«L’histoire de l’humanité est l’histoire des idoles et deleurs règnes successifs… Et l’on dirait qu’à mesure que l’humanité viellit, le pouvoir de l’idole est plus vaste et plus meurtrier… Les maîtres ont changé; les esclaves sont les mêmes.»








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titre«L’histoire de l’humanité est l’histoire des idoles et deleurs règnes successifs… Et l’on dirait qu’à mesure que l’humanité viellit, le pouvoir de l’idole est plus vaste et plus meurtrier… Les maîtres ont changé; les esclaves sont les mêmes.»
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». A ceux-ci d'attacher le grelot. Et que soient taxés de « trahison », ô Benda, les clercs répugnant à ense­velir leurs préférences affectives afin de laisser naître l'Unité de l'espèce que leur souffle trop fort aux oreilles l'universalisme de la pensée pour qu'ils ne l'entendent pas.

La tendance à l'unité de l'espèce prend sa racine dans la réalité de l'organisme de l'humanité. L'Etat universel, après tout, ne serait qu'un retour aux sources, l'expression sociale de la réalité ; « L'essence du bien est l'unité » (Euclide le Socratique, 450 av. J.C.) et « En toutes choses, l'accord de tous les peuples doit être réputé de la nature» (Cicéron) étant des assertions païennes auxquelles répon­dent les cris des chrétiens « Qu'ils soient un comme nous sommes un » (Jésus) et « L'Amour est l'appétit de l'Unité » (Saint Thomas d'Aquin). Les plus récentes données de la science ne font que confirmer, avec une inégalable autorité, comment réaffirmer de toutes ses forces l'unité humaine par un bouleversement radical d'évaluation éthique n'a rien que de très ordinaire et choque seulement les aveugles vo­lontaires, incompréhensiblement incompréhensifs. Hormis la satisfaction de l'agressivité connée, on saisit mal le but final poursuivi par ces affamés de séparatisme. Au diable la superstition des entités nationales et fratricides quand là-dessus se rejoignent un ultraévolutionniste, Teilhard de Chardin, et un antitransformiste, Jean Servier :

— « Cette découverte fondamentale que tous les corps dérivent, par arrangement, d'un seul type initial corpus­culaire, est l'éclair qui illumine à nos yeux l'histoire de l'Univers. » (Teilhard de Chardin).

Et, dans « L'homme et l'invisible », Jean Servier de faire largement écho au dict teilhardien :

— « L'homme a les mêmes structures mentales, quelle que soit la civilisation à laquelle il appartient... Ceux que l'on a pris, pendant de longs siècles, pour des oubliés de l'évolution, rattrapent d'une seule foulée des différences que l'on évaluait en millénaires. Nous savons maintenant qu'un Pygmée enlevé très jeune à son milieu social peut, après une éducation appropriée, siéger à la Chambre des Lords, devenir magistrat ou entrer à Polytechnique... N'importe quel être humain peut passer d'une civilisation à l'autre ». A plus forte raison, si la race ne compte pas, combien paraît ratatiné, rabougri, étriqué, le concept de Patrie par rapport à l'Absolu ! Déjà, Barrès s'avouait à mi-voix : « Le nationalisme manque d'infini ». C'est le moins qu'on puis­se dire.

L'individu a pour fatalités sa taille, son visage, ses humeurs, ses tares physiologiques, son degré d'intelligence, mais il ne se sait — ne se croit — Anglais, Espagnol, Grec, Russe, Allemand ou Français (pour demeurer en Europe) que « parce qu'on le lui a dit ». Qu'on transporte un nour­risson de Suède en Roumanie, ou vice-versa, et qu'on le laisse grandir sans lui dévoiler son origine, pour quelle Idole, s'il vous plaît, se réveillera-t-il un beau matin, prêt à en découdre selon « le sang qui coule en ses veines » ? Voilà ce que passent soigneusement sous silence les patriomanes, coupables d'élever à la hauteur d'un dogme de simples contingences comme traditions, langage commun ou amour du terroir, contingences inoffensives en soi, mais, par leur déification, responsables des pires catastrophes. Souvenons-nous du gouffre où la monstruosité du nationa­lisme a précipité les pays s'en réclamant avec le plus de tapage, Allemagne, Italie ou Japon, gravement blessés par le boomerang lancé de leurs propres mains.

