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Première rencontre

Seattle, 30 juin 2061 vers 03 heures 20



  La nuit était fraîche mais sans nuages au dessus des docks de Seattle. Blitz-Wulf devait faire sauter un bateau, enfin sa cargaison, ce qui revenait au même… C’était un shadowrunner ; il venait de passer quatre ans en Allemagne et il était de retour à Seattle depuis quelques mois. L’homme mesurait environs un mètre quatre-vingt et ne possédait aucun Cyberware apparent, ce qui était plutôt normal compte tenu que sa spécialité était la magie. Le shadowrunner était entré dans le dock de Soonan assez facilement ; ce n’était pas un complexe très surveillé et la grève des dockers lui avait facilité la tâche. Par contre le quai d’embarquement 63, lui, était plutôt bien gardé. Blitz-Wulf était dissimulé derrière quelques caisses, à bonne distance du "Xi Liangh Phoo", le navire cargo qui constituait sa cible. Depuis sa position, il pouvait observer sans être vu ; pour l’instant, tout était calme.
  Pfff… Je sais pas exactement ce qu’il y a dans ce bateau mais sa doit être sacrement important vu le nombre de yak… Y en a partout. Tiens y en a même un sur la grue là-bas, faudra que je me méfie de lui…
  En effet les Yakuza gardaient jalousement le navire ; en fait la cargaison était une importante livraison de BTL et d’autres drogues destiné au Shotozumi Rengo.

  Blitz-Wulf avait préparé un petit plan et il allait se rapprocher du navire quand soudain il entendit quelques coups de feu en provenance du cargo ; aussitôt des ordres rapides furent lancé en japonais. Le quai, si calme il y a quelques secondes, était à présent en effervescence.
  Merde ! Qu’est ce que c’est que ce bordel ?!
   Les Yakuza s’étaient tous mis en position de combat, un petit groupe était monté sur le bateau et était rentré à l’intérieur. Durant quelques secondes, le quai fut à nouveau silencieux ; tout le monde attendait de voir ce qui allait ce passer ; une goutte de sueur perlait sur le front de Blitz-Wulf, tendu, et près à toutes éventualités. Le silence fut de courte durée, rompu par quelques rafales puis par un cri d’agonie.
  Ah, SCK model 100, c’est les yaks ça…
  Les nippons se décontractèrent, puis, une silhouette apparut sur le bateau mais ce n’était pas celle d'un membre du groupe Yakuza qui était entré. Non, il s’agissait d’une silhouette féminine, à la fois rapide, agile et gracieuse. Pendant les quelques secondes qui suivirent, les Yakuza, surpris, n’avaient pas réagi ; c’était quelques secondes de trop. La femme fit feu, elle avait deux pistolets, chacun avec silencieux. Les Yakuza ce ressaisirent et ouvrirent le feu, la femme continuant d’avancer, esquivant les balles avec grâce et surtout grâce à quelques acrobaties… Blitz-Wulf était bouche bée, une inconnue venait de le coiffer au poteau et en plus elle était superbe. Et oui, à présent Blitz-Wulf pouvait voir son visage, la femme était grande et mince, avec une longue natte de cheveux noirs, ses formes harmonieuses étaient parfaitement adaptées à sa combinaison moulante.

  A présent elle courait vers Blitz-Wulf, pour se mettre à l’abris sans doute, mais à ce moment l’homme posté sur la grue ouvrit le feu sur la jeune femme. Voyant cela, Blitz-Wulf sortit de sa phase "contemplation" et passa à l’action vidant une bonne moitié du chargeur de son Ares Predator sur le tireur japonais. On entendit un cri puis un bruit sourd, le Yakuza venait de tomber, mort.

  La jeune femme sauta par dessus les caisses et se mit en position défensive, elle était à quelques mètres de Blitz-Wulf et à ce moment, l’enfer se déchaîna… Une violente explosion venait de secouer le navire cargo qui allait commencer à sombrer ; dans quelques minutes il serait au fond du Puget Sound et avec lui, toute sa cargaison. Les Yakuza venaient de perdre beaucoup de nuyens et ils n’étaient pas très heureux de cette nouvelle. Une rafale passa à travers les caisses rappelant à Blitz-Wulf qu’il valait mieux ne pas moisir ici. Il s’apprêtait à sortir faire un tir de barrage lorsqu’il vit la mystérieuse femme lui faire un petit sourire avec un haussement de sourcil avant qu’elle ne prenne congé de lui…
  Putain, j’y crois pas elle se casse !… En tout cas, la vache, elle est superbe cette fille, pourquoi j’en rencontre jamais hors runs des comme ça...
  Une nouvelle rafale sortit le shadowrunner de ses pensés. Les balles volaient, les yakuza venait de perdre leur navire, ils voulaient une réparation. Ils tiraient presque frénétiquement et s’ils continuaient, ils finiraient par toucher le shadowrunner qui ne pouvait pas affronter raisonnablement le problème de face.
  Bon, c’est pas tout ça mais je vais pas m’attarder ici moi. Désolé les gars, j’ai un rencard…
  Blitz-Wulf fit quelques mouvements rapides et un nuage noir se forma, partant des mains du magicien pour créer un mur de fumée nauséabonde et d’un noir opaque à une dizaine de mètres devant lui. Nouveaux gestes, à présent Blitz-Wulf était invisible…
***
Stouffer-Madison Hotel, Downtown, 03H48
  - Quoi ? … Ouais je sais…
  La nuit avait été plutôt agitée et Blitz-Wulf était rentré à son hôtel immédiatement après avoir déposé ses armes et son équipement dans une planque. Il se trouvait actuellement en pleine communication avec son arrangeur :
  - J’y étais, j’étais sur le quai…

  - Mais Arcance vous a devancé, c’est elle qui a rempli le contrat, pas vous…

  - Ahhh… C’était donc la fameuse Arcance Katts… Je dois avouer qu’elle a l’air plutôt efficace. Bon, ben sinon t’aurais pas un boulot pour moi ? Parce que sinon, je vais pas pouvoir payer mon hôtel…

  - Non, je n’ai actuellement aucune proposition pour vous. Bonsoir.
  L’arrangeur de Blitz-Wulf venait de raccrocher.

  Faut que je change d’arrangeur, l’es nul lui. En plus il est con et il est même pas professionnel, balancer des noms comme ça… non, pas professionnel tout ça… Bon, voyons voir ce qu’on dit sur Arcance in das Data Land, doit bien y avoir une petite description d’elle, que je sache si c’était bien elle…
  Le shadowrunner alluma un petit ordinateur de poche, le brancha et commença ses recherches...
***

Kingsgate, Redmond Barrens, 04H14
  Le quartier était calme pour un coin des Barrens, Arcance pouvait remercier Scargan et ses Cybergheist, le pseudo gang du quartier qui veillait à conserver cette relative sécurité. Elle était arrivé en Yamaha Rapier il y a à peu près une demi heure et en ce moment même elle se trouvait dans un appartement misérable qui lui servait de cache d’arme et occasionnellement de planque.

  Elle avait déjà passé un coup de téléphone à Fike, son intermédiaire pour lui confirmer la conclusion de son contrat. Arcance était assez exigeante sur l’objet de ses runs mais faire sauter une importante cargaison de drogue lui convenait parfaitement. Elle faisait ce qu’elle sentait être bien.

