Compte rendu du cafe philo








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COMPTE RENDU DU CAFE PHILO
Organisé par la Fondation Rotschild, le Jeudi 23 Juin 2005

avec la participation de M. Albert Jacquard,

autour d’un extrait du Petit Prince de Saint Exupéry :

« Si nul ne pense à moi, je cesse d’exister. »
Ont participé à la réunion, des résidents de la maison de retraite de Rothschild (500 résidents valides et invalides), des aides soignantes notamment celles qui participent au programme Tikva, conçu par la fondation de Rothschild pour dégager du temps aux aides soignantes qui le consacrent spécifiquement à certains résidents privilégiés, des animateurs des psychologues et des responsables de la maison de retraite enfin des philosophes résidents ou visitant notamment le professeur Albert Jacquard.
Le débat de l'essence et de l'existence de sembler pas tout à fait clos pour les participants. S'ensuivit de longues discussions sur la définition du mot exister. Certains essentialistes de coeur revendiquant leur existence en soi ou en tant qu’être humain par rapport aux objets et aux animaux.
Plus généralement le débat sur la définition de l'existence a clairement posé une distinction majeure entre l'existence des objets et l’existence des personnes âgées, quel que soit leur niveau de dépendance. Un objet révèle son existence par sa capacité à résister à l'action d'autrui sur lui. Par exemple une glace résiste à l'action d'un objet qui tente de la traverser, quand bien même le regard, lui, peut la traverser.
Pour Jacquard un être humain existe dès lors qu'un autre être humain lui reconnaît l'existence, dès que sa mère lui dit « tu ». Dès lors cet amas de cellules devient une personne, avec son existence propre. Qu'est-ce qui a généré cette réaction de la part de la mère ? Quelques symptômes physiques comme l'arrêt des règles, les nausées, le résultat d'un test, l'acceptation de le garder ? Ce tutoiement peut arriver tard dans la vie de cet être, de ce petit animal, mais dès qu'il arrive, cet être vivant commence à exister en tant qu’être humain.

Pour Jacquard cette observation indique qu'un être humain existe par les liens, les relations qu'il a avec d'autres êtres humains.

Les vieux qui revendiquent leur droit d'exister réclament donc, de la part des autres êtres humains qui les entourent (les aides soignantes les auxiliaires de vie) une reconnaissance de leur propre existence, en tant qu'êtres humains, et non en tant qu'objets (de soins) capable éventuellement de résister. Ils peuvent en effet, parfois, selon leur état, forcer la reconnaissance en tant qu'objets : en se plaignant, voire en hurlant, en s'opposant aux soins, en désobéissant en somme. Par leur résistance ils se rendent opaques et on est obligé de les voir, de prendre en compte leur existence physique. Mais cela ne leur suffit pas pour exister en tant que personne humaine. Les personnes âgées revendiquent une relation ; qui plus est, une relation (au moins) égalitaire quel que soit leur niveau de dépendance ! Peut-être simplement du respect.
Une des responsables de la maison de retraite de Rothschild rappelle qu’un des principaux défis de son établissement : avec près de 500 résidents chacun à son arrivée se sont dépouillés de son identité ; personne ne le connaît ni par son nom, ni par ses titres, son histoire, son statut, son niveau de vie précédent. Sa conclusion : on existe de, par, grâce à son environnement, ce qui vous connaissaient. À partir d'un certain âge, il est difficile de se recréer une identité. C'est un gros effort d'avoir à prouver ou montrer qui on est.

Pour cette génération, particulièrement en Europe et dans les milieux d'origine étrangère ou familiers de la discrimination (Juifs Maghrébins), avoir à justifier de son identité fait resurgir des souvenirs particulièrement pénibles. Certains parmi les plus affaiblis remettent alors en question le peu de ce qu’ils considéraient comme acquis : leur propre identité, et se posent alors la question : « qui suis-je finalement ? » Si la réponse que leur renvoie un nouvel environnement est : « vous êtes un objet de soins », on imagine le désarroi ou la révolte que cela suscite, et ce, en fonction de la capacité de réaction du résident.

Il est fait allusion au philosophe Paul Riqueur décédé récemment. Pour lui, exister c'est toujours faire, vouloir et être source d'action.
Pour clore le débat sur l'essence existence, M. Jacquard à rappelé l'expérience du pendule de Foucault (visible au panthéon). Cet objet ne doit son mouvement qu'aux interactions sur lui de l'ensemble des corps de l'univers qui ont une masse. Il finit par ironiser sur un article de Sciences & Avenir sur le thème du « poids de la Terre ».

Rappel : le poids est la capacité d'attraction de la Terre sur un corps. La capacité d'attraction de la Terre sur elle-même est donc un non-sens scientifique.

Ceci est symptomatique de la difficulté à parler de quelque chose « en soi » ; on le pense bien plus facilement par rapport à d'autres et en fonction de ses relations avec les autres. Sa conclusion : on ne peut se définir (une identité) que par comparaison à d'autres.