La Nation n'a ni unité ni personnalité consubstantielle, ni immortalité, ni fin immanente. Son but ne devrait être que de servir aux hommes de moyen pour l'obtention de leur fin personnelle. Parler de 1' « âme » d'un peuple, de sa conscience, de sa vocation, de son rôle providentiel, quand ce n'est de son « éternité », sont vagues expressions métaphysiques ou oniriques — véhicules périlleux d'un impérialisme faussement religieux. Patente est l'outrance visant à dresser en idéal la loi animale de la concurrence et à glorifier le vulgaire amour de soi, l'odeur sui generis, jusqu'à prétendre soustraire à l'analyse l'idée de Patrie. Celle-ci entrerait-elle dans la catégorie de l'Inconnaissable ? Il faut sans peur et sans reproche conserver une dialectique intré­pide, ne rebrousser chemin devant aucune conséquence logique, se lessiver l'esprit, se rincer les méninges de tout le vieux dépôt breneux des poncifs de la théomythie. Pas de principes réputés supérieurs à la Vérité.

On naît homme avant de devenir citoyen, en dépit du caput-mortuum Paul Déroulède : « On est français avant d'être chrétien ; je suis né avant d'être baptisé ». Bernanos a bien remis les choses au point : « Au fond de tout orgueil, il y a ce vieux levain d'idolâtrie... Il n'y a pas d'honneur à être français, nulle gloriole. Et qu'on veuille bien me per­mettre une fois de le dire dans le même sens, il n'y a pas non plus d'honneur à être chrétien. Nous n'avons pas choisi ». C'est trop clair : sans choix volontaire, pas de mérite, de sorte que seuls naturalisés et convertis peuvent passer pour d'authentiques croyants (patriotiques ou reli­gieux). Ce qui est imposé ou inné ne compte guère d'ans la pesée des âmes.

Agrégat accidentel de la matière organique, forme éphé­mère de synthèse, la patrie, c'est entendu, constitue une sorte de réalité, mais rien moins qu'intemporelle, et plus proche de l'état infra-humain (« Les animaux mêmes sont nationalistes », aiment à glapir les galopins de « Jeune Nation ») que de l'état angélique : si les anges sont bien rangés parmi les théologiens en chérubins, séraphins, trônes, etc., on n'a jamais tenté d'assimiler ces chœurs angélicaux aux patries des hommes. Alors, de quel droit diviniser un groupement à peine humanisé — dans les meilleurs cas ? Cette sacralisation indue est au départ de trop de désordres de toute espèce pour que le premier devoir du clerc ne soit pas d'essayer de la dissoudre, et ce, moins par une contre-offensive de bordées d'anathèmes, à l'instar des vieux anars, que d'une manière aussi froide, tranquille et raisonnable que possible. Une bonne équation vaut mieux qu'une bonne-épithète.

Aussi rude qu'ingrat —le souci de ménager les susceptibilités humorales n'autorise pas le gauchissement de la rai­son ni l'altération des faits — ce travail d'asepsie heurte la sensibilité commune — encline malencontreusement à se régaler ou prévaloir du virus contaminateur, fauteur d'une maladie héréditaire dont seul un traitement de choc a chance de venir à bout. Médicale, chirurgicale ou autre, peu importe d'ailleurs la métaphore. Le sûr est que s'impose ici le préfixe privatif en tête des verbes épurateurs : dés...affecter un sanctuaire abusif, dé...valoriser les frontières et les clans, dé...monétiser le métal martial, dé—dramatiser la situation, bref dé—mythifier la Nation, en la ramenant à sa juste taille et en montrant qu'il n'y a pas lieu de béatifier le phénomène contingent qu'est cette simple infrastructure, sans intérêt supérieur. Oui, pour être honoré, le patriotisme gagnerait à être vécu, modéré, à sa place quotidienne, laïcisé, sécu­larisé, non célébré en une perpétuelle grand-messe du dimanche.

