Note : Underground contient certains passages en anglais, ils ont été traduits en français dans la version roman l'Attente de Paris








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titreNote : Underground contient certains passages en anglais, ils ont été traduits en français dans la version roman l'Attente de Paris
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Il me serait peut-être important d'esquisser les bases du genre que j'écris, veux écrire et écrirai. Si je veux élaborer et aller au-delà de ce que je fais.
Les Piliers
Les piliers me semblent être forts symboliquement et réussis en rapport à ce que je cherchais à faire. Les piliers sont déjà les écrits bibliques, les livres religieux, les livres de lois, la voix des autorités, des médias, de la littérature, puis de l'écrivain en lui-même. Le voilà confronté à autrui, à son passé, puis doit tenter, comme dans l'essai, d'exprimer des opinions et sentiments. L'ironie est que les Quatre Piliers se contredisent, parlent à tort et à travers, et proviennent tous de la même source, l'auteur. Comment donc faire la justice dans tout cela? Contexte enlevé, référents partis, nous n'avons que les conclusions-affirmations venues de nulle part. Quand bien même nous aurions eu le contexte, comment aurions-nous pu juger, interpréter les dires. Personne ne saura vraiment ce qui a été dit, et les interprétaions possibles à ce qui a été dit. Et les Quatre Piliers représentent ces voix que l'on entend, et l'épilogue montre cette impossibilité de faire justice sur les piliers et par conséquent, la stupidité d'essayer d'analyser le contenu, et surtout, de l'utiliser à des fins personnelles ou collectives. Je pense aux religions, aux courants idéologiques et politiques. En fait, il faut toujours prendre une distance avant de juger, de critiquer ou d'employer des écrits à titre d'arguments ou de justifications. Je ne saurais ne pas mentionner que les Piliers sont une réponse à tout ce que l'on pourra dire d'une quelconque lecture ou analyse de La Révolution, la trilogie de René.
20 mars 1994
J'ai beaucoup de choses à discuter. À tel point que je me demande si ce n'est là le fruit du mois de mars ou le conditionnement de parler de chaque chose qui m'arrive, que d'avoir autant de chose à dire ou à analyser. Je devrais toujours tenir un journal. Cela m'aide à comprendre des choses, et m'inspirera pour ma littérature à venir. Pour en revenir à Ionesco, il parle d'avion dans sa pièce, et l'on nous a ramené une chaise roulante. J'ai failli crier à l'anachronisme! Je ne pourrais dire que la pièce n'est pas bonne, car bien intelligente. La mise en scène, je vois difficilement comment elle pourrait être mieux ne connaissant rien à cet art. Les comédiens overeacted et cela ne m'amuse pas. Le théâtre à l'Université d'Ottawa ne changera pas de sitôt, on y apprend comment faire avec le théâtre, du théâtre. Je ne voudrais pas sombrer dans le réalisme, mais l'artifice des acteurs me rappelle que des enfants inexpérimentés pourraient peut-être en arriver à un résultat même. Mais je ne dirais pas cela tout haut. Car point certain de mes dires et puis, le théâtre c'est difficile. Mais la réussite tient en la multitude des détails et le rythme. La pièce avait ses longueurs, et si je n'ai pas été soulevé de ma chaise comme lors de la Cantatrice Chauve, j'ai bien souvent regardé ma montre pour en voir la fin. Je n'accuse pas Ionesco, ou du moins, je ne veux l'accuser. Ce que dit Claire Faubert au département de théâtre et directrice du Trillium, que les gens ne sont plus capables de durer un spectacle d'une heure trente, est faux. Les gens ne sont pas capables de durer une heure si le spectacle est trop fade pour les tenir en haleine. Le problème c'est qu'Hollywood pousse cette idée à l'extrême. Hollywood et les règles classiques du théâtre, qui, si elles ont éclatées avec le théâtre de l'absurde, sont d'un côté encore bien présentes en l'esprit des metteurs en scène Québécois (Théâtre du Nouveau Monde, Quat'sous, CEAD), et d'un autre côté conduisent à l'ennui total. J'ai vu ce à quoi Ionesco s'insurgeait dans Notes et contre-note à propos du théâtre de son temps. Et j'ai eu l'impression que de rendre les discours absurde ou sans sens, faire éclater le temps et l'espace ne suffisait pas, qu'à la limite, il n'y avait aucun changement d'avec les autres pièces, à l'oeil. Je pourrais l'accuser de théâtre didactique. Mais le texte est génial, il n'y a pas à hésiter. Je veux revoir cette pièce par une équipe professionnelle, je suis convaincu que ce sera aussi bon que la Cantatrice Chauve à Paris. Il manquait les décors qui devaient disparaître à ce que l'on m'avait dit dans les pièces originales. On peut changer une mise en scène, mais pas en la régression. Les acteurs se sont trompés un peu, je m'en fous, c'est du théâtre, et universitaire. Je donne un B, comme c'est la mode chez mes professeurs. Non, je ne juge pas ou ne veux pas juger, je réfléchis.
J'ai vu dans le journal puis dans une description de ce qui s'en vient au département, deux pièces qui reprennent, et même pas symboliquement, l'absurde de deux comédiens placés sur une scène, enfermés, et réduits à leur plus simple expression de comédiens qui doivent faire un spectacle. Pastiche de Beckett ou de Ionesco? En sommes-nous réduit à subir le mise en abyme jusqu'à ce que le théâtre n'en porte plus aucun intérêt? Lafon le disait, quand un théâtre commence à se questionner sur lui-même, ou sur le genre qu'il fait, c'est la fin. Oh, me voilà devenu le pire des critiques. Heureusement, je n'écrirai jamais publiquement des critiques comme cela, et je ne voudrais pas que l'on puisse dire ces choses dans un quelconque journal ou critique à propos de ces pièces. Cela enfermerait l'esprit, détruirait le travail honnête des gens qui ont travaillé au projet. Si je ne vois pas l'intérêt de réécrire En attendant Godot, c'est que je l'ai surétudié. Mais qui ne connaît pas Beckett, appréciera le spectacle. Laissons les gens entendre et voir ce qu'ils veulent, ce qu'ils cherchent. Orientons les peut-être, mais pas dans l'abyme, vers une meilleure compréhension peut-être, mais pas de destruction ou de réduction de sens. Je n'ai même pas digéré le paragraphe explicatif de la pièce Le roi se meurt de Jérôme St-Denis, le metteur en scène. S'il avait lu le livre de Ionesco notes et contre-notes, il aurait mieux dit, et moins réduit. Ce qui me fait voir que tout est important. Si on leur donne un seul moyen de nous critiquer, nous sommes fichus, ils ne manqueront pas leur chance, ils veulent de la perfection, rien de moins. C'est lorsqu'ils n'ont plus rien à redire qu'ils n'ont plus le choix de crier ou d'admettre la réussite. Et encore, si les préjugés n'avaient pas déjà écrit la critique avant même de voir la pièce. Je suis entré avec une attente impatiente de découvrir Ionesco et l'Absurde, et je donne raison à Ionesco: on a un peu oublié la pièce en tant que tel dans la littérature qui accompagne la pièce.
