Recherche cnrs, directeur adjoint du laboratoire "Sociétés Santé Développement" (cnrs université Bordeaux 2)








titreRecherche cnrs, directeur adjoint du laboratoire "Sociétés Santé Développement" (cnrs université Bordeaux 2)
page1/20
date de publication04.03.2017
taille1 Mb.
typeRecherche
b.21-bal.com > droit > Recherche
  1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   20



Guy de Thé et Annie Hubert † [- 2010]

Anthropologue, directeur de recherche CNRS,
directeur adjoint du laboratoire "Sociétés Santé Développement"
(CNRS - Université Bordeaux 2)
(1988)


MODES DE VIE
et CANCERS.
Quand la biologie et l'anthropologie s'associent pour traquer le cancer à travers la mosaïque génétique et sociale des groupes humains.

Un document produit en version numérique par Diane Brunet, bénévole,

Diane Brunet, bénévole, guide, Musée de La Pulperie, Chicoutimi

Courriel: Brunet_diane@hotmail.com
Dans le cadre de: "Les classiques des sciences sociales"

Une bibliothèque numérique fondée et dirigée par Jean-Marie Tremblay,

professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi
Site web: http://classiques.uqac.ca/
Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque

Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi

Site web: http://bibliotheque.uqac.ca/




Politique d'utilisation
de la bibliothèque des Classiques


Toute reproduction et rediffusion de nos fichiers est interdite, même avec la mention de leur provenance, sans l’autorisation formelle, écrite, du fondateur des Classiques des sciences sociales, Jean-Marie Tremblay, sociologue.
Les fichiers des Classiques des sciences sociales ne peuvent sans autorisation formelle:
- être hébergés (en fichier ou page web, en totalité ou en partie) sur un serveur autre que celui des Classiques.

- servir de base de travail à un autre fichier modifié ensuite par tout autre moyen (couleur, police, mise en page, extraits, support, etc...),
Les fichiers (.html, .doc, .pdf., .rtf, .jpg, .gif) disponibles sur le site Les Classiques des sciences sociales sont la propriété des Classiques des sciences sociales, un organisme à but non lucratif composé exclusivement de bénévoles.
Ils sont disponibles pour une utilisation intellectuelle et personnelle et, en aucun cas, commerciale. Toute utilisation à des fins commerciales des fichiers sur ce site est strictement interdite et toute rediffusion est également strictement interdite.
L'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisateurs. C'est notre mission.
Jean-Marie Tremblay, sociologue

Fondateur et Président-directeur général,

LES CLASSIQUES DES SCIENCES SOCIALES.

Cette édition électronique a été réalisée par Diane Brunet, bénévole, guide retraitée du Musée de La Pulperie, Chicoutimi à partir du livre de :

Guy de THÉ et Annie HUBERT
MODES DE VIE et CANCERS.

Quand la biologie et l'anthropologie s'associent pour traquer le cancer à travers la mosaïque génétique et sociale des groupes humains.
Préface du Professeur Jean Dausset, Prix Nobel de médecine. Paris : Les Éditions Robert Laffont, 1988, 263 pp. Collection : La fontaine des sciences.
[Autorisation formelle accordée le 28 août 2012 par l’époux de la défunte auteure, Monsieur Jean-François Baré, anthropologue, de diffuser ce texte dans Les Classiques des sciences sociales.]
Courriel : Jean-François Baré : jfbare@wanadoo.fr


Polices de caractères utilisée :
Pour le texte: Times New Roman, 14 points.

Pour les notes de bas de page : Times New Roman, 12 points.
Édition électronique réalisée avec le traitement de textes Microsoft Word 2008 pour Macintosh.
Mise en page sur papier format : LETTRE US, 8.5’’ x 11’’.
Édition numérique réalisée le 17 décembre 2012, révisée le 10 février 2014 à Chicoutimi, Ville de Saguenay, Québec.

Guy de Thé et Annie Hubert † [- 2010]
MODES DE VIE ET CANCERS.

Quand la biologie et l'anthropologie s'associent pour traquer le cancer à travers la mosaïque génétique et sociale des groupes humains.

Préface du Professeur Jean Dausset, Prix Nobel de médecine. Paris : Les Éditions Robert Laffont, 1988, 263 pp. Collection : La fontaine des sciences.