Que le frétillement mystique cède le pas à l'ascèse pour accéder à la position scientifique du problème, même si elle heurte l'ancestrale croyance. On ne guérit pas le cho­léra dans les chapelles, mais dans les laboratoires. L'épidé­mie, ou endémie, du nationalisme doit être traitée comme telle. Avant tout, prophylaxie sur une large échelle. Tant que la Nation restera nimbée d'une aura sacerdotale, toute attitude clinique à son endroit paraîtra obscurément sacri­lège. Israël Zangwill, le « Dickens juif », a hasardé : « La nationalité sera peut-être la religion unique de l'avenir ». Ne soyons pas aussi défaitistes, et, puisqu'il semble que le nationalisme soit trop cassant pour s'assouplir, se modeler, la seule ressource est de le briser. Après la décolonisation, la dénationalisation. « L'histoire passera certainement outre aux effets de ceux qui se sentent appelés à s'arc-bouter con­tre ce développement inévitable... En dépit de toutes les diversités, l'unité des hommes se manifestera impérieuse­ment ». C.G. Jung (« Présent et Avenir »).

Que la nation ne soit plus qu'une classification adminis­trative, qu'elle abandonne son sceau liturgique et son pou­voir inflammatoire, accentué aujourd'hui par le raccourcis­sement des distances qui rend le climat politique toujours tropical, jamais tempéré : une information non vérifiée diffusée par les ondes, et voilà l'opinion flambante, portée à l'incandescence, au lieu que, jadis, la lenteur des commu­nications était élément dilatoire. Rabâchons-le jusqu'à plus soif, pour se préparer à devenir 1' « homme post-historique » dessiné par Dennis Gabor en son « Inventons le futur », rien de décisif ne saurait être tenté sur cette voie de la pros­pective tant que n'aura pas sauté l'Idole, emblème de la fossilité la plus évidente. En ce sens, tous ceux qui aident à la laisser debout seront gravement coupables, aux yeux de la postérité, du crime d'avoir retardé l'unification : fatale sera, dans X années, l'unité pure et simple du genre humain, avec un unique mode de gouvernement, préposé éventuelle­ment à régler les rapports avec les autres planètes, grâce à un fonds de législation commune à tous les globes. N'en doutons pas, les historiens de l'avenir souriront de l'omphalisme politique du « temps des nations », et, surtout, de l'étrange entêtement à maintenir les scissions à partir du moment où, pratiquement (par l'aviation, les fusées, la radio, le téléphone, le sous-marin) les frontières n'étaient plus qu'un mot, et où, en un clin d’œil, toutes famines et tous besoins pouvaient être apaisés par la rapidité et la masse des moyens de transport. Traditionalistes et lyri­ques auraient tort de jouer, là, les écœurés : une épopée ne vaut pas des vitamines pour les sous-alimentés (le tiers des mortels), et il n'y a de sous-alimentés que parce qu'il y a prolifération des patries, toutes occupées (a) à se bloquer, se cadenasser dans leurs avantages, (b) engloutir pour leur « défense nationale » des milliards non seulement improductifs de mieux-être, mais productifs de non-être ; destructions, démantibulations, amputations en tout gen­re, raser, casser, écloper, annihiler ce qui existe — corps ou biens — devenant l'ultime objectif de leur labeur. Au fou !
Utopie que cette visée universaliste ? Bah, répliquons que maints esprits éminents de l'antiquité ont regardé l'es­clavage comme inévitable ou indispensable. Que de choses disparaissent qui, sur l'instant, semblent éternelles ! Une sagesse de pacotille peut ironiser sur cette anticipation. Le vrai n'en est pas moins que le souhait de l'établissement d'une « magna charta » de la société n'est plus fondé, de­puis quelque temps, sur des mystiques, invérifiables par définition, ou des moellons isolés, mais sur le fait que la structure du monde a été modifiée de fond en comble par les découvertes atomiques. Les preuves expérimentales sont enfin venues confirmer les hypothèses ou les postulats. A l'heure où les astronautes zèbrent l'azur et où partout éclatent les limites de l'univers, ne pas vouloir se dépoter de son village est une faute, si ce n'est un crime, car, à trop tarder, on risque d'assister à l'apocalypse. La véritable uto­pie, n'est-ce pas d'escompter un rapprochement durable des peuples fondé sur le principe des nationalités ? Le sentiment nationaliste est une abstraction. C'est en le com­battant qu'on devient réaliste. Encore est-il prouvable — sans boutade — que l'a-nationalisme, loin d'être le dissol­vant des peuples, en est le meilleur garant de la survivance comme de la prospérité et de l'excellence. Au pied de la lettre, à notre époque, il n'y a plus rien de commun entre le fétichisme de la Patrie (voir où conduisirent hitlérisme et fascisme), et sa protection efficace assurée par la seule uni­fication de notre planète. Avec les instruments de mort gigantesques usités maintenant, l'authentique patriotisme va consister bientôt à n'être plus « patriote », c'est-à-dire axé sur la parvulissime « défense nationale » (chacun pour soi), mirifique méthode pseudo-réaliste dont on a vu ce qu'en valait l'aune, chez nous, en 1940. Passons...
Préciserai-je, en tout cas, que, si l'extinction des nations en tant qu'idoles me paraît hautement désirable pour la paix et la moralité, je n'envisage point, pour autant, l'hu­manité muée en éden et en idylle. A moins de miracle pro­voqué par un agent chimique (L'avenir nous dira si l'amélioration de la bête humaine vien­dra, en définitive, non point de la morale, mais de la biologie, et si, pour une fois, Jean Rostand n'a pas été trop optimiste en avan­çant :