  En ce moment, elle était allongée sur son lit, en sous-vêtement, appuyant une compresse sur sa cuisse droite ; la balle l’avait seulement effleuré mais elle avait suffisamment pénétré la chair pour provoquer une légère hémorragie. La jeune femme resta allongé ainsi, songeuse…
(NB : Daegann aimerait un retour sur ce fichier pour voir s'il peut le continuer. Vos impressions, vos suggestions, vos conseils... voyez le truc ? mailez lui, il appréciera vos avis)

Le Dernier Run
Par Angelus

La Ford Volcano s’engagea dans la ruelle. Le conducteur gara son véhicule, et coupa le contact. De sa place, il apercevait l’autre véhicule à l’autre bout de la ruelle. Une limousine noire aux vitres teintées. Le conducteur de la Volcano sortit de son holster un pistolet lourd, un Azt-Flame, chargé de balles explosives. Il en vérifia le chargeur, l’arma et enleva le cran du sûreté. Il fallait toujours être prudent dans les Ombres.

Il s’appelait Mark Casa, mais les Ombres le connaissaient sous le nom de Shÿn. Il était Aztlan, mais vivait à Seattle depuis plus de dix ans. Il n’avait pas toujours été assassin. Il n’y a pas si longtemps, il était encore membre des Forces Spéciales aztlanes, en couverture à Seattle pour surveiller les activités de cibles potentiellement dangereuses pour son pays d’origine. Il avait même atteint le grade de Colonel de l’armée aztlane. Mais au cours d’une mission, il se fit passer pour mort. Il connaissait les méthodes aztlanes pour les avoir pratiquées à de nombreuses reprises, et il n’ignorait pas que quelqu’un comme lui en savait trop pour ne pas être éliminé tôt ou tard. Ainsi, prenant les devants, il disparut dans les Ombres de la ville d’Emeraude, pour renaître sous les traits de Shÿn, un bel aztlan aux yeux bleus et aux cheveux noirs coiffés en brosse. C’était il y a trois ans. Une éternité.

Il rangea le pistolet dans son holster, et sortit lentement de la Volcano. Il faisait nuit et le seul éclairage de la ruelle était un lampadaire à la lumière vacillante qui avait sans doute été victime de jets de pierre de quelque gang du quartier. Cette lumière chevrotante éclairait pourtant suffisamment l’endroit pour que Shÿn remarqua que la limousine au fond de la rue n’était pas seule : un pick-up gris métallisé était arrêté, derrière la limousine. Un imprévu.

Il était venu ici pour s’entretenir avec son Johnson habituel, revoir ses tarifs. En réalité, il comptait prendre sa retraite. Ses longues années passées à travailler avec ce Johnson l’avaient épuisé. Il avait rempli tous ses contrats, et le plus souvent, d’une seule balle, mais aujourd’hui, il était las de tuer. Il rêvait d’une maison au bord d’un lac, dans le Nord des UCAS, dans un coin retiré de toute civilisation. Il y élèverait une famille, en ignorant les problèmes politiques ou économiques du pays. En bref, il quitterait les Ombres pour un peu de lumière d’ici peu de temps, et il comptait en faire part à son Johnson dans les quelques minutes qui allaient suivre.

Il s’avança, d’un pas assuré, vers la limousine. Oh, oui, il y avait ce pick-up. Le Johnson n’était pas venu seul, mais ce n’était pas un problème pour Shÿn. Il était un professionnel, et ne sortait jamais sans couverture. Pour l’occasion, deux snipers, un ork du nom de Ginger et un humain, Jet Six, étaient en place sur le toit, avec l’ordre de tirer dans le tas dès qu’un problème survenait.

Shÿn n’était pas relié à eux par émetteur. Un tel système aurait été détecté, et aurait révélé l’existence et la position des deux snipers. Depuis plusieurs mois déjà, il les formait à l’assassinat, et ils se révélaient être de très bons éléments.

Alors qu’il s’approchait de la limousine, les portes de celle-ci s’ouvrirent, et deux personnes en descendirent. Shÿn s’arrêta aussitôt. Aucune d’entre elles n’était son Johnson.

Ils étaient vêtus tous deux d’un costume pare-balle de couleur noire, et l’un des deux portait une mallette. Le premier qui s’avançait était un elfe. Un détail fit monter le stress de Shÿn : ils étaient tous deux aztlans.
Sur le toit d’un immeuble voisin, Jet Six contemplait la scène. Sa lunette lui montrait les traits des interlocuteurs, mais il ne reconnaissait pas le visage du Johnson que Shÿn leur avait montré sur tridéo. Nerveux, il caressait la détente de son arme, prenant pour cible l’elfe puis l’homme, allant de l’un à l’autre successivement. Il ne savait pas quoi faire. Il attendait un ordre discret de Shÿn, un signe de la main, pour abattre les deux inconnus, mais aucun ordre ne vint.

Sa nervosité se fit croissante. Par réflexes, il leva son arme pour regarder le toit d’en face où était posté Ginger. Sa lunette fit le point automatiquement sur le corps allongé de son frère d’arme, en position de tir, ce qui rassura Jet Six. Il allait revenir à la scène, en bas, dans la rue, lorsqu’un détail attira son attention. Il zooma sur Ginger et sut que quelque chose n’allait pas. Le canon de l’Ares Kleeck qu’utilisait l’ork était levé en l’air, visant le ciel, dans une posture grotesque. Jamais aucun tireur d’élite n’aurait levé son arme de cette façon au cours d’une mission. On aurait même dit que l’arme était posé, sans même être cachée. Quelque chose de grave était en train de se passer.

Jet Six jura intérieurement. Il explora avec sa lunette les toits avoisinants l’endroit où se trouvait Ginger, pour repérer un éventuel sniper, responsable de la mort de l’ork. Et c’est alors qu’il le vit. Au premier passage, il ne l’avait pas remarqué, mais la deuxième fois, il l’aperçut. Un reflet. Une autre lunette. Un autre fusil de sniper… pointé dans sa direction.

Il allait presser la détente lorsqu’une balle franchit le canon du Barrett du sniper ennemi. Une balle longue comme un doigt qui traversa la distance qui séparait le sniper de sa cible en quelques millièmes de seconde. Une balle qui traversa la lunette de l’arme de Jet Six, qui pénétra l’œil de l’apprenti assassin, qui réduisit son cerveau en bouillie, avant de percer l’arrière de son crane sans même être ralentie dans sa course.

Le corps sans vie de Jet Six s’effondra sur lui-même.

La scène s’était passée sans un bruit.
L’elfe s’adressa à Shÿn sur un ton autoritaire :

  • Êtes-vous le Colonel Mark Emmanuel Casa, matricule H2568H, Section Spéciale de l’Armée Aztlane, actuellement en retraite anticipée ?

Shÿn ne put s’empêcher de sourire, malgré la tension de la situation. Le gouvernement, car il ne faisait aucun doute à l’ancien militaire qu’il s’agissait du gouvernement aztlan, appelait sa désertion une « retraite anticipée » ? Ils ne manquaient pas d’humour. L’assassin lui répondit :

  • Puis-je savoir qui le demande ?

  • Je suis le Lieutenant Ibanez, matricule K28693, Adjoint du Directeur des Ressources Militaires, et j’ai une mission pour vous.

Shÿn repris son sérieux. Ils n’étaient pas là pour plaisanter.

  • Lieutenant Ibanez, je doute que vous soyez venu ici pour me confier une mission. Vous n’ignorez pas que j’ai quitté l’armée aztlane, et vos efforts pour me retrouver me flattent, mais je n’ai plus d’ordre à recevoir de vous ou de quiconque.

  • Mon Colonel, je crains que vous n’ayez pas le choix. Votre employeur, un certain Johnson, a trouvé la mort hier soir dans un affrontement de gangers. Encore un exemple de la violence urbaine quotidienne de cette civilisation décadente, répondit l’elfe en souriant.

L’assassin sentit la colère monter en lui. Non pas qu’il tenait à la vie de son Johnson, mais à force, on finissait par s’habituer à la présence de certains autour de soi. Une faiblesse. Shÿn s’adressa à l’elfe :

  • La mort de cet individu me laisse indifférent. Je vous somme de me laisser tranquille avant que je ne vous tue.

