Le juge des référés du tgi de Nantes a contraint l'État à délivrer des documents d'état civil aux jumelles nées de mère porteuse aux États-Unis. Le parquet a fait appel








télécharger 456.12 Kb.
titreLe juge des référés du tgi de Nantes a contraint l'État à délivrer des documents d'état civil aux jumelles nées de mère porteuse aux États-Unis. Le parquet a fait appel
page14/15
date de publication18.11.2017
taille456.12 Kb.
typeDocumentos
b.21-bal.com > droit > Documentos
1   ...   7   8   9   10   11   12   13   14   15

Shire-Baxalta : encore une OPA dans la pharmacie
Le laboratoire Shire s'apprête à racheter l'américain Baxalta pour 32,2 milliards de dollars. Cette acquisition en fait le numéro cinq mondial.
Aux États-Unis, le laboratoire Shire est connu pour son Vyvanse, une pilule controversée prescrite contre l'hyperactivité et, depuis peu, les binge eating disorders ou « désordres d'alimentation sans limite ». Mais Shire est aussi réputé pour son appétit, difficile à apaiser. Le laboratoire installé à Dublin se lance dans sa troisième acquisition depuis janvier 2015. Il va racheter l'américain Baxalta pour 32,2 milliards de dollars (29,35 milliards d'euros). L'opération n'a pas été simple : l'irlandais coté à Londres a dû batailler six mois et remonter son prix pour convaincre le conseil d'administration de Baxalta. Mais Shire y voit de nombreux avantages. En rachetant ce spécialiste des maladies rares du sang, des cancers et des troubles du système immunitaire, il deviendra l'un des leaders mondiaux - le numéro cinq, selon le cabinet EvaluatePharma - dans le traitement des maladies rares. Ensemble, les deux laboratoires figurent au 21ème rang mondial, avec un chiffre d'affaires de 12 milliards de dollars en 2015. Et ils pourraient générer en 2020 des ventes de 20 milliards de dollars, espère Shire.
Fusion ratée avec AbbVie
L'opération dégagera par ailleurs plus de 500 millions de dollars de synergies de coûts d'exploitation et de chiffre d'affaires. Mais ce n'est pas tout. S'y ajouteront les avantages fiscaux dégagés liés à la résidence fiscale de Shire en Irlande. La fusion permettra en effet à l'américain Baxalta, né d'une scission de Baxter en juillet, de bénéficier d'un taux d'imposition moins élevé, soit environ 17 %, au lieu de 24 %. Cette quête de gains fiscaux est l'un des principaux moteurs des fusions, très nombreuses dans la pharmacie depuis quelques mois. En 2015, le secteur a connu l'année la plus active de son histoire, avec des opérations représentant au total 673 milliards de dollars, selon Thomson Reuters.
Shire a d'ailleurs failli être racheté par l'américain AbbVie en 2014, au prix de 54 milliards de dollars, à des fins d'optimisation fiscale. Mais l'opération a été abandonnée après que l'administration Obama a changé la réglementation pour freiner ce type de fusion. Shire, décidé à changer de taille coûte que coûte, s'était consolé en rachetant début 2015 l'américain NPS Pharmaceuticals, spécialisé dans les traitements des maladies intestinales rares pour 5,2 milliards de dollars. En novembre, il a par ailleurs annoncé le rachat de la société de biotechnologie Dyax pour 5,9 milliards de dollars.
PERSONNALITÉS, FILMS ET OUVRAGES