« Demain nous pouvons prévoir que le mérite intellectuel ou mo­ral va passer sous le contrôle d'une thérapeutique inspirée par la biologie ; on usera d'hormones spéciales, ou d'autres agents chimi­ques, pour restaurer la vigueur de l'esprit, pour affermir le caractère, disposer à la vertu. Demain, peut-être, on achètera le génie ou la sainteté chez le pharmacien, comme, dès à présent, des femme» achètent, à l'Institut de beauté, la rectitude de leur appendice nasal ou la profondeur de leur regard. De même sont en cours de dénaturation les notions traditionnelles de parenté, de maternité, de sexua­lité... ».

Pour l'heure, il est certes acquis qu'en enfonçant des électrodes dans le crâne d'un patient, on le fait rire ou pleurer à volonté, et qu'en variant la quantité de vitamines B dans son régime, on trans­forme à plaisir un jeune chien en poltron ou en foudre de guerre.) réformant l'actuel bipède vertical, je ne vois rien qui justifie ce tableau trop élégiaque brossé par Louis Havet : « La conscience, ou, pour mieux dire, la vue directe de l'unité définitive de l'espèce, aura éliminé des cœurs les derniers restes de nos divers fanatismes. La science, dont l'envahissement sera devenu planétaire, aura versé dans des milliards de cerveaux la lumière calme des vérités démontrables, et ce fourmillement d'êtres pensants ne sera plus capable de croire qu'avec sérénité ». Difficile, itou, de souscrire à cette enthousiaste prophétie commise par Emile Rayot, en 1901, dans une conférence où était annoncé « l'avènement du règne divin de l'amour... l'union indissoluble de tous les hommes dans un même culte, celui de l'humanité » :

— « D'une part, l'Etat n'existerait plus : pour les ci­toyens de la cité future, nul besoin, désormais, de ces lois extérieures décrétées par une autorité plus ou moins étran­gère ; les droits de l'humanité seraient naturellement res­pectés ; d'elles-mêmes, les volontés obéiraient à la norme gravée en elles, à cette loi non écrite dont parlait le vieux Socrate : de cette façon, l'Etat aurait atteint sa fin, il aurait disparu, remplacé par la législation morale. Et, de même, les Eglises se seraient évanouies, elles ne seraient plus qu'un souvenir lointain ; aux Eglises actuelles, multiples, exclu­sives, trop facilement autoritaires et oppressives, aurait désormais fait place une Eglise unique, l'Eglise de l'Huma­nité, bâtie sur ces pierres solides, l'amour, la communion des âmes, reposant sur ce fondement inébranlable, le lien étroit des cœurs et l'harmonie profonde des volontés dans l'intense sentiment d'une universelle fraternité ».