Table des matières

Liste des illustrations

Quatrième de couverture

Remerciements. [261]

Préface par le Pr Jean Dausset. [3]

Introduction. [7]
Chapitre 1. L'ennemi intérieur : les oncogènes. [13]

Chapitre 2. Les dangers de l'environnement : de délicieux poisons. [29]

Chapitre 3. La maladie évitable : médecine prédictive, médecine préventive. [45]

Chapitre 4. Culture et mode de vie : une question anthropologique. [63]

Chapitre 5. Alimentation et environnement. [75]

Chapitre 6. La rencontre entre le biologiste et l'anthropologue. [91]

Chapitre 7. Double regard sur un cancer. [101]

Chapitre 8. Le travail de terrain. [117]

Chapitre 9. Chedli le Tunisien. [129]

Chapitre 10. Macao : mah-jong et casino. [141]

Chapitre 11. Liu le Chinois. [153]

Chapitre 12. Le ciel est bas au Groenland. [171]

Chapitre 13. Les points communs. [187]

Chapitre 14. Alimentation et cancer. [197]

Chapitre 15. Nous mangeons des symboles. [209]

Chapitre 16. Savoir manger et savoir vivre. [227]

Chapitre 17. La prévention : une solution d'avenir. [237]
Conclusion prospective. [249]
Annexe : Agents chimiques cancérigènes chez l'homme. [253]

Bibliographie succincte. [257]
Liste des illustrations


Figure 1.1. Les trois scénarios possibles de l’infection d’une cellule par un virus.

Figure 1.2. Le cancer : retour des cellules adultes vers un état embryonnaire. Développement et spécialisation des cellules.
Figure 2.1. Différences extrêmes d’incidence de cancers autour du monde.

Figure 2.2. Cancers les plus fréquents dans les pays industrialisés et les pays en voie de développement.

Figure 2.3. Effet multiplicateur du tabac et de l’alcool dans le cancer de l’œsophage.

Figure 2.4. Les migrants, selon leur adaptabilité au nouvel environnement socio-culturel, modifient leur risque de cancer. (Les chiffres représentent les taux de mortalité pour 100,000 habitants.)

Figure 2.5. Comparaison des taux de cancer selon les groupes humains et leur environnement (pour 100,000 habitants) : noirs africains, noirs américains et blancs américains.

Figure 2.6. Cause de mortalité en Angleterre entre 1951 et 1981 : accidents violents, accidents cardio-vasculaires et autres causes, cancers, maladies infectieuses.

Tableau 2.7. Exposition
Figure 3.1. Proportion des cancers mortels attribués à différents facteurs et habitudes.

Figure 3.2. Les trois conditions entraînant le développement d’un cancer.

Figure 3.3. Estimation du nombre de cas des huit principaux cancers autour du monde et stratégies possibles de prévention
Figure 7.1. La région ombrée de noir est celle du rhino-pharynx, siège du cancer en cause.
Modes de vie et cancers.
QUATRIÈME DE COUVERTURE

Retour à la table des matières

Quatre-vingt pour cent des cancers sont évitables parce qu'ils sont liés à nos modes de vie, en particulier à ce que nous introduisons, de notre chef, dans notre organisme. Certaines de ces habitudes nocives sont bien connues (tabac, alcool), mais il est souvent plus difficile de mettre en évidence le facteur environnemental qui conduit à l'apparition d'un cancer.

Les médecins ont toujours cherché à faire apparaître les facteurs distinguant les malades des sujets sains pour découvrir les causes des maladies.

Mais cette démarche se révèle inopérante lorsqu'on ne sait pas comment isoler les facteurs suspects et lorsqu'on constate une forte incidence de cancers identiques dans des populations très différentes et ayant des styles de vie très distincts. Ainsi en est-il pour le cancer du rhinopharynx fréquent chez les Chinois de la région de Canton, les Africains du Nord et les. Groenlandais.

Il faut alors recourir à la méthode audacieuse inaugurée par Guy de Thé, cancérologue, spécialisé dans l'étude des virus et des cancers, et Annie Hubert, anthropologue, l'épidémio-anthropologie. Cela consiste à conduire simultanément, dans les populations concernées, des examens biologiques et une étude très minutieuse des comportements sociaux, en particuliers alimentaires.

Une telle démarche devient une aventure scientifique d'envergure planétaire, car elle conduit les chercheurs sous toutes les latitudes et longitudes, en Chine, en Tunisie, au Groenland. Elle est ici racontée pour la première fois.

« On doit féliciter les auteurs de cet ouvrage, d'avoir ouvert cette nouvelle voie de recherche. Ainsi, un nouveau pan d'obscurité et d'ignorance sera abattu et l'homme, grâce à ces nouvelles connaissances, pourra davantage prendre en mains son destin, gérer sa santé, et ainsi se libérer de bien des contraintes qui jusqu'alors limitaient les possibilités de développement et d'épanouissement de toutes ses extraordinaires facultés, trop souvent en jachère. »

(Extrait de la préface Pr JEAN DAUSSET, Prix Nobel.)



Guy de Thé : docteur en médecine et docteur d'Etat ès sciences. Directeur de Recherche au C.N.R.S. (recherches sur les relations entre virus et cancer). Auteur de plusieurs ouvrages scientifiques et de Sur la piste du cancer (Flammarion). Annie Hubert : anthropologue au C.N.R.S. Auteur de Herbes et épices (Albin Michel) et de plusieurs ouvrages édités par le C.N.R.S.