Nous avons été prendre un café moi, Bruno, Nathalie Petit et Adeline. Au café Nicole. Ce fut bien, nous avons bien ri, parlé de tout sauf de la pièce de Ionesco. J'espère qu'aucune de ces filles ne s'intéresseront éventuellement à moi, mais notre conversation fut intéressante. Je ne sais pas ce qu'elles pensent, j'espère aussi qu'aucune ne croit que je m'intéresse peut-être à l'une ou l'autre. Peut-on encore parler avec une fille sans qu'elle s'imagine que l'on pourrait être intéressé? Je n'en sais rien. Mais Nathalie aurait de bonnes chances de le croire. Sans m'en rendre compte j'ai dit des choses comme quoi elle m'intéressait. L'ambiguité provient toutefois que c'est comme amie qu'elle m'intéresse, pas par amour ou désir. Mais j'avoue que c'est le genre de fille que je voudrais si je n'étais pas gai. Mais il n'y aucune possibilité que je pourrais la désirer sexuellement. Comme un homme straight qui pourrait admirer un autre homme straight, pour certaines raisons, comme par exemple, si l'autre représente ce que l'on voudrait faire ou être, sans en avoir le courage ou la possibilité. J'aime le côté sportif et courageux de Nathalie. Prête à partir en bicyclette autour des Pays-Bas, God, elle a bien pu en plus y rencontrer un bel homme, encore perdu aux Payx-Bas. Le pauvre et la pauvre.
Hier j'ai été dans un party chez Cameroun avec Bruno. C'était la fête de ce gars qui s'intéresse à Bruno. Deux gars portaient des kilts, ces petits jupes écossaises, et nus en dessous, pour qu'à l'occasion on puisse voir leurs parties. Oh mon Dieu, Edwin et Bruno ont pris le bord, j'ai bondi au plafond. Me voilà devenu digne de Sodome et Gomorrhe, j'aurais sauté sur Cameroun, là, dans sa chambre, ou même devant tout le monde. Aujourd'hui j'y pense déjà un peu moins. Il s'agit de sexe, et rien d'autre. Quoique les sentiments viendraient rapidement, je le sais. Mais pour l'instant, moi, je n'ai aucun moyen pour les mythifier, me les rendre nostalgique. Edwin j'ai la France, Paris. Et même les États-Unis, New York. Voilà donc le triangle de l'Histoire Américaine. Quelles sont donc les interractions entre la France, les États-Unis et le Canada? Tombe t-on amoureux de quelqu'un parce que l'on aime tel pays? Edwin m'a répété qu'il aimait mon côté Français, que je suis comme les gens en France (!), et qu'il avait découvert en Montréal ce qu'il recherchait, et même mieux que la France (!). Que le mythe devient séduisant. J'ai couché avec un Américain, et qui parle français. Une contradiction vivante. De voir que je pourrais coucher avec une multitude me fait comprendre que c'est pas mal tout du pareil au même. Lorsque j'ai couché avec Edwin, mes sentiments étaient confus. Je tenais un autre corps que celui de Bruno. J'ai fini par oublier le parfum avec le temps. Jamais je n'aurais cru que le parfum puisse être si aphrodisiaque. Je n'ai même pas une photo d'Edwin. Mais j'ai l'impression de toucher la multitude, d'atteindre le monde et l'humanité. Comment dire, se sentir dans l'action. Se débarrasser de cette impression solitaire, de rejeté, loin du monde et incompris, me voilà qui va vers les gens, qui vois en chaque rencontre, une banque d'informations, d'expériences, qui me font du sens. Quelle sensation j'ai depuis un temps, de vouloir sauter dans les airs, exploser, crier partout, une joie de vivre, ou un désir de vivre, qui se compense par l'échange avec les gens. Enfin, je m'autosuffis, sans attendre de quelqu'un un quelconque salut. Je vois Adeline qui s'accroche à nous, veut des amis, Edwin qui me dit ce que l'on me répète depuis longtemps, avec moi, on ne s'ennui pas, on voit en moi celui qui apporte l'action, the entertainer. Ma soeur est du style aussi à rendre aux soirées plates, un intérêt qui fait que l'on attend plus de l'extérieur un sauveur. J'ai longtemps cherché un Luc Villeneuve qui s'autosuffit, qui donne l'impression qu'en étant avec lui, on ne manque rien de ce qui se passe ailleurs. Je suis donc cet ailleurs, à m'autosuffire, Dieu peut mourir. Encore que j'ai l'impression d'en manquer des choses. Bruno ne remplit pas ce vide, et moi je ne puis le remplir pour moi. Edwin? Ça reste à voir. Cette personne existe-t-elle? En la multiplicité peut-être? Sur l'instant, Untel remplira le vide? Ce Untel changera avec le temps? Qu'ai-je donc à attendre de la vie? D'autrui?