En avant la musique ! Hep, là, doucement, s'il vous plaît. Evitons d'adapter à l'avant-garde ce millénariste langage d'arrière-garde, analogue aux prônes où, du haut de la chaire nous est dépeinte la lumineuse éternité où baignent les élus communiant entre eux dans la bienheureuse obéissance à la volonté de Dieu ! Il n'est que trop vrai qu'il est plus facile d' « aimer », dans le flou, un Chilien derrière sa Cordillère des Andes que son voisin de palier ou son collègue de bu­reau. Le cœur n'est pas assez vaste pour chérir l'humanité.

L'amour universel demeure bien improbable. L'homme ne vit que de haines et d'aigreurs. Il a du mal à supporter son compatriote, son patron, ses camarades, sa belle-mère ou... sa femme. Qu'allez-vous lui enjoindre d' « aimer » le genre humain et de l'embrasser tout entier ! Logomachie se résor­bant dans la confusion de l'in-imaginé. Mais on peut, on doit, exiger de chacun qu'il respecte tous les vivants. Pas plus, mais pas moins. Or, cela reste inaccessible tant qu'il y aura des nationalismes consacrant le plus clair de leur énergie à attiser les instincts fauves. « C'est précisément la manière dont est formulée la prohibition « Tu ne tueras point » qui est propre à nous donner la certitude que nous descendons d'une série infiniment longue de meurtriers qui, comme nous-mêmes peut-être, avaient la passion du meur­tre dans le sang » (Freud). Eliminer la sottise du même coup que les vastes hécatombes, amener la paix avec toutes les virtualités de perfectionnement qu'elle comporte, ce succès — parfaitement récoltable celui-là — mérite mille fois qu'on s'acharne à l'acquérir contre vents et marées. Mais qu'on ne nous fasse pas dire que supprimer les particula­rismes nationaux, et donc les guerres, supprimerait — ou. alors, à très longue échéance, à force de pacification des cœurs, des esprits et des nerfs — tout conflit entre indivi­dus. Pour nourrir pareille berquinade, notre certitude est trop profonde d'un ferment de mauvaiseté congénitale gisant au for de l'homme, agressif par définition, sado-masochiste, plus exactement. Mais dissensions, querelles, ba­garres, coups et blessures, meurtres, sévices individuels — maux insurmontables, inhérents à la nature humaine — n'ont absolument rien de commun ni par l'ampleur, la fré­quence ou la cruauté, ni pour la justification, avec ces assassinats collectifs, organisés et artificiels, où des incon­nus s'affrontent sans savoir pourquoi. Comment mettre en parallèle une rixe de soir de bal et les cataclysmes d'Hiro­shima, Dresde ou Stalingrad ? En des pays bénis, comme la Suède ou la Suisse, des générations entières ont pu ne pas connaître de déclaration de guerre — preuve que celle-ci n'est pas fatale, au lieu que délits et agressions entre citoyens helvètes ou Scandinaves n'ont évidemment pas manqué. La disproportion entre ces deux sortes de heurts et leurs effets est si nette qu'il est inutile d'y appuyer. Laissons donc Havet et Rayot à leurs douces rêveries de pan-euthymie et bornons-nous à affirmer l'incomparable bénéfice procuré par l'abolissement des conflits (interna­tionaux dont la luxuriance ne signifie pas, au contraire, qu'il faille continuer à nourrir la légende de l'inévitabilité. Mieux : constater sans équivoque l'apacherie et l'égoïsme consubstantiels à l'homme nous paraît rendre d'autant plus impérieuse la lutte contre les facteurs exacerbatoires de ces vices, et, à la fois, éclairer le fragile fondement de l'accu­sation d' « utopie » exprimée contre le projet de fusion des nations. L'illusion ni la candeur n'ont jamais été beaucoup inscrites au débit du dolorisme qui rime si bien, plutôt, avec pessimisme !

