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CHANGEMENTS
DANS LES FORMES DE LA CRIMINALITÉ 


Nous avons vu la naissance et la disparition de certaines formes de criminalité, liées à des ensembles socioculturels qui ont sombré, avec elles, au cours de l'histoire. Songeons aux procès de sorcellerie qui, au XVe et au XVIe siècles ont dépeuplé des régions entières par l'exécution de dizaines de milliers de victimes (SOLDAN-HEPPE, 1843). MICHELET, dans sa "SORCIÈRE" nous a peint une image frappante de ce phénomène psycho-social qui fut, durant le Moyen Age, un problème de "déviance" de toute première importance. Plus près de nous, le phénomène que le code pénal désigne sous le nom de "vagabondage" et qui fut un phénomène d'inadaptation sociale important de l'histoire sociale depuis que les chroniqueurs nous en entretiennent, est près de disparaître. Et A. VEXLIARD qui a consacré tant d'attention à l'étude du vagabondage a pu parler de sa disparition comme fléau social universel (VEXLIARD, 1963) et noter ainsi un aspect de la transformation sociale qui se produit pratiquement sous nos yeux. La mise en place des organismes publics et privés donne naissance à une nouvelle forme d'organisation socio-économique et politique que l'on désigne par le nom de "WELFARE STATE". En France, par exemple, un milliard d'anciens [171] francs a été consacré aux inadaptés sociaux en 1951 ; ce chiffre a atteint 23 milliards en 1958 et la courbe est toujours ascendante. Des chiffres semblables indiquent la même évolution dans les pays de l'Europe occidentale et de l'Amérique du Nord.

Il y a tout lieu de penser que la criminalité de la deuxième moitié de notre siècle et à plus forte raison celle du XXIe siècle, sera fort différente de celle dont nous parlions plus haut. Déjà la criminalité des "cols blancs", que nous qualifierons de type intermédiaire, les infractions aux législations antitrust en filiation directe avec les activités des chevaliers d'industrie (ROBBER BARONS), dont l'éthique a laissé une si forte empreinte sur la moralité publique nord-américaine, relèvent d'une étiologie qui a fort peu de choses en commun avec celle des vols à main armée. La prévention et le contrôle de cette criminalité exige une nouvelle conceptualisation scientifique, basée sur de nouvelles recherches ; elles exigeront, à coup sûr, des institutions, des moyens et des techniques inédits pour faire assurer le respect de la loi et des règles de la vie en commun. Si, suivant le mot de DANIEL BELL (1953) "the crime is an American way of life", on est loin d'en avoir trouvé les remèdes. Ce que nous connaissons du crime organisé (TYLER, 1962) nous ouvre également des horizons nouveaux pour la recherche.

Cependant, un nouveau phénomène d'inadaptation propre a la société de loisir qu'est la société de masse, se dessine et semble devoir dominer la société de demain. Le vandalisme, de plus en plus fréquent chez les jeunes, n'obéit plus aux mêmes motifs qui ont poussé le [172] voleur de bicyclette décrit par De SICA. Cette humanité, partiellement libérée des contraintes du machinisme, se trouve dans la même situation, mutatis mutandis, que les oisifs de tous les temps avant la révolution industrielle. Mais, au lieu d'une fraction même de la population, c'est en sa totalité que l'humanité y accédera progressivement. Le rituel qui régissait la conduite de la noblesse, qui s'explique du moins partiellement, par son indépendance relative au point de vue de la subsistance matérielle et qui contenait tellement d'éléments qui furent qualifiés plus tard "d'irrationnels" par les idéologues de la bourgeoisie industrieuse, présente des similitudes frappantes avec la délinquance des oisifs de nos jours : attitude "irresponsable" à l'égard de la propriété, des institutions consacrées comme la famille, l'État, l'Église, etc., manifestations d'agressivité, de violence sans que les conditions classiques de frustration soient présentées... On pourrait multiplier ces éléments de rapprochement entre ces deux "civilisations" de loisir.