L’elfe, toujours souriant, lui rétorqua :

  • Mon Colonel, si vous faites allusion à votre arme de poing, sachez qu’elle ne vous sera d’aucune utilité contre nous. Nous bénéficions d’une couverture magique contre ce genre de menace. Et si vous envisagez de nous faire abattre par vos snipers, sachez qu’ils ont été mis hors d’usage.

Le sang de Shÿn ne fit qu’un tour. Ginger. Jet Six. L’aztlan n’en aurait pas parlé si cela n’avait pas été vrai. Encore des personnes auxquelles il s’était attaché. Encore une faiblesse.

  • Que me voulez-vous, bordel de merde ? Pourquoi ne pas me tuer pour ma désertion ?

  • Parce que vous nous êtes beaucoup plus utile vivant que mort, mon Colonel. Nous nous sommes assurés que plus rien, ni personne ne vous retiendrait dans cette vie que vous vous êtes construite depuis trois ans.

Marissa ? Faisait-il allusion à la jeune femme ?

Marissa Herbert était une rockeuse que Shÿn avait rencontré un soir en écumant les bars à la recherche de l’oubli. La jeune femme l’avait séduite par son insouciance et sa naïveté, et ils avaient débuté une relation épisodique, au gré des concerts de la rockeuse et des missions de Shÿn. Merde. Il jura intérieurement contre ce passé qui revenait lui enlever tout ce qu’il avait trouvé de bon dans cette nouvelle vie.

  • Vous l’avez tué ? Marissa Herbert était-elle morte ?

  • Non, mon Colonel. Elle est en notre possession, mais aucun mal ne lui a été fait. Elle nous servira de salaire pour rémunérer vos services, et de sûreté, au cas où vous vous retourniez contre nous.

  • Ibanez, je devrais vous tuer de mes mains. Vous incarnez tout ce que j’ai essayé de fuir pendant trois ans

  • Comme on dit par ici, mon Colonel : « Nothing Personnal, just business. » Je suis ravi que vous acceptiez cette mission.

  • Allez vous faire foutre !


Il avait accepté la mission, oui, et il n’en était pas fier. Mais il aurait donné n’importe quoi pour Marissa. Elle représentait l’espoir d’une vie normale. Elle était ce que Shÿn avait toujours cherché sans jamais le trouver : l’oubli de sa vie passée. Celle qu’il avait passé à tuer au nom d’un gouvernement dicatorial. Et voilà qu’il recommençait.

Le lieutenant Ibanez lui avait présenté sa mission et Shÿn avait alors compris pourquoi ils avaient fait appel à lui, pourquoi ils avaient déployé tant d’effort pour le retrouver : ils voulaient le meilleur.

La cible était un oyabun yakusa, le chef d’un réseau de contrebande d’armes en tout genre. Il obtenait des armes au rabais à la Nouvelle-Orléans et les faisait transiter jusqu’au Japon en passant par Seattle. Il s’appelait Akidao Hisaïashi, et vivait au cœur de Seattle, dans le quartier international de Downtown. Un loft au trentième étage d’un immeuble, l’immeuble Roosevelt, qui en comptait quarante-cinq. Il ne sortait jamais de cet endroit surprotégé, surtout depuis la montée de puissance dans le quartier des Triades, la mafia chinoise, ennemie mortelle du Yakusa. L’oyabun était très entouré, et ne lésinait pas sur la qualité de ses gardes du corps. La plupart d’entre eux étaient japonais, mais quelques blancs complétaient les rangs.

Shÿn remarqua un visage qui lui était familier. Archange. Il l’avait déjà affronté cinq ans plus tôt, dans une ruelle, et il l’avait laissé pour mort.

Ainsi, Archange s’en était sorti. Le Colonel regarda attentivement la reproduction holo de son ancien ennemi. Un blond aux yeux verts, assez musclé. Il était français d’origine, mais il était venu aux UCAS après le meurtre de son employeur, un richissime industriel européen. Archange obéissait à l’ancien code d’honneur des samouraï. Lorsque son maître, son daïmyo, meurt assassiné, le samouraï qui n’a pas pu le défendre doit faire seppuku : il doit procéder à un suicide ritualisé pour laver son honneur. S’il ne le fait pas, il devient un ronin, un sans maître.

Apparemment, Archange avait retrouvé un maître, cet oyabun yakusa. Le français était un adepte physique dont la célérité était légendaire. Il était connu pour manier toutes les armes blanches à la perfection, et Shÿn se souvenait encore de la sensation qu’il avait ressenti lorsque le glaive d’Archange avait pénétré sa jambe, au cours de leur dernière « discussion ».
Les Aztlans lui avaient adjoint une coéquipière, celle-là même qui avait abattu ses deux élèves. Une adepte physique. Le Major Angéla Vasquez, surnommée Ripper. Une femme brune au teint mat et au regard d’acier. Elle était aussi une professionnelle, mais sa fidélité à la nation aztlane était sans faille. Shÿn savait pertinemment pourquoi on lui avait adjoint cette tueuse. Pour l’aider, mais aussi pour l’espionner, et peut-être même pour le tuer une fois sa mission remplie. Shÿn se promit de l’abattre avant qu’elle ne se retourne contre lui.

Shÿn, après quelques heures de repérage sur place, en bas de l’immeuble, établit son plan d’action. Les deckers gouvernementaux lui avaient fourni un plan du bâtiment, avec en prime l’emplacement des caméras vidéos. Aucun decker ni aucun mage ne pouvait le couvrir sans se faire repérer, il agirait donc seul, avec Vasquez en soutien. Elle l’attendrait dans un véhicule en bas de l’immeuble, surveillant les allées et venues des gardes ou des habitants de l’immeuble Roosevelt. Car cet immeuble était un lieu d’habitation avant tout, et Shÿn comptait se faire passer pour un résident pour entrer. Il monterait en ascenseur jusqu’au toit où un hélicoptère y aurait déposé ses armes préalablement. Puis il redescendrait et commencerait le massacre. Une fois l’oyabun abattu, il quitterait l’appartement par la fenêtre et descendrait en rappel les trente étages, par la façade nord, la moins exposée, la moins visible de la rue.
La nuit tombait sur Seattle. Le pick-up gris métallisé, conduit par Ripper, se gara sur une place réservée aux résidents de l’immeuble Roosevelt. Les passants étaient nombreux sur les trottoirs, et au pied de l’immeuble, deux orks corpulents montaient la garde.

Shÿn descendit du véhicule. Il était habillé d’un complet bleu marine, et tenait à la main une mallette noire. Il se dirigea vers l’entrée de l’immeuble. Son visage était fermé à toute discussion, et lorsque les orks lui adressèrent la parole pour lui demander sa carte, il passa devant eux en maugréant quelques mots incompréhensibles. Les orks hésitèrent à arrêter cet homme mécontent, qui, si ça se trouvait, habitait réellement là. Ne prenant pas de risques, par crainte de se voir renvoyer pour avoir été désagréables avec un client, ils le laissèrent passer sans complications.

L’assassin s’engagea dans l’entrée et trouva sans difficulté l’ascenseur. Il appuya sur le bouton, et attendit. Shÿn avait appris à dissimuler son stress, et heureusement. Car au moment où il attendait ascenseur, face à la porte, il fut rejoint par deux hommes, un petit asiatique et un blanc, plus grand que Shÿn, qui se placèrent derrière lui tout naturellement. Ils discutaient en japonais, parlant du dernier match que les Mariners avait perdu, face aux Angels de Vancouver.