Ce que nous savons des âges préhistoriques — par les instruments, les images — montre la permanence de l'état belliqueux. Sur des rochers, on distingue des dessins de naumachies, et les musées sont remplis de silex taillés, d'ar­mures métalliques. Comme l'Iliade, nos chansons de geste (et celles de nos voisins, comme la littérature gaélique débordante en récits de pillages, d'incendies et de batailles), le Mahâbhârata, aux 150.000 vers, et le Râmâhana retra­cent les exploits des princes conquérants. Une fois plus évolués, comment nier que jamais la haine entre peuples aurait pu atteindre à l'excès et engendrer tant de carnages si leurs chefs ne s'étaient évertués à pervertir l'opinion en faisant sans arrêt changer la Patrie en déité ? Thème obsidional fauteur d'une tension morbide à l'échéance de feu, à quoi s'ajoute, parfois, la masochiste impatience des trou­peaux à guigner l'abattoir. Les bergers ne sont pas, en effet, les seuls à incriminer, et il arrive que les gouvernés désirent une bagarre envisagée sans trop d'entrain par les gouver­nants. Dans une certaine mesure, n'en a-t-il pas été de la sorte en 1914, pour Nicolas II et Guillaume II, dépassés par les passions populaires — qu'ils avaient d'ailleurs entre­tenues au nom de vagues « droits historiques » ou « aspira­tions séculaires ». Chez nous, Barthélémy avait soupiré, devant la réserve de Louis-Philippe à épauler la Pologne :

« Dans un calme fangeux la France se repose ». On a bien lu : « fangeux », le calme... Pour une fois, L.F. Céline n'exa­gérait point : « Ni la misère profonde, ni l'accablement poli­cier ne justifient ces ruées en masse vers les nationalismes extrêmes, agressifs, extatiques de pays entiers... Le goût des guerres et des massacres ne saurait avoir pour origine essentielle l'appétit de conquête, de pouvoir et de bénéfices des classes dirigeantes. On a tout dit, exposé, dans ce dos­sier, sans dégoûter personne. Le sadisme unanime actuel procède avant tout d'un désir de néant profondément ins­tallé dans l'homme... Avec des coquetteries, bien sûr, mille dénégations, mais le tropisme est là, et d'autant plus puissant qu'il est parfaitement secret et silencieux. Or, les gouvernements ont pris la longue habitude de leurs peu­ples sinistres, ils leur sont bien adaptés. Ils redoutent, dans leur psychologie, tout changement. Ils ne veulent connaître que le pantin, l'assassin sur commande, la victime sur me­sure. Libéraux, marxistes, fascistes ne sont d'accord que sur un point : des soldats ! Et rien de plus, et rien de moins. Ils ne sauraient que faire en vérité de peuples absolument pacifiques ».

Singulière alogie que de tirer argument d'un tel état de choses et d'esprit pour jeter le manche après la cognée? et feindre de déplorer : « Vous voyez bien... Les hommes sont condamnés à se battre, malgré une profusion de mesures comme pactes, traités, alliances... Un peu plus, un peu moins de « souveraineté nationale » ne changerait rien à l'affaire, etc. ». Qu'on ne s'y trompe pas, ce à quoi tien­nent par dessus tout les séparatistes, c'est à la séparation, non à la communion, et c'est pourquoi ils s'efforcent par tous les moyens de discréditer à l'avance (ils y ont réussi jusqu'à présent) tout signe d'affaiblissement de l'Idole, en invoquant notamment son caractère indéracinable, puisque primaire et « instinctif » — selon le vieux subterfuge des sophistes : « De tous les procédés vulgaires que l'on emploie pour se dispenser d'examiner l'influence des facteurs sociaux et moraux sur l'esprit humain, le plus vulgaire consiste à attribuer la diversité des comportements et des caractères à des différences naturelles innées » (John Stuart Mill). De là, à travers les siècles, les manœuvres sournoises pour éviter que se propage cette vérité aujourd'hui démon­trée et qui fauche le socle où repose l'Idole : à conditions égales d'entourage physique et social, fondamentale est la ressemblance des caractères intellectuels entre les groupes humains, différemment colorés ou. « drapeautés ». Jusqu'au somatique que les facteurs culturels peuvent modifier (Cf. les expériences réalisées sur des goitres exophtalmiques). Le comportement des groupes-nations s'explique, non par des tendances biologiques, mais par les activités sociale­ment apprises. Même l'indice céphalique — rapport entre la longueur et la largeur du crâne — n'a aucune signification permanente. Quand une différence de pression artérielle systolique (voir les tests touchant Hindous et Américains) apparaît comme n'étant pas due à un facteur corporel, que dire des autres manifestations vitales moins intimement physiologiques ? Sans base réelle de corps ou de raison, que reste-t-il du fétichisme patriotique ? Enfonçons-nous dans le crâne qu'il n'y a que deux réalités : l'individu et l'humanité. Arbitraires et superficielles sont toutes les au­tre catégories : castes, tribus, clans, religions, races, et, surtout, nations qu'il serait absurde de tenir pour indis­pensables. (Rappelons-nous ce mot de M. de Sartine à Louis XV, au sujet du réverbère à huile : « La lumière qu'il donne ne permet pas de supposer que l'on puisse jamais rien trouver de mieux»). Foin des idées éventées, éculées, moisies, rancies, suries !