La fabrique des bébés

La Croix du 23 décembre 2015 par Françoise Brulliard*, cadre supérieur de santé à l'AP-HP
Des techniques comme la PMA (procréation médicalement assistée) ou le DPI (diagnostic pré-implantatoire), dont le but est d'aider les femmes à avoir un enfant, ou à ne pas transmettre une maladie génétique invalidante souvent mortelle, se trouvent aujourd'hui projetées hors du monde médical soignant et sont sommées de répondre à des revendications sociétales de tous ordres. Ces demandes sont particulièrement entendues par des cliniques et des centres de fertilité qui, suivant les lois de leur pays d'appartenance, proposent leurs services: FIV (fécondation in vitro), FIV avec donneurs pour parents hétéro – ou homosexuels, DPI, choix du sexe de l'enfant, choix de donneurs et donneuses où se déploient les fantasmes de l'apparence, du niveau intellectuel, de critères religieux ou sociétaux.
Si ces situations paraissent éthiquement contestables, elles sont incontestablement lucratives. On estime le marché de la PMA à 12 milliards de dollars par an aux États-Unis, et à plusieurs centaines de millions en Inde, marché considéré comme la version « low cost » des pratiques américaines. L'homme n'a pas eu besoin de la technique pour alimenter sa tentation eugéniste. Platon, déjà, évoquait le choix des parents pour obtenir une heureuse progéniture. De l'Allemagne nazie aux manœuvres eugénistes des États-Unis, des pays nordiques au siècle dernier jusqu'à Singapour aujourd'hui (qui n'autorise que les femmes diplômées à avoir plus d'un enfant), nul besoin de recourir à la PMA pour nourrir les tentations eugénistes étatiques. Les centres de fertilité construisent un discours, à grand renfort de statistiques, qui permet la neutralisation de toute réflexion éthique.
La reproduction humaine « normale » est décrite comme un mécanisme au rendement décevant, aux résultats souvent imparfaits. Un discours techno-sophiste tend à discréditer la nature en comparant des phénomènes apparemment semblables. Confronter le taux de réussite de la fécondation naturelle qui porte, sauf exception, sur un embryon, avec celui de grossesses multiples à la suite de l'implantation de plusieurs embryons, obtenus après une « super ovulation », ne peut être que favorable statistiquement à la PMA. Enfin, afficher des résultats positifs pour des patientes qui n'ont pas de problème de fertilité ne relève peut-être pas de l'exploit. Ainsi des offres « gestation garantie en 24 mois » s'adressent à des femmes qui ont déjà un enfant, mais permettent le « family balancing » à savoir choisir le sexe de son enfant, pratique reconnue par les autorités américaines de l'American Society of Reproductive Medicine. De même sont validées les inséminations avec du sperme de donneurs décédés. Là aussi, les naissances post-mortem sont présentées comme ancestrales, existant depuis l'Antiquité, énonçant une fois de plus un sophisme, en comparant la naissance d'un enfant conçu par un père vivant, et né après sa mort, avec la naissance d'un enfant, conçu de son père mort. Ces établissements sont souvent adossés à des banques de gamètes, et recrutent des donneurs sur des critères de qualité biologiques et génétiques. Les pré-requis sont d'abord physiques : plutôt jeunes, grands et beaux. Viennent ensuite les performances intellectuelles : le niveau universitaire est obligatoire (les donneurs ou donneuses de niveau doctorat forment même une catégorie distincte, plus onéreuse).

Cette fabrication d'embryons à partir de toutes sortes de gamètes – parents, donneurs de banques, techniques nouvelles à trois ADN (transplantation du noyau d'un ovocyte d'une femme dans un ovocyte énucléé d'une autre femme) –génèrent une multitude d'embryons dont un nombre important reste stocké dans l'azote liquide. Cette suspension du temps convoque une « éternité technique » inédite, qui n'est pas sans rappeler l'enfer de glace évoqué dans les textes sacrés indiens : les Upanishads. L'embryon et son destin ne relèvent plus automatiquement du même temps que celui de leurs géniteurs. L'azote liquide arrête le temps, et un jour, la technique et surtout la loi permettra certainement de faire naître un enfant hors de son temps de conception, une ou plusieurs générations après.
L'enfant devient le résultat d'un projet parental pensé, fabriqué, dont la réussite devra être évaluée. Ce que Philip Kitcher appelle « l'eugénisme du laisser-faire », un eugénisme libéral, individuel répondant à des impératifs de désirs fantasmatiques ou de situations sociétales. Une réification des enfants s'opère ainsi dans la réalité, mais surtout dans les esprits. Hans Jonas nous mettait pourtant en garde: « Le futur n'est représenté par aucun comité. L'inexistant n'a aucun lobby et les enfants non encore nés sont sans pouvoir. »**

 

*Intervenante au séminaire de recherche Humanisme, transhumanisme, posthumanisme du Collège des Bernardins.
**Hans Jonas, Le Principe responsabilité, Paris, Cerf, 1 990 p., 44 €.

