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LE PHÉNOMÈNE CRIMINEL
JUSQU'AU XIXe SIÈCLE


Le problème des crimes est aussi ancien que l'existence des groupes sociaux structurés, en d'autres termes, que l'existence des hommes sur la terre. "Là où il n'y a ni morale, ni règle, il n'y a, par conséquent, non plus de crimes" 1. Le crime est, depuis toujours, un problème qui ressortit à la morale d'une part, et au droit pénal d'autre part. Il s !ensuit que, traditionnellement, seules les études philosophiques et les études juridiques traitaient du problème des crimes.

Jusqu'au XIXe siècle, le point de vue juridique a dominé très nettement l'étude de la criminalité. Le dicton de CARRARA, l'un des représentants de l'école classique du droit pénal, caractérise cet état d'esprit : "le crime n'est pas une entité de fait, mais une entité de droit ; il n'est pas une action, mais une infraction" 2.

L'étude des crimes a donc été strictement circonscrite par les dispositions du droit pénal. Son champ d'action a été limité à ce qui heurtait et mettait en action l'appareil répressif. Ni les mobiles profonds de l'action, ni la personnalité du criminel, ni les conditions psychologiques et sociales dans lesquelles baignaient et sa personne et l'infraction n'ont retenu l'attention.

Vers la fin du XIXe siècle, avec le développement des sciences expérimentales et des sciences d'observation, surtout celles qui avaient trait à la biologie et à la médecine, la personne du délinquant à retenu l'attention des chercheurs. Et comme on vivait dans le siècle du [3] scientisme déterministe, ce furent les traits physiologiques et les données héréditaires des criminels que l'on soumit tout naturellement à l'analyse et que l'on considéra comme les clefs de voûte de la personnalité criminelle. C'est au nom de César LOMBROSO que sont liées les recherches les plus importantes qui, ayant pris de l'ampleur, ont constitué l'école positiviste italienne.

L'ÉTUDE DU CONDITIONNEMENT SOCIAL

L'importance attribuée par LOMBROSO et ses disciples aux aspects physiologiques héréditaires, donc individuels de la criminalité n'a pas tardé à déclencher des études centrées sur le conditionnement social de la criminalité. Il faut parler ici de l'œuvre de FERRI, considéré à juste titre comme le fondateur de la sociologie criminelle. Afin de systématiser les éléments qui enveloppent les faits criminels, FERRI propose de distinguer trois catégories de facteurs.

Les facteurs anthropologiques

Leur étude s'étend sur la constitution organique du corps (anomalies du cerveau, des organes vitaux etc.). Il s'agit en somme de toutes les caractéristiques somatiques des criminels. Vient ensuite l'analyse de la constitution mentale (anomalies de l'intelligence, de la sensibilité et du sens moral). L'étude du langage (argot) du criminel appartient à cet ordre, ainsi que les caractéristiques personnelles des criminels, tant biologiques que sociales, la race, l'âge, le sexe, l'état civil, la profession, le domicile, le statut social, et le niveau d'instruction. En somme, sont notés ici tous les traits individuels pouvant avoir une certaine importance.

Les facteurs physiques

[4]

Parmi eux on relève le climat, la nature du sol, la longueur de la journée et celle des saisons.

Les facteurs sociaux

FERRI énumère ici la densité de la population, l'opinion publique, les us et coutumes, les mœurs et la religion. Sous cette rubrique, il aborde aussi la famille, le niveau de l'enseignement, le degré de l'industrialisation et de l'alcoolisme. Mais tout ceci n'épuise pas encore le monde social : les conditions de vie économiques et sociales, le fonctionnement des administrations publiques (judiciaire, politique, policière, pénitentiaire) doivent encore être analysés. Il s'agit, en définitive, des courants collectifs qui agissent sur l'individu 3.

Si FERRI prétend que l'effet des facteurs sociaux sur la criminalité est prépondérant, il affirme néanmoins que ces divers facteurs sont en interaction constante et que c'est par leur ensemble qu'ils conditionnent le phénomène criminel.

