calcul simple de taux de déforestation.

La plupart des estimations des taux d'extinction produites dans la littérature spécialisée reposent sur un enchaînement d'extrapolations écologiquement fondées. Le point de départ est le constat d'une diminution croissante de la superficie des milieux naturels abritant des faunes et des flores très riches, avec une forte proportion d'espèces endémiques – c'est-à-dire propres à ces régions et inexistantes ailleurs. Le plus souvent, le raisonnement s'applique aux forêts tropicales – qui couvrent 7 % de la surface terrestre et hébergeraient plus de 70 % des espèces vivantes, hors océans. Ainsi, sachant que, en Amazonie, la richesse spécifique des peuplements de plantes et d'oiseaux augmente de 10 % lorsqu'on accroît la surface de forêt explorée de 50 %, on en déduit que si la déforestation réduit la forêt amazonienne à 50 % de sa surface initiale, alors on entraîne une perte de 10 % des espèces qui y sont associées.

Que sait-on vraiment des effets de la déforestation et de la fragmentation des grandes forêts tropicales humides ? On dispose de deux grandes séries d'expérimentations qui apportent des informations concrètes sur les effets écologiques de la réduction de la superficie habitable et de la fragmentation du milieu.

Depuis la première installation, en 1819, des Britanniques à Singapour, île de 618 kilomètres carrés à la pointe de la péninsule malaise, plus de 95 % des cinq cent quarante kilomètres carrés de végétation primitive ont été totalement défrichés. Sur les quelque vingt-quatre kilomètres carrés de forêts qui subsistent aujourd'hui, moins de 10 % représentent la forêt primaire. Pour cette région du monde, on dispose d'inventaires faunistiques et floristiques historiques. En confrontant ces données avec les recensements effectués par son équipe, l'écologue australien Barry W. Brook (université de Darwin) a pu estimer les extinctions locales survenues depuis cent quatre-vingt trois ans, en relation avec la déforestation à grande échelle (Brook et al., 2003). Par souci d'efficacité et de rigueur, l'échantillonnage des peuplements actuels a été focalisé sur des groupes taxonomiques relativement bien étudiés : plantes vasculaires, crustacés décapodes d'eau douce (écrevisses), papillons, poissons, amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères. Par ailleurs, de manière à reconstituer la faune primitive de Singapour de 1819, il a fallu compléter les premiers recensements fiables réalisés dans les années 1870 à partir de listes établies pour la péninsule malaise voisine.

Sur 3 996 espèces ainsi recensées, 881 ont disparu, soit 28 %. Les groupes les plus affectés, avec des taux d'extinction compris entre 34 et 48 %, sont les papillons, les poissons, les oiseaux et les mammifères – animaux les plus visibles et les mieux connus. À l'opposé, amphibiens et reptiles ont peu souffert de la déforestation massive, avec des taux d'extinction compris entre 5 et 7 %. Les plantes, comme les crustacés, affichent des taux d'extinction intermédiaires, à hauteur de 25 %. Une analyse plus fine montre, en outre, que la plus grande part des extinctions ont frappé les espèces inféodées à des habitats forestiers : 33 % des espèces forestières ont disparu, contre 7 % seulement dans le cas des espèces à plus large tolérance. On peut parler d'extinction en masse (ici à l'échelle locale de Singapour), mais on relève avec intérêt la diversité des réponses enregistrées selon les groupes considérés et leurs spécificités écologiques.

Une seconde étude d'un grand intérêt porte sur une expérimentation en vraie grandeur réalisée dans la forêt amazonienne au Brésil (Laurance et al., 2002). En 1979, le World Wildlife Fund (W.W.F.) et le National Institute for Amazon Research du Brésil lancent un projet ambitieux et de grande envergure ayant pour objectif premier d'établir expérimentalement la taille minimale critique des écosystèmes. Ainsi, au début des années 1980, à quatre-vingts kilomètres au nord de Manaus, onze fragments forestiers de un, dix, cent et mille hectares ont été isolés de la grande forêt environnante par des espaces larges de 80 à 650 mètres convertis en pâturages. Les zones de forêts isolées ont été clôturées pour éviter la pénétration des bovins. Parallèlement, des parcelles de tailles identiques furent délimitées dans le bloc forestier proche afin de constituer des témoins pour l'expérimentation projetée. L'ensemble de l'aire d'étude couvrait environ mille kilomètres carrés. Point essentiel de ce projet, des données d'abondance rigoureusement standardisées avaient été collectées avant l'isolement expérimental des divers fragments, pour les arbres, les oiseaux, les amphibiens, les reptiles et quelques groupes d'invertébrés.