Josef Schovanec, saltimbanque de l’autisme

La Croix du 2 janvier 2016 par Christine Legrand
Philosophe, écrivain, voyageur polyglotte… et autiste, Josef, 34 ans, parcourt inlassablement le monde pour parler de la différence et de l’indifférence
Pouvoir rencontrer Josef Schovanec entre ses multiples pérégrinations est une chance qui se mérite. Après un premier rendez-vous – reporté – entre deux avions dans un aéroport parisien, c’est sur le banc d’un square de la capitale, déserté à cause du froid glacial de ce jour de décembre, qu’il a préféré nous parler. La silhouette longiligne aux allures de séminariste (comme il le dit lui-même), timide et intimidant, mais toujours délicat et courtois, il se confond en excuses pour ses trois minutes de retard, et son humeur plus ténébreuse qu’à l’ordinaire. Il était la veille à Nice, l’avant-veille à Alger, le jour d’avant à Cayenne, et repart le lendemain au sultanat d’Oman. Cayenne, Alger, Nice, c’était « pour parler de l’autisme », précise-t-il. « Depuis une dizaine d’années, je fais office de saltimbanque. La tâche est immense et les forces sont très limitées. » Le sultanat d’Oman, c’est la parenthèse qu’il s’octroie pour souffler un peu, en suivant des cours d’arabe dans un institut. « J’ai attrapé le virus des langues orientales. Cela m’a porté pendant de longues années et beaucoup apporté. La première fois que j’ai eu des amis, c’était en cours d’hébreu. Pour une raison simple: ils avaient des difficultés avec la grammaire hébraïque; je les aidais et, en retour, ils m’invitaient»
Féru de livres anciens et de bibliothèques, qui ont été longtemps sa « seule activité sociale accessible », il a voulu explorer d’innombrables langues, de l’amharique (l’une des langues modernes de l’Éthiopie) à l’azerbaïdjanais, en passant par le sanskrit classique. « S’il n’y avait pas eu ces petites choses comme l’autisme, dit-il, mon projet professionnel aurait été de devenir enseignant à la fac en philosophie orientale. » Il se dit fasciné aussi par les religions et leurs textes fondateurs, qu’il a lus dans leur langue originale.

« Ce sont des moments jubilatoires quand on se met à décoder la Bible en hébreu, le Coran en arabe, car la traduction des textes religieux est très ingrate et leur fait perdre leur côté poétique. » Il scande ses phrases d’une voix lente, avec un accent indéfinissable. Mais il est difficile, en l’écoutant, d’imaginer qu’il soit resté « non verbal » jusqu’à l’âge de 6 ans, et qu’il n’aurait pu entrer en CP sans l’insistance de ses parents, car il n’avait pas « les compétences requises ». « Si on avait attendu que je les acquière, je serais sans doute encore en grande section» « Je suis né à une époque où l’autisme était tout à fait inconnu. J’ai fait partie d’une génération dont j’espère qu’elle sera la dernière… », dit-il simplement. Mais il ne veut pas « s’appesantir » sur son passé. Son parcours, il l’a raconté dans un livre que tous les adultes devraient lire : Je suis à l’Est! On y découvre de l’intérieur l’histoire de cet enfant « bizarre » passionné d’Égypte ancienne et d’astronomie mais incapable de jouer au ballon. Le cauchemar de la « récré », avec sa sonnerie stridente, les coups reçus de « petits monstres tabasseurs » qui le traitaient de « débile » ou de « taré », ou encore « l’enfer » des sorties scolaires, qui le mettaient dans un état d’angoisse inimaginable. « Cancre avec de bonnes notes », il corrigeait ses enseignants, avec ce souci extrême qu’ont les autistes pour l’exactitude. Mais il restait incapable d’« apprendre les comédies sociales ». Avec ce franc-parler qu’il a conservé aujourd’hui. « La pire violence n’est pas de recevoir des coups de poing. C’est d’exclure définitivement un enfant, un jeune, un adulte… »




