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CHAPITRE IX



LES MAISONS

LES USTENSILES

ET LES COSTUMES


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Autant les sections jusqu’ici passées en revue sont représentées par une littérature considérable, autant celle qui traite du type des maisons, des objets usuels (ustensiles de ménage, outils de toute sorte) a été délaissée. On n'est même pas, en France, au courant de la méthode à suivre, alors qu'elle a été élaborée avec le plus grand soin par les savants suisses (Hunziker), allemands (Meitzen, Rhamm), autrichiens (Bancalari, Meringer), slaves, etc. Le fait est d'autant plus remarquable que l'impulsion première est venue, comme je l’ai dit, de France, où fut entreprise dès 1880 une Enquête sur les conditions de l'habitation rurale en France, dont les résultats ont été publiés en deux volumes (Leroux), sous la direction de A. de Fonvielle et de J. Flach. Certes, les réponses furent pour la plupart incomplètes ; et les collaborateurs de l’Enquête se sont montrés souvent inférieurs à leur tâche. Mais enfin, il y avait là un effort méritoire, qui n'aurait pas dû tomber dans l'oubli.

Ce n'est pas à dire qu'on ne se soit pas occupé par ailleurs de nos maisons de paysans : les artistes, les architectes et depuis la Guerre, des littérateurs comme E. Vaillat et bien d'autres, ont publié des albums : mais le pittoresque y domine. Ces auteurs ont surtout étudié (les maisons relativement complexes, habitables de nos jours, et regardé comme adventices et récentes des parties de la maison que le folklore démontre au contraire comme essentielles dès le début.

Il faut donc recourir à des monographies régionales, comme La Picardie, Le Morvan, etc. (Colin), et au tome I de l'Histoire de la Nation française dû à Jean Brunhes, pour se faire une idée des types généraux et des variations locales de nos maisons de paysans. Encore dans ce dernier volume y a-t-il des erreurs d'appréciation. Son auteur, géographe mais non folkloriste ni ethnographe, a regardé comme élément typique des maisons le toit ; il a donné une carte intéressante de la répartition en France des diverses sortes de toits et de couvertures ; il attribue aussi beaucoup d'importance aux matériaux employés. En fait, les recherches poursuivies avec soin, dans d'autres pays de l'Europe ont démontré que les matériaux peuvent changer sans que le plan, change, et que c'est le plan qui est l'élément constant.

On sait que la France a été peuplée successivement par de nombreuses populations d'origines diverses ; chacune d'elles possédait son type propre de maison et a persisté à construire jusque de nos jours selon la norme traditionnelle. Ainsi s'explique cette extraordinaire variation de types entre Brest-Clermont-Nice par exemple. Le type de la maison romaine à cour centrale, porche d'entrée, maison d'habitation au fond et communs sur les côtés se rencontre disséminé un peu partout ; la villa rustica a été le point de départ des grandes fermes de l'Île-de-France, de la Picardie, etc. Mais à côté se rencontrent encore toutes sortes de types, notamment celui de la chambre au poêle, où l’on pénètre directement dans la principale chambre de la maison, sans antichambre ni corridor. Bref, il y a là un sujet très intéressant d'étude et qui l'est surtout si on a soin de reporter sur une carte à grande échelle les types observés.

Je parlais des matériaux : en règle générale, les envahisseurs ont continué à construire avec ceux qu'utilisaient leurs ancêtres. Ainsi les Burgondes et les Allobroges sont venus dans nos Alpes de pays plats couverts de forêts ; ils ont continué à construire leurs maisons en bois, ancêtres de nos chalets modernes, dans un pays où pourtant la pierre abondait. Et quand, au cours des siècles, leurs descendants Savoyards se sont mis à construire en pierre, ils ont conservé certains assemblages et certains éléments primitifs, comme les escaliers extérieurs et les balcons, qui n'avaient plus de raison d'être puisque la matière employée n'était pas autant susceptible d'incendie. De même des habitants des régions pierreuses poussés dans les plaines par de nouveaux arrivants, ont remplacé la pierre par le bois ou par la brique, en conservant à leurs maisons des caractères explicables par le matériel lithique primitif.

