Intoxications par les plantes toxiques dans les zones tropicales et inter tropicales








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Intoxications par les plantes toxiques dans les zones tropicales et inter tropicales

Texte rédigé le 23 février 2012

Professeur Pierre Aubry
1- Généralités
La fréquence des intoxications par des plantes toxiques est mal connue en zones tropicales et inter- tropicales, où il n'existe pas ou peu de Centres anti poisons.

Dans les pays tropicaux, à côté des intoxications par plantes toxiques connues, de nombreuses intoxications sont dues à des plantes « médicinales » ingérées en trop grande quantité.

Nous avons classé les intoxications par les plantes toxiques tropicales selon les effets cliniques principaux qu'elles entraînent. Pour cela, nous avons fait référence aux intoxications par les plantes dans les pays tempérés, supposées connues du lecteur.

La toxicologie des végétaux tropicaux est complexe, compte tenu de la grande diversité des plantes. Elle dépend à la fois du type de contact entre la plante et l'homme et de la nature des toxiques :

- le type de contact : c'est soit un contact par ingestion qui peut avoir différentes motivations (accidentelle surtout chez les jeunes enfants, liée à des habitudes alimentaires, en rapport avec la médecine traditionnelle, ou liée à une recherche volontaire d'intoxication dans un but de suicide ou d'homicide), soit un contact cutané en rapport avec la présence dans la sève ou suc de la plante d'une substance toxique irritante.

- la nature des toxiques : il s'agit soit d'hétérosides (hétérosides stéroïdiques cardiotoxiques ou saponosides, hétérosides cyanogénétiques), soit d'alcaloïdes, soit d'acide oxalique, soit de protides (phytotoxines, acides aminés). Certaines plantes toxiques contiennent plusieurs toxiques à l'origine de symptomatologies complexes.

Les intoxications par les champignons tropicaux ne sont pas étudiées, ni les intoxications par usage de stupéfiants.

Pour chaque plante toxique sont étudiés : la description succincte de la plante, la ou les substances toxiques, la partie ou les parties toxiques et les principaux symptômes de l'intoxication. La conduite à tenir et la prévention font l'objet d'un chapitre commun.

En aucun cas, la liste des plantes tropicales toxiques présentées ci-dessous ne se veut exhaustive.
2- Intoxications par les plantes cardiotoxiques
La référence des intoxications par les plantes cardiotoxiques est l'intoxication par la digitaline pourprée (Digitalis purpurea), plante de la famille des Scrophulariaceae. La partie toxique est la feuille et les substances toxiques des hétérosides cardiotoxiques (digitaline = digitoxine). L'intoxication par la digitaline entraîne essentiellement des troubles cardiaques, mais aussi des troubles digestifs et neurologiques.

En zones tropicales et intertropicales, plusieurs plantes sont cause d'intoxications par ingestion dues à des hétérosides cardiotoxiques : le laurier-rose, la liane à caoutchouc, le bois d'Ako, le faux manguier. L'intoxication se fait par ingestion.
2.1. Laurier rose

Le laurier rose ou oléandre (Nerium oleander) est un arbuste de la famille des Apocynaceae, originaire du Proche-Orient qui atteint 2 à 3 mètres de hauteur. Les feuilles sont opposées ou attachées par trois, lancéolées, raides et persistantes. Les fleurs sont simples ou doubles de couleur rose, blanche, jaune ou orange. Elles sont fortement parfumées. Les fruits sont constitués de deux follicules allongés contenant des graines avec une aigrette plumeuse.

Le laurier rose contient un grand nombre d'hétérosides cardiotoxiques, le principal étant l'oléandrine.

De nombreux cas d'intoxications sont décrits, en particulier après ingestion accidentelle chez des jeunes enfants qui ont mâché les fleurs ou les feuilles.

Les effets principaux sont cardiaques semblables à ceux de l'intoxication digitalique : troubles de la conduction avec bradycardie, troubles du rythme avec extrasystoles ventriculaires et la fibrillation ventriculaire; les effets secondaires sont digestifs (nausées, vomissements) et neurologiques (malaise, confusion mentale, troubles de la vision).