De nouveau apparaît l'importance de la perspective historique et l'exigence d'une nouvelle sociologie de la "déviance". Pour souligner tant l'importance pratique que le complexité de ce problème, remarquons seulement le fait que les organes de protection sociale (police, tribunaux, etc.) sont outillés, mentalement et techniquement, pour combattre une criminalité en train de disparaître. Dès lors, comment faire face aux formes nouvelles de la délinquance ?

QUELQUES JALONS
POUR LA RECHERCHE EMPIRIQUE


Des considérations précédentes, nous déduirons deux brèves remarques [173] relatives à la recherche empirique : l'une concernera le point de vue théorique, l'autre un exemple privilégié d'analyse.

Il y a lieu de réviser les concepts opératoires et même heuristiques, développés à une époque où l'idée de la généralisation probable de la société d'opulence ne s'était pas imposée aussi largement qu'aujourd’hui. Prenons par exemple la triade fondamentale "culture", "société" et "personnalité" qui sous-tendent l'analyse théorique. Si notre hypothèse sur les caractéristiques de la société de masse est exacte, l'élément "société" semble revêtir une importance réduite par rapport aux deux autres. Sans parler de son effacement, notons seulement que la technologie moderne, liée à l'opulence et à la mobilité, en font une variable relativement homogène et, par conséquent, relativement facile à contrôler.

Il y aurait donc trois types d'action à examiner : voyons d'abord la traditionnelle, qui lie les conduites sociales aux contraintes technologiques, et la plus neuve, qui lie les conduites sociales aux contraintes culturelles. L'interaction de la personnalité tant avec la culture qu'avec la société demeure un champ d'étude très important de la psychologie sociale qui voit, dans la personnalité, le facteur dynamique qui imprime sa marque à la société et à la culture. C'est au niveau du psychisme qu'il faut rechercher les motifs du choix dans la gamme des possibilités offertes par la société et la culture. En effet, on relève toujours des différences plus ou moins significatives au niveau du choix, au niveau de la praxis sociale de l'individu. Dans le champ de communication qui relie les hommes aux structures sociales et [174] aux modèles culturels, les émetteurs socioculturels ne sont pas captés d'une façon égale par chacun des récepteurs individuels. Ces différences constituent donc le troisième genre d'action à examiner.

L'étude des mécanismes du contrôle social (fondements de la sanction, signification de la "déviance", déterminants du conformisme, etc.) nécessite l'analyse de l'acte moral 112. Les questions suivantes pourraient être formulées à son sujet : quelles sont les valeurs véhiculées par les moyens de communication de masse, quels sont les critères de leur distribution dans une population donnée ? Quelles sont les attitudes développées au sein du groupe familial en regard des valeurs culturelles du groupe ? Quels sont les rôles et les influences respectifs d'autres milieux et groupes à cet égard ?

Sur le plan psychologique, il y a lieu d'étudier la genèse des motivations (relatives aux choses désirables et indésirables) inculquées au cours de l'éducation, à l'enfant. La création de l'anxiété par la punition répétée de certains actes devient le point de départ d'inhibitions et de sentiments de culpabilité, qui jouent un si grand rôle dans la conduite morale de l'adolescent et de l'adulte. (BANDURA, WALTERS, 1959, 1962). Le développement d'un système de motivation "secondaire", issu des méthodes d'éducation des parents (récompenses et punitions), constitue l'objet d'étude capital de notre point de vue.

Ces problèmes peuvent être examinés sous un double aspect : la genèse de l'incorporation des valeurs culturelles par le truchement des groupes primaires et secondaires au cours de la socialisation de l'individu [175] d'une part (la formation de l'identité), l'analyse de la pénétration des stéréotypes culturels diffusés par les moyens de communication de masse d'autre part (la formation des attitudes, des opinions, des préjugés, etc.). En effet, l'ensemble de la production de la recherche empirique depuis une quinzaine d'années pourrait être classée sous ces deux catégories à peu d'exceptions près.