[261]
Modes de vie et cancers.
REMERCIEMENTS

Retour à la table des matières

Les figures ont été réalisées par Marguerite de Thé. Nous l'en remercions très vivement, de même que Bernadette Maret et Odile Robert pour leur contribution à la préparation du manuscrit.

À Gérard Klein va notre reconnaissance pour son inébranlable intérêt pour notre approche interdisciplinaire.

SOURCES DES FIGURES ET TABLEAUX
p. 30 - 2.1. d'après les publications CIRC/OMS Cancer in Five Continents 1976-1982.

p. 31 - 2.2. d'après les publications CIRC/OMS Cancer in Five Continents 1976-1982.

p. 34 - 2.3. d'après A. Tuyns - CIRC/OMS - 1975.

p. 37 - 2.4. d'après données du CIRC/OMS, 1976 analysées par Doll et Peto. 1981.

p. 38 - 2.5. d'après données du CIRC/OMS, 1976 analysées par Doll et Peto. 1981.

p. 40 - 2.6. d'après Social Trends no 13 et 14 HMSO Londres, 1982 et 1983.

p. 42 - 2.7. d'après conclusions d'un groupe de travail CIRC/OMS, 1980, analysées par Doll et Peto, 1981.

p. 48 - 3.1. d'après R. Doll et R. Peto, In : The causes of Cancer p. 1256, 1981.

p. 60 - 3.3. sources : Parkin et Coll. 1984 ; Stjernsnard et Muir, 1986, CIRC/OMS.

[3]

Modes de vie et cancers.
PRÉFACE
par le Pr Jean Dausset,

Prix Nobel de médecine

Retour à la table des matières

La notion que le cancer puisse être favorisé par le mode de vie est facilement acceptée et est même devenue évidente pour le cancer du poumon et le facteur tabac.

Généraliser cette notion au moment même où apparaissent presque tous les jours dans la presse scientifique, voire dans la grande presse, de nouvelles descriptions de gènes responsables de cancers, les oncogènes, pouvait sembler une gageure.

Classiquement on distingue deux protagonistes : l'individu biologique représenté par son patrimoine génétique - avec ses multiples oncogènes - et les facteurs externes déclenchant la transformation maligne.

À ces deux protagonistes, les auteurs de Modes de vie et cancers y ajoutent un troisième, le comportement individuel, qui lui-même favorise le ou les facteurs déclenchants.

Les comportements se sont greffés sur l'inné. Les influences extérieures ont modelé la personnalité de chacun ; le fond génétique persiste mais des réflexes acquis se sont ajoutés aux réflexes innés stéréotypés. Ce sont ces phénomènes épigénétiques qui constituent la richesse individuelle. Ce sont eux que les auteurs se sont donné comme tâche de traquer - tout au moins ceux qui peuvent entraîner l'apparition d'un cancer.

Depuis toujours on a cherché à guérir. Depuis quelques décennies on a cherché à prévenir - en particulier par la vaccination - et plus récemment par de multiples approches.

Déjà il était clair, pour nos pères, que certains individus présentaient un « terrain » plus favorable que d'autres au développement [4] d'une maladie. Ils parlaient de « terrain tuberculeux », de « terrain diabétique », etc.

La biologie moderne a précisé cette notion et l'a traduite en termes de biologie moléculaire au niveau de la longue molécule d’ADN qui constitue notre patrimoine génétique. On connaît déjà certains gènes de susceptibilité ou de résistance. De nombreuses maladies, par exemple, sont associées à certains groupes tissulaires HLA.

Il nous est donc possible, dès maintenant, sinon de prédire une maladie, tout au moins de calculer la probabilité qu'elle atteigne certains individus.

Ainsi est née la médecine prédictive. Prédire est devenu le premier acte de la prévention.

Nous avons été, mon ami Jacques Ruffié et moi-même, les premiers à utiliser l'expression de médecine prédictive. Bien que l'adjectif n'existe pas dans le dictionnaire de l’Académie, il nous a, néanmoins, paru adéquat et très français.

Le domaine de cette médecine prédictive, qui sera au cœur de la médecine du XXe siècle, peut se concevoir très limité ou, au contraire, très vaste.

Jusqu’à présent la médecine prédictive s'appliquait d'une façon très précise, voire mathématique, aux maladies génétiques déterminées par le défaut d'un seul gène (les maladies monogéniques).

Prédire, dès la vie utérine, la maladie dont un nouveau-né sera atteint est un exercice quotidien (myopathie de Duchesne, par exemple). Rechercher chez un adolescent la présence d'un gène dont on sait qu'il provoquera une démence à l'âge adulte (maladie de Huntington) est déjà une réalité. Dans ces deux cas, l'atteinte pathologique du fœtus existe déjà in utero et celle de l'adulte est une quasi-certitude.