Du coin de l’œil, Shÿn distingua les traits des deux hommes. L’asiatique était un japonais assez maigre, portant un imperméable couleur sable et vêtu d’un costume noir. Shÿn remarqua une bosse au niveau du cœur, sans doute un pistolet dans son holster. A ses côtés, le blanc, s’exprimait avec un accent européen. Il était blond, ses cheveux longs tombant jusqu’à ses épaules. Il portait un pull à col roulé noir et un jean de la même couleur. Shÿn ne parvenait pas, de dos, à distinguer son regard. Pourtant, une sensation de déjà-vu l’habitait.

Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent. Shÿn entra le premier et se retourna, pour se mettre face à la sortie. A leur tour, les deux individus entrèrent. Alors que le japonais ne fit pas attention à l’assassin, le regard de l’européen s’arrêta sur celui de Shÿn, et y resta une éternité. Il semblait à l’assassin que la température venait de tomber de dix degré d’un coup. Quelque chose passa entre les deux regards, quelque chose d’électrique.

Archange sourit, puis se retourna. Car il s’agissait bel et bien d’Archange. Shÿn se sentit défaillir. Son ennemi, là, devant lui, lui tournant le dos, et au courant de sa présence. Archange continua sa discussion comme si de rien était. L’espace d’un instant, Shÿn douta même que l’adepte l’ai reconnu, puis il se souvint de son sourire. Un sourire cynique, plein de confiance. Non, Archange était bien conscient d’avoir son ennemi dans son dos. Et il devait savoir que Shÿn était là pour son maître.

Shÿn se repris en main, laissant échapper tout son stress. Il n’était pas armé, il ne pouvait donc pas éliminer les deux menaces. Il décida de prendre la chose à l’envers. Il tapota sur l’épaule d’Archange. Celui-ci se retourna, surpris. Shÿn lui parla en français.

  • Excusez-moi, monsieur, pourriez-vous me donner l’heure…

  • Euh… Certes.

Archange regarda sa montre et répondit en souriant.

  • Il est 21h30, monsieur.

Le japonais se retourna, curieux de l’entendre une conversation dans une langue qu’il ne connaissait pas. Archange le rassura du regard, et repris le dialogue avec Shÿn.

  • Vous habitez ici ?

  • Oh, non, je viens rendre visite à un ami de longue date… Et vous même ? demanda l’assassin, tout sourire.

  • Je loge chez un parent, un oncle que je considère comme mon père. Chez nous, les liens de la famille sont très importants.

  • Sans doute mérite-il votre attention, mais vous savez, j’ai appris au cours de ma vie qu’il ne faut jamais s’attacher à personne.

  • Si vous n’êtes pas capable de protéger vos proches, cela ne fait aucun doute. Mais je suis quelqu’un de très… présent pour mes parents. Vous seriez sûrement surpris de savoir à quel point, répondit ironiquement Archange.

L'ascenseur s'arrêta et les portes s’ouvrirent. Le trentième étage. Archange et le japonais sortirent. Le garde du corps lança :

  • Bonne chance, l’ami, et à une prochaine.

  • Je pense que nous aurons l’occasion de nous revoir bientôt.

  • Je n’en doute pas, rétorqua Archange alors que les portes se fermaient.


L'ascenseur repris sa course vers le quarante-cinquième étage. Après avoir vérifié" minutieusement qu'il ne recelait aucune caméra, Shÿn commença à se dévêtir. Sous son costume, il portait une combinaison noire. Il mit sur sa tête une cagoule de la même couleur. Arrivé au dernier étage, il utilisa sa mallette pour bloquer la fermeture des portes. ascenseur était maintenant bloqué au quarante-cinquième étage.

Shÿn se précipita vers la trappe qui menait jusqu’aux toits, l’ouvrit et l’emprunta. Sur le toit, le sac était là. Ses armes. Il le récupéra, le glissa dans son dos en sortant son Azt-Flame chargé de balles explosives et un chargé de balles classiques. Il se sentait moins nu. Il réemprunta la trappe, et commença à descendre les escaliers, jouant avec les angles morts des caméras pour éviter d’être repéré. Il parvint sans encombre à la porte marquée d’un trente. L’étage d’Akidao Hisaïashi et d’Archange.

Il remit son flingue dans son holster et poussa doucement la porte. La lumière du couloir lui montra deux hommes, des japonais, qui montaient la garde devant une porte, sans doute celle de l’oyabun yakusa. Il fallait agir vite et sans bruit. Il sortit deux shurikens empoisonnées et les projeta sur les gardes. Le premier fut atteint à l’œil : la shuriken s’était enfoncée dans l’orbite et l’homme mourut sur le coup. Le second reçut l’étoile en plein abdomen. Il regarda, l’air stupéfait, cette étoile de métal qui dépassait de son ventre, et le poison fit son effet avant qu’il ne pense à hurler. Ses muscles se contractèrent brusquement, son regard se vida de toute trace de vie, et il s’effondra sans souffle. Les poisons aztlans étaient réputés pour leur efficacité…

Il s’approcha des deux corps, en retira les étoiles et les traîna vers les escaliers, dans le but de les cacher. Puis, il leur logea une balle dans la tète par précaution. Il se dirigea ensuite vers la porte du loft d’Akidao Hisaïashi. Il regarda la serrure avec intérêt, sortit d’une poche un passe magnétique que lui avaient fourni les deckers aztlans, et s’en servit pour briser le verrou. Un léger déclic se fit entendre.

Après avoir donné un dernier coup d’œil dans le couloir et s’être assuré qu’il n’y avait personne, il ouvrit la porte et pénétra dans l’appartement. Il connaissait l’endroit pour l’avoir étudié de longues heures sur tridéo, d’après les plans que lui avaient fournis les Azzies, et savait donc qu’il y avait une sorte de vestibule sans caméra avant d’entrer réellement dans le loft. Et il était dans ce vestibule. Sur sa gauche, des étagères supportaient des dizaines de paires de chaussures de luxe pour homme. Sur sa droite, un placard qui devait contenir des manteaux et vestes. En face de lui, une autre porte, celle de l’appartement lui-même. Il s’en approcha sans bruit.

Derrière cette porte, sa cible et Archange. Derrière cette porte se trouvait l’espoir de retrouver une vie normale, de revoir Marissa. Derrière cette porte, son destin allait se jouer. Il activa ses réflexes câblés, passa en vision thermographique, brancha ses interfaces de combat, sortit de son sac deux pistolets-mitrailleurs chargés, eux, de balles ex-explosives, ce qui se faisait de mieux en matière de balistique. Il était prêt. Il ouvrit la porte.

Sur sa gauche, deux japonais en train de discuter autour d’un verre, accoudés à un bar en inox intégré dans le mur du loft. Un peu plus loin, une piscine où se prélassaient trois superbes asiatiques complètement nues.

Sur sa droite, un homme branché sur une console, le corps presque immobile, mais dont les doigts frappaient avec une célérité surprenante le clavier. Il était assis, dos à l’entrée et à Shÿn. A quelques mètres de lui, deux japonais montaient la garde devant une porte en métal. Leur corpulence et leurs armes, rangées mais bien visibles, ne laissaient aucun doute qu’à leur fonction : gardes du corps.

Au fond de cette pièce principale, une grande table en bois véritable, pouvant accueil sans doute une vingtaine de convives, servait de bureau à un petit asiatique dans un costume trop grand pour lui. Le comptable.

9.

L’assassin passa à l’action.

Il plongea sur sa droite à une vitesse fulgurante, et lorsqu’il se releva, il tenait de son bras gauche l’interfacé en guise de bouclier humain, pendant que son PM droit se vidait de ses balles à une cadence folle sur les deux gardes. Le premier parvint à en éviter la plupart, mais le second n’eut pas cette chance : son corps, secoué par la violence de la rafale qu’il prenait en pleine poitrine, fut projeté en arrière et atterrit quelques mètres plus loin.