D'autres espèces de lauriers sont toxiques, en particulier le laurier jaune (Thevetia peruviana) qui contient des hétérosides stéroïdiques de type cardénolides. C'est un important problème de santé au Sri Lanka avec 2000 décès chaque année.

Les lauriers sont des arbustes ornementaux retrouvés également en Europe.
2.2. Liane à caoutchouc ou lombiro

La liane à caoutchouc ou Lombiro (Cryptostegia madagascariensis) est un arbuste lianoïde de la famille des Periplacaceae, très répandu à Madagascar. Les feuilles sont opposées, entières, glabres. Les fleurs sont roses violacées, très belles. Les fruits sont constitués de deux méricarpes opposés rappelant des cornes d'animaux, avec des graines pourvues d'aigrettes. Cette liane secrète un latex blanc très abondant qui est un poison myocardique. L'écorce des tiges et des racines est très toxique, toxicité due à des hétérosides cardiotoxiques à propriété analogues à celles de la digitaline : la cryptostegioside et la cryptograndoside. C'est une plante responsable de morts criminelles à Madagascar.
2.3. Bois d'Ako

Le Bois d'Ako (Antiaris toxicaria) est un arbre de la famille des Moraceae. Il est très répandu en Afrique, du Sénégal jusqu'au sud de l'Ethiopie et vers le sud jusqu'à la Zambie et l'Angola. Il est présent à Madagascar. Son aire s'étend à l'Asie tropicale, aux îles du Pacifique (vers l'est jusqu'aux Fidji et aux Tonga) et au nord de l'Australie.

Le Bois d'Ako est un arbre caducifolié, pouvant atteindre 45 m de hauteur. Son fût est rectiligne sans branches jusqu'à 25 m. Il a jusqu'à 180 cm de diamètre. L'écorce est à surface lisse devenant légèrement fissurée, blanc grisâtre à vert grisâtre, avec de nombreuses lenticelles, l'écorce interne est molle et fibreuse, exsudant un latex crème fonçant rapidement et virant au brun sale.

Les substances toxiques sont des hétérosides cardiotoxiques, telle que l'antarine, qui ont des effets cardiaques digitaline-like. En grandes quantités, ils conduisent à une asystolie et à des effets secondaires tels que vomissements et convulsions.
2.4. Faux manguier

Le faux manguier (Cerbera manghas) est un petit arbre de 4 à 10 m de haut originaire de Madagascar, de la même famille des Apocynaceae que le laurier-rose. D'autres espèces sont connues : Cerbera odallam sur la côte ouest de l'Inde, au Vietnam et au Cambodge ; Cerbera venerifera (ou Thanghinia venerifera) à Madagascar et dans la péninsule Malaise. Les feuilles sont persistantes, alternes, ovoïdes, coriaces, vert foncé, brillantes. Les fleurs parfumées sont d'un blanc pur avec un petit cœur jaune, de 3 à 5 cm de diamètre. Les fruits sont des drupes de 5 à 8 cm, de couleur verte, puis jaune orangé à maturité. Ils contiennent une à deux graines brillantes marron clair très toxiques. Le nom du genre fait référence au chien Cerbère, gardien des enfers et évoque bien la toxicité de la plante. La plante contient un latex blanc. Cet arbre pousse dans les mangroves marécageuses, les régions d'estuaires marins inondés par les moussons.

Le fruit et les graines contiennent des hétérosides cardiotoxiques très puissants, la cérébroside dans le fruit vert, la cerbérine dans le fruit mûr et l'odolline. Le latex contient principalement de la thévéthine.

La cerbérine est un puissant alcaloïde toxique lié à la digoxine. L'évolution est le plus souvent fatale. La plante et principalement les graines ont été utilisées dans les ordalies à Madagascar (le tanguin).pour déterminer la culpabilité ou l'innocence de personnes accusées de sorcellerie. La mortalité est élevée. Cerbera odollam est appelé l'arbre du suicide dans l’état du Kérala (Inde).
3- Intoxications par les plantes hallucinogènes
Les références des intoxications par les plantes hallucinogènes sont les intoxications par la Belladone (Atropa belladona), la Jusquiane noire (Hyoscyamus niger) et le Datura (Datura stramonium). Ces trois plantes appelées « le trio infernal des sorcières » des climats tempérés, sont de la famille des Solanaceae. Elles possèdent trois alcaloïdes tropiniques : la l-hyoscyamine, l'atropine et la scopolamine. L'intoxication par la belladone provoque des signes de la série atropinique : sécheresse de la bouche, mydriase, hyperthermie, rougeur du visage, tachycardie, agitation, hallucinations, délire. La belladone a une toxicité redoutable : quatre à cinq baies suffisent pour provoquer la mort d'un enfant.