Plus angoissé par le métro que par les épreuves de maths, il obtient son bac S à 17 ans avec mention très bien, entre à Sciences-Po, un « curieux établissement » qu’il décrit avec un regard désopilant comme un « fabuleux miroir grossissant de la société ». Il prépare aussi un doctorat de philosophie.

Il connaît parallèlement six années « de descente aux enfers » et d’« errance médicale effrayante ». Alors qu’aucun spécialiste n’avait su mettre de mots sur ses « bizarreries », il est diagnostiqué à 19 ans par erreur schizophrène, et mis sous haute dose de neuroleptiques, avant d’être reconnu à 22 ans autiste Asperger.




Avec le recul, il admet néanmoins « avoir eu la chance de pouvoir plus ou moins rester dans le système et de faire des études… » Mais il se considère comme un « anti-modèle de non-réussite ». « La plupart des parents espèrent que leurs enfants ne vivront plus chez eux, iront chez le coiffeur et sauront conduire une voiture. Malheureusement, je ne remplis aucun de ces critères! » Il a eu aussi la chance, dit-il, de rencontrer plusieurs personnes qui ont cru en lui et l’ont aidé à s’en sortir. Sans elles, il serait resté « dans la poubelle de la société ». Il pense particulièrement à Hammou Boukkaz, un aveugle de naissance, adjoint au maire de Paris Bertrand Delanoë, qui lui a « offert » son premier emploi, en 2010, sans le « prendre en pitié ». Il écrira même des discours pour des hommes politiques… « Mais Anne Hidalgo, qui ne voulait pas de personne handicapée, m’a viré. » Il a aussi, depuis un an et demi, un « petit boulot » sur Europe 1, où il tient une chronique hebdomadaire dans l’émission « Carnets de voyage ».




La majeure partie de son temps, il la consacre à l’autisme, écrit et traduit des livres et est invité un peu partout pour donner des conférences aux parents et aux professionnels. « En France, nous ne sommes que deux ou trois à prendre la parole publiquement sur l’autisme. Alors qu’aux États-Unis ils sont des milliers. J’interviens là où on veut de moi. Des institutions aux petites associations, plus ou moins cachées au fond des bois. » Et il dresse un bilan terrible. « Il n’y a pas de pays parfait, mais en France le retard est particulièrement terrifiant. » « Comme je suis un représentant non officiel de l’autisme, raconte-t-il, cela m’a valu un privilège: celui d’être invité dans de “mauvais” établissements. Si j’avais une caméra cachée, vous vous croiriez dans des prisons centrales. J’ai connu des lieux où se pratiquaient des maltraitances graves. En Belgique, par exemple, où les petits autistes français sont récupérés par des marchands de sommeil qui en font leur business. »




À la question – qu’on lui pose souvent – « Quels points communs entre les autistes dits “haut niveau” comme lui et ceux qui continuent à rester murés dans le silence», il répond : « Si certains parlent, c’est simplement parce qu’on leur a permis d’apprendre à parler, répond-il. Pour le dire de façon encore plus cynique, j’ai l’impression que les familles riches ont des enfants de haut niveau – même s’il y a bien sûr des exceptions.

