L'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisateurs. C'est notre mission








télécharger 227.69 Kb.
titreL'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisateurs. C'est notre mission
page3/11
date de publication17.05.2017
taille227.69 Kb.
typeDocumentos
b.21-bal.com > littérature > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   11

CHAPITRE II



DOMAINE


Retour à la table des matières

Au début, ce domaine était assez restreint : on regardait comme folkloriques uniquement les contes de fées et autres récits merveilleux, se passant dans un monde plus ou moins fantaisiste ou purement imaginaire. C'est en étudiant de près le contenu de ces récits qu'on a découvert qu'ils mettaient en œuvre bien plus que des fantaisies, mais conservaient aussi des restes de croyances et de coutumes autrefois organisées en systèmes autonomes. Ainsi les fées sont visiblement des survivances de divinités anciennes, qui étaient l'objet d'un vrai culte que la diffusion du paganisme romain, puis de la religion chrétienne avait fait passer d'abord au rang de superstitions, puis à celui de fantaisies poétiques et de thèmes littéraires.

C'est là, si je puis dire, une extension du folklore en profondeur. Parallèlement s'est faite une extension en largeur : aux contes de fées, il a fallu adjoindre tous les autres récits qui courent dans les campagnes et chercher jusqu'à quel point ils ont, ou non, une origine littéraire. Ainsi les légendes de saints ne viennent pas toutes des recueils manuscrits ou imprimés hagiographiques ; il en est qui sont nées sur place, ou qui sont des adaptations aux saints chrétiens de récits antérieurs, relatifs autrefois à des divinités païennes. De même les chansons recueillies de la bouche des paysans ne proviennent pas toutes de recueils du moyen âge : certains thèmes sont des inventions vraiment rurales, et dans ce domaine spécial, il a fallu se livrer aussi à des recherches comparées et historiques étendues.

L'activité des paysans s'est encore manifestée d'une manière originale et personnelle dans l'arrangement progressif des cérémonies de toute sorte, dans les pèlerinages comme dans les rites du mariage et des funérailles. Indépendante aussi de la production supérieure des villes et des cours est leur production esthétique, dans certaines directions au moins, notamment pour tout ce qui concerne, les objets usuels et leur décoration.

On voit que le domaine du folklore embrasse, de nos jours plusieurs branches qui touchent à l'étude de la littérature et à la linguistique, à l'étude de la musique comme à celle de l'art décoratif. Par suite, les frontières du folklore ne sont pas toujours tracées très exactement. On lui en a fait un reproche. Mais si l'on veut essayer de tracer les limites exactes de n'importe quelle autre science qui traite des activités humaines, on verra que l’obstacle est partout le même. Où commence et où s'arrête par exemple l'économie politique ; ou bien l'étude de l'art supérieur et l'esthétique ; ou la linguistique, ou la géographie ? La difficulté est souvent si grande que l'on a vu se former depuis une trentaine d'années des disciplines qui sont à cheval sur une ou plusieurs sciences jadis regardées comme indépendantes : on parle de physique-chimie, d'astronomie mathématique, de géographie humaine, etc., alors que le sens étymologique de ces termes semblerait devoir interdire de telles juxtapositions verbales. Si pourtant on en est arrivé là, c'est que dans la nature, et je comprends dans la nature les activités humaines, il n'existe pas de démarcations nettes, mais un flux et reflux continuels, et des transitions insensibles d'un pôle à l'autre. C'est pourquoi la linguistique pure vient déborder, avec sa méthode propre, sur le folklore par la sémantique et par la discipline bâtarde inventée par les Allemands dite des « Mots et Choses ».

En somme, ce qui importe, c'est que notre science s'occupe en premier lieu d'un élément spécial de la vie sociale, dont ne s'occupe en premier lieu aucune autre science. Cet élément spécial est celui que désigne le terme de populaire. Ainsi l'histoire de la littérature s'occupe des œuvres dues à des personnages nommés, identifiés, bref à des individus ; par contre, les contes et les légendes populaires n'ont pas un auteur individuel ; ils courent de bouche en bouche, se classent suivant un certain nombre de catégories universelles, et rien dans leur facture littéraire ne permet de leur attribuer un auteur particulier ni de leur assigner une époque originelle, ni de les classer dans d'autres catégories littéraires ; ils en forment une à part.