Sylvie, on me la répété plusieurs fois, elle-même le dit sans cesse, se cherche. La femme de 35 ans, aux enfants de 10 et 13 ans, divorcée, qui n'en peut plus d'attendre sa liberté pour vivre, voyager, étudier à Paris peut-être, et qui se cherche. Elle n'en peut plus d'attendre, elle a 35 ans, elle doit absolument faire ce qu'elle doit et veut faire, elle a 35 ans et n'a plus de temps à perdre. La limite est atteinte, le gouffre s'en vient, vite-vite-vite, il me semble voir là la façon la plus rapide d'atteindre le ravin. Elle se cherche. Et que veut dire cette expression? Elle est en crise d'identité, and so we are, en crise d'identité. Le gros mot. Le Québec se cherche, les Franco-Ontariens se cherchent, la France se cherche, les États-Unis se cherchent, se trouvent peut-être aussi, en la multitude. Ceux qui se trouvent, souhaitent détruire ceux qui se cherchent, ce qui n'est pas pour régler le problème de ces derniers. Ku Klux Klan, nous savons qui nous sommes, nous savons qui vous êtes, nous allons nous débarrasser de vous, car il est important que nous puissions demeurer ce que nous sommes, puisque nous avons découvert qui nous étions, et rien n'est pire que de se chercher une identité. Les juifs trouveront leur voie si ce n'est déjà fait. Ils ont l'étiquette, ils sont juifs, à anéantir, et sans raison? Ils possèdent dit-on, ils manipulent dit-on, ils ont un pouvoir sur l'économie dit-on, sur les gouvernements, dit-on peut-être (je suis loin du problème). Sylvie se cherche, so do I. Et les Ku Klux Klan ne se chercheraient pas? Une gang de suiveux, de conformistes à un chef peut-être, se laisser entraîner à tuer pour aller pourrir en prison ensuite? Suivre des chefs peu subtils, criant à qui veut l'entendre qu'ils tueront tout le monde, comment alors se croire en sûreté et capacité d'accomplir notre mission? Propagande nécessaire pour attirer de nouveaux moutons. Mais ces moutons, ne se cherchent-ils pas? Quelle peur les pousse à suivre ces chefs, à agir par admiration ou peur de ces chefs. Et ces chefs, d'où provient cette haine pour toute une collectivité? Ne provient-elle pas d'expériences personnelles et isolées qui n'ont rien à faire avec l'humanité? Le gars prêt à faire sauter la planète parce qu'il a essuyé un petit échec dans une cabane à patates frites? Tout les moyens sont bons pour soutirer de l'argent, ou avoir des pouvoirs, se croire important (base de nos sociétés, la compétition pour la richesse et le prestige). Et nous serions surpris d'avoir élevé des prêts à tuer tout le monde pour se faire servir et admirer par une gang apeurée? Avouer ses échecs, avouer ou chercher ses vraies motivations, voilà déjà un bon pas pour l'humanité. Se comprendre d'abord! Comprendre les autres ensuite. Le seul message que j'aurais pour ces membres du Ku Klux Klan, c'est celui de se demander ce qu'ils cherchent vraiment, le pourquoi de leur mouvement, leur motivation ou problème en cause. Une haine, ça se justifie, rationnellement. Si leur seule motivation est de s'approprier le pouvoir, la richesse, la servitude, leur haine est injustifiée. On déteste pour que les gens détestent, pour faciliter l'action. En fait, les motivations sont ailleurs, et les moutons ignorent ces motivations. Ou au contraire, en sont trop conscients. Vivre et laisser vivre, quelle belle expression qui n'a jamais été entendu de personne. D'aucun peuple ou pays, et surtout pas des États-Unis. Qu'avons-nous à attendre d'autrui? La servitude certains pensent. Eh bien pas moi! Je tuerai moi aussi, non, je serai plus subtil et j'atteindrai mes fins. En attendant, qu'ai-je donc à attendre d'autrui? En attendant, je pourrais vivre et laisser vivre. Ainsi donc, il ne me reste qu'à me chercher.
Voilà que je rentre en dépression. Je viens de téléphoner Edwin. Il n'a pas reçu ma lettre, un de ses amis est arrivé chez-lui, d'Allemagne, il est là jusqu'au quatre avril, empêche Ed de m'écrire, de me parler... je dépressionne sans raison, je ne peux rien attendre d'Edwin, mais il s'est justifié pendant cinq minutes à propos de ce qu'il ne m'avait pas téléphoné et me disant qu'il n'avait pas arrêté de penser à moi. Les justifications détruisent tout. Elles font penser qu'il a des comptes à rendre, alors que je ne peux rien exiger de lui. Cela me fait penser que je lui reproche des choses alors que ce n'est pas le cas. Et je ne veux pas de rôle du gars qui veut une lettre, qui vont qu'on l'appelle, qui ne veut pas être négligé et quoi encore. Je pense que je vais arrêter d'appeler Edwin, et attendre ses contacts. Il va m'appeler ce soir il dit. Je n'ai pas hâte. Se sent-il trop obligé envers ses amis? Ce qui m'inquiète, c'est qu'il m'oublie je pense. Oh, Ed, que fais-tu? Dépassé par les événements, je n'existe plus? Quel affront, je me retourne vers Bruno, je n'en veux plus de cette multiplicité de relations. Je veux un Bruno, ne pas souffrir, observer chez les autres l'expérience qu'ils en retirent. Je vais me mettre à lire, on apprend beaucoup par les livres je pense. Qu'ai-je à aller chercher ailleurs que ce que j'ai en Bruno. Je ne vais que m'attirer des problèmes, souffrir souffrir souffrir. Ne souffre-je pas déjà? Jusque où cela ira-t-il? Jusqu'où cela pourrait-il aller? Quel serait donc les pires scénarios? Les plus beaux? Ô Gwendoline, pure beauty, attends-moi à Cythère, je t'y retrouverai après mon shift de télémarketing. Ô Edwin, pure beauty, laisse-moi un demi siècle et je te retrouverai dans mon lit. Dear God, je suis venu sur cette planète parce que, me disait-on, il y avait beaucoup à apprendre. Un édifice complet m'est tombé sur la tête ce mois de mars, et je ne distingue pas ce que j'ai appris. Croyez bien que je désespère d'en voir davantage et pour l'instant, je ne peux attendre de me retrouver dans les bras de quelques humanoïdes que j'ai connus. Veuillez me faire parvenir immédiatement la marche à suivre pour trouver la sortie du labyrinthe, j'attends la réponse vers neuf heures ce soir, après le travail. Et puis tant qu'à bien faire, agréez, dear God, mes salutations distinguées. Vôtre, RM.
Apprendre par soi-même n'est-il pas plus passionnant que d'apprendre par les autres? Et ce que les autres vivent et que l'on entend a t-il autant d'impact que si on le vivait soi-même?