Un pas de plus a été franchi lorsque nous avons proposé d'appliquer cette même méthode à des maladies dues à plusieurs gènes et dont l'expression n'est pas obligatoire. Il s'agit ici seulement de probabilité. Par exemple, si un enfant nouveau-né possède des antigènes HLA DR3-DR4 et surtout s'il est né dans une famille déjà atteinte, il aura une probabilité très grande de développer un diabète grave. Cet enfant sera systématiquement surveillé et, dès les premiers symptômes, pourra être traité.

Mais cette simple probabilité ne fait que traduire notre ignorance car le diabète nécessite, pour se développer, la présence d'autres [5] gènes. C'est la rencontre malencontreuse, chez un même individu, d'un certain jeu de gènes qui constitue probablement le « terrain diabétique » entraînant une susceptibilité particulière. Encore faut-il vraisemblablement l'intervention d'un facteur ou de plusieurs facteurs extérieurs qui déclenchent la maladie (virus, par exemple).

Nous avons donc affaire ici à une maladie polygénique et polyfactorielle déclenchée sur un terrain génétique adéquat par un ou plusieurs facteurs de l'environnement.

Ce ou ces facteurs sont les seuls sur lesquels nous puissions actuellement agir, en attendant d’autres méthodes thérapeutiques comme la thérapeutique génique, c'est-à-dire l'introduction dans une cellule somatique - et seulement somatique - d'un gène venant corriger le ou les gènes défectueux.

Bien des maladies fréquentes dans notre société occidentale (maladies rhumatismales, cardio-vasculaires, cancers) sont certainement polygéniques et polyfactorielles et, dans la plupart des cas, gènes et facteurs déclenchants sont encore inconnus.

Nous n'avions pas, jusqu'à présent, osé nous aventurer plus loin que la détermination des gènes impliqués et du ou des facteurs déclenchants, qu'ils soient physiques, chimiques ou microbiologiques. Par cette recherche nous pensions aboutir à une médecine prédictive déjà très futuriste.

Or voici qu'une étape supplémentaire est franchie très judicieusement, celle de l'étude du comportement socioculturel favorisant l'apparition ou le contact avec le facteur déclenchant.

Ici interviennent essentiellement des influences psychologiques qui se sont exercées tout au long de la vie - et surtout dans l'enfance et l'adolescence. Dans le cerveau malléable de cet âge se sont gravés bien des réflexes acquis - la fameuse « empreinte » de Lorenz (on se souvient des jeunes oies qui suivent les souliers de Lorenz, croyant suivre leur mère). C'est dans le premier âge que s'impriment les comportements acquis qui conditionneront en grande partie les relations sociales ; il faut bien les distinguer des comportements innés stéréotypés bien connus chez les animaux mais dont l'homme n'est cependant pas exempt.

À ces « empreintes » il faut certainement ajouter les influences moins profondément ancrées que sont les habitudes, les manies individuelles mais aussi les mœurs et les modes qui touchent un [6] groupe ethnique dans son ensemble ou parfois seulement un groupe plus restreint, une tribu, voire une génération.

Nous sommes donc parvenus au carrefour du fond génétique et de tous les phénomènes épigénétiques qui viennent s'y greffer, s'y graver. Ces derniers ne peuvent être réellement étudiés que par des sociologues et des psychologues. Encore ne peut-on espérer aboutir à des conclusions solides qu'en effectuant des comparaisons entre des groupes de populations afin de mettre en évidence des différences ou au contraire des similitudes de comportements. C'est là qu'intervient l'anthropologue, dont la vision socioculturelle est globale.

Mais l'anthropologue à lui seul est encore impuissant car, et c'est là la grande originalité de ce volume, il lui faut l'aide du biologiste. Seule une approche interdisciplinaire pourra prouver que le « terrain socioculturel » défini par l'anthropologue favorise l'intervention d'un facteur et que celui-ci est bien le facteur déclenchant recherché.

En bref, anthropologue et biologiste s'associent pour dépister des facteurs socioculturels favorisant l'action des facteurs génétiques.

Tâche immense, exaltante qui apporte un éclairage nouveau pour la recherche sur le cancer, premier objectif, bien sûr, mais dont le modèle pourra s'étendre et le sera certainement à d'autres affections encore mystérieuses.

Ainsi, la médecine prédictive aura pris une nouvelle dimension. En passant de la simple détection, disons presque mécanique, d'un gène pathologique à celle déjà plus ambitieuse d'un jeu de gènes malencontreusement réunis chez un individu, la voici désormais à la recherche des phénomènes épigénétiques qui constituent la personnalité de chaque homme, et qui, indubitablement, peuvent être responsables de bien des troubles pathologiques, dont le cancer.