Cette différence est bien nette aussi dans les fables à personnages animaux ; celles, d'Ésope, de Phèdre, de La Fontaine se présentent sous une forme littéraire particulière, individualisée ; mais ces mêmes fables ont cours encore davantage de nos jours dans un grand nombre de pays sous une forme amorphe, quelconque, non individualisée, autrement dit : populaire. On peut de même distinguer la Cendrillon de Perrault, revêtue d'une forme littéraire précise, typique du XVIIe siècle, des contes du même type recueillis dans le peuple et qui sont un récit littérairement quelconque, mal présenté, chaotique.

Il en va de même pour la chanson, pour le meuble, pour la décoration des poteries opposée à celle des faïences ou des porcelaines, bref pour toutes les manifestations de la vie populaire. Ces observations nous permettent de serrer déjà le problème de plus près. Si la littérature, la musique, l'histoire de l'art traitent des productions individuelles, par contre le folklore traite des productions collectives ; de plus, si la production littéraire et artistique supérieure s'adresse à un public restreint, supérieur aussi à la moyenne de la nation en un lieu et en un temps donnés, au contraire la production folklorique est destinée à la masse de cette nation dans le même temps et le même lieu ; c'est, si l'on peut oser cet anachronisme, une production « grand-industrielle ».

Mais ceci suggère aussitôt une remarque : de nos jours, les objets destinés aux masses se font en effet industriellement et en série ; des lanternes d'écurie aux cloches des vaches, du roman-feuilleton aux chansons de café-concert que les soldats répandent dans les campagnes, des statues de saints faites dans le quartier Saint-Sulpice aux suppléments en couleurs des journaux, tout se « tire » et est expédié en grand nombre dans nos campagnes, de sorte que peu à peu s'établit dans plusieurs directions une uniformité qui, jadis nationale, tend même de nos jours à devenir internationale ; par exemple nos scies, nos bêches, nos ustensiles de ménage d'origine plus ou moins américaine donnent de plus en plus à notre vie rurale française une uniformité semblable à celle des autres pays de l'Europe.

Mais il n'en était pas de même autrefois, et ceci dans, une période plus ou moins reculée selon la proximité des grandes villes. Le folklore des environs de Paris a disparu depuis longtemps et celui des environs de Lyon, de Marseille, etc., tend aussi à disparaître, alors qu'à quelques kilomètres de Grenoble ou de Lille, de Nantes ou de Bordeaux, on peut encore entendre des contes ou des chansons populaires, et constater la survivance de très vieilles coutumes. La grande industrie moderne est un facteur de désagrégation, parfois même de destruction, de la vie populaire, et surtout de certaines activités populaires d'ordre à la fois pratique et esthétique. Combien reste-t-il de coins de France où se sculptent encore des moules à beurre et des manches de faux, des plaques de cheminée ou des linteaux de porte d'entrée ? Bien peu, certes ! Voyez encore la disparition des arts locaux dont on connaissait jadis des manifestations admirables, à savoir la sculpture des églises, des cathédrales et de leur mobilier, œuvres anonymes et collectives au même titre que les tableaux et que les meubles ruraux.

Si je dis collectif, je ne veux pas dire par là « fait en commun ». Il faut prendre garde à ne pas confondre ces termes. Les porches sculptés des églises romanes, transposition à la pierre d'éléments décoratifs et figurés empruntés aux miniatures (voir dans cette collection l'excellent petit livre de Mlle Jalabert) ne l'ont pas été par toute la population assemblée d'un village, mais par quelques spécialistes qui sans doute couraient le pays. Seulement on ne sait, dans chaque cas particulier, ni leur nombre, ni leur nom, ni d'où ils venaient, ni où ils ont pris leurs documents. Par contre on constate dans leurs motifs décoratifs des éléments qui sont communs et se répètent, surtout dans les costumes et dans l'expression et le type des personnages : ce sont des traits empruntés à la vie ambiante, qui répondent non pas à des conceptions individuelles ou à des sentiments particuliers, mais à des sentiments collectifs et à des croyances communes. Il en va de même en littérature et en musique : le vocabulaire, la forme littéraire, le thème, le rythme, la mélodie populaires sont sans individualité propre, mais courent d'un lieu à un autre, d'un village à l'autre, parce qu'ils sont formés d'éléments constitutifs généraux, communs, collectifs.