*

Au surplus, à défaut de moralité, l'opportunité devrait sonner le glas de la « souveraineté nationale » à l'heure où l'Indépendance, pour une Nation — hormis chez les deux Très-Grands — est devenue une telle fiction qu'elle n'existe plus en fait, puisque seuls les U.S.A. et l'U.R.S.S. sont ac­tuellement en mesure d'imposer leur volonté par la force, et, ce, complètement, instantanément, par un simple coup de pouce sur un bouton : « Devant le spectacle incroyable que nous donnent les Etats-Unis et l'U.R.S.S., nous ne pou­vons que nous sentir exagérément petits » (Colonel Genty, in «La Revue de la Défense Nationale» — avril 1965). L' « indépendance » de pays comme l'Angleterre, l'Alle­magne, la France, le Brésil, la Chine ou l'Inde est exacte­ment la même que celle de San-Marin, de Monaco ou de Liechtenstein. En ces conditions, tout à fait insolites et inédites dans l'Histoire, à quoi rime de faire le mirliflore en brandissant, le verbe haut, des bannières et des pistolets à bouchon ? C'est aussi enfantin que le geste d'un gamin maigriot tendant le poing contre le champion du monde de boxe toutes catégories, afin de bien manifester son « indé­pendance ». En admettant que l'indépendance soit, pour un pays, le bien suprême, si seul un autre pays peut assurer cette « indépendance », que fera le nationalisme ? Choisira-t-il le suicide — ou une tutelle, qui n'a rien de honteux si elle est sans oppression ni sujétion et ne porte que sur l'éco­nomique ? L'histoire montre même que la dépendance d'un peuple n'enlève aux êtres autonomes ni la force créatrice, ni la liberté de l'esprit qui souffle où il veut. Pour éviter le dilemme, une seule solution : la coagulation, spontanée ou réfléchie, autour du noyau attractif. « La vérité est que la passion de l'indépendance nationale est une survivance du passé mort » (Emery Reves). Cependant, les séparatistes se croiraient déshonorés de desserrer d'un cran leur recroquevillement (risquât-il de précipiter la perte de leurs con­citoyens), et ils préfèrent prolonger l'équivoque d'une étiquette ne recouvrant plus rien, quittes à dire comme Sismondi à Mazzini : « Je tiens à l'indépendance plus encore qu'à la liberté ».