C’est là tout le scandale. Il faut, aujourd’hui en France, payer pour avoir des méthodes qui fonctionnent, connues et appliquées dans les pays véritablement civilisés. » Et puis ces classifications n’ont plus cours, ajoute-t-il : « On est tous différents, heureusement» Il dit aussi peiner à nommer dans notre pays une personne autiste qui aurait « une carrière professionnelle habituelle ». Pourtant, ce ne sont pas les talents qui manquent. Parmi ses « camarades » célèbres, il cite volontiers Bill Gates qui, selon lui, ne s’en est jamais caché, mais aussi ces prix Nobel « qui ne sont pas allés à la cérémonie de remise des prix car ils n’ont pas les compétences sociales pour se montrer en public ». « Il existe aussi des personnes autistes pas connues, qui ont des compétences humaines, une sensibilité et une créativité tout à fait remarquables qui coexistent avec de grosses difficultés de compréhension des codes sociaux. » Ce sont ces personnes-là qu’il a voulu mettre en lumière dans son dernier livre, De l’Amour en Autistan, « qui n’est pas le nom d’une cellule terroriste », sourit-il.
Du combat qu’il mène depuis près de dix ans, il dresse un bilan modeste. « Je ne prétends pas avoir réussi ma mission, mais j’ai donné des petites impulsions dans la bonne direction. » Il souhaiterait que « l’action publique se recentre sur les personnes oubliées, c’est-à-dire la majorité ». Il rêve d« une société inclusive qui commence par des politiques inclusives, des médias inclusifs » et déplore que le handicap soit considéré comme un « non-sujet ». « Combien d’hommes politiques prononcent le mot “autisme” autrement que comme une insulte» « Mes voyages me maintiennent à flot dans un univers où je n’ai pas ma place. Je suis poussé à aller ailleurs et c’est peut-être une chance », dit-il. Il affectionne particulièrement les contrées oubliées du bout du monde. Ces pays pauvres où on l’accueille avec le respect dû à tout « étranger ». Et d’ajouter : « Ce ne sont pas les pays qui ont le plus d’hydrocarbure qui sont le plus riches sur le plan humain. » À la fois apatride et citoyen du monde, il fait l’éloge du nomadisme, parle des migrants. « Ce que les Occidentaux ont gagné en confort matériel, ils l’ont perdu en capacité d’accueillir l’autre et à s’imaginer eux-mêmes devenir autre, à changer de pays, à apprendre d’autres langues. » Il parle aussi de ces attentats terroristes qu’il a frôlés dans diverses régions du monde et le font méditer sur « l’incroyable fragilité de l’existence humaine ». « Nous sommes tous de passage », insiste-t-il. Avant de repartir dans la grisaille parisienne, avec sa part de mystère, dont nous n’aurons pu saisir que quelques bribes…
Bio express

2 décembre 1981. Naissance à Charenton-le-Pont (Val-de-Marne) de parents tchèques.

1999. Après une scolarité difficile, obtient son Bac S à 17 ans avec mention très bien. Entre à Sciences-Po Paris.

2001. Début de son « parcours psy ». Diagnostiqué par erreur schizophrène, placé sous psychotropes avant d’être, trois ans plus tard, reconnu autiste Asperger. Poursuit Sciences-Po et son doctorat de philosophie.

2012. Parution de Je suis à l’est !, son premier livre autobiographique (Plon).

2014. Parution d’Éloge du voyage à l’usage des autistes et de ceux qui ne le sont pas assez (Plon). Entame ses chroniques hebdomadaires dans l’émission « Les carnets du monde » (Europe 1).

2015. Adapte en français Comprendre l’autisme pour les nuls (First), d’après Stephen Shore.

Novembre 2015. Parution de De l’Amour en Autistan (Plon).

Ne risque-t-on pas de déshumaniser la médecine avec des patients virtuels ?