Un autre élément caractéristique est la place du foyer. La maison néolithique est ronde, creusée en contrebas dans le sol, à foyer central et à trou dans le sommet du toit en guise de cheminée. Ce type se rencontre encore çà et là en France comme hutte de berger, cellier de vigne, etc. Lorsqu'il existe de vraies cheminées, le plan de la maison est différent selon que le foyer est placé au fond de la chambre face à la porte d'entrée, ou sur le côté, ou si elle est située dans une autre chambre, qui a été le point de départ de la cuisine moderne. Il semblerait même que le plan général est en état de dépendance vis-à-vis de la situation du foyer. C'est en tout cas un élément essentiel du folklore des maisons, et que trop de chercheurs ont dédaigné dans leurs descriptions.

Autre fait encore : la disposition des communs. Dans certains cas, la maison d'habitation, la grange, le fenil, le bûcher, le parc à moutons, le têt à porcs, etc., sont construits ensemble et se tiennent, formant une sorte de bloc. Dans d'autres, ces diverses parties constitutives sont construites séparément, à quelque distance les unes des autres. Par exemple dans la vallée des Arves, les vêtements ne sont pas conservés dans la maison d'habitation, mais disposés sur des planches dans un petit bâtiment à part, carré, surélevé sur de petits piliers (à cause des rats) ; on l'appelle le greni, ou autrement ; en tout cas, c'est un spectacle curieux que ces maisonnettes situées à cinquante mètres ou davantage de la maison et où le samedi les gens vont chercher leurs habits du dimanche. La coutume est expliquée par la crainte des incendies ; elle est certainement très ancienne.

Il convient aussi d'étudier l'orientation du plan. Dans l’Île-de-France, nous sommes habitués à voir la porte d'entrée donnant sur la rue. Mais en beaucoup de régions, c'est un mur plein ou muni de rares fenêtres qui donne sur la rue, et l'entrée est située dans une allée secondaire, perpendiculaire à la rue, allée sur laquelle donnent les portes de la grange et des autres « maisons secondaires ». Certains villages sont formés par des maisons placées à la queue-leu-leu, le long de la rue principale ou de la route, sur laquelle donnent des rues perpendiculaires ; d’Autres villages au contraire sont formés de maisons situées isolément, de manière que les rues forment un dédale ; d'autres encore, surtout dans le Midi, ont leurs maisons disposées circulairement autour d’une place centrale. Enfin le système germanique primitif subsiste dans maintes régions de France : il n'y a pas de de villages proprement dit, mais des habitations isolées, ou bien de petits hameaux de trois ou quatre maisons, placées à grande distance les uns des autres, de sorte que le « village » est disséminé sur la surface toute entière de la commune. Tels sont quelques-uns des types principaux ; mais il y en a d'autres ; et chaque type principal présente beaucoup de variations secondaires. Un voyage en chemin de fer, ou mieux encore en auto, sur quatre ou cinq cents kilomètres, fait assez voir combien différents sont, selon les provinces ou plutôt les « pays », les types de nos maisons de France. Il vaudrait pourtant la peine qu'une grande enquête soit entreprise sur un sujet aussi complexe !

Moindre, relativement, est la variété régionale des meubles, des ustensiles de ménage et des outils. L'étude la plus intéressante serait peut-être celle des lits, qui primitivement tenaient au mur et dont les variétés bretonnes sont assez connues. Les meubles courants, bancs, tables, chaises, panetières, huches, armoires, n'apportent au folklore que des documents peu importants ; leurs formes fondamentales ne présentent pas beaucoup de variations ; ce qui varie, c'est leur ornementation, et, l'on verra plus loin qu'elle a subi fortement l'influence des villes et des centres d'art.

Plus curieux seraient les outils ; quelques-uns présentent encore des formes de l'Âge du Bronze et du premier Âge de Fer ; d'autres, notamment en Provence, sont des survivances romaines connues. Les recherches d'Edmond et Gilliéron (Atlas linguistique de la France, Champion), et d'A. Dauzat, La Géographie linguistique (Flammarion), ont permis de discerner plusieurs variations de types d'outils, par exemple de la faux, de la faucille, de la serpe, de la hache, de 1'herminette, etc. La récolte de ces outils intéresse surtout les musées régionaux ; celui de Champagne, qu'avait organisé le Dr Guelliot et qui a été détruit pendant la Guerre, était un modèle du genre. Peu de musées pourtant ont eu l'idée de faire une collection systématique et complète des outils fabriqués dans les villages par les menuisiers et les forgerons. Actuellement, sauf dans des coins reculés, la production industrielle des Peugeot et d'autres grands fabricants a uniformisé les types, bien que, si on étudie le catalogue de ces maisons, on constate que les habitudes locales les ont obligées de fabriquer en série même des types très archaïques.