Je repense aux membres du KKK, si les groupes voués à l'anéantissement ne leur provoquaient qu'une indifférence, ce serait déjà normal. Leur provoquer de l'intérêt est déjà plus énigmatique, et de la haine, j'y vois un paradoxe. Ce paradoxe, le voici: il existe une raison au pourquoi un sujet provoque de la haine et du dégoût, et c'est cette raison qui n'est pas claire. J'ose croire que le pouvoir et la richesse peuvent être de bonnes motivations, mais que dire de l'homophobie? L'homme a peur d'être comparé à la femme, car la femme est un être jugé faible. On ne gagne pas une guerre avec des faibles. La question n'est pas ici de savoir si les femmes et les homosexuels masculins sont faibles, mais de comprendre le point de vue des homophobes. Les blancs suprémacistes veulent une société à 100% composée d'hommes blancs (et de femmes blanches je suppose) tous riches, plein de pouvoirs, hétérosexuels qui se reproduisent. Voyez-vous le genre de société que cela donnerait? On ne peut pas dire qu'ils ne veulent rien des autres puisqu'ils n'auraient qu'à s'isoler dans leur cours ou ailleurs et oublier ces autres. Non, il s'agit de tuer les autres jusqu'au dernier, c'est le paradoxe à la Staline. De quoi servent les sujets, que leur apportent-ils de plus? On se débarrasse de la moitié du pays en l'envoyant dans les camps de concentration en Syrie, on force l'autre moitié à nous admirer et nous aimer (!), et l'on se met à jouir de la vie et à être heureux (ce qui ne peut être, Staline devenait paranoïaque de peur qu'on le trompe)? Qu'est-ce que cela apporte d'être riche à craquer et seul au monde? Prestige, admiration, envie? Qu'est-ce que cela rapporte de contrôler 100, 10 000, 7 millards d'humains, particulièrement lorsqu'ils ne sont plus humains, déshumanisés à l'extrême? Un petit feeling intérieur? Une petite satisfaction personnelle? Je ne doute pas qu'Hitler aurait été fier de lancer la bombe nucléaire et faire sauter la planète. Mais qu'aurait-il fait lorsqu'il n'y aurait resté que lui? N'aurait-il pas été mieux de se construire une cabane dans les bois et y demeurer seul, même avec sa femme? Comme les membres du KKK d'ailleurs. Lorsqu'ils souhaitent tuer tout ce qui n'est pas exactement comme eux, n'en viendraient-ils pas à s'entretuer ensuite? Car personne n'est exactement comme soi à la limite. Et quand bien même on en arriverait à ce qu'il ne reste plus qu'eux, c'est-à-dire, j'imagine, les 100% de race blanches descendants d'Angleterre, que feront-ils? Quels seraient les changements tant attendus? Des terrains plus grands? Davantage d'espace pour les édifices vides? La fierté à la possession d'un morceau de planète? Et combien leur en faut-il d'espace, et qu'escomptent-ils en faire de cet espace? Mais tuent-ils vraiment les gens pour l'espace ou pour autre chose? Je parle, leur finalité à atteindre, on ne tue quand même pas sans raison, pour avoir une société uniforme tout de même, en croyant que de là émergera une société intelligente et puissante. J'aimerais que l'on m'éclaire.
Aujourd'hui on parlait au travail, Frédéric Lavau disait qu'à continuer comme cela, je suppose qu'il parlait de la surpopulation mondiale, il faudrait qu'il arrive quelque chose de toute façon. Je suppose encore qu'il parlait d'une genre de catastrophe gigantesque comme un tremblement de terre ou une guerre nucléaire ou chimique, on parlait de Tchernobyl et les prédictions de Nostradamus. La venue d'un troisième Antéchrist, probablement juif que les interprétations ont conclu, qui émergerait d'Israël (il est drôle de voir que les juifs se sont justement formés une armée, et qu'en plus, un groupe terroriste est né et a déjà tué 50 muslims dans une mosquée si je me souviens bien, mais cela, je n'encourage pas cela). Frédéric Grignon disait que c'était très anti-sémite cette interprétation des prédictions de Nostradamus. Pas vraiment. Quoique j'avoue que j'ignore d'où provient l'interprétation et j'ose souhaiter qu'elle n'est pas établie dans le but de nuire au peuple le plus meurtri que la planète ait porté après les homosexuels peut-être, si ceux-là on pouvait les appeler peuple. Les gens n'aiment pas les comparaisons entre les souffrances juives et homosexuelles, eh bien tant pis, les deux ont souffert injustement, en particulier durant l'holocauste (en fait, les juifs sont prêts à tuer les homosexuels et ne manquent pas une occasion des condamner). Souffre-t-on davantage d'être juif ou homosexuel? Je ne pourrais dire, j'ignore le nombre d'homosexuels tués à chaque année, et le nombre tués au cours de l'histoire. Et si le chiffre de 6 millions est très significatifs pour les juifs, Sodome et Gomorrhe l'est aussi, en admettant que ce conte ait autre chose à faire que d'être une fiction mythique franchement malhonnête et sournoise, persverse, mal, si seulement la portée de ces trois seuls lettres pouvaient frapper en plein visage 6 000 ans de fanatisme religieux... je calcule peut-être un chiffre aussi impressionnant d'homosexuels tués au cours de l'histoire, nous ignorons tout à ce sujet (j'ai appris vers le début juin dans le citizen qu'on estime qu'il pourrait y avoir eu un million d'homosexuels tués pendant l'holocauste de 39-45; certains affirment qu'il y en a au moins 500 000 et tout le monde semblent s'accorder sur un chiffre minimum de 220 000). Et je puis déjà dire qu'il m'est déjà bien insupportable de vivre, comme tous ces gens d'ailleurs. On avoue plus facilement être juif, et avec fierté, que d'être homosexuel. Et on souffre en christ, hier, aujourd'hui, et demain. Je dévie du sujet. Je ne cherche qu'à prouver jusqu'à quel point les homosexuels sont injustement traités encore aujourd'hui. Dans quelles conditions on nous laisse respirer et souffrir, sortir de l'ombre si on en a la chance ou autant de volonté qu'il en faudrait, se décider à trouver quelqu'un, de vivre comme il est notre seule façon d'être pour être heureux, je m'excuse, on ne peut changer sa nature. Ceux qui semblent y réussir souffrent plus que tous et ne peuvent se l'admettre peut-être, et surtout pas l'admettre aux autres. Et si les bisexuels, puisqu'ils semblent exister pour vrai, peuvent tout aussi bien se trouver quelqu'un du sexe opposé et être heureux, qu'ils ne viennent pas dire aux homosexuels qu'ils peuvent changer. Je n'en crois rien, et pas un homosexuel en croirait quelque chose. (Lorsque je parle d'homosexuel, j'aimerais que l'on considère que je parle autant des lesbiennes, des bisexuels et bisexuelles. On a toujours tendance à ne compter que les gais masculins, puisque c'est surtout après eux que les gens en ont, je pense. Il est peut-être aussi plus facile pour une femme lesbienne de se marier et avoir des enfants et souffrir sa vie durant si la religion était forte dans sa jeunesse. Mais je sais qu'il existe un très grand nombre de lesbiennes, et que