On doit féliciter les auteurs de cet ouvrage d'avoir ouvert cette nouvelle voie de recherche.

Ainsi, un nouveau pan d'obscurité et d'ignorance sera abattu, et l'homme, grâce à ces nouvelles connaissances, pourra davantage prendre en mains son destin, gérer sa santé, et se libérer de bien des contraintes qui jusqu'alors limitaient les possibilités de développement et d'épanouissement de toutes ses extraordinaires facultés, trop souvent en jachère.

[7]

Modes de vie et cancers.
INTRODUCTION

Retour à la table des matières

« Le cancer est une maladie en grande partie évitable. »

Quand Sir Richard Doll et Richard Peto de l'université d'Oxford réunirent en un long article 1, à la demande du Congrès américain, les éléments leur permettant de faire une telle déclaration, cela fit l'effet d'une bombe !

Depuis le début du siècle, les chercheurs les plus brillants s'acharnaient à découvrir au coeur de la matière vivante le secret du cancer. À peine avaient-ils découvert l'origine de la transformation cellulaire dans certains gènes 2, ce qui favorisait l'idée d'une maladie inévitable, voici que deux épidémiologistes anglais démontrent que la répartition des différents types de cancers autour du monde ne s'explique que par le rôle déterminant de nos modes de vie sur le développement de la grande majorité des tumeurs 3. La conséquence logique de cette observation est l'évitement théoriquement possible de maladies qu'on croyait inévitables...

La connaissance du monde qui nous entoure et la compréhension des mécanismes qui président à la vie ont souvent progressé par à-coups, grâce à des remises en question, parfois déchirantes, de vérités qui semblaient bien établies. Les changements proviennent soit de visions soudaines et fulgurantes, telle l'intuition de la gravitation universelle (Isaac Newton), soit de la conclusion d'un long cheminement scientifique, telles les idées coperniciennes sur la mécanique céleste.

[8]

La réaction de la plupart des scientifiques et des responsables de la Santé et des Affaires sociales des pays occidentaux, devant l'éventualité d'une prévention possible des maladies cancéreuses, fut celle d'un scepticisme agressif, tant la notion de fatalité était associée à cette maladie.

On argumenta d'abord sur la proportion évaluée à 80% des cancers évitables, et sur le fait que les facteurs de risques étant différents pour chaque cancer, l'on pouvait peut-être éviter un cancer, mais on risquait d'en développer un autre. Où était alors le progrès ? Ce que les travaux de Doll et Peto montraient était que l'événement cancer pouvait être retardé significativement, peut-être même évité, prolongeant l'espérance de vie moyenne d'une à deux décennies. Mais il est vrai qu'il nous faudra mourir, car c'est grâce à la mort que la vie se renouvelle sans cesse. Si le cancer, fruit du vieillissement cellulaire, est une des façons de mourir, il y en a d'autres, moins dramatiques et le but d'un système de santé moderne n'est-il pas de favoriser la plus longue vie 4 en bonne santé ?

Le second argument contre les conclusions des épidémiologistes reposait sur la valeur qualitative et non quantitative de la notion de modes de vie. Depuis Claude Bernard et Louis Pasteur, la médecine était devenue scientifique. Alors que nous assistions à l'apothéose de cette médecine « dure » dans laquelle tout se mesure, se quantifie, pour laquelle l'organisme est une mécanique de haute technologie, certes, mais que l'on peut « séparer », et qui accepte le remplacement de certains organes, ou greffes de cellules, voici que l'on faisait intervenir dans ses dérèglements majeurs des facteurs difficilement quantifiables !

La confusion de certains esprits devant cette mise en faiblesse d'une recherche médicale volant de réussites en réussites, et à laquelle seul le cancer semblait résister, probablement pour peu de temps, entraîna un réflexe de rejet de l'idée par trop simpliste d'une prévention possible avant de comprendre le mécanisme impliqué. Et pourtant, de même que Galilée, après avoir abjuré les idées coperniciennes devant le tribunal de l'Inquisition, s'écriait : « Et pourtant elle se meut » parlant de notre planète, l'on peut assurer que nos [9] modes de vie, en particulier alimentaires, influent d'une façon décisive sur notre propension à développer certains cancers digestifs et hormono-dépendants 5.

Si les biologistes ne sont pas préparés à analyser nos modes de vie, c'est, par contre, le rôle des ethnologues et des anthropologues. Mais les sciences de l'homme et de la société dont les observations sont largement qualitatives, sont mal, et parfois très mal, jugées par les sciences biologiques dites exactes pour lesquelles toute observation non quantifiable sort du domaine scientifique !... On retrouve cette ségrégation dans l'affectation des budgets en matière de santé. Le tableau ci-dessous compare l'affectation des dépenses et l'importance des facteurs contribuant à la réduction de la morbidité 6 et de la mortalité dans nos sociétés occidentales. Alors que les modes de vie interviennent d'une façon déterminantes, les budgets qui sont affectés à leur étude sont insignifiants...