E
xplication des figures

9. – Carreaux et épi de faitage de toit normands

Considérable au contraire est la variété des costumes régionaux et leur étude est l'une des plus intéressantes qui soit. C'est cette variété qui a donné de tout temps à nos campagnes et à nos villages, surtout les dimanches et jours de fête, cet aspect pittoresque qui a séduit tant de dessinateurs et de peintres. Dès le XVIIe siècle, les costumes populaires ont été un sujet à la mode ; au XVIIIe ont été publiées des séries de gravures en noir, des albums en couleur ; au XXe les costumes locaux sont un élément normal des tableaux romantiques et impressionnistes, surtout, les costumes bretons. On en trouve dans tous les musées, et leur reproduction est devenue très tôt un sujet de carte postale.

Est-ce à dire que cette vogue ait contribué à déterminer une étude scientifique de nos costumes populaires :) Loin de là. On n'a guère vu que leur pittoresque, on en a rarement cherché les origines, et encore leur mode de fabrication. Certes, les documents historiques manquent dans beaucoup de cas ; ce que nous savons des costumes du moyen âge nous vient des sceaux, des miniatures et des sculptures d'églises, par suite de sources plus esthétiques que réalistes et scientifiques ; je veux dire : d'un arrangement des costumes en vu d’un effet artistique plutôt qu'avec un souci d'exactitude.

On est mieux renseigné sur les costumes portés à la cour, c'est-à-dire sur la mode des milieux riches ; mais ce ne sont pas là des costumes populaires, bien que dans certains cas ces modes de cour aient réagi à la longue sur les costumes des paysans.

Le mécanisme général serait que les modes de cour ont été imitées par les familles nobles de province ; que les châteaux ont donné le ton aux paysans voisins ; et qu'ainsi aurait existé un mouvement constant du centre (Versailles et Paris) à la périphérie. On a des preuves que dans plusieurs cas, ce mouvement, s'est fait ainsi, et selon un rythme assez lent, une mode versaillaise mettant au XVIIIe siècle une cinquantaine d'années pour arriver dans quelque région provinciale, non sans avoir subi en route des modifications, et surtout des simplifications.

À l'adoption rapide de la mode riche et « chic » s'opposaient, non seulement les distances, la lenteur des communications, la différence des étoffes, etc.… mais aussi la conception paysanne que le costume est un symbole distinctif de la région et de la classe sociale, conception régularisée au moyen âge par une législation somptuaire dont les effets sur la psychologie populaire sont encore visibles même maintenant. La Guerre a d'ailleurs grandement réagi dans ce domaine : les modes de Paris sont adoptées maintenant aussitôt dans les campagnes par les jeunes générations, parce que les distinctions sociales de classe se sont fortement effacées et que l'après-guerre a enrichi les cultivateurs ; les journaux de modes parisiens pénètrent de nos jours dans les chaumières.

Il n'existe pas de traité scientifique de nos costumes populaires modernes, seulement des albums et des documents épars. Cette étude doit être faite tout autrement que celle de documents archéologiques, qui sont nécessairement incomplets. Un élément important de cette étude est le patron, l'arrangement des coutures, et dans les bonnets, la disposition de l’armature. En ce qui concerne les bonnets, il existe, quelques bonnes collections, notamment celle Mlle Kœnig, au Trocadéro ; pour les costumes anciens, il faut aller dans les musées régionaux, qui d'ailleurs ont été constitués le plus souvent par des amateurs dénués de toute connaissance générale et comparative du sujet et ont groupé des bonshommes horribles sous prétexte de pittoresque. Voilà donc encore un domaine qu'il est urgent d'explorer, avant que l'uniformité parisienne ait supprimé toutes les différenciations locales.


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