L'interaction dialectique entre personnalité et collectivité, qui constituait l'objet d'étude central de la sociologie, se présente sous un jour différent : les liens de la personne avec la collectivité se sont démultipliés. Par conséquent, la pression des facteurs exogènes a augmenté considérablement. En revanche, la surmultiplication de ces liens a multiplié aussi les possibilités de choix pour l'individu ; loin de l'écraser, ces liens intensifient les sollicitations dans tous les sens. Ce n'est pas un des moindres paradoxes de la société de masse qu'en augmentant le degré de la pression, elle augmente, en même temps, les virtualités ; de liberté. Et l'on peut suggérer que si les maladies sociales, les crises sociales du passé étaient dues aux lois d'airain d'ordre socio-économique, celles qui caractérisent la société de masse sont issues d'une extrême liberté devant des choix trop nombreux. C'est, par ailleurs, la raison majeure de l'extension croissante de l'utilisation de la théorie des jeux dans l'étude des relations sociales.

Quelle devrait être la matrice d'une recherche sur la "déviance" dans une société de masse ? En contrôlant les variables relatives à la "société", il s'agit de délimiter des univers culturels en rapport [176] avec les types de personnalité. Au fond, parmi les déterminants de l'acte moral, nous trouvons, d'une part, les valeurs culturelles spécifiques des groupes dans lesquels l'individu a été socialisé et, d'autre part, les critères sur lesquels chaque individu se base lorsqu'il opère un choix parmi les valeurs.

Tous ceux qui appartiennent à la même culture ou sous-culture sont donc exposés aux mêmes influences, mais chacun sélectionnera et éliminera certaines valeurs en accord avec les critères de moralité qui lui sont particuliers. La question de savoir pourquoi certains adolescents seulement deviennent délinquants dans un milieu où tout les prédispose a une carrière criminelle pourrait partiellement être résolue par l'analyse des valeurs et des conduites morales.

C'est ainsi, par exemple, que l'on peut diviser les doctrines morales en deux groupes : celles qui acceptent les critères extrinsèques aux desseins et aux préférences des hommes (les aspirations ou les conduites sont bonnes ou mauvaises selon des règles a priori) et celles qui prennent comme critères justement ces aspirations, désirs ou préférences (ce qui est bon, préférable, l'est parce qu'on le désire). Le premier type de moralité peut s1appeler “déontologique" : les actes sont jugés indépendamment de leurs conséquences ou de leur désirabilité intrinsèque. Le second type de moralité pourrait être qualifié de morale "téléologique" : c'est la finalité de l'acte qui le qualifie, c'est la préférence qu'on lui accorde qui le rend bon (McCORD et CLEMES, 1964).

Des lumières fort intéressantes pourraient être apportées sur la [177] fréquence constatée dans les diverses catégories sociales ou sur la préférence que tel type de personnalité accorde à tel ou tel type de moralité, à telle ou telle activité sociale. En d'autres termes, il s'agit de délimiter certaines sous-cultures et d'étudier les types de personnalité et de conduite morale qui leur sont propres. Un chapitre nouveau pourrait être ajouté ici à la "science des mœurs" telle que l'a définie LUCIEN LÉVY-BRUHL ou, plus simplement, à la sociologie de l'action et du jugement moral. L'examen des opinions de ceux qui sont chargés d'évaluer ce qui est conforme à la "morale" et aux lois peut apparaître fort intéressant si l'on veut étudier les croyances et les pratiques morales des adolescents dans diverses sous-cultures. On peut supposer, en effet, que ces derniers ont une morale sensiblement différente de la morale sur laquelle se fondent les gens qui les jugent. La plupart du temps, les uns et les autres appartiennent à des cultures très éloignées. L'influence "médiatisante" des groupes primaires et secondaires une fois relevée, il serait peut-être intéressant d'analyser la constance et les variations des éléments qui composent les notions telles que l'équité, la loyauté, l'honneur, le bien et le mal. L'obligation et la désirabilité, critère du fait moral selon Durkheim, varieront d'intensité, de qualité, suivant l'appartenance à telle ou telle sous-culture et le type de sa personnalité.

Là encore il s'agit de questions classiques en sociologie, mais elles furent posées et provisoirement résolues, en termes d'action réciproque entre société et personnalité. (Pensons à la notion de "justice de classe" des marxistes). Il nous semble que l'examen [178] des interactions entre la "culture" et la "personnalité" pourrait ajouter des lumières indispensables à la compréhension des mécanismes psycho-sociaux du contrôle social.