Quelquefois d'ailleurs il est possible de retrouver le point de départ ou la source de ce bien collectif. Du moins c'est à retrouver, ce point de départ individuel que tâchent les savants. Car le problème essentiel, dans le folklore comme dans les autres branches de la sociologie, c'est de déterminer, avec le plus d'exactitude possible, dans chaque cas particulier, le rapport de l'individu et de la masse. On ne peut attribuer à la masse entière le don d'invention, ni même de transformation : chaque fois qu'on a analysé de près les facteurs qui entrent en jeu, on constate que l'invention proprement dite est le fait d'un individu unique, dont la production est modifiée ensuite par d'autres individus entrés en contact avec le premier, ou avec sa production, individus qui forment déjà une petite collectivité, laquelle réagit sur d'autres de plus en plus nombreuses et considérables, jusqu'à constituer ce qu'on nomme « la masse » populaire. Depuis l'invention de l'imprimerie, et surtout depuis l'extension des journaux, ce caractère individuel des découvertes ou des modifications très importantes est devenu visible.
Explication des figures
2
. – Résurrection de Lazare
(Mâconnais)

Mais auparavant, l'inventeur, sauf très rares exceptions, restait inconnu et l'on ignore actuellement qui donc a pu découvrir la fibule (ou broche), et surtout le pas-de-vis, invention merveilleuse, faite probablement en Champagne, au début du deuxième Âge du Fer, et qui, par le boulon et l'écrou, est le pivot essentiel des principales améliorations industrielles modernes. Dans ces conditions, on a le droit de dire que le pas-de-vis est une invention populaire, collective, car l'idée était si simple une fois trouvée (toute l'antiquité égyptienne, classique, etc., l'a ignorée), et si aisément applicable dans toutes sortes de directions, que le remplacement de la cheville par le pas-de-vis est devenu aussitôt après son invention un bien commun. Ainsi la découverte du pas-de-vis relèverait du folklore, n'était qu'elle est relativement vieille et relève par suite de l'archéologie.

C'est là une limitation du folklore qui est nécessaire, sous peine de pénétrer trop sur le domaine d'autres sciences connexes. Si le folklore s'occupe de faits anciens, historiques ou archéologiques, ce n'est jamais qu'accessoirement, parce que chaque fait actuel a des antécédents, qu'il faut tenter de discerner pour le comprendre. Mais ce qui intéresse le folklore, c'est le fait vivant, direct ; c'est, si l'on veut, de la biologie sociologique, comme fait l'ethnographie. Il est très bien de recueillir dans des Musées les objets en usage dans nos diverses provinces ; mais ceci n'est qu'un accessoire du folklore, sa partie morte. Ce qui nous intéresse, c'est l'emploi de ces objets par des êtres actuellement vivants, les coutumes vraiment exécutées sous nos yeux et la recherche des conditions complexes, surtout psychiques, de ces coutumes. Or, la vie sociale change sans cesse, et par suite les enquêtes folkloriques ne, peuvent cesser.

Si l'on avait mieux compris cet aspect du folklore, nous posséderions maintenant des ouvrages inestimables sur la vie de nos campagnes et sur la psychologie de nos paysans depuis deux siècles, domaine d'étude pour lesquels il faut nous contenter de quelques récits de voyage en France comme ceux de Young ou d'Ardoin-Dumazet, et de descriptions fragmentaires comme celles de George Sand, de Balzac, imités par toute l'école des romanciers régionalistes. Mais le souci littéraire a sans cesse déformé leur recherche scientifique ; et rares sont les romans régionalistes qui décrivent la vraie vie populaire locale, non pas des exceptions comiques ou tragiques.

Ainsi le folklore vient ici se relier à ce qu'on nomme la psychologie collective, laquelle s'exprime dans la vie rurale tout autrement que dans les masses industrielles on urbaines. Elle s'y exprime en effet par toutes sortes de coutumes, souvent très anciennes, parfois poétiques, parfois grossières, mais qui sont à cause même du nombre de personnes qui les exécutent, les vrais anneaux de cette « chaîne traditionnelle » qui constitue l’élément constant de la vie nationale considérée dans son ensemble.