l'on aurait tort de les oublier ou de réduire l'homosexualité à l'homme. À ce sujet je trouve bizarre que n'importe lequel film porno puisse nous montrer deux femmes en train de s'embrasser et se lécher, bref, de faire l'amour, sans scandaliser personne. Alors que deux hommes qui feraient cela implique tout de suite que le film est gai. Cela montre les mentalités et la tolérance par rapport au sexe, et explique que l'on omet souvent les lesbiennes). Je n'essaie pas de banaliser ce qui est arrivé aux juifs! Je montre que si l'on s'indigne sur ces atrocités, c'est le temps que l'on se réveille, et que l'on comprenne qu'il existe toute une partie de la collectivité qui nous entoure qui souffre tout autant et qui a souffert tout autant dans son histoire. Et aussi surprenant que cela puisse paraître, je ne m'adresse pas aux chefs ou membres du Ku Klux Klan, mais à la petite mémère et au petit pépère lavés du cerveau par leur religion et qui en arrive à affirmer la phrase maintenant classique que le Sida est un cadeau de Dieu pour nous débarrasser des homosexuels! Calice, quelle sorte de Dieu avez-vous donc pour chercher à se débarrasser comme cela d'un groupe de gens, et qu'avez-vous donc à espérer d'un Dieu comme ça? Un Dieu qui est amour? Et vous, juste à penser une telle chose, avez-vous vraiment une quelconque espérance d'aller au ciel? Laissez-moi rire! Un jour je vais faire du Voltaire, je me payerai la bible, les 300 versions différentes qui existent s'il le faut, juste pour vous en ressortir les choses les plus inconcevables qui se puissent exister. Et que l'on m'apporte encore une de ces phrases bibliques à la noix qui puisse s'interpréter pour aider à l'anéantissement de tout un peuple. Votre Ku Klux Klan, étudié le bien. Il ne diffère pas beaucoup de certains partis politiques, de certains gouvernements, et peut-être pas du tout de plusieurs mouvements religieux. Dieu merci, la France elle a compris. Elle s'est vite laïcisée. Et si le Canada n'a encore rien compris, c'est qu'il souffre encore de ce que le colonisateur a bien voulu faire de lui. Relisez, ou plutôt lisez André Gide, Voltaire, Rousseau, ou même, lisez-la votre bible, et pas n'importe laquelle version. Avant de commencer à la citer à tort et à travers comme si elle faisait office de loi divine, vous serez peut-être surpris d'y lire que vous êtes condamnés. Je croyais que les sociétés évoluaient, je pensais que lorsqu'un auteur comme Rousseau avait écrit ses briques, on avait plus besoin de les répéter. Eh bien non, il faut sans cesse reconstruire les consciences, laver le cerveau des gens dans un but un peu plus humanitaire, recommencer la sensibilisation. Comme il est difficile pour quelqu'un de se croire libre de penser avec tout un bagage de croyances implanté dans son cerveau. Ces gens ne sont même pas capables de revenir sur leur idéologie pour se demander s'ils ont peut-être tort. Pas du tout, et tout jugement par la suite devra aller en fonction de ce savoir qui ne leur appartient pas. Alléluia! Fêtons la mort du Christ puisque personne n'a compris son message!
J'ai parlé avec Edwin. Comme il est bizarre d'alterner les grosse discussions sociologiques et politiques et militantes et religieuses, avec les puérilités de l'amour. Cela montre que mon cerveau fonctionne fort de ce temps-ci. Et me fait me demander s'il ne fonctionne pas toujours aussi fort en temps normal. Bref, j'ai parlé avec Edwin. On s'est répété les traditionnels bonjour et discours presqu'amoureux, on se verra vers la mi-avril. Ô horreur, cela est long, mais comme il dit, moi au moins j'ai Bruno pour me contenter. J'ajouterais même que je ne devrais qu'avoir Bruno pour bonheur. Et si j'en profitais pour me conditionner à ne pas coucher avec quand il viendra, et même, souhaiter qu'il ne viendra pas? On verra. En attendant, c'est vrai que lui doit souffrir de n'avoir personne avec qui coucher. Mais peut-être couche-t-il avec d'autres et qu'il n'ose pas me le dire. Je le souhaite, ainsi il ne souffrira pas trop. Mais il disait à la blague qu'un coup à Ottawa, il chercherait un mec avec qui passer la nuit. Je lui ai dit non, eh, il vient pour moi, pas pour que je souffre de la voir coucher avec un autre, comme ce serait cruel, sans perdre de vue que Bruno ignore cette histoire et qu'ainsi, l'histoire n'est pas encore cruelle. Mais ne sais-je donc pas que je n'ai rien à attendre dans cette histoire, et surtout pas de la pitié ni de la compassion? Bruno me téléphone pour me dire qu'il m'aime, il est 12h38 du soir, j'arrête d'écrire, c'est sûrement un signe...
21 mars 1994
Bon Dieu que j'ai écrit hier! Depuis le 7 mars, qu'est-ce qui se passe. Et j'entendais Benoit Leblanc le prof me dire qu'il avait ce désir d'écrire mais qu'il n'avait rien à dire. Encore un obnubilé par les chefs d'oeuvre, mais les chefs d'oeuvre, ils ne viennent pas en série! Un auteur aura peut-être un, deux ou trois chefs d'oeuvre sur vingt-cinq livres. Le pire, si je regarde Ionesco, ses chefs d'oeuvres ne semblent avoir été choisi qu'en fonction de l'histoire que l'on a bien voulu faire du théâtre contemporain. Assez d'écriture sur le théâtre! Rhinocéros est mieux. Mais je ne l'ai pas lu. Je le veux mieux, voilà.