Importance relative sur la morbidité/ mortalité

Facteurs impliqués

Affectation des dépenses aux États-Unis en 1976

30%

Connaissances biomédicales

8%

15%

Facteurs environnementaux

1,5%

45%

Modes de vie

1,5%

10%

Soins médicaux

90%

D'après Dever, 1976 7.

Cette échelle de valeur s'inscrit dans notre système culturel. Si la médecine occidentale depuis Hippocrate étudie le normal à partir du pathologique et a privilégié la médecine curative par rapport à la médecine préventive, à l'autre extrémité du monde, la médecine traditionnelle [10] chinoise a perçu depuis des millénaires la santé comme un équilibre à préserver et la maladie comme un déséquilibre entre les forces complémentaires yin et yang, qui règlent l'état physique et psychique de l'homme, d'où la prééminence de la prévention pour la médecine chinoise.

Ce livre raconte l'histoire d'une aventure scientifique née du hasard et de la nécessité entre un biologiste, spécialiste des relations entre virus et cancers, et une anthropologue, spécialiste des habitudes alimentaires. Depuis 1970, mon équipe étudiait, en Chine et en Afrique, un cancer de l'arrière-gorge (rhino-pharynx) étroitement associé à un virus provoquant des maladies différentes selon l'environnement où il sévit : mononucléose infectieuse de l'adolescent en régions tempérées 8, lymphome dit de Burkitt chez l'enfant africain 9.

Nous nous trouvions dans une impasse, dans nos recherches sur le cancer du rhino-pharynx. L'implication causale du virus dit d'Epstein-Barr dans le développement de cette tumeur était acceptée par tous les chercheurs, mais la distribution géographique de cette dernière très limitée (restreinte au réseau de la rivière des Perles en Chine du Sud, au Maghreb et au monde arctique) nécessitait l'intervention de facteurs autres que ce virus présent sous toutes les latitudes. En effet seuls quelques groupes étaient touchés par ce cancer. Les approches classiques d'analyses génétiques et d'enquêtes de cas comparés à des témoins n'avaient rien donné 10. Comme il est décrit au chapitre 6, je me tournai alors, à l'occasion de cours au Collège de France, vers les ethnologues et anthropologues pour avoir leur réaction devant ce problème. Annie Hubert, qui avait étudié pendant douze ans les modes de vie alimentaires d'un groupe ethnique de la Thaïlande, groupe proche de certaines minorités de la Chine du Sud où ce cancer sévit, accepta le défi d'une approche interdisciplinaire et le risque d'un jugement sévère de la part de ses pairs.

[11]

Son énergie, son sens de l'organisation et de l'observation ainsi qu'un jugement sûr lui permirent de proposer en moins de deux ans une hypothèse, dont la vérification fait l'objet d'études « quantitatives » reprises en laboratoire et sur le terrain.

Ainsi les études anthropologiques menées dans plusieurs groupes humains, aussi différents que des Chinois cantonais, des Arabes maghrébins et des Eskimos groenlandais permirent-elles de débloquer une situation de recherche biomédicale sur le rôle d'un virus dans un cancer humain. En fait, il n'est pas étonnant que certaines coutumes, telles que le baiser nourricier 11, les scarifications, ou certaines pratiques sexuelles favorisent la transmission d'un virus. Dans le cas qui nous occupe ici, il s'agissait de découvrir les facteurs agissant sur l'individu déjà infecté par un virus et qui favorisaient l'action cancérigène de ce dernier.

On verra comment certains aliments furent mis en accusation, puis étudiés en laboratoire, soulevant la possibilité d'interactions entre cancérigènes chimiques, présents dans l'alimentation et le virus d'Epstein-Barr.

Trois parties, non matérialisées, forment cet ouvrage. La première (chapitres 1 à 5) traite de l'origine génétique de la transformation cellulaire, des causes environnementales des cancers, du défi posé par la nécessaire collaboration interdisciplinaire...

La deuxième partie (chapitres 6 à 13) conte l'aventure scientifique conjointe de chacun de nous et les recherches sur le terrain virologique, anthropologique et les découvertes réciproques.

La troisième partie (chapitres 14 à 17) analyse les résultats obtenus, leur signification pour la recherche sur la prévention des cancers et montre combien la recherche biomédicale aura à gagner de cette collaboration entre les sciences exactes et les sciences de l'homme et de la société pour préparer la médecine du XXIe siècle qui sera davantage prédictive et préventive.