La Croix du 5 janvier 2016 par Pierre Bienvault
« Avec la simulation, on peut apprendre l’écoute du patient » : Pierre Pottier, vice-doyen de la faculté de médecine de Nantes
« À Nantes, nous avons un laboratoire de simulation où sont utilisés des mannequins de haute- fidélité. Mais nous avons aussi recours à ce qu’on appelle les patients “standardisés”, des comédiens professionnels qui jouent le rôle des patients. Certes, dans leur cursus, nos étudiants ont des contacts avec les patients, notamment dans leurs stages hospitaliers. Nous avons en France une immersion clinique très précoce des étudiants dont la qualité est largement reconnue. Mais nous estimons aussi nécessaire qu’ils puissent être confrontés à des situations concrètes qui existent tous les jours dans des cabinets de ville. À partir de la 3ème  année, sous la responsabilité d’un enseignant, nos étudiants sont d’abord invités à écrire eux-mêmes des scénarios de consultations qu’ils jouent ensuite entre eux.
C’est très intéressant car cela les oblige à se mettre dans la peau d’un patient. Ensuite, en 4ème  et 5ème  années, ce sont des comédiens qui endossent ce rôle du patient. Ils sont trois ou quatre dans une salle d’attente et l’étudiant va les recevoir les uns après les autres. On peut alors développer un grand nombre de scénarios : le patient stressé, tendu, celui qui est agressif parce qu’il a attendu deux heures. Parfois, il y a aussi le malade à qui l’étudiant devra faire l’annonce d’une maladie grave. Le but, c’est d’apprendre à ces futurs médecins l’importance de la relation avec le patient. C’est lui en effet qui connaît sa maladie, ses symptômes, son impact dans sa vie quotidienne. Et c’est en l’écoutant avec attention que le médecin pourra établir le diagnostic. Ce n’est pas via un entretien à sens unique en misant sur la toute-puissance de son savoir technique. Dans la mesure du possible, nous essayons aussi de faire jouer à ces comédiens l’entourage du patient, le conjoint, la fille, la mère. Car cet entourage est aussi un élément clé dans la relation médecin-malade. »

  

« La médecine, c’est aussi savoir parler à une personne » : Clara de Bort, directrice d’hôpital et chef du pôle de réserve sanitaire à l’EPRUS (Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires)
« Je partage cette volonté qu’un acte médical, un peu difficile ou risqué, ne soit jamais pratiqué pour la première fois sur un vrai patient. Et c’est très bien que des étudiants en médecine puissent s’exercer sur des mannequins si cela permet d’améliorer la qualité des soins. Mais dans le débat autour des touchers vaginaux, ce que nous avons voulu mettre en avant, c’est d’abord et avant tout la question de la relation à la patiente et l’absence de recueil de son consentement. Et je ne pense pas que la seule réponse à ce débat soit le recours à la simulation et l’apprentissage de ce geste sur des mannequins.
Aujourd’hui, c’est vrai qu’il existe des outils de simulation de plus en plus performants. Mais un mannequin ne remplacera jamais un patient âgé, polypathologique, qui se retrouve un soir aux urgences en situation de grande détresse sociale. Et c’est aussi cela la médecine. Savoir parler au patient, l’écouter, comprendre ses besoins, son environnement de vie. Aujourd’hui, on a l’impression que la formation des médecins est quasi exclusivement centrée sur l’apprentissage de la maîtrise technique du geste de soin. C’est important bien sûr d’avoir des médecins qui soient bons dans ce domaine. Mais l’apprentissage de la technique doit-il ou non précéder l’apprentissage de la relation médecin malade ? C’est un vrai débat éthique.
Aujourd’hui, il y a encore cette idée très ancrée que le bon médecin est celui qui maîtrise la technique. La relation au patient est jugée comme secondaire. "C’est la technique qui sauve des vies", nous disent ces médecins, en oubliant qu’une mauvaise relation avec le patient peut parfois détourner celui-ci de la médecine. Soigner, ce n’est pas seulement faire le bon geste opératoire ou prescrire le bon médicament. C’est aussi s’interroger sur tel ou tel soin qu’on va réaliser sur un patient en situation de vulnérabilité, la façon dont on va en parler avec lui. Et tout cela ne s’apprend pas sur un mannequin ».

Assurance-maladie : changeons de logiciel !