Les plantes tropicales hallucinogènes sont toutes des Solanaceae, comme le Cestreau, la Solandre, la Mandragore, la Trompette des anges, la Morelle d'Amérique. L'intoxication a lieu lors de l'ingestion et accessoirement lors de l'inhalation de fumée.
3.1. Cestreau

Le Cestreau ou Jasmin de jour (Cestrum diurnum) est une plante arbustive originaire des Antilles. C'est un arbuste ligneux pouvant atteindre 2 m de haut. Les feuilles sont persistantes, alternes, simples, lancéolées. Les fleurs s'ouvrent le jour, elles sont de couleur blanc-crème, fortement parfumées. Le fruit, qui est la partie toxique, est une baie ovale de couleur violet à bleu-noir, avec 4 à 14 graines. Les effets principaux sont des hallucinations, des spasmes musculaires, des paralysies, un coma.

Le Jasmin de nuit ou Cestreau nocturne (Cestrum nocturnum) est aussi originaire des Antilles et est hautement toxique.
3.2. Solandre

La Solandre ou Fleur trompette (Solandra maxima) est une plante grimpante originaire des Antilles pouvant atteindre 4 m de haut. Les feuilles sont vertes de forme elliptique, les fleurs très grandes sont en trompette, à bords retournés, de couleur jaune nervuré de marron pourpre. Les fruits sont globuleux, pulpeux, verdâtres. Il y a présence dans toutes les parties de la plante de la solandrine, un alcaloïde ayant des effets proches de l'atropine. La simple inhalation de l'odeur peut provoquer des symptômes. Dans les intoxications graves, le patient peut présenter des convulsions, des troubles de la conscience ou un délire, avec une évolution vers un coma et une dépression respiratoire par paralysie des muscles.

Sa toxicité était connue des Aztèques et des autres civilisations précolombiennes.

Une espèce voisine, Solandra grandiflora, a les mêmes caractéristiques, mais à fleurs plus allongées et plus claires. C'est une fleur plante de la Réunion.
3.3. Mandragore

La mandragore (Mandragora officinarum) est une plante des pays du pourtour méditerranéen. C'est une plante herbacée vivace, haute d'une trentaine de centimètres, pratiquement sans tige. Les feuilles sont grandes, elliptiques à ovales, molles. Les fleurs ont un corolle formé de cinq pétales, de couleur blanc-verdâtre, bleutée ou pourpre. Les baies sont jaunes ou rouges, de 3 à 5 cm de diamètre, globuleuses ou ellipsoïdes. Les substances toxiques sont la mandragorine, présente dans les daturas et la belladone, et des coumarines. L'intoxication entraîne des hallucinations et une mydriase.
3.4. Trompette des anges

La trompette des anges (Brugmansia ayrea) est un arbuste de 2 m de haut, originaire d'Amérique du sud. Les feuilles sont ovales, légèrement ondulées sur leurs marges, grandes pouvant atteindre 70 cm de long. Les fleurs sont blanches ou jaunes, de 20 à 30 cm de long, leur forme caractéristique en trompette étant révélée par 5 lobes terminés par une pointe de 4 à 8 cm, finement torsadée.