L'homme est un ensemble fort complexe de gènes dont l'expression est parfois modulée par ses modes de vie ! Quel extraordinaire défi que l'étude de ces interactions dont la compréhension permettra un plus grand épanouissement de la santé et la prévention de nombre de maladies liées à ces interactions !
[13]
Modes de vie et cancers.
Chapitre 1
L'ENNEMI INTÉRIEUR :
LES ONCOGÈNES
Retour à la table des matières

Qu'est-ce qui provoque un cancer ? Qu'est-ce qui explique d'autre part l'extraordinaire dispersion statistique des risques d'apparition d'un cancer, d'un individu à l'autre, d'un groupe humain à un autre ? Au début des années cinquante encore, le professeur Jean Bernard, inaugurant un congrès international consacré au cancer n'hésitait pas à déclarer : « Tout ce que nous savons sur l'origine du cancer peut être écrit sur une carte de visite. » Les ordinateurs les plus puissants sont aujourd'hui nécessaires pour conserver et trier les informations concernant cette - ou plutôt ces maladies.

Un cancer est une tumeur, une grosseur apparaissant dans un tissu. Bien que les tumeurs soient connues depuis l'Antiquité, ce n'est qu'en 1865 que Virchow proposa une origine cellulaire aux cancers. On admettait jusque-là que les cellules se formaient soit à partir de leur propre division, soit encore à partir d'une « cristallisation » de la lymphe ou du tissu cellulaire qui baigne tous les organes. Virchow récusa cette seconde interprétation et énonça une hypothèse qui fut vérifiée : omnis cellula e cellula. Une cellule ne naît que d'une cellule. Il eut du même coup l'intuition que le cancer représentait une prolifération anormale de certaines cellules dans un organe précis. Mais qu'est-ce qui provoquait cette prolifération ? Pourquoi la mécanique cellulaire se mettait-elle à dérailler ?

La plupart des connaissances sur le cancer récemment accumulées concernent les mécanismes moléculaires qui interviennent au cœur même de la cellule et qui contrôlent sa division. C'est grâce à ces connaissances qu'on dépiste plus précocement le cancer et qu'on le soigne mieux. Peut-être les techniques de biologie moléculaire et de [14] génie génétique permettront-elles un jour de remédier au dérèglement des cellules tumorales en agissant directement sur les gènes responsables de la transformation cancéreuse. On appelle ces gènes des oncogènes.

Virus et Cancers

La découverte récente de ces oncogènes est l'aboutissement d'un long cheminement scientifique qui a commencé au début du siècle. L'histoire vaut d’être contée. Elle permettra de mieux comprendre les différentes phases préliminaires à la maladie et elle montrera comment l'accumulation patiente de connaissances sur des virus un peu bizarres, observés d'abord sur les oiseaux et les souris chez qui ils induisent des tumeurs, permit la découverte des oncogènes et de virus cancérigènes chez l'homme. Cette histoire est faite de surprises et de remises en question des certitudes antérieures.

D'abord, les virus. À la fin du XIXe siècle, un savant russe, Ivanowski, fit une expérience qui laissa longtemps perplexe la communauté scientifique. En broyant des feuilles de tabac atteintes d'une maladie appelée « mosaïque » et en filtrant le jus obtenu à travers de la porcelaine à pores très fins, Ivanowski réussit à contaminer des plants sains. Or on croyait à l'époque - premier dogme bousculé – que les seuls agents infectieux étaient les bactéries qui étaient beaucoup trop grosses pour franchir le filtre de porcelaine. Les agents infectieux d'Ivanowski étaient des virus, des particules minuscules, cent à mille fois plus petites que les bactéries, et qui demeurèrent invisibles jusqu'à l'invention du microscope électronique.

Puis, au début du XXe siècle, deux chercheurs danois à Copenhague, Ellerman et Bang, et un Américain à New York, Peyton Rous, observèrent presque simultanément que des leucémies et des sarcomes (cancers des cellules du système sanguin) de la poule étaient transmissibles au jeune poulet par des ultrafiltrats de tumeurs broyées, homogénéisées et filtrées à travers la porcelaine à pores fins. Cela fit l'effet d'une bombe. En effet, les virus sont des agents infectieux alors que les cancers ne sont pas des maladies contagieuses. Un second dogme était ébranlé. Aussi cette découverte fut-elle accueillie avec scepticisme : ne démontrait-elle pas au mieux [15] que les leucémies et les sarcomes aviaires n'étaient pas de vrais cancers ? Il manquait au moins un maillon au raisonnement, celui précisément des oncogènes.