8.

Shÿn poussa de la jambe le corps quasi rigide de l’interfacé tout en plongeant vers les deux japonais du bar qui commençaient à sortir leurs armes. L’interfacé, au milieu de la pièce, fut la cible involontaire de la rafale tirée par le deuxième garde du corps, celui qui avait de justesse évité la mort quelques secondes auparavant. L’interfacé s’écroula.

7.

Pendant ce temps, Shÿn alignait les deux gars du bar et vidait ses chargeurs, réduisant ces individus en des tas de chair sanguinolente. Les filles, dans leur piscine, se mirent à hurler.

6.

L’un des deux n’était pas mort. Par miracle, il vivait encore, tas de chair amorphe, rampant, cherchant désespérément son arme qui avait glissé derrière le bar. Mais Shÿn se désintéressa de lui. Il n’avait plus de bouclier pour le protéger des balles du dernier garde du corps. Il lâcha ses PM aux chargeurs vides, et tendit son bras vers sa cible. Une déflagration fit trembler les murs de la salle. Son ennemi s’effondra, un trou au milieu de front. Au creux de la main de Shÿn, le bout du canon de son arme implantée se ferma et la paume de l’assassin parut la plus normale qui soit.

5.

Shÿn courut vers l’homme qu’il venait d’abattre, ramassa son arme, et tua d’une seule balle le comptable qui venait de sortir un Ares Predator de dessous la table.

4.

L’assassin se retourna à temps pour voir que l’une des filles était sortie de l’eau et avait empoigné maladroitement l’arme d’un mec du bar qui avait glissé jusqu’au bord de la piscine. Shÿn ne ressentit aucune pitié lorsqu’il pressa la détente, réduisant le splendide corps bio-sculpté de l’asiatique en un amas de chair molle.

3.

Une autre fille avait quitté la piscine et tentait de fuir vers une vitre. Elle fut stoppée dans sa course par une rafale qui coupa son corps en deux. Le sang gicla.

2.

Shÿn allait s’occuper de la troisième fille lorsque le gars qu’il pensait avoir éliminé, près du bar, surgit avec son flingue de derrière le comptoir en inox. Ce coup-ci, le coup toucha l’assassin. Les réflexes de Shÿn lui sauvèrent la vie. Ce coup était destiné à sa tête mais il avait réussi à plonger, tout en tirant sur sa gauche avec le pistolet-mitrailleur ramassé. La balle de son ennemi pénétra son épaule gauche, sans faire de gros dommages. La rafale du PM de Shÿn, par contre, transforma son adversaire en charpie.

1.

Shÿn se releva. Il était à un mètre de la piscine et de la dernière personne vivante, la dernière fille. Elle était toute tremblante, et ses dents se heurtaient en faisant un bruit régulier. La couleur de l’eau autour de la fille tourna au jaune. Elle venait d’uriner, de peur. Il lui demanda en japonais :

  • Où est Akidao Hisaïashi ?

Elle lui répondit mais les mots ne parvinrent pas à franchir sa gorge crispée.

  • Où est Akidao Hisaïashi ? Aucun mal ne te sera fait si tu parles.

Sentant que son destin dépendait de la réponse, elle parvint, au prix d’un effort surhumain, à chuchoter les morts suivants :

  • Dans… sa… chambre…

  • Merci.

Shÿn leva son arme, passa en mode semi-automatique instantanément grâce à son interface câblée et tira une balle dans le front de la jeune fille. Son corps commença à glisser vers le fond de la piscine tandis qu’une nappe rougeâtre, son sang, se diffusait dans l’eau.

0.
Il se retourna, et contempla le spectacle. Neuf morts, plus les deux de l’entrée. Onze personnes abattues. Voilà pourquoi Shÿn n’aimait pas travailler pour les Aztlans. Ceux-ci exigeaient de lui qu’il abatte tous les témoins. Qu’il tue sa cible lui paraissait normal, mais qu’il massacre des innocents, c’était plus qu’il n’en pouvait supporter. Seul le souvenir de ses rêves d’une vie paisible avec Marissa arrivait à calmer sa douleur. Et a lui redonner sa concentration. Il alla récupérer ses pistolets-mitrailleurs, en rangea un dans son sac, jeta ceux empruntés à l’une de ses victimes, et se dirigea vers la porte à droite d’un pas pressé.

Il se plaqua contre le mur, cherchant d’une main son passe magnétique, tenant de l’autre son PM. Soudain, le porte s’ouvrit… Ou plutôt vola en éclat. Le souffle de l’explosion de la porte métallique projeta Shÿn au sol. Par réflexes, il roula sur lui-même pour se mettre face à ce qui pourrait sortir de l’embrasure nouvellement formée et se préparer à tirer.

Un japonais en costume noir corpo passa en courant par l’embrasure, sans doute pour bénéficier de l’effet de surprise de l’explosion. Une balle bien ajustée de Shÿn vint le cueillir au milieu de sa course. Sa tête explosa projetant des morceaux organiques vers le bureau du comptable, et le corps du japonais s’effondra, comme au ralenti.

Shÿn savait qu’à l’instant où il avait tiré, il avait révélé sa position. Il lâcha son arme. D’un mouvement de son bassin, il se releva dans une sorte de salto arrière. Une fois son corps stabilisé, il courut vers le bar, pour se mettre à couvert. Et bien lui en prit. A ce moment même, ce fut une violente pluie de plomb qui s’abattit sur l’endroit où il se trouvait quelques secondes auparavant. Du coin de l’œil, dans sa course, il distingua son ennemi. Il n’en apercevait que le bras, qui dépassait de l’embrasure de la porte, tenant un Uzi sans doute interfacé qui crachait ses balles en mode automatique.

Le tireur essaya par un mouvement rapide de son bras de mettre Shÿn dans son viseur, mais celui-ci parvint à sauter par-dessus du bar avant qu’il ne réussisse. Les balles se heurtèrent au comptoir en inox, y laissant des marques profondes. Shÿn commença à souffler. Il était passé de chasseur à chassé, et ce nouveau rôle ne lui convenait pas du tout. Il chercha dans son sac une grenade factice qu’il envoya vers son ennemi. Il entendit nettement un juron en japonais, et les rafales se turent. Le tireur avait dû plonger pour éviter le souffle de l’explosion, et c’était ce qu’attendait l’assassin. Shÿn se propulsa hors de sa cachette et courut à une vitesse inhumaine les quelques mètres qui le séparaient de son ennemi. Ennemi qui lui tournait le dos, les mains sur ses oreilles, le dos tourné, sans doute dans l’attente de l’explosion de la grenade factice. Erreur.

Shÿn se concentra au cours de sa course, et transforma mentalement son poing en marteau, une technique que lui avait appris son instructeur en Aztlan.

« Ton poing est une arme mortelle. La vitesse et la force d’un coup porté avec la main peuvent être supérieures à celles d’une balle lorsque tu maîtrises parfaitement ton corps. »

Le poing s’abattit sur la nuque du japonais, brisant d’un coup sa colonne vertébrale. Shÿn sentit même les os de son ennemi se morceler. Le Japonais émit un hoquet timide, les yeux exorbités, le visage crispé par la douleur, puis s’écroula sans plus de bruit.

Le silence revint. Shÿn se calma, toujours au-dessus du corps sans vie de son dernier adversaire. Puis il leva les yeux. Sur le pas de la porte qui avait été détruite, se tenait Archange. Il souriait. Shÿn se releva doucement, sans craindre pour sa vie. Il connaissait le Français et son code de l’honneur, et n’ignorait pas qu’il n’oserait pas s’attaquer à un adversaire sans arme. Et Shÿn ne portait pas d’arme.