Nathalie Petit était dépressive avant. Quatre à cinq mois de dépression à ne plus être capable de se remettre sur pieds. Solution? Le Soleil! Qu'elle me rendrait jaloux si elle était ma blonde, je lui ai dit. Tous les gars lui tournent autour. L'autre sportif entre autres, celui qui reste en shorts, arrive en bicyclette, mange des ragoûts maison à la limite du végétarisme (ça viendra). Et il pense avoir un droit sur elle parce qu'elle aussi fait du sport et mange des ragoûts maison bizarre. Eh bien oui, nous sommes différents, le différend, Adieu, je ne mérite peut-être pas une amitié avec toi. Mais je vois bien que tu as cette volonté de me parler davantage. Je t'ai vaguement laissé entendre que mes problèmes venaient en partie de Bruno, et tu m'as dit avoir piqué ta curiosité. Tu veux en savoir plus maintenant. «Tu n'aimes pas mieux en parler avec des gens qu'avec un journal?» Mais d'où donc sort cette fille? Origine Mongolienne, créée en France, déménagée au Canada, esprit voyageur, avec ses ragoûts, bon Dieu que je rencontre des gens bizarres ces temps-ci. Et tous ces français qui m'entourent, avec Adeline, Frédéric Lavau, Olivier à Versabec voilà trois mois, Bruno François et sa famille, l'Ambassade de France, mes téléphones aux Universités de Paris, et d'autres Français dans mes cours, dont plusieurs profs, Mme Kaye, Swiderski, Lafon, Maser, Bourbonnais (?), M. Vaillancourt je pense (non), Gallays peut-être (non)(s'ils ne sont pas Français, ils ont étudié là-bas et se donnent le genre). Que font-ils donc ici? Des perdus. Si c'est en France que cela se passe, s'ils ne jurent que par la France, que font-ils à pourrir ici? Petit me disait que ses parents étaient venus pour posséder une terre. Encore une question d'espace. Kaye et Swiderski disent qu'il y avait l'opportunité à l'emploi, elles sont venues, c'est tout. Les parents de Bruno fuyaient une famille devenue imposante, et une troisième guerre mondiale hypothétique d'après ce que j'ai pu comprendre. Jamais je n'aurais pu côtoyer ces gens à Montréal. Je suis bien préparé pour la France.
22 mars 1994
Mes opinions changent comme la température. Une lecture du Voir, journal de la ville de Montréal, et me voilà converti à la culture québécoise. Je regretterai un jour de ne pas avoir passé par Montréal, peut-être. La petite élite de Montréal que j'accusais dernièrement, n'est peut-être pas si petite ni ridicule. Quel est ce mythe en moi de voir en Montréal une ville que je n'aime pas? C'est le mythe des années 70 je crois, et l'histoire de la révolution tranquille que je ne digère pas. J'ai idéalisé un faux Québec, un faux Montréal. Chaque fois que j'y vais, je me retourne et me dis, mon Dieu, est-ce possible, une ville si grande et francophone en Amérique? Puis c'est l'extase, j'aimerais davantage conquérir Montréal que Paris, c'est chez-moi en fait. Je serais l'élite, bien plus rapidement que je voudrais le croire, et en fait, il en faut toujours une élite. Que deviendraient les arts si Jurassic Park auraient gagné sept oscars avec 12 nominations au lieu de Schinder's list? Trois oscars avec trois nominations pour Jurassic Park, c'est déjà beaucoup pour Spielberg. Si la masse ne lisait que Stephen King, on passerait peut-être à côté de... je cherche un bon auteur contemporain... impossible. Voilà, on passe déjà à côté des bons auteurs contemporains. Et vive Stephen King! Il en faut une élite, mais je ne veux pas en être. Ni en France, ni au Québec. I want to be out of the scene. Qu'ils se débattent peut-être avec mon oeuvre, mais qu'ils ne m'en demandent pas d'en dire plus que l'oeuvre elle-même. Mais comme dit Ryngaert, saurais-je résister et ne pas donner clés en mains l'univers de ma littérature? Il me serait si simple, en une page, de vendre La Révolution. Quelle erreur ce serait. Mais que vont-ils y comprendre? J'ai l'expérience, les comités de lecture n'ont pas dépassé les dix premières pages de La Finalité. Ils ont cru que je cherchais à les convertir à Dieu, ils se sont sentis frustrés ou trahis. Qu'ai-je donc à espérer de La Réussite? Ils croiront que j'essaie de leur vendre l'anarchie avant la huitième page. Il faut au moins une lettre d'accompagnement pour les mettre en garde contre les jugements trop rapides. Mais je me demande pourquoi je m'inquiète, ils ont déjà lu, en théorie, La Finalité. Je ne peux donc plus leur envoyer les trois parties, La Révolution. Ce livre ne pourra donc être publié qu'en France. C'est triste. Mais c'est peut-être mieux pour moi. En fait, j'aime bien Montréal, mais si je veux faire différent, il est bien de vivre au Saguenay-Lac-St-Jean et à Ottawa. I'm out of space, j'appartiens à toutes les époques de la littérature dans mes cours. Et je peux quand même apprécier le talent québécois. Les Portes Tournantes, c'est quelque chose comme film. Jésus de Montréal aussi j'imagine. Qui je n'aime pas, bien que je n'aie jamais assisté à aucun de leur spectacle, c'est Messier (celui de Broue), Patrice l'Écuyer, Rémy Girard, etc. Ils ont beaucoup de talents, c'est indéniable, ils font de belles choses, c'est bien, mais on ne voit qu'eux! Et je ne veux pas immortaliser la culture québécoise dans ces quelques comédiens du temps. Je n'ai vraiement pas l'impression de vivre en une époque fertile en films et littérature. C'est peut-être faux, I'm out of space. C'est le temps que je fasse mon entrée dans la civilisation si je veux me défaire de mes préjugés. J'apprécie Ottawa pour son unique caractéristique, que pour une région de plus d'un million d'habitants, la culture est complètement inexistante. Tout provient d'ailleurs, par bribes, Montréal ou Toronto, et pour peu que l'on lise The Citizen d'Ottawa et que la sous-culture anglophone ne nous intéresse pas, we are free of influence, almost.
Je termine à peine le visionnement du film Pump up the Volume, film Américain, cela va de soi, et j'ai enfin compris le film (c'est la dixième fois que je l'écoute). La génération X. C'est moi ça? La génération X, qui n'a rien à attendre de la politique ni des institutions, mais qui doit elle-même prendre la voix des ondes, des médias, et prendre le contrôle pour à son tour écraser une autre génération. N'en avais-je pas déjà parlé? Je ne me souviens plus. J'avais cette impression qu'il était vrai que c'était à nous d'agir, mais c'est vrai qu'il est impossible d'agir si ceux qui sont en contrôle ne nous en donne pas la chance. Mais n'est-il pas normal de ne pas vouloir céder sa place lorsque tout va bien? Combien d'entre-vous laissera son travail d'ingénieur pour permettre à un plus jeune de travailler, même à la limite de l'âge qu'habituellement on croit la retraite normale? Personne, et c'est normal. Je ne le ferais pas non plus. C'est donc que nous devons leur rentrer dedans. Prendre d'assaut les maisons d'éditions, se bâtir les nôtres, publier nos choses, écrire dans les journaux, mais pas pour sa génération, l'autre génération, celle qui travaille et qui vieillit. J'ai longtemps souffert à lire quelque fois