Conclusions :

En résumé, les propositions suivantes pourraient faire l'objet d'études et de vérifications :

a) Les transformations sociales du dernier demi-siècle dans la partie industrialisée du monde a donné naissance à un nouveau type de société qu'on désigne par le terme de "société de masse" ; celle-ci a donné naissance à une "culture de masse". L'action réciproque de cette société et de cette culture crée, pour les individus, des problèmes d'adaptation qui sont neufs et méritent un examen attentif.

La libération relative des individus des contraintes du machinisme coïncida avec la contrainte psycho-culturelle des moyens de communication de masse qui assujettissent les énergies psychiques, libérées de la "société", à la "culture". Il ne s'agit bien entendu pas d'un changement absolu mais d'un déplacement d'accent de la "société" vers la "culture".

b) L'inadaptation sociale proprement dite tend à diminuer à cause de l'avènement progressif de la société d'opulence ; les victimes de l'industrialisation, de l'accumulation des capitaux et de l'autofinancement de l'industrie qui constituaient l'armée de réserve des inadaptés, des criminels potentiels (voir CHEVALIER, 1958) du capitalisme du XIXe siècle et du début du XXe siècle cèdent la place aux minorités culturellement handicapées. C'est parmi ces dernières que se recrute la [179] majorité des inadaptés qui entrent en conflit avec la loi. Une proportion importante de ces minorités est composée de gens de couleur aux États-Unis ; ils représentent les cas extrêmes d'inadaptation psycho-culturelle.

L'assimilation complète des valeurs de succès (l'approbation de l'esprit de compétition, d'une philosophie utilitaire, la concentration des énergies psychologiques sur le moi etc.), devient la condition la plus importante de l'adaptation ; son absence semble la raison décisive de l'inadaptation (RIESMAN, 1962).

c) Ce changement de nature dans l'inadaptation qui, de socioculturelle, tend à devenir psycho-culturelle, entraîne des conséquences d'ordre théorique et conceptuel. C'est ainsi que la méthode historique se combine fort avantageusement avec le point de vue structurel-fonctionnel et permet de dégager les éléments de changement, de transformation dans les conduites sociales et les valeurs. Les "mœurs" et leurs "crises" ne peuvent être évaluées sans référence aux valeurs essentiellement variables des diverses époques historiques, D'autres concepts, tels que l'anomie, rendirent compte fidèlement d'un phénomène qui est apparu avec force dans la seconde moitié du XIXe siècle et en indiquait la spécificité. Le phénomène s'étant généralisé, la valeur heuristique du concept a perdu beaucoup de précision.

d) Nous avons besoin d'une nouvelle armature conceptuelle, mieux adaptée aux exigences de l'analyse d'un nouveau type de société. La délinquance issue des déterminismes socio-économiques [180] cède la place à une délinquance née des sollicitations contradictoires de la liberté. La délinquance est due à l'exaspération des besoins créés par les conditions d'existence propres à la société de masse. Les théories des conflits de culture, des sous-cultures, des contre-cultures sont autant d'efforts pour susciter une théorie capable d'expliquer ces phénomènes nouveaux. On attend encore, toutefois, l'ouvrage d'envergure qui, à l'instar du "suicide" de DURKHEIM, fixerait les perspectives d'analyse de l'inadaptation.

e) Du point de vue de la recherche empirique, il est important de concentrer notre intérêt sur l'analyse de l'interaction entre "culture" et "personnalité". Un champ privilégié de recherches à cet égard est celui du fait moral : il est le noeud des plus importants problèmes étiologiques que se posent les criminologues. C'est en approfondissant son étude qu'on pourrait tenter de répondre aux questions relatives aux raisons du passage à l'acte de tel ou tel type d'individu dans des circonstances socioculturelles identiques. L'établissement d'une typologie de la personnalité délinquante, sa fréquence et ses relations avec les diverses sous-cultures devra résulter de telles recherches. Elles nous semblent parmi les plus fécondes que l'on puisse entreprendre à l'époque de la société de masse dans le domaine de l'inadaptation psycho-culturelle.

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