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CHAPITRE PREMIER.



HISTORIQUE


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Le mot folklore a été emprunté à l'anglais : folk, peuple et lore, connaissance, étude. C'est donc la science qui a pour objet d'étudier le peuple, W.-J. Thoms fabriqua ce mot de toutes pièces en 1846 pour remplacer une autre expression, trop incommode, celle de Popular antiquities, Antiquités populaires, titre d'un livre célèbre de Brandi où étaient décrites les croyances et les coutumes des populations rurales anglaises. On ne pouvait avec cette expression malencontreuse ni délimiter le domaine même de la science qu'elle désignait, ni former un adjectif commode. Au lieu que folklore donne normalement folkloriques, folkloriste, tout comme son équivalent allemand Volskskunde donne l'adjectif volkskuendlich et se rapporte à une recherche qui n'est pas seulement historique, mais aussi directe.

Le mot à été adopté rapidement par les savants scandinaves, puis par les savants finlandais, russes, etc. : il l'a été aussi, mais moins vite, par les savants de langue latine pour cette même raison de commodité grammaticale. En Espagne et au Portugal, où l'étude scientifique des mœurs populaires n'a été entreprise que tard, aucun terme préalable ne s'était encore imposé et l'adoption du mot anglais n'y a pas souffert de difficultés, d'autant moins que les relations scientifiques entre Portugais ou Espagnols et Anglais ont été toujours étroites et suivies, plus même qu'entre eux et nous. Quant aux Français et aux Italiens, émules tant par l'ancienneté de leurs recherches en ce domaine que par le nombre et l'importance de leurs savants et de leurs publications, ils ont d'abord employé l'expression tradition populaire.

Ce terme a servi de titre non seulement à la Revue fondée et dirigée par Sébillot, puis à celle de Pitré en Italie (Archivio delle tradizioni popolari), et de Hoffmann-Krayer en Suisse (Archives suisses des traditions populaires), mais aussi aux collections des éditeurs Maisonneuve et Leroux qui constituent un ensemble unique au monde d'excellentes monographies. Deux autres folkloristes, Carnov et de Beaurepaire-Froment, essayèrent bien de donner à notre terme compliqué une allure plus vive et un usage plus commode, en forgeant celui de traditionnisme, qui a donné l'adjectif traditionniste. Il y eut même jadis des discussions assez vives à ce sujet. On tenta pendant longtemps de « boycotter » (autre mot anglais lui aussi introduit dans notre langue !) folklore et ses dérivés ; mais tradition, traditionnisme et traditionniste pouvaient prendre parfois un sens politique ; ils pouvaient signifier aussi, non pas seulement l'étude des mœurs et coutumes traditionnelles, mais une attitude mentale et politique par laquelle on opposait la tradition, ou telle tradition particulière, à ce qu'on regardait comme son contraire, les innovations. Et comme la tradition augmente sans cesse, puisque les années coulent, alors que les innovations s'opposent toujours à elle du fait même qu'elles sont du nouveau, non encore classé dans des cadres établis, ce risque d'une confusion était fort désagréable à ceux qui désiraient étudier les faits populaires en dehors de tout système politique. On peut voir un phénomène du même genre à propos du régionalisme, lequel touche au folklore par maints côtés, mais comprend aussi l’étude d'autres éléments de la vie populaire, comme les éléments économique, démographique, urbaniste, etc.

Il faut donc considérer le mot folklore de la même manière utilitaire que nous considérons maints termes scientifiques tirés du grec ou du latin, comme psychologie, astronomie, etc., qui ont l'avantage d'être internationaux. En fait, folklore, folkloriste, folklorique ont été adoptés maintenant partout, sauf en Allemagne et en Autriche, où ou continue à préférer Volkskunde, avec son dérivé volkskuendlich ; mais pour désigner celui qui s'en occupe, il n'existe pas de terme indigène ; on dit Folklorist ou Volklorist.

De même en Italie feu Pitré avait tenté de former tradizionista ; vers la fin de sa vie, il l'a remplacé par démopsychologué ; mais ses élèves et ses continuateurs ont trouvé ce mot vraiment barbare et tous actuellement emploient folklore, etc., comme nous. La consécration du terme chez nous et chez nos voisins s'est marquée par la publication de deux ouvrages de Paul Sébillot, Le Folklore de France (Guilmoto) et Le Folklore (Doin), et par celle, récente, d'un petit traité de Baffaele Corso, Folklore (Rome, éditions Leonardo da Vinci).