Le Monde Economie du 6 janvier 2016 par Frédéric Bizard* et Luc Montagnier**
Malgré des dépenses sociales publiques les plus élevées au monde (32 % du PIB contre 22 % en moyenne dans l’OCDE), notre système de protection sociale a conduit notre pays au bord de la rupture sociale et au chômage de masse. Efficace pendant les « trente glorieuses », le système n’a pas été adapté au changement radical de l’environnement du début du XXIème siècle. Nos gouvernants enchaînent les réformes comme la souscription obligatoire, à partir du 1er janvier, de contrats collectifs d’assurance complémentaire santé pour tous les salariés. Mais ils utilisent un logiciel de l’ancien monde. Prenons le cas de la santé.
Notre système de santé installé en 1945 est fondé sur le modèle de l’État-providence, commun à l’ensemble de notre protection sociale. Ce modèle assure un revenu de remplacement en cas de maladie et le paiement des soins, à partir d’un financement principal assis sur des cotisations sociales. C’est ce même système qui garantit à l’assuré la prise en charge de son risque santé, la maladie. L’assuré est passif car justement protégé par un Etat… providence. L’autre dimension du modèle est la préoccupation du risque une fois celui-ci survenu. En amont du risque, l’assuré passif contribue au financement par ses revenus du travail, pour plus tard.
Triple transition
Ce système a été très efficace pendant la période après-guerre, en participant au développement économique et en améliorant les conditions morales et matérielles des assurés. Le changement de monde en mouvement depuis la fin du siècle dernier nécessite de dépasser l’État-providence pour protéger efficacement les générations actuelles et futures. Nous assistons à une triple transition démographique, épidémiologique et technologique en santé. Le vieillissement de la population dont les effets seront maxima jusque dans les années 2030 élève la demande potentielle de soins, même si la population rajeunit biologiquement. Le passage à l’état chronique des pathologies, issu des progrès médicaux et de l’évolution des comportements individuels, rallonge la durée du risque et en change le logiciel de gestion. Progrès pour l’humanité, ces deux phénomènes transforment le modèle médical de prise en charge et mettent sous pression la capacité de financement durable du système. D’ici à 2025, 80 % des dépenses d’assurance maladie seront concentrées uniquement sur moins de 20 % de la population, souffrant d’une affection de longue durée. Le financement de la santé des 80 % restants n’est pas repensé. C’est la transition technologique, dominée par les révolutions génomique et numérique, qui va apporter les outils nécessaires à la gestion des deux premières transitions. En précisant les prédispositions individuelles à la maladie (un séquençage génomique coûtera une centaine d’euros d’ici à 2020) et en apportant, à partir de diagnostics précoces, des solutions thérapeutiques pour réduire la chronicité des maladies, la génomique et ses nouveaux dérivés technologiques constitueront une des clés de l’efficience des systèmes de santé.
Sans vision d’ensemble
Le numérique favorise l’éducation à la santé et améliore l’efficience des fournisseurs de soins. Disposer d’un accès Internet à ses données de santé, comparer les offreurs de soins sur des critères objectifs de qualité et de performance n’est toujours pas possible en France. Pays d’innovation, la France a pris un retard conséquent dans l’intégration de ces technologies dans son système de santé. L’Etat tente de rattraper le retard, mais sans vision d’ensemble, ce qui pourrait apporter davantage de méfaits que de bienfaits. Permettre l’accès aux données de santé aux financeurs privés (loi santé 2015) alors que ni les assurés ni les médecins n’y ont un accès facile en est un des exemples. Le nouveau monde nous oblige à instaurer un système proactif et non plus réactif, agissant tout au long du cycle de vie, fondé sur l’autonomie et la solidarité. Rendre l’individu, y compris le plus défavorisé, capable de se prémunir face au risque social, est le moyen le plus efficace de le protéger.