"Tous les crimes, dit-il, sont la résultante des conditions individuelles et sociales. L'influence de ces facteurs est plus ou moins grande selon les conditions locales particulières. Les crimes contre les personnes indiquent une régularité plus grande dans leur évolution que les autres, montrant ainsi combien ils sont tributaires des constantes de la personnalité humaine alors que les autres dépendent plutôt des conditions sociales" 4.

À chaque phase d'évolution et à chaque état d'une société correspond un rapport assez constant de facteurs physiologiques, biologiques et sociaux de la délinquance. FERRI désigne ce rapport sous le nom de "loi de saturation criminelle" 5. Dans cette définition de la sociologie [5] criminelle 6, on se trouve en présence de deux éléments propres à la sociologie naissante : la partie synthétique qui se propose de reprendre les éléments fournis par d'autres disciplines et la partie analytique qui consiste dans l'étude d'un aspect de la vie sociale.

Cette définition a fourni jusqu'à nos jours les cadres des études descriptives de la sociologie criminelle. L'hypothèse de base, suggérant l'interdépendance des facteurs d'ordre physique et social, d'ordre individuel et collectif, est demeurée valable 7.

LE CRIME
PHÉNOMÈNE SOCIAL PATHOLOGIQUE


La tendance de la sociologie empirique lancée par FERRI et illustrée jusqu'à nos jours par des études importantes a été suivie ou plutôt dépassée par une conception de la sociologie criminelle centrée davantage sur la théorie sociologique. En effet, l'application la plus importante de la méthode durkheimienne fut faite sur un problème de pathologie sociale, en marge de la criminalité, le suicide. De plus, une des préoccupations constantes du grand maître a été la pathologie sociale, le problème du normal et de l'anormal 8.

Il n'y a pas de sociétés connues, déclare-t-il, où, sous des formes différentes, ne s'observe une criminalité plus ou moins développée. Il n'est pas de peuple dont la morale ne soit pas quotidiennement violée 9. Nous devons dire que le crime est nécessaire, continue-t-il, qu'il ne peut pas ne pas être, que les conditions fondamentales de l'organisation sociale, telles qu'elles sont connues, l'impliquent logiquement. Et il conclut : "par suite, il est normal 10. Le critère du caractère "normal" d'un phénomène est pour DURKHEIM, sa généralité. "Pour que la sociologie soit vraiment une science de ces choses, il faut que la généralité [6] de ces phénomènes soit prise comme critère de leur normalité" 11.

Dans toutes les sociétés, on distingue deux formes de phénomènes sociaux : celle qui est générale et se retrouve dans toute l'étendue de l'espèce, sinon chez tous les individus, du moins chez la plupart d'entre eux : si elle ne se répète pas identiquement dans tous les cas où on l'observe, les variations qu'elle subit sont comprises entre des limites très rapprochées : celle qui est exceptionnelle, et que DURKHEIM appelle "pathologie".

Il est évident que, dans une culture donnée, la présence d'un phénomène qualifié d'anormal ou de pathologique aura toujours un accent péjoratif, impliquera toujours un jugement de valeur défavorable vis-à-vis de ce phénomène. Ce n'est donc pas en cela que l'apport de DURKHEIM consiste, mais bien dans le fait que cette attitude et ce phénomène pathologique peuvent être étudiés comme les traits d'une culture, au même titre que n'importe quel autre trait.

Cette définition de la pathologie n'avait rien de philosophique, elle ne préjugeait en rien de l'essence ou de la nature des choses. Notre auteur s'empresse d'ajouter : le pathologique ne peut pas être déterminé in abstracto, il est toujours défini par rapport à une espèce donnée 12. Il n'en reste pas moins vrai qu'en empruntant ces termes au langage philosophique traditionnel pour les prendre dans un sens tout différent, DURKHEIM risquait une dangereuse confusion qui, hélas, n'a pas tardé à se produire.