De ce que le terme est relativement récent, il ne faudrait pas conclure que la science qu'il désigne l'est aussi. Laissant de côté certains auteurs qui se sont intéressés aux manières de penser, de raisonner, de sentir, d'agir populaires comme Montaigne, on peut faire remonter la constitution systématique de notre science en Angleterre à Thomas Brown, Enquiries into vulgar and common errors, 1646, et en France à Jean-Baptiste Thiers, Traité des superstitions, 1667. Ces deux ouvrages ont été chacun dans leur pays la base sur laquelle ont ensuite construit les chercheurs et les théoriciens ultérieurs, chez nous Dulaure, et chez nos voisins Brandt. Il a fallu environ un siècle et demi pour que « l'étude du peuple » acquît son autonomie grâce au zèle d'innombrables savants et de quelques artistes, comme Olivier Perrin, dont le Breiz-Igel ou Vie des Bretons dans l'Armorique date de 1838.

Si nous considérons une section spéciale du folklore, à savoir la récolte et l'étude des contes populaires, la France aussi apparaît en belle place avec le célèbre recueil de Perrault, Histoires ou Contes du temps passé, Paris, Barbin, 1697. Il ne fut cependant pas d'abord le point de départ de recherches directes parmi les populations des campagnes, mais seulement d'une école littéraire qui fut ensuite renforcée et rajeunie par la traduction des Mille et Une Nuits. Une publication en plus de trente volumes, le Cabinet des Fées, qui jouit chez nous d'un grand, succès au XVIIIe siècle, ne contient que des contes de fées fabriqués de toutes pièces ; c'est tout juste si parmi les récits de Mme d'Aulnoy et dans le Magasin des enfants, de Mme Leprince de Beaumont, on rencontre quelques contes vraiment populaires, obtenus sans doute par ces dames de la bouche de leur nourrice ou de quelqu'une de leurs servantes. Encore ne se sont-elles pas vantées d'avoir fait appel à de si vulgaires collaboratrices ; d'autant que Perrault lui-même n'avait pas osé donner ses contes de nourrice au public sous son nom, mais les avait fait imprimer an nom de son fils, P. Darmancour, lequel s'excuse d'avoir dédié son recueil à la Grande Mademoiselle : « On ne trouvera pas étrange, dit-il dans sa Lettre, qu'un enfant ait pris plaisir à composer les contes de ce Recueil » ; et il se hâte d'ajouter que s'il l'a osé, c'est qu'ils « renferment tous une morale très-sensée ». Ainsi cette pierre angulaire de toute une science a dû être revêtue, tout comme les fables de La Fontaine, d'un voile moral pour pouvoir être acceptée comme une œuvre littéraire par les beaux esprits du XVIIe siècle.

Ceux qui ont affranchi l'étude des contes populaires de toute tendance mondaine ou moralisatrice, ce sont les frères Grimm, qui se reconnaissent comme les continuateurs de Perrault et qui, du même coup, ont fondé, la dialectologie germanique : loin de littérariser les textes recueillis, ils les ont publiés avec toutes leurs particularités phonétiques et grammaticales ; quand on leur a récité des contes en patois, ils ont écrit ce patois exactement tel qu'ils l'entendaient. La première édition des Contes de Grimm était mince ; peu à peu leur recueil a grandi, comme l'a bien montré Tonnelat, alors que, malheureusement pour nous, Perrault n'eut pas l'idée, en voyant le succès du sien, de tenter d'y ajouter encore.