Archange se déplaça vers le centre de la pièce, toujours un sourire aux lèvres. Dans la main droite, il tenait un katana. Dans la gauche, une wakizachi, lame plus courte que le katana, utilisée par les samouraïs lors des combats à deux armes. L’adepte ne portait pas de vêtements sur la partie haute de son corps, et Shÿn pouvait distinguer son torse puissamment musclé et parfaitement découpé. En bas, il était vêtu d’un pantalon de toile noire, et ne portait pas de chaussures.

Shÿn quitta sa cagoule noire, et fit tomber son sac à dos, puis sa veste de combinaison, et enfin son holster, lentement. Son épaule droite était faite de métal, seule trace nettement visible d’amélioration cybernétique. Oh, bien sûr, Shÿn disposait de réflexes câblés, d’une armure dermale et d’une modification osseuse, mais il s’était fait installer ce matériel en beta, ce qui le rendait beaucoup plus difficile à distinguer que le matériel cyber standard.

Son épaule gauche avait été blessée au cours du dernier affrontement, mais déjà son Bioware prenait en charge la cicatrisation, et Shÿn ne sentait plus du tout la douleur de cette blessure. Seule une trace de sang était visible.

Il sortit de son sac un bâton télescopique qu’il déplia. Ils étaient tous deux armés.
Les deux adversaires se faisaient face, se préparant mentalement au combat qui allait suivre. Chacun connaissait les techniques de l’autre, ses méthodes de combat, son style. Ils s’étaient étudiés, ils s’étaient préparés pour ce jour, cet affrontement, qui se solderait par la mort de l’un des deux guerriers. Le samouraï vertueux face au ninja assassin. Le Français face à l’aztlan. L’adepte face au cyber-guerrier.

Shÿn commença à se déplacer sur sa gauche, et son adversaire fit de même. Lentement. Toujours s’observant. Le bâton de l’assassin était tendu dans la direction d’Archange qui lui s’était mis en garde défensive avec ses deux lames.

Ils se déplaçaient toujours lorsqu’une voix grave jura en japonais :

  • Bordel, mais que se passe-t-il ici ? Mais qui a fait ça ?

La voix provenait du couloir, là où la porte avait explosé. La voix d’Akidao Hisaïashi, la cible. Il survint soudainement, dans l’embrasure de la porte.

Le regard de Shÿn se tourna vers lui. Il était comme sur les holos, grand pour un japonais non métissé, avec un léger embonpoint, habillé en Corpostyle, les yeux grands ouverts devant le spectacle du massacre de ses hommes de main et de ses filles. Car les trois filles de la piscine n’étaient pas des prostituées, comme l’assassin l’avait cru, mais ses propres enfants. Shÿn le devinait dans le regard de sa cible. Et dire que les Azzies ne lui avaient rien dit. Les enfoirés.

Akidao resta tétanisé. Des larmes coulèrent sur ses joues. Mais Shÿn ne se laissa pas attendrir. Cet homme était sa cible et était destiné à mourir. Sa douleur importait peu à l’assassin. Il se concentra sur son duel à mort avec Archange. Il s’occuperait du japonais une fois son fidèle chien-chien éliminé.

C’est ce moment qu’Archange choisit pour frapper. Il se déplaça à une vitesse extraordinaire et donna son premier coup… qui fut contré de justesse par le bâton de Shÿn. S’enchaîna le second coup, la wakizachi. Un mouvement de hanche évita à l’assassin de finir embrocher. Il planta le bâton dans le sol et s’en servit pour soutenir son poids pendant qu’il lançait ses jambes contre le Français. Mais celui-ci plongea au sol, les pieds en avant, vers le bâton. Il faucha l’arme de Shÿn alors que celui-ci était encore en l’air. D’un mouvement de torsion inhumain, le cyber combattant parvint à se rattraper pour atterrir à quelques mètres de l’adepte au sol.

Shÿn n’attendit pas qu’il se relève. Il chargea, son bâton en avant. L’adepte lâcha ses armes, planta littéralement ses mains dans le sol et se propulsa pour atterrir debout, prêt à recevoir la charge. Mais l’aztlan changea de tactique en pleine course et fit faire à son arme un mouvement circulaire de balayage. Les deux jambes de l’adepte surpris furent fauchées, et il retourna au sol. Shÿn planta son bâton dans le corps d’Archange… Enfin, plutôt là où quelques millisecondes auparavant se trouvait le corps d’Archange, car celui-ci avait réussi miraculeusement à se retrouver debout, face à Shÿn, avant même que le bâton de l’assassin ne touche le sol. Et il avait récupéré ses lames. L’aztlan, surpris de l’exploit de l’adepte, ne vit pas venir l’attaque de celui-ci. Le katana du samouraï pénétra sa cuisse droite, et la wakizachi lui entailla le torse, au niveau du nombril.

Shÿn fit un bond en arrière, dégagea la lame plantée dans sa cuisse. Il commença à sentir la douleur se propager à l’intérieur de lui, mais n’y prêta pas attention. Sa vie se jouait. Appuyant sur un petit bouton disposé le long du bâton, Shÿn sépara celui-ci en deux courtes parties égales. A chacune des extrémités des bâtons, de petites lames effilées sortirent. L’assassin se mit en garde. Du sang perlait de sa cuisse et tâchait son pantalon.

Ce fut au tour d’Archange de charger. L’espace d’un instant, Shÿn remarqua que son ennemi boitait, sans doute une conséquence du balayage qui l’avait cloué au sol. Le katana passa à quelques centimètres de la tête de l’aztlan, tandis qu’avec l’un de ses bâtons, il bloquait la wakizachi du samouraï. Il vit une ouverture, et planta son second bâton dans l’épaule découverte de son adversaire. La main qui tenait le bâton commença un mouvement de torsion, ce qui eut pour effet de faire hurler Archange. Ainsi, l’assassin s’assurait que la plaie resterait ouverte. Avec son pied gauche, Shÿn prit appui sur l’aine du français et se propulsa en arrière en un salto parfaitement exécuté. Sous le choc, Archange manqua de tomber.

Ils étaient de nouveau face à face.

Shÿn, satisfait, observait la vilaine blessure qu’il venait d’infliger à son adversaire. Du sang coulait abondamment de l’épaule droite de l'adepte. Ils se mirent tous deux en garde offensive, mais furent interrompus par le hurlement de l’oyabun yakusa qu’ils avaient oublié. Il venait de tomber à genoux et semblait implorer en hurlant les esprits, les kami, de guider les âmes de ses filles vers la paix qu’il n’avait su leur donner.

Les deux adversaires reprirent leur concentration, comme si de rien n’était. Ils se remirent en garde, et de nouveau, Archange chargea. Mais il fut stoppé dans sa course par un bâton qui lui avait envoyé Shÿn. Un bâton qui se planta dans sa jambe gauche. La surprise lui avait fait lâcher son katana et sa wakizachi. Il regarda l’arme de Shÿn lui perforant les chairs, et l’assassin aztlan en profita pour charger à son tour. Archange leva les yeux, effrayé, et Shÿn lui troua la gorge avec son autre bâton. Estomaqué, la gorge percée, Archange leva les mains, lentement, pour saisir l’arme de Shÿn. Il l’attrapa, les mains tremblantes. Shÿn la lâcha, et recula d’un mètre.

Les yeux emplis d’incrédulité, Archange s’effondra, tenant toujours l’arme de l’aztlan entre ses doigts. Il fut agité de soubresauts, puis son corps s’immobilisa. Son regard était vide.
Shÿn s’appuya sur un mur et souffla, mort de fatigue. L’oyabun hurlait toujours. L’assassin le regarda pendant bien cinq secondes, sans bouger, comme s’il regardait un extraterrestre fraîchement débarqué sur Terre. Puis il se dirigea vers son holster, en sortit son Azt-Flame et se retourna vers Akidao Hisaïashi :

  • Salue tes filles de ma part.