Les principaux résultats apportés par ce programme, après vingt-deux ans d'études, confirment la prédiction selon laquelle le taux d'extinction dans les « îles » est négativement corrélé à leur superficie. En effet, une fois isolés, les fragments forestiers perdent des espèces à des taux très élevés, et cela d'autant plus rapidement qu'ils sont petits. La disparition de beaucoup de grands mammifères, de primates et d'oiseaux, très sensibles à la taille de leur habitat, a même été observée dans les fragments relativement grands (cent hectares). Conséquence sans doute de l'appauvrissement des peuplements d'oiseaux et de mammifères, les coléoptères des bouses et mangeurs de cadavres furent fortement affectés quelques années à peine après l'isolement des zones boisées. Pour quelques groupes particuliers, on a enregistré des enrichissements faunistiques, à partir des prairies et habitats secondaires environnants (du fait de la faible productivité des pâturages, beaucoup de ranches furent en effet progressivement abandonnés et des forêts secondaires de trois à quinze mètres de hauteur y ont proliféré). Ce fut le cas des petits mammifères et des amphibiens.

La majorité des spécialistes, sur la base de données bien étayées pour les plantes, les vertébrés et quelques groupes d'invertébrés, estiment que le taux d'extinction actuel des espèces est mille fois supérieur au taux « naturel ». La sixième crise d'extinction, imputable cette fois à l'homme et à ses activités, est bien une réalité : les experts en évaluent chaque année les menaces (tableau).




Conservation et gestion de la biodiversité
La prise de conscience par la communauté scientifique de cette crise d'érosion massive de la biodiversité a suscité l'émergence d'une nouvelle discipline au début des années 1980, la biologie de la conservation. Toutefois, les préoccupations relatives à la protection de la nature furent bien antérieures : le premier parc dit national voit le jour en 1872 aux États-Unis (parc de Yellowstone) ; l'Union internationale pour la protection de la nature (U.I.P.N. devenue depuis U.I.C.N., Union internationale pour la conservation de la nature) est constituée en 1948 et, en France, la loi sur les parcs nationaux est votée en 1960, suivie de la création du parc national de la Vanoise en 1963. Progressivement les idées évoluent, dans l'esprit que préconisera, au début des années 1990, la Convention sur la diversité biologique.

Cela conduit à la publication, dès 1982, de la Stratégie mondiale de la conservation, devenue Stratégie mondiale pour la biodiversité en 1992, qui souligne le besoin de sauvegarder le fonctionnement des processus écologiques tout en prêtant attention aux exigences de développement. Le saut majeur exprimé par ce texte, relativement à la philosophie dominante dans les milieux dédiés à la protection de la nature avant Rio, réside dans le fait que la conservation de la biodiversité ne se réduit pas à la protection des espèces sauvages dans des réserves naturelles mais consiste aussi, et principalement, à sauvegarder les grands écosystèmes de la planète appréhendés comme la base même et le support de notre développement.

Certes, la même idée était déjà à l'origine du concept de réserve de biosphère et du programme Man and Biosphere (M.A.B.) de l'U.N.E.S.C.O. Concernant explicitement les relations entre les sociétés humaines et la biosphère, ce dernier s'inscrivait clairement dans une perspective d'écodéveloppement, dès son lancement en 1971. Pour des raisons variées, qu'il serait trop long d'analyser ici, la relance apportée par la Stratégie mondiale pour la biodiversité était nécessaire ; elle s'appuyait sur des connaissances et une prise de conscience élargies.

Cette dynamique post-Rio a d'ailleurs contribué à relancer le dispositif mondial des réserves de biosphère, dans le cadre de la Stratégie de Séville conçue au terme d'une conférence d'experts organisée par l'U.N.E.S.C.O. dans cette ville en mars 1995. Un des points saillants de ce document est le nouveau rôle attribué aux réserves de biosphère dans la mise en œuvre des résultats et recommandations de la Conférence des Nations unies sur l'environnement et le développement de Rio, et notamment de la Convention sur la diversité biologique. Ce que traduit cette dynamique, c'est une mobilisation planétaire des acteurs de la conservation et de la gestion de la nature et de ses ressources, des O.N.G. qui ont su s'imposer avec un éclat particulier depuis Rio comme de la communauté scientifique concernée.

Bibliographie

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  • R. Barbault dir., Actes de la conférence internationale « Biodiversité, science et gouvernance », éd. du Muséum national d'histoire naturelle, Paris, 2006

  • R. Leaky & R. Lewin, La Sixième Crise d'extinction. Évolution et catastrophes, Flammarion, Paris, 1997

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  • site du programme « L'homme et la biosphère » de l'U.N.E.S.C.O. : www.unesco.org/mab

  • site de l'U.I.C.N. : www.uicnredlist.org

  • site de l'Institut français de la biodiversité : www.gis-ifb.org

  • site du World WildFund (W.W.F.) : www.panda.org

  • site de l'Évaluation des écosystèmes pour le millénaire (M.E.A.) : www.millenniumassessment.org



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