II développe des vues importantes pour la sociologie contemporaine :

a) un fait social est normal pour un type social déterminé, considéré à une phase déterminée de son développement, quand il se produit dans la [7] généralité des sociétés de cette espèce, considérées à la phase correspondante de leur évolution ;

b) on peut vérifier les résultats de la méthode précédente en faisant voir que la généralité des phénomènes tient aux conditions générales de la vie collective dans le type social considéré ;

c) cette vérification est nécessaire quand ce fait se rapporte à une espèce sociale qui n'a pas encore accompli son évolution intégrale 13.

La criminalité n'a donc jamais de signification qu'en fonction d'une société, disons mieux, d'une culture particulière. Cette culture ne comprend pas seulement des éléments matériels, mais elle a aussi des mœurs particulières, ordonnées, qui reçoivent une signification en fonction du système de valeur qui lui est propre.

L'apport principal de DURKHEIM consiste donc en ce qu'il a montré qu'un phénomène pathologique, la criminalité par exemple, n'est pas d'ordre accidentel et ne procède pas de causes fortuites. Au contraire, il est lié "normalement" à la société, il fait partie de la culture et découle donc du fonctionnement "régulier" de celle-ci. Nous voilà bien loin des études empiriques inaugurées par FERRI.

Comment DURKHEIM concevait-il le mécanisme qui lie les phénomènes pathologiques, en l'occurrence la criminalité, à une culture donnée ? C'est par le concept de l'anomie qu'il l'exprime. De l'absence de normes, de règles qui contrôlent la conduite résulte un isolement relatif de l'individu et un sentiment d'exclusion, de non-appartenance aux divers groupes de la société. L'anomie désigne ce trouble de comportement de groupes sociaux qui ont imparfaitement assimilé les normes de conduite de la société globale. DURKHEIM a lié l'anomie aux deux types de solidarité, mécanique [8] et organique, qui correspondent à deux niveaux différents de la division du travail. Entre la fréquence d'un certain phénomène et l'action régulatrice de la société, un rapport plus ou moins constant s'établit.

Voici comment il explique ce rapport à propos du suicide : "Le taux des suicides constitue un ordre de fait un et déterminé ; c'est ce que démontrent à la fois sa permanence et sa variabilité. Car cette permanence serait inexplicable si elle ne tenait pas à un ensemble de caractères distinctifs solidaires les uns des autres qui, malgré la diversité des circonstances ambiantes, s'affirment simultanément ; et cette variabilité témoigne de la nature individuelle et concrète de ces mêmes caractères, puisqu'ils varient comme l'individualité sociale elle-même. En somme, ce qu'expriment ces données statistiques c'est la tendance au suicide dont chaque société est collectivement affligée... Chaque société est prédisposée à fournir un contingent déterminé de morts volontaires. Cette prédisposition peut donc être l'objet d'une étude spéciale et qui ressortit à la sociologie" 14.

Il démontrait, par ailleurs, que plus un individu manque de relations sociales intenses qui l'intègrent dans une structure sociale, plus il aura tendance, à l'occasion de certaines difficultés, à recourir au suicide. Par voie d'analogie on peut en dire autant de la criminalité et de tous les autres faits sociaux. L'anomie indique donc les troubles dans la fonction régulatrice spontanée de la société sur un phénomène social. DURKHEIM implique ainsi la possibilité de l'établissement de lois sociologiques : les attitudes individuelles, les situations sociales particulières sont tributaires des courants collectifs qui obéissent à [9] certaines lois de mouvement. Dans la terminologie sociologique actuelle, nous dirons qu'il s'agit du fondement du contrôle social.