NB : dès lors que l’on se soumet au jeu des comparaisons, on s’expose au jugement, avec les désagréments que cela implique lorsque le jugement, n’est pas favorable.
Un des responsables de la maison de retraite souligne que les soignants prennent généralement plus de temps avec les patients en phase terminale, ou les résidents en fin de vie, qu'avec les résidents qui viennent d’arriver : il y a le temps de l'indifférence et le temps de la compassion. Attention notamment au choc des temps : celui du résident, qui a tout le sien, celui du personnel, qui doit se presser, l'emploi du temps même de la maison de retraite, souvent rigide…

Ce thème mériterait un débat à lui seul.
Petit rappel de biologie cellulaire : au cours de l'évolution, la reproduction des cellules a connu un événement majeur : au lieu de se scinder en deux, reproduisant ainsi une autre cellule exactement identique, la nature a rendu possible l'accouplement de deux cellules. Dès lors, une partie seulement du patrimoine génétique de chacune des cellules était transmis à la nouvelle cellule, la rendant à son tour unique. Au bébé que nous avons procréé nous avons transmis de manière aléatoire la moitié de notre patrimoine génétique ce qui rend le nombre de combinaisons possibles à l'échelle de la planète totalement infini.
Une aide soignante à une phrase jugée malheureuse : pour elle, j'existe quand ou parce que je suis utile et que d'autres me sont utiles. Le mot « utile » a été peu apprécié par l'ensemble de l'assistance. La connotation économique, commerciale de ce mot ne semblait pas compatible avec que la vocation que l'on suppose pour un établissement de personnes âgées. Le professeur Jacquard reprend pourtant le propos en rappelant que le pire, c'est que quand on se sent de trop.
La suite de la phrase extraite du petit prince de Saint-Exupéry était la suivante : «et si tu m'apprivoises, je serai pour toi unique au monde et tu seras pour moi unique au monde ». Il est rappelé qu’apprivoiser n'est pas prendre au piège. Apprivoiser implique le respect de la volonté de l'autre. Pour la responsable de la maison de retraite, une personne âgée veut rester la même personne. Or l'entrée en institution constitue une rupture biographique majeure. Il faut éviter la perte de l'estime de soi-même, sinon on se voit comme un point mort, une bouche inutile.
Suite à quelques expériences menées dans des établissements pour personnes âgées, il a été constaté que lorsqu'une personne est confrontée à une activité dans laquelle elle était experte, avant, dans son jeune âge, et qu'elle constate sa difficulté actuelle, lorsqu’elle n’y arrive plus, elle perd son estime de soi. À l'inverse, la découverte d'une activité que l'on croyait inaccessible jusque là, improbable, voire impossible et dans laquelle on arrive finalement à un résultat acceptable, génère un sursaut de vie et un regain d'estime de soi particulièrement étonnant.
Au sujet du syndrome de glissement : les aides soignantes se demandent quel regard le résident souhaiterait que l'on porte sur lui ? Quel regard peut l'aider ? L'aider à quoi d'ailleurs ? A guérir, à être paisible, à être heureux ? Une soignante avait une revendication : elle voulait savoir comment les vieux voudraient qu'on les regarde qu'on les traite. Sa question, qui s'adressait aux résidents âgés est restée sans réponse. Il lui a été répondu que sa véritable question était probablement de savoir comment elle voulait elle-même être traitée. Il y avait en fait dans sa question le désir naturel d'apporter de l'amour ou de l'affection à la personne âgée, en lui reconnaissant, de ce fait, une existence par sa capacité à désirer quelque chose. Il est regrettable que le débat ne soit pas allé plus loin sur cette question.
Un des participants nous résumait un film américain relativement ancien intitulé Johnny s'en va-t'en guerre. Un soldat américain, pendant la guerre de 14-18, saute sur une mine, devient aveugle et est amputé de tous ses membres. Réduit à l'état de tronc, il parvient malgré tout à communiquer. Il n'est peut-être pas conseillé de projeter ce film dans des établissements pour personnes âgées et pourtant, la morale de cette histoire pourrait servir à la formation des aides soignantes, les convaincre que l’état de leurs patients n'est jamais à ce point désespéré qu'ils ne puissent plus communiquer d'une manière quelconque.
Anecdote du professeur Jacquard : suite à une expérience chez Renault, il avait été posé la question suivante : « qu'attendez-vous de cette journée ?» La réponse, aussi étonnante qu'elle puisse paraître, n'était pas d'obtenir un succès quelconque, de faire une bonne affaire, d'avoir une promotion, mais seulement de faire des rencontres intéressantes avec des personnes nouvelles. Pour Jacquard le mot de la fin et le mot clé est : «  la rencontre ».

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Rédigé par Yann AUFFRAY pour Dagda Conseil Page/

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