Que si l'étude approfondie de la vie rurale a été si délaissée, pendant si longtemps, c'est précisément qu'elle n'intéressait pas les milieux dits supérieurs ; que, bien mieux, elle leur était en horreur. Inutile, je crois, de rappeler l'attitude des écrivains du XVIIe siècle à l'égard des paysans ; même au XVIIIe sont rares ceux qui se sont intéressés aux mœurs populaires ; et par suite rares ont été ceux qui ont compris les explosions populaires de la Révolution autres que purement politiques ou économiques. De nos jours, il y a progrès ; mais il reste encore énormément à chercher et à découvrir, autant dans le domaine du folklore que dans celui de la dialectologie, autre victime du même préjugé.

Le folklore n'est donc pas, comme on s'imagine, la simple collection de petits faits disparates et plus ou moins curieux ou amusants : c'est une science synthétique, qui s'occupe spécialement des paysans et de la vie rurale, et de ce qui en subsiste dans les milieux industriels et urbains.

Le folklore touche donc à l'économie politique, à l'histoire des institutions, à celle du droit, de la littérature, et de l'art, à la technologie, etc., sans pourtant se confondre avec ces disciplines, qui étudient davantage les faits en eux-mêmes que dans leur réaction avec les milieux où ils évoluent. En outre ce ne sont pas seulement des restes d'institutions anciennes qu'il étudie, ce qu'on nomme des superstitions ou des survivances, mais aussi des faits actuels, ceux que j'ai proposé d'appeler des « faits naissants ». Par suite, notre science touche également à la psychologie, tant individuelle que collective ; mais elle s'en distingue par la catégorie d'êtres et de faits qui sont son domaine propre. Ainsi les pèlerinages appartiennent au folklore, quoique formant par certains aspects une section spéciale de la psychologie collective, de même que les chansons populaires sont du ressort du folklore bien que formant pour leur texte une section de la littérature et pour leur mélodie une section de la musicologie. Mais le folkloriste en étudie la formation et la diffusion dans un milieu particulier, celui-là même où vinrent puiser des inspirations Chopin, Schumann et d'autres musiciens individuels.

Le domaine que j'assigne ici au folklore est bien plus étendu que celui qu'avaient admis les premiers « traditionnistes », qui ne regardaient comme « transmis par la tradition » que les contes et légendes, les chansons, les croyances et observances, les pratiques de sorcellerie, etc. Le progrès de notre science nous a contraints d'y ajouter l'étude de toutes les cérémonies, des jeux et des danses, du culte populaire des saints, de la maison et du village, des ustensiles de ménage, des outils de toute sorte, des arts mineurs et majeurs, des institutions créées par le peuple ou survivant de périodes anciennes, enfin des manières de sentir et de s'exprimer qui différencient le « populaire » du « supérieur ».

Parallèlement, nos méthodes sont devenues à la fois plus étendues et plus précises.

_______
1   2   3   4   5   6   7   8   9   10   11

similaire:

L\L'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisateurs. C'est notre mission

L\L'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisateurs. C'est notre mission

L\L'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisateurs. C'est notre mission

L\L'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisateurs. C'est notre mission

L\L'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisateurs. C'est notre mission

L\Education à l’Environnement et au Développement Durable
«Our Common Future» (Notre avenir à tous) publié en 1987 est l’un des documents fondateurs du développement durable et a servi de...

L\Organe conscient du Parti Imaginaire
«le cours normal des choses». Inversez. C'est ce cours ordinaire qui est la suspension du bien. Dans leur enchaînement, les mouvements...

L\«La recherche de l’eau dans notre système solaire»
«En quoi la recherche de l’eau dans notre système solaire est-elle un défi pour l’avenir»

L\Biologie des micro-organismes et conservation des aliments
«libre» est disponible : plus cette quantité d’eau est importante (le maximum étant pour l’eau pure), plus les micro-organismes se...

L\Lignes directrices relatives aux biobanques et bases de données de...
«Adn: Molécule qui renferme toutes les informations génétiques transmissibles qui dirigent les activités des cellules de notre corps....








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
b.21-bal.com