A.-M. ROSE, développant l'idée de DURKHEIM, indique d'une manière plus précise le mécanisme de l'anomie dans une culture déterminée. Lorsque les membres des groupes qui composent une société dans une culture donnée ne sont pas bien intégrés, ils ne peuvent prévoir qu'imparfaitement le comportement des autres. Il s'ensuit une situation conflictuelle favorable à la délinquance. En effet, si les membres de ces groupes ne partagent pas les mêmes valeurs, n'obéissent pas aux mêmes normes de comportement, un état de "désorganisation sociale" se crée, engendrant des conflits sans nombre. Le "melting pot" ethnique et religieux des villes américaines a fourni d'innombrables exemples de "désorganisation sociale" partielle, issue de l'hétérogénéité des valeurs en vigueur dans ces communauté s.

Il distingue deux types de désorganisation sociale : a) à la suite de l'affaiblissement de l'intégration d'une culture, des sous-groupes se créent, assez cohérents entre eux, partageant la même échelle de valeurs mais ne la partageant qu'imparfaitement avec la culture globale ; l'état de symbiose alterne alors avec l'état de conflit ; b) les individus en relation directe les uns avec les autres, ne partageant pas la même échelle de valeurs, voient la situation conflictuelle éclater alors à l'intérieur des groupes et produire des phénomènes pathologiques tels que l'alcoolisme, la délinquance, les suicides, etc. 15. Il s'agit donc de situations conflictuelles qui se créent par la continuelle inadaptation des individus ou des groupes à l'intérieur d'une même culture.

Dans sa magistrale étude intitulée "La structure sociale et l'anomie" 16 [10], R.K. MERTON analyse l'apparition de l'anomie sur le plan de la société globale. Indiquant les valeurs propres à la culture américaine, telles qu'elles sont résumées dans 1'"American Dream", basé surtout sur l'amélioration constante du niveau de vie et l'accumulation des signes extérieurs de richesse, l'auteur se demande si les moyens que la société met à la disposition de ses membres sont bien à la mesure des ambitions que la culture leur inculque. Et il émet l'hypothèse selon laquelle les gens auront tendance à préférer les moyens "illégaux", c'est-à-dire en dehors des cadres institutionnels socialement approuvés, qui leur permettent de réaliser plus efficacement l'ambition suscitée par la culture ambiante ; un peu comme si, dans une compétition d'athlétisme, les participants saisissaient tous les moyens pour s'imposer à l'adversaire, ne tenant aucun compte des règles du jeu. En d'autres termes, seuls les résultats comptent et point la manière dont ils furent atteints. Notons que, dans le schéma d'analyse que propose MERTON, il s'agit toujours du comportement déviant dont une fraction seulement est le comportement criminel 17.

L. SROLE dans une étude sur l'intégration sociale se sert du concept "anomie" pour mesurer ce qu'il appelle "l'aliénation interpersonnelle". Cet auteur place les individus sur un "continuum" dont les deux pôles extrêmes représentent d'une part, un très grand sentiment d'appartenance aux autres, et, d'autre part, un sentiment également fort d'aliénation des autres. Dans cette perspective, c'est l'absence de normes liant les individus à la société qui est soulignée plutôt que l'affaiblissement des normes intégrant les groupes sociaux dans une société globale 18.

L'analyse de DURKHEIM concernant le normal et le pathologique et [11] leurs rapports avec la société a permis de considérer comme acquis les points suivants :

- puisque la criminalité est un phénomène "normal", elle ne provient pas de causes exceptionnelles mais bien de la structure humaine de la culture à laquelle elle appartient ; la criminalité est donc un phénomène inhérent au fonctionnement même de la société.

- puisque la criminalité est une résultante des grands courants collectifs de la société, son existence et ses rapports avec l'ensemble de la structure sociale présentent un caractère de permanence et sont susceptibles ainsi d'une étude scientifique ;

- ceci revient à dire que le phénomène pathologique, et ainsi la criminalité, doivent être compris et analysés, non pas en eux-mêmes, mais toujours relativement à une culture déterminée dans le temps et dans l'espace.

Grâce aux efforts de DURKHEIM, l'étude de la criminalité en tant que phénomène socioculturel est devenue possible. Elle figure désormais parmi les préoccupations constantes des observateurs scientifiques de la vie sociale.

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