Toutes les parties de la plante sont toxiques. Les effets principaux sont des hallucinations, une bouche sèche, des paralysies. C'est une fleur plante de la Réunion.
3.5. La Morelle d'Amérique

La Morelle d'Amérique (Solanum americanum) est une plante herbacée originaire d'Amérique. Elle est connue en Afrique, dans l'océan Indien, dans les îles du Pacifique. Elle est haute de 1 à 1,50 m. Les feuilles sont alternes, de taille variable, jusqu'à 10 cm de long et 7 cm de large. Les fleurs sont de couleur blanc ou violet clair. Le fruit est une baie d'un noir brillant de 5 à 10 mm de diamètre renfermant de nombreuses graines. Les fruits verts sont toxiques. Les principes actifs sont des glycoalcoloïdes : solanine et solamargine, et des alcaloïdes tropiniques : scopolamine, hyoscyamine. L'intoxication entraîne des symptômes variés : des maux de tête, des troubles digestifs (vomissements, douleurs abdominales), diarrhée, une hypotension artérielle, des signes neurologiques et des hallucinations.
Note : La Pervenche de Madagascar (Catharanthus roseus) de la famille des Apocynaceae, originaire de Madagascar et d'Inde, riche en principes actifs, dont la vinblastine et la vincristine, peut être hallucinogène par ingestion.
4- Intoxications par les plantes cyanogéniques
Les plantes cyanogénétiques sont à l'origine d'intoxications très graves d'évolution très rapide (moins d'une heure). Le toxique est un hétéroside, l'acide cyanhydrique (HCN). L'HCN et une substance aglycone se trouvent combinés sous forme d'hydroxynitrile. Une hydrolyse enzymatique (glucosidase et action de l'hydroxynitrile lyase) libère l'HCN. Dans certaines plantes, l'hétéroside cyanogénique et les enzymes se trouvent dans des cellules séparées et la toxicité ne se manifeste qu'après mise en contact (broyage). Dans d'autres plantes, il n'y a pas d'enzymes et la toxicité s'exprime après hydrolyse intestinale, la microflore intestinale secrétant l'hydroxynitrile lyase.

Une des références des intoxications par les plantes cyanogéniques en Europe est l'intoxication par l'amande amère, fruit de l'amandier commun (Amygdalus communis) de la famille des Rosaceae. La substance toxique est un glucoside cyanogène, l'amygdaloside, dont l'hydrolyse libère de l'HCN. L'intoxication par les plantes cyanogéniques entraîne des troubles respiratoires, nerveux et musculaires (convulsions, tremblements) et le décès (six à dix amandes amères ingérées entraînent la mort chez l'enfant).

Dans les zones tropicales, des intoxications cyanogéniques par ingestion peuvent être dues au pois sabre, au manioc, à l'haricot de Java.
4.1. Pois sabre

Le pois sabre ou haricot sabre (Canavalia ensiformis) est une plante de la famille des Fabaceae. Elle peut atteindre 3 m de haut. La racine est profonde, les feuilles brillantes, nervurées, d'une vingtaine de centimètres de longueur. De grandes gousses vertes en forme de sabre de 20 à 30 cm de long contiennent une quinzaine d'haricots. Les parties toxiques sont les feuilles, la racine et les graines. La substance toxique est la linamaroside, qui libère par hydrolyse de l'acétone.

Les gousses et les grains immatures sont consommés cuits à la Réunion.
4.2. Manioc

Le manioc ou cassava (Manihot esculenta), de la famille des Euphorbiaceae est une plante buissonnante herbacée de 4 m de haut au moins, à feuilles digitées, très cultivée dans les climats tropicaux et subtropicaux pour ses racines.

Les parties toxiques sont surtout les racines qui renferment deux glucosides cyanogènes : la linamarine et la lotaustratine, qui sous l'action d'un enzyme donne de l'acide cyanhydrique. Elles sont détruites par cuisson.

Il y a deux variétés de manioc :

- les variétés amères dont les racines ont une teneur en acide cyanhydrique de 0,02 à 0,03%,

- les variétés douces dont les racines ont une teneur inférieure à 0,01%.

Mais la teneur en acide cyanhydrique dépend davantage du milieu de culture que de la variété cultivée. Les effets principaux sont une dépression respiratoire, des convulsions, un coma et la mort. Les autres effets sont : malaise, dilatation pupillaire, excitation.

L'élimination du toxique se fait par cuisson ou par séchage des racines.

La consommation de manioc cru, associée à une carence en protéines, a été reconnue comme un facteur du diabète pancréatique fibro-calculeux, forme clinique du diabète sucré lié à la malnutrition.
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