les journaux du Québec et comprendre que ces beaux articles dénonciateurs des actions contre les Francophones ne seraient lus que par des Francophones. Pendant ce temps, les Anglophones se délectent de Mordicaï Richler, celui qui dénonce les tares québécoises, chez les Anglais, y compris les Américains semblent-ils, ils ont entendu le message, nous sommes la petite Allemagne de 39 à 45, les nouveaux nazis sur la planète. Parlons donc là où il faut. Et encore, à ce rythme là, c'est vrai que je ne serai pas entendu ni cette année, ni l'année prochaine, ni l'année après celle de l'année prochaine, ni l'autre d'après... j'avoue bien franchement que je ne peux faire davantage que ce que j'ai fait pour me faire publier. Pas avant cinq ans, je me demande encore là si j'aurais une quelconque chance. Cela m'importe moins maintenant. Je survivrais même si je dois n'être jamais publié, et surtout, j'écrirai toute ma vie. Je pourrais publier à Saint-Germain-des-Prés à Paris, et j'avoue que cela me tente. Vente par souscription, meilleur moyen d'être entendu, on s'impose de force. Oeuvre lancée un peu en scandale (je ne saurais calculer la portée que pourrait avoir La Révolution), quarante personnes à trouver pour acheter une copie de luxe à 50 ou 60 dollars. Et hypothéquer mon avenir en littérature, après cela, aucun moyen de se faire entendre. Ils sont pas fous les éditeurs, leurs institutions sont merveilleusement contrôlées: tout livre à compte d'auteur ou vente par souscription est considéré tel un navet sans intérêt; un livre qui n'a pas su trouver un éditeur est certainement sans valeur. C'est mon problème. Mais je n'écris pas ce que l'on cherche, ce qui est publiable. Aucune maison d'édition n'a de collection où peut s'insérer La Révolution, et j'avoue qu'il leur serait difficile de la vendre dans ces conditions. Valeur à scandale, c'est déjà plus intéressant, je vais essayer de le publier en France, personne n'aura encore lu cette version définitive de 150 pages. Mais je me demande s'il ne vaudrait pas mieux passer directement chez Saint-Germain-des-Prés. Je ne veux plus perdre un an ou deux, des lettre d'éditeurs dont je sais que la réponse sera négative. Entre vous et moi, aucun éditeur n'acceptera La Révolution. Et ce n'est pas là le fruit de la génération X, c'est une littérature différente, et encore là, je ne la crois pas si différente de ce qui a pu se faire. Mais c'est vrai que ce n'est pas un roman à la mode de notre siècle. En fait, à court terme, le seul projet qui pourrait déboucher c'est la pièce de théâtre sur Val-Jalbert, et les troupes de théâtre du Sagenay-Lac-St-Jean sont plutôt peu nombreuses et déjà engagées en d'autres projets. Peut-être cela débouchera à l'été 1995. Autant mourir, si j'attendais après cela. C'est vrai que Paris sera un nice change. À défaut de publier, j'y trouverai un air différent, et plus près de la littérature que perdu à Ottawa. J'ai bien l'intention de m'impliquer dans un journal étudiant. Je vais atteindre les masses, j'aimerais mieux être journaliste que professeur. Journaliste et écrivain libre. Pour un retour à l'objectivité peut-être, l'anti-destruction. Je vais monter lentement dans la hiérarchie, mais comme dirait René l'Illuminé, il y a peut-être un intérêt à tenter l'ascension de la société, surtout pour quelqu'un qui ne prend pas cela trop à coeur et n'a pas peur de l'échec. Après en avoir tant parlé, l'échec est apprivoisé. Parlant de rite initiatique, il est tellement vrai que la trilogie de René est un vrai exorcisme. René qui a les yeux fermé avec tout un savoir qu'il rejette. Il s'embarque sur l'océan, c'est le lavage de cerveau complet, le néant. Vient ensuite la sagesse, la connaissance, le vrai être, celui qui voit en chaque chose la futilité, un intérêt en chaque chose, pris au deuxième niveau. Mais encore là, ce serait peut-être se tromper. Je n'encourage pas plus la spiritualité que la nage dans le marasme de la hiérarchie sociale. Peut-on s'en soustraire vraiment? En fait, si René à trouver sa voie et qu'il devient le Soleil, ce qui sera, je pense, le comble de l'idiotie pour le lecteur, l'auteur lui, en est au stade du lavage de cerveau, la tête vide, qui ne sait plus trop où s'embarquer. Voilà tout le message de l'absurde. Et il ne me semble pas que ni Ionesco ni Beckett aient trouvé leur voie dans la littérature. La tendance vers le néant ou l'absence d'idéologie prévaut, et c'est peut-être mieux ainsi de toute manière.
Je multiplie les "je pense", les "je crois", les "peut-être", voyez, je n'ose pas affirmer. Je suis conscient que chaque phrase que je dis sera contredite. Ionesco en parle beaucoup dans Notes et contre Notes, ce qui me fait penser que ce livre me suivra longtemps. En fait, il faut tout de même affirmer des choses, ne serait-ce que pour provoquer les débats. Et surtout, ne pas avoir peur de revenir sur ses idée, ses dires même. Bon Dieu, j'ai manqué cinq cours aujourd'hui pour faire mes travaux pour Vandendorpe, j'ai rien foutu. Sauf écrire ce stupide journal, et écrire deux pages de La Révolution. Il n'y a plus rien qui fonctionne. Je vais téléphoner Joël Cyr, sait-on jamais, le salut viendra peut-être de lui.
Une heure au téléphone, j'ai appris que notre Sylvain Simard va passer à l'histoire. Notre bon Jacques Parizeau, chef du Parti Québécois, voit en Simard un futur ministre, de la culture probablement, aussi, ils vont le parachuter dans le comté Richelieu, puisqu'il n'y a aucun moyen de gagner un siège dans la région de la Capitale Nationale. Je n'aime pas cette façon de prendre un contact brutal avec la vie. Moi qui étais loin de l'holocauste, loin de la politique, surtout au Québec, me voilà qui côtoie des gens très près de ces milieux, m'entraînant dans leur ronde et discussion. J'avoue que j'y vais à contre-coeur, je devrais peut-être m'y engouffrer de plein fouet, ainsi je ne serai pas à côté de la track en tant qu'écrivain. Mais je ne peux m'en défaire, ces sujets ne m'intéressent pas. Ils sont ceux du moment, ce sont les seuls qui font l'actualité, tout est déjà analysé en première page, et je déteste le fanatisme politique et religieux. Je ne veux donc pas m'en mêler, ou sinon, de loin. Ce n'est pas pour rien que l'on va me parachuter à Paris bientôt, il faut me préserver de tous ces mouvements qui m'entourent.