Il pressa la détente, et la balle explosive réduisit l’existence misérable d’Akidao au néant.

Le corps de sa cible glissa à terre, dans une mare de sang, et le silence se fit. Le calme. Shÿn regarda le corps sans vie d’Akidao pendant de longues secondes. Puis un bruit sec le fit se retourner. Derrière lui, le Major Angéla Vasquez, Ripper, sa soi-disant coéquipière.

Elle tendait vers lui le canon d’un Azt-Hi-Gun, un nouveau modèle de pistolet lourd, produit en série par les industries militaires aztlannes. Son visage était fermé, ses sourcils froncés, comme si elle n’aimait pas ce qu’elle allait faire. Lui ne bougeait pas.

  • Vous avez été jugé coupable de désertion par la Cour Martiale Aztlanne. C’est un crime de haute-trahison, puni par la peine capitale, lui déclara-t-elle. Avez-vous quelque chose à dire, avant que la sentence ne soit exécutée ?

  • Oui. Major Vasquez, ma mort vous assure une promotion hiérarchique non négligeable. J’espère qu’un jour, vous réaliserez à quel point nos vies ont été semblables. Et n’oubliez jamais ce que vous allez me faire. Cela vous donnera à réfléchir, plus tard, lorsque vous serez à ma place… Major, vous pouvez exécuter la sentence…

  • A vos ordres, mon Colonel…

Elle fit feu, pulvérisant le crane de Shÿn. Le choc de la déflagration fit voler le corps de l’assassin à travers la pièce. Il atterrit à quelques pas du corps sans vie d’Archange, son pire ennemi, dans une posture grotesque.

Ripper s’approcha du corps du Colonel. Son visage était méconnaissable. Parfait. Elle jeta un dernier coup d’œil à la pièce, avant de sortir en fermant derrière elle. Tranquillement, elle prit l'ascenseur, et quitta l’immeuble Roosevelt. Elle grimpa dans son pick-up gris, et mis le contact. Alors qu’elle allait connecter son véhicule à la Grille de Seattle, elle eut un éclair de génie. Et fut prise d’un grand éclat de rire. Elle mit au moins cinq minutes à se calmer. Elle mit enfin le véhicule en marche et rejoignit la Pyramide Aztechnology. Elle souriait. Et lorsqu’on lui annonça que la jeune rockeuse dont le Colonel s’était entiché avait réussi à s’enfuir, elle dut faire appel à toute sa concentration pour ne pas exploser de nouveau de rire. Elle fit son rapport, expliquant clairement ce qu’elle avait vu et fait au cours de sa soirée, et garda son secret pour elle.

Lorsqu’elle avait glissé la clé dans le contact, pour démarrer sa voiture, elle s’était revue, dans la pièce, juste avant la mort du Colonel Casa, surnommé Shÿn. Et elle avait remis le puzzle dans l’ordre. Il n’était pas mort, non, et sans doute, allait-il couler des jours heureux loin de cette Ombre avilissante. Intérieurement, Angéla Vasquez souhaita bonne chance à l’ex-Colonel.
Une demi-heure après la mort de l’oyabun Akidao, trois individus sortaient de l’immeuble Roosevelt. Trois corpos. Ils montèrent à bord d’une limousine noire et quittèrent le quartier, en direction de l’Aéroport Sea-Tac où les attendaient deux autres corpos, et leur « secrétaire ». Ils s’envolèrent tous pour Paris.
A bord de l’avion suborbital qui les emmenait en France, Shÿn remercia Archange et son équipe. Grâce à lui, l’aztlan allait couler des jours heureux dans les Pyrénées en compagnie de Marissa, sa bien-aimée. Il expliqua ensuite à celle-ci comment il s’en était sorti :

  • Au cours des trois ans pendant lesquels j’avais fui l’Aztlan et ses pratiques barbares, je m’étais dissimulé dans les Ombres sous le pseudo de Shÿn, en espérant que mon passé ne me rattrape pas. Comment expliquer à un ancien ennemi que j’avais quitté le service actif aztlan et que je ne représentais plus une menace pour lui ? C’est pourtant ce que je fus contraint de faire un soir de beuverie, au détour d’une ruelle sombre d’Everett, lorsqu’Archange me tomba dessus. Bien sûr, il ne me crut pas, mais j’avais accumulé au cours de mes trois ans de désertion de nombreux documents me laissant penser qu’il n’était pas un simple garde du corps.

  • Effectivement, repris Archange. J’appartiens à une organisation secrète française : la D.G.S.E. Ma couverture, garde du corps efficace, me valut de surveiller différentes personnalités dont la vie et les affaires intéressaient le gouvernement de mon pays. Et cet imbécile menaça de me faire chanter.

  • Je n’allai pas me gêner, se défendit Shÿn. C’était ça ou la mort. J’ai donc menacé de révéler à ses employeurs sa véritable fonction, le conduisant à une mort certaine et à l’échec de sa mission. Il m’a donc laissé vivre, de peur que ma mort n’entraîne des conséquences imprévues.

Lorsque j’ai appris que les Azzies m’avaient retrouvé, avant même qu’ils ne prennent contact avec moi, j’ai fait appel à mes vieux amis pour te surveiller.

  • Moi ? demanda, incrédule, Marissa.

  • Oui, toi. Je me doutais qu’ils s’en prendraient à toi, mais je ne pouvais pas te faire disparaître : cela aurait éveillé leurs soupçons. Parmi ces amis chargés de ta protection, il y avait deux membres de la section d’Archange. Ceux-là même qui t’ont sortit de la Pyramide d’Aztechnology.

Marissa se tourna vers les deux corpos qui l’avait sortit de là. Ils se trouvaient à l’avant de la navette et semblaient discuter armes à feu. Elle se retourna vers son petit ami, impatiente d’entendre la suite. Shÿn continua

  • Je ne savais pas à quel moment les aztlans comptaient me rencontrer, mais j’avais appris qu’ils voulaient la mort d’un oyabun yakusa du nom d’Akidao, qui, depuis quelque temps, les empêchait de mener leurs propres opérations de contrebande. J’ai donc provoqué les choses. J’ai demandé à Archange de s’infiltrer parmi les gardes du corps du japonais. Sa réputation d’efficacité l’ayant précédé, il n’eut aucune difficulté, surtout au vue de son respect du bushido, le code d’honneur japonais. Ces marques de traditionalisme sont particulièrement bien vues dans la mafia japonaise. Archange se fit donc engager pour protéger ce yakusa détestable. Ce qui causa un grand problème aux Azzies. Ils réalisèrent qu’ils ne pourraient jamais atteindre l’oyabun sans faire appel à leur meilleur assassin, un homme surnommé « Le Faucheur ». Je me chargeai aussitôt de son élimination. Il ne restait plus que moi en course. Ils se sont donc résignés. Ils t’ont capturé, et m’ont « obligé » à travailler pour eux, sans quoi ils t’abattraient. J’ai donc accepté.

  • Mais ils auraient pu me tuer, en te faisant croire que je vivais toujours, s’inquiéta Marissa.

  • Non, et pour deux raisons : je connais leurs méthodes, et ils préfèrent ne pas prendre de risques. T’avoir vivante sous la main leur permettait de jouer sur mes sentiments. S’ils t’avaient tué, j’aurais pu en entendre parler par une fuite, et j’aurais saboté la mission. Et puis, la D.G.S.E. est aussi infiltrée au sein de la Pyramide Aztechnology, et ils auraient fait leur possible pour te sortir de là, si tu avais été en danger.