Considérons un virus d'un peu plus près. C'est un parasite extrêmement petit - cent à mille fois plus petit qu'une bactérie - des cellules végétales, animales ou humaines. Les virus sont composés d'un acide nucléique (ADN ou ARN 12, la différence a son importance, on le verra) qui porte une information génétique protégée par une coque rigide parfois entourée d'une enveloppe. Cette information génétique est regroupée en gènes, en nombre de un à vingt. Les virus sont des parasites absolus et obligatoires des cellules. Seuls, ils sont incapables de se reproduire, et il leur faut, pour y parvenir, coloniser et détourner à leur profit la machinerie moléculaire d'une cellule hôte. Le virus commence par se fixer sur un récepteur situé à la surface de la cellule qu'il a prise pour cible. Il franchit cette véritable porte d'entrée et pénètre dans l'intérieur de la cellule où sa coque est digérée. Réduit à l'état d'acide nucléique, c'est-à-dire d'information génétique, il se dirige vers le noyau et prend le contrôle du mécanisme qui permet normalement à la cellule de se répliquer ou de produire les protéines indispensables à son activité. Il le force à fabriquer des nouveaux virus identiques à lui-même.

Si la cellule laisse agir le virus, on la dit permissive. Le virus l'oblige à produire des dizaines de milliers de virus de seconde génération et, en général, elle en meurt (voir figure 1.1) C'est l'effet du virus de la grippe sur les muqueuses respiratoires, de celui de la poliomyélite sur les cellules nerveuses et du virus du SIDA sur les lymphocytes T.

Mais - et cela dépend du type du virus et de cellule concernés -, il arrive que la cellule réussisse à bloquer la réplication du virus. Deux situations peuvent alors apparaître.

Dans le premier cas, bloqué par les enzymes cellulaires, le virus reste tapi, « latent », tant que la cellule reste saine ou du moins capable de lui faire obstacle. Mais si elle doit lutter sur un autre [16] front, si elle est secondairement agressée par un autre facteur qui peut être chimique, physique, hormonal, alors le virus en profite et se réveille. C'est ce qu'on observe pour les virus de l'herpès, labial et génital, pour le virus de la varicelle-zona, et pour le virus d'Epstein-Barr associé en Afrique et en Chine à des cancers sur lesquels on reviendra. C'est du reste aussi le cas pour le virus du SIDA.


  1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   20

similaire:

Recherche cnrs, directeur adjoint du laboratoire \"Sociétés Santé Développement\" (cnrs université Bordeaux 2) iconBiographie Christian Pihet
«Christian Pihet, professeur de géographie à l’université d’Angers est chercheur à l’umr du cnrs «Espaces et sociétés». IL est également...

Recherche cnrs, directeur adjoint du laboratoire \"Sociétés Santé Développement\" (cnrs université Bordeaux 2) iconDirecteur de Recherche au cnrs (1ère classe) Adresse professionnelle
«Biodiversité et fonctionnement des écosystèmes» de l’Université Blaise Pascal Clermont II

Recherche cnrs, directeur adjoint du laboratoire \"Sociétés Santé Développement\" (cnrs université Bordeaux 2) iconMécanique : En route vers la voiture propre
«Énergétique des moteurs à combustion interne» (emci), au Laboratoire de mécanique des fluides (lmf) (Laboratoire cnrs école centrale...

Recherche cnrs, directeur adjoint du laboratoire \"Sociétés Santé Développement\" (cnrs université Bordeaux 2) iconRecherche, cnrs (ihpst), Paris curriculum vitae
«chose même» en philosophie sous la direction de Françoise Dastur (mention tb)

Recherche cnrs, directeur adjoint du laboratoire \"Sociétés Santé Développement\" (cnrs université Bordeaux 2) iconC2m institut Charles Gerhardt Montpellier, Equipe C2M, umr 5253 cnrs,...

Recherche cnrs, directeur adjoint du laboratoire \"Sociétés Santé Développement\" (cnrs université Bordeaux 2) iconThématiques et terrains de recherche post-doctoral 2015-2016
«Évolution, patrimoine naturel et sociétés», spécialité emts «Environnement : Milieux, Techniques et Sociétés» parcours «Ethnoécologie,...

Recherche cnrs, directeur adjoint du laboratoire \"Sociétés Santé Développement\" (cnrs université Bordeaux 2) iconInstitut Méditerranéen d’Ecologie et de Paléoécologie (imep, umr cnrs 6116)

Recherche cnrs, directeur adjoint du laboratoire \"Sociétés Santé Développement\" (cnrs université Bordeaux 2) iconInstitut Méditerranéen d’Ecologie et de Paléoécologie (imep, umr cnrs 6116)

Recherche cnrs, directeur adjoint du laboratoire \"Sociétés Santé Développement\" (cnrs université Bordeaux 2) iconCompte rendu de l’entretien entre Catherine Bréchignac et Arnold...
«hommes et milieux, patrimoines culturels, etc.», comportent évidemment une part importante de shs et IL n’y a qu’un pas pour penser...

Recherche cnrs, directeur adjoint du laboratoire \"Sociétés Santé Développement\" (cnrs université Bordeaux 2) iconQuestionnaire d’inscription de societes d’exercice de laboratoire de biologie medicale








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
b.21-bal.com