Il m'est passé par la tête dernièrement, d'établir la liste de tous les gens que j'ai connus et dont je peux me rappeler au moment où je ferais la liste. Même si je devais juste les définir qualitativement. J'ai vite compris que cette liste me prendrait beaucoup de temps à établir. Prenons juste les personnes que j'ai nommées dans ce journal cette année. Et c'est rien, j'en passe tant que je ne nomme pas. J'ai compté une fois que j'avais parlé avec au moins 1000 personnes en une journée lorsque je travaillais à la cafétéria, la caisse enregistrait le nombre de transactions. Encore que plusieurs passaient deux fois à la caisse. Disons entre 500 et 700 personnes. Aussi, un jour que je suis descendu à Jonquière, dans la même journée j'ai parlé quand même assez longtemps avec un peu plus de 50 personnes différentes, entre Ottawa et Jonquière, en passant par Montréal, Québec et Chicoutimi. Qui sont donc tous ces individus, qui ont leur vie propre, et qui se côtoient comme cela, en paix? Ont-ils tous une chambre, un toit, une automobile, un amant, une garde-manger, un réfrigérateur, etc.? Mais pourquoi donc n'existe-t-il pas davantage de facilités (facilités est un anglicisme et je l'utilise avec fierté, pour ceux qui cherchent le mot exacte, ce serait services) entre toutes ces personnes? Pourquoi ont-ils tous besoins d'avoir une automobile, un toit, un réfrigérateur, etc.? Juste au niveau des étudiants, il me semble que l'on devrait construire des facilités plus grandes, un genre de coopérative, plus de logements avec chambres et cafétéria abordable. C'est ça le vrai rôle des associations étudiantes. Prenons CNOUS et CROUS en France, eux ça fonctionne. Nous, on meurt sous le poids de compagnies qui font de l'argent sur notre dos. Il n'y a rien de plus pauvre sur la planète qu'un étudiant. Ils sont en voient de devenir les riches de demain et vivent pour cela plusieurs années sous le seuil de pauvreté. Les libraries nous vendent des livres avec un profit qui dépasse probablement les 40%, la cafétéria nous coûte minimum 8$ par repas, et encore, nous n'avons pas de dessert à ce prix, puis les logements sont introuvables, hors de prix, infestés d'insectes comme les coquerelles. Si c'est cela tout ce que les associations étudiantes ont réussi à nous gagner, je m'inquiète sincèrement à propos de la société de demain. Le problème en Ontario, c'est que l'on augmenterait les taxes de 5 000$ cette année et les gens râleraient trois jours pour finalement accepter l'injustice. Car il s'agit bien d'injustices, si l'on constate les millions jetés à droite et à gauche. Prenons par exemple la simple petite bureaucratie de l'Université d'Ottawa. Après avoir travaillé à la cafétéria aux Caterings, et après avoir constaté comment pouvait coûter la livraison sur le campus de deux petits plateaux à sandwichs avec 25 cafés et une dizaine de cannes de cokes, je vois déjà plusieurs milliers de dollars dépensés pour rien. Cette petite livraison, habituellement plus grande, reviendrait à environ 350$, et des livraisons comme cela, il y en a une à deux par heure, parfois plus, de 7H le matin à 9h le soir. Le pire c'est que souvent, ce goûter n'est même pas touché. Il y en a du gros surplus à faire sauter et le problème c'est que lorsqu'il y a des coupures, c'est jamais au bon endroit, c'est toujours dadns l'essentiel. Mais qui donc est en charge de ces factures? Comment peuvent-ils tolérer ça? Quelqu'un qui se fout des finances de l'Univerité en tout cas. Les étudiants devraient négocier tout ça, ce qu'ils essayent de faire d'ailleurs. Et employer les étudiants étrangers puisqu'ils ne peuvent travailler que sur le campus (ce qui est d'ailleurs très discriminitaoire, c'est dire que les gens ne sont pas égaux).
23 mars 1994
Encore une journée, puis une autre, puis une autre, c'est merveilleux, ce journal à fait passer le mois à une vitesse surprenante, tout juste si je me souviens d'avoir dormi. J'ai perdu la notion du temps, il me semble que cela fait une semaine qu'Edwin est parti.
Comme j'aurais toujours voulu faire de la musique et non de la littérature. Avec la musique tu peux dire des niasieries, la musique transforme, transporte, transpose le tout. J'ai toujours mis la musique au premier plan dans l'art, il m'a toujours semblé que c'était là une chose que je ne pouvais faire et impossible à faire. Mais dernièrement je suis revenu sur cela. En ouvrant René l'Illuminé je me suis rendu compte qu'une bonne littérature valait bien un bon groupe de musique. Et même, a plus de portée en un sens puisque l'on s'attarde davantage au contenu et à l'analyse. Peut aussi traverser les décennies plus facilement qu'un album. Mais il s'agit encore là d'être dans les meilleurs, sinon plus rien ne vaut dans cela. La musique est plus accessible, fait des millions, est adulée, moi, on ne risque jamais de me reconnaître dans la rue, en admettant que l'on puisse reconnaître mon seul nom. Et c'est bien, je n'en suis pas désolé.
Troisième Lettre à Edwin: voir 6diary94 (c'est la lettre au complet)
Les Feuilles Mortes
Oh je voudrais tant que tu te souviennes

Des jours heureux où nous étions amis

En ce temps-là la vie était plus belle

Et le Soleil plus brûlant qu'aujourd'hui
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle

Tu vois, je n'ai pas oublié

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle

Les souvenirs et les regrets aussi
Et le vent du nord les emporte

Dans la nuit froide de l'oubli

Tu vois, je n'ai pas oublié

La chanson que tu me chantais
C'est une chanson

Qui nous ressemble

Toi tu m'aimais

Et je t'aimais
Nous vivions tous les deux ensemble

Toi qui m'aimais, moi qui t'aimais

Mais la vie sépare ceux qui s'aiment

Tout doucement, sans faire de bruit

Et la mer efface sur le sable

Le pas des amants désunis

23 mars 1994

For the Citizen

Ottawa south, mai 27 1994
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