  • Mais cela aurait pu mal tourner…

  • Oui, répondit franchement Shÿn. Mais c’était un risque à prendre. Un risque calculé. Sans ça, sans cette comédie, nous serions peut-être morts tous les deux, à l’heure qu’il est. Bon, je continue. Après avoir accepter la mission, j’ai mis au courant Archange et son équipe de mon plan d’action…

Le Français coupa l’ex-assassin aztlan :

  • De mon côté, au cours de mon infiltration, je m’étais assuré que la mort du yakusa ne dérangeait pas les intérêts de mon pays, ce qui était effectivement le cas.

Shÿn repris son explication :

  • Mais avant de continuer, laisse-moi te présenter Angelus.

Marissa regarda avec plus d’attention l’homme qui l’intriguait depuis qu’elle l’avait rencontré à l’aéroport. Un bel homme aux cheveux longs noirs, tombant jusqu’à ses épaules, un européen, habillé de cuir. Il évoquait en elle les souvenirs d’un vieux comics, une bande dessinée du siècle dernier du nom de « The Crow », le maquillage en moins, mais en plus effrayant. Une beauté glacée.

  • Il est shadowrunner. C’est un ami à Archange, un français. Mais avant tout, c’est un mage puissant. En échange d’une faveur qu’il devait à l’agent de la D.G.S.E., il a accepté de se joindre à nous.

L’homme en question ne leva même pas les yeux. Il semblait concentré. Marissa détourna rapidement le regard en rougissant. Dès fois qu’il puisse lire les pensées sexuelles qui venaient à l’esprit de la rockeuse. Son petit ami continuait :

  • Angelus m’a accompagné, invisible, jusqu’à l’appartement du yakusa. Mais il n’était pas le seul à me suivre. Les Azzies, conscients que j’essaierais de les avoir, m’avaient adjoint une tueuse du nom de Vasquez. Comme je m’en doutais, elle avait pour mission de m’espionner et de m’abattre une fois le travail effectué. Ainsi, elle m’a vu combattre les hommes de main de l’oyabun yakusa, puis affronter Archange. J’ai fait semblant de le tuer, et j’ai ensuite liquidé le mafieux. A ce moment-là, elle m’a déclaré que les Aztlans me condamnaient à mort pour désertion, et m’a abattu. Enfin, a cru m’abattre. Angelus a utilisé sa magie pour me protéger d’une barrière anti-balle, et a ensuite fait croire que j’étais mort. Vasquez est tombée dans le panneau et a quitté les lieux. J’ai ensuite ordonné qu’on te sorte de ta prison et nous sommes partis, camouflés par notre mage en corporatistes.

  • Et maintenant ?

  • Et maintenant, le gouvernement Aztlan m’a exécuté, je n’existe donc plus, en tout cas pour eux. Ils ne risquent pas de rechercher un homme mort sous leurs yeux. Aujourd’hui, nous allons en France, nous nous installerons près des montagnes, et nous allons finir nos vieux jours ensemble…

Ils partirent tous deux dans un fou rire, et Archange ne tarda pas à les rejoindre d’une franche hilarité.

De l’avis du Colonel Angéla Vasquez (elle venait de monter soudainement en grade), ce type, Casa, était un véritable génie. Elle regrettait même de ne pas l’avoir connu plus tôt, et dans d’autres circonstances.

Elle se souvenait aujourd’hui encore, trois ans plus tard, des détails qui l’avaient amené à découvrir le jeu du Colonel Casa.

Elle avait suivi ses déplacements au sein de l’hôtel, et avait remarqué son professionnalisme. Il tuait toutes ses victimes par balle pour être sûr qu’elles ne se relèvent pas dans son dos, comme dans certaines tridéos de série Z. Il utilisait du poison à chaque fois qu’il le pouvait, pour affaiblir sa victime. Il était froid et insensible lorsqu’il tuait, imperméable à toute idée d’honneur. De plus, il tuait toujours sa cible dès qu’il le pouvait, pour être sûr qu’elle ne puisse pas fuir. Et surtout, il ne laissait jamais son dos à découvert, à aucun moment.

Et c’était une accumulation d’erreurs commises par le Colonel qui prouvait qu’elle, et les Aztlans, avaient été manipulés par ce génie.

Sur les quinze personnes qui avaient péri face à Shÿn, une seule n’avait pas reçu de balle : Archange. Etrange.

Lors du combat avec les deux gardes, à l’entrée du loft de l’oyabun Akidao, Shÿn avait utilisé un poison nommé Shanoal, cultivé par les usines biochimiques aztlanes. Ce poison provoquait une mort instantanée et silencieuse. Les techniques aztlanes d’utilisation du poison voulait qu’on en enduise toutes les lames pouvant entrer en contact avec le sang de l’adversaire. Or, alors que les shurikens de Shÿn en étaient recouvertes, les lames de son bâton de combat ne l’étaient pas. Etrange. Surtout qu’il n’avait utilisé ce bâton que contre Archange.

Alors qu’il avait tué froidement les filles d’Akidao, dont une de façon tout à fait gratuite, il avait renoncé à abattre Archange de façon radicale. Il lui aurait suffit de ramasser son pistolet-mitrailleur, et de s’en servir contre son ennemi. Un ennemi qu’il n’était vraiment pas sûr de vaincre en combat singulier. Au lieu de ça, il avait opté pour un combat d’honneur. Etrange.

Ensuite, lorsque l’oyabun avait fait son apparition, Shÿn n’avait pas levé le petit doigt pour l’éliminer le plus vite possible. Il lui aurait suffit de lui envoyer l’un des deux bâtons de combat en pleine gorge et le tour aurait été joué.

Enfin, de nombreux petits détails, qu’elle n’avait pas remarqué sur le coup, lui étaient revenus en mémoire.

Comme le fait qu’il lui ait semblé que Shÿn l’attendait, après avoir tué l’oyabun, au lieu de quitter les lieux comme il aurait dû le faire…

Comme le fait que les lames du bâton qui avaient servi à transpercer la gorge d’Archange étaient rentrées lorsqu’elle avait donné un dernier coup d’œil dans la pièce. Et elles ne pouvaient avoir été rentrées que par deux personnes. Soit par Archange lui-même, lorsqu’il avait pris l’objet entre ses mains, en agonisant, mais dans ce cas, le sang aurait dû gicler, inonder le sol. Et ce n’était pas le cas. Soit par Shÿn, mais certainement pas après avoir planté le bâton dans la gorge de son ennemi, sans quoi là aussi, le sang aurait giclé. Donc avant ? Mais si c’était avant, de quoi Archange était-il mort ? De recevoir le choc léger d’un bâton de combat en pleine gorge ? Vasquez en doutait.

Et puis, la mort de Shÿn elle-même ne lui semblait pas naturelle. Il y avait eu un léger décalage entre le coup de feu et l’explosion de la tête de Shÿn. De quelques millisecondes, mais suffisamment pour qu’une spécialiste du meurtre s’en rende compte. Vasquez avait l’habitude de se servir de l’Azt-Hi-Gun, et ce décalage, jamais elle ne l’avait ressenti de nouveau depuis ce jour.

Mais le plus inquiétant, c’était cette présence. Angéla Vasquez était une professionnelle expérimentée. Elle avait déjà rencontré le mal incarné, surtout lors des opérations de couverture de la Gestalt Magique de Sang, au cœur de l’Aztlan. Et ce jour-là, dans cette pièce, en plein centre de Seattle, elle avait l’impression que le Mal était là, à ses côtés, invisible, la contemplant. Et c’était pour cette raison qu’elle était partie si vite de la pièce, sans même procéder aux vérifications standards. Sans vérifier si le Colonel Mark Emmanuel Casa, déserteur, condamné à mort pour haute-trahison, avait effectivement enduré la sentence prononcée…

Aujourd'hui, elle était à sa place et le comprenait. Que n’aurait-elle pas donné pour une place au soleil…
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