En Angleterre aussi les contes de Perrault eurent une action considérable, notamment sur Walter Scott, qui cependant combina à leur récolte celle des légendes locales et des mœurs proprement dites. Comme de juste, ce qui a d'abord frappé le plus dans les mœurs populaires les hommes instruits, quelle que fût leur spécialité scientifique, ou leur profession, c'est ce qu'on a longtemps appelé les « superstitions ». J'ai déjà signalé le Traité de Thiers ; mais ce traité se rattache, quant à son contenu sinon quant à sa méthode, à toute une littérature, vraiment énorme, celle traitant des sorciers, des démons, des hérésies, etc., ensemble de recherches englobé sous le nom de démonologie. Cette littérature remonte jusqu'au haut moyen âge, et prend en quelque sorte son point de départ à la fois chez les Pères de l'Église (et par eux dans la littérature grecque) et dans les Actes des Conciles, par où elle tient à la littérature théologique. Mais les descriptions, d'ailleurs rarement détaillées, qu'on rencontre dans cet amas de textes ne sont pas scientifiques : elles sont utilitaires, en ce sens qu'on parlait de telle ou telle coutume, par exemple de la baguette divinatoire qui fait découvrir les sources, comme d'une coutume contraire aux dogmes de l'Église et qu'il fallait détruire. Il serait donc abusif de regarder ces quelques descriptions (on en trouve aussi souvent dans les Constitutions synodales des divers diocèses) comme ayant préparé les voies du folklore, ou leurs auteurs comme des précurseurs. Rien que cette idée qu'on peut étudier les mœurs du peuple sans arrière-pensée théologique leur eût à tous paru un crime d'un nouveau genre.

Un vrai précurseur cependant parut en Grèce ; c'est Pausanias, qui eut la patience de parcourir son pays, de visiter les sanctuaires même peu renommés, et de recueillir tout ce que les gens de la localité lui racontaient, sans trop prendre parti lui-même, et surtout sans se moquer. Ainsi sa Description de la Grèce est une véritable enquête de folklore, bien mieux que les descriptions d'Hérodote qui fréquenta surtout les milieux sacerdotaux, c'est-à-dire plus instruits et, si je puis dire, plus « chics », de son temps. Fait curieux, Pausanias n'a pas eu de continuateurs ni d'émules jusqu'au milieu du XIXe siècle. Sans doute, bien des voyageurs dès le XVe nous ont décrit les mœurs populaires des peuples étrangers ; mais décrire celles de son propre pays comme l'a fait Pausanias, voilà qui semblait sinon paradoxal, du moins inutile. Perrault, Dulaure, Walter Scott, Grimm, s'ils ont éprouvé d'abord le même scrupule, l'ont ensuite éliminé ; ou plutôt il faut supposer qu'ils possédaient ce qui est le caractère même du folkloriste par vocation, à savoir : une sympathie directe, immédiate, pour le peuple même auquel, il appartient, pour la vie proprement populaire, sa simplicité, sa naïveté, sa rusticité aussi certes, sa grossièreté même si l'on veut, mais qui est la rançon de sa puissance vitale.

Il faut donc attendre jusque vers le milieu du XIXe siècle pour constater l'organisation du mouvement qui atteint actuellement toute son ampleur. Pour que ce mouvement fût possible, il fallait un retour aux conceptions démocratiques grecques, c'est-à-dire la suppression des barrières mondaines et sociales qui séparaient nettement encore au XVIIIe siècle les habitants des campagnes de ceux des villes et des cours. Rousseau lui-même, qui pourtant se prétendait « peuple », n'a pas décrit les mœurs et coutumes des Savoyards au milieu desquels il vécut ; il préféra fréquenter la belle société de Chambéry et d'Annecy, pour autant que celle-ci l'accepta dans ses rangs. C'est petit à petit, par l'extension de l'enseignement primaire surtout, que ces vieilles barrières sont tombées ; la politique aussi a agi dans le même sens, puisque par le suffrage universel la fréquentation directe des électeurs, qui en tous nos pays d'Europe sont en majorité agriculteurs, obligea les classes sociales à se mêler, fût-ce pour se mieux combattre. Causer avec des paysans, s'intéresser sympathiquement à leurs besoins, à leurs manières de juger et de sentir a donc cessé d'être une dérogation à celles de la bonne compagnie. Mais l'empreinte déterminée par l'ancienne attitude des nobles et des bourgeois sur l'âme populaire ne s'est pas effacée aussitôt : c'est l'une des difficultés auxquelles se heurte le folkloriste, que cette défiance héréditaire des paysans à l'égard de ceux, plus ou moins bourgeois de profession sinon d'attitude, qui viennent les interroger sur leurs contes, leurs chansons, leurs croyances, leurs observances. Les folkloristes sont toujours accueillis d'abord avec quelque suspicion, et traités un peu comme l'étaient il y a une centaine d'années les botanistes et les minéralogistes, puis le furent les géologues. Je reviendrai plus loin sur ce point, à propos de nos méthodes d'enquête ; mais d'abord il me faut indiquer quel est le d
omaine du folklore.

Explication des figures


1. – Barres de tonneau
et bouches de moulin alsaciennes
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