La nouvelle dépense sociale se transforme en partie en un investissement dans le capital humain (investissement social) pour rendre chaque individu libre, capable et autonome dans la gestion de son risque. Le succès de la réforme est donc suspendu à la démocratisation de la relation soignant-soigné et du système de santé en général. Cette démocratie sanitaire doit être une priorité dans la gouvernance du système par la création d’une agence nationale d’assurance-santé non étatique (incluant l’assurance maladie actuelle, la direction de l’offre de soins et des instances représentatives de la société civile) qui pilotera l’ensemble de l’offre de soins.
L’e-santé est à développer
En santé comme ailleurs, le paradigme doit changer tout en respectant les principes fondamentaux de liberté (de choix des patients et de prescription des médecins), d’égalité et de solidarité. Depuis 1945 et encore en 2015, la politique de santé se résume à l’accès aux soins. Pour les pays riches comme la France, c’est l’accès à la santé pour tous qu’il faut viser avec deux axes stratégiques : le maintien en bonne santé et l’accès aux meilleurs soins aux meilleurs coûts. Pour le premier axe, un comité opérationnel de gestion interministérielle de la santé permettrait de coordonner le suivi de l’impact sanitaire des politiques publiques agissant sur les déterminants non médicaux de santé (sport, nutrition, logement, écologie, transport…). Des programmes d’éducation sanitaire et de maintien en bonne santé en milieu scolaire et au sein des entreprises, utilisant largement l’e-santé, sont à développer. Une partie du paiement des 90 000 médecins généralistes doit être à la capitation ajustée et dédiée au maintien en bonne santé de leur patientèle.
Pour le deuxième axe, l’organisation des parcours de soins des patients atteints de cancer (centres de référence, programme personnalisé de soins) est à décliner sur les principales pathologies chroniques. Un contrat thérapeutique entre le médecin coordinateur et le patient chronique permettra de renforcer l’efficacité de la prise en charge sur la durée. Notre système de financement de la santé à deux étages doit évoluer vers un système de payeur unique en différenciant un panier de soins solidaire, à la charge de l’assurance publique, et un panier de soin individuel à la charge d’une assurance santé universelle privée obligatoire et régulée. Mais les politiques de tout bord appliquent depuis vingt ans le principe de Lampedusa (1896-1957) dans son roman Le Guépard « il faut que tout change pour que rien ne change ». Comprendre le nouveau monde, poser le bon diagnostic, établir la bonne stratégie et proposer un plan d’actions à la hauteur des enjeux sont autant de conditions indispensables que ces politiques ne remplissent pas. A ce stade, rien ne laisse présager que leur comportement changera d’ici à 2017 !
*Frédéric Bizard, économiste, enseignant à Sciences Po Paris et auteur de Politique de santé. Réussir le changement, Dunod, 2015)
**Luc Montagnier, Prix Nobel de médecine en 2008, cofondateur de la Fondation mondiale recherche et prévention sida, associée à l’Unesco


1   ...   7   8   9   10   11   12   13   14   15

similaire:

Le juge des référés du tgi de Nantes a contraint l\Synthèses chimiques moins nocives
«chimie verte» («green chemistry») a été développé aux États-Unis au début des années 1990 dans le but d'offrir un cadre à la prévention...

Le juge des référés du tgi de Nantes a contraint l\L’ouvrage «De la génétique à Dieu» véritable best-seller aux Etats-Unis,...
«De la génétique à Dieu» véritable best-seller aux Etats-Unis, rassemble 3 grandes dimensions : IL est à la fois un témoignage, un...

Le juge des référés du tgi de Nantes a contraint l\1. Est-ce que l’éducation aux Etats-Unis est laïque ? Donnez des exemples

Le juge des référés du tgi de Nantes a contraint l\L’auteur
...

Le juge des référés du tgi de Nantes a contraint l\Etat civil : Nom

Le juge des référés du tgi de Nantes a contraint l\Etat civil et nombre de personnes à charge marié, 4

Le juge des référés du tgi de Nantes a contraint l\I/ Etat civil
«dynamique de la filière laitière dans la zone urbaine et périurbaine de Bangui» en qualité d’enquêteur au département des Systèmes...

Le juge des référés du tgi de Nantes a contraint l\Point sur les tarifs dégressifs des cotisations
«L’association est affiliée, aux travers de ses sections, aux différentes fédérations sportives nationales. Les sections s’engagent...

Le juge des référés du tgi de Nantes a contraint l\THÈse pour le diplôme d’État
...

Le juge des référés du tgi de Nantes a contraint l\Thèse Pour le diplôme d’Etat
Au moment d’être admis à exercer la médecine, je promets et je jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
b.21-bal.com