...Car il ne faut pas confondre indépendance nationale et liberté personnelle. Aucun rapport, souvent, entre l'un et l'autre. Quel pays, par exemple, peut se targuer davan­tage d'être « indépendant » que l'U.R.S.S., et quels ressor­tissants connaissent moins la liberté individuelle que les citoyens soviétiques, appelés ainsi à éprouver que le mot « esclave » est dérivé de « slave » ? Ce pourquoi, justement, ceux qui le peuvent « choisissent la liberté » et préfèrent quitter leur patrie « indépendante » pour une autre qui leur permette d'évoluer et de penser à leur guise. Citerons-nous encore Max-Pol Pouchet, qui fit scandale, après la Libéra­tion, avec ce trait : « Si l'Allemagne avait apporté un régi­me de justice et de liberté, un régime digne de l'homme et meilleur que le nôtre, nous aurions tenu la politique de collaboration pour un bienfait des dieux ». C'est trop clair : seule compte la qualité du régime coiffant un pays, et il a fallu toute l'insanité d'un Maurras pour décréter, in « Sous la muraille des cyprès », que « de toutes les libertés hu­maines, la plus précieuse est l'indépendance de la Patrie ». Non, même dans les fers — et il ne s'agit pas de cette extré­mité — chacun peut « faire son salut ». D'ailleurs — chose curieuse — ce sont toujours ces zacores de la souveraineté nationale les plus prompts à réduire, sinon annihiler, les libertés de leurs sujets, tout en ayant le culot de dénoncer la « monotonie unitaire», qui serait «gommer la diver­sité » des nations ! Comme si ce n'étaient pas eux qui im­posaient l'uniforme (...militaire) et écartaient comme anti­spartiates toutes les singularités des individus, accablés sous les « Défense de » : écrire, peindre, voyager, vivre à son gré. Verts, noirs ou rouges, les régimes fascistes sont l'illustration de ce phénomène prohibitif. Au demeurant, dans l'hypothèse planétaire, légendes, folklore, langues, dialectes et coutumes locales ne seraient pas bannis, et les amateurs de binious, vielles et tambourins nullement privés de leurs instruments de prédilection. Bref, la ronronnante rhétorique nationale acheminerait les peuples vers le tom­beau si une prise de conscience caractérisée des réalités ne venait remettre les pieds sur terre aux dirigeants, empêtrés dans leurs chimères. « Les hommes ne sont en conformité de nature qu'en tant qu'ils vivent selon le régime de la raison. C'est à cette condition seulement que la nature de chaque homme s'accorde nécessairement avec celle d'un autre homme » (Spinoza).

Nous sommes malheureusement fort éloignés de cette ascèse intellectuelle avec le chauvin, qu'il convient de portraire en quelques touches. Le chauvin — mais quel patriote n'est chauvin ? — a la mine courroucée, farouche, mena­çante. Sans humour ni aménité, les mâchoires serrées, l'œil hargneux, plein de tics, il affiche des allures vantardes, sonorisées par une phraséologie de boursouflure. Sourd et aveugle à ce qui n'est pas son idole, il se révèle des plus. chatouilleux si l'on se mêle d'établir le moindre parallèle entre son pays et les autres, dont il pénètre allègrement les vices, sans entr'apercevoir aucun de ceux de son fief, à coups de syllepses puériles. En déniant, guindé, crispé, on dirait qu'il attend avec impatience une ombre de provocation pour s'exonérer de son potentiel de haine. Il veut toujours fusiller, brûler, pendre quelqu'un, envahir, châtier, liquider un peuple rival. (Un comble : un questionnaire adressé à des étudiants californiens en a vu certains témoigner de l'hostilité non seulement contre des nations connues, mais contre des peuples imaginaires, « ardaniens » et « mucreniens » !). Lointain successeur des saliens, ces prêtres de Mars qui avaient la garde des boucliers sacrés et se livraient à des danses non moins sacrées, qu'ils rythmaient en frap­pant de leurs lances leurs boucliers, le chauvin ne tient pas en place, il faut qu'il bouge, se pavane, se panade, se démè­ne, se trémousse. L'observateur serein demeure stupéfait en face d'un pareil hystérique, pour lequel n'ont aucun sens les mots « raison », « vérité » ou « charité » — laquelle, tout à l'opposé, est « patiente, douce ; elle n'est point jalouse, point dédaigneuse ; elle ne s'enfle pas d'orgueil ; elle ne cherche point son intérêt propre; elle ne se pique jamais ; elle ne s'aigrit pas » (Saint Paul). André Breton a écrit : « Tout ce qu'il y a de chancelant, de louche, d'infâme, de souillant et de grotesque passe pour moi dans ce mot : Dieu ». Plus sectaire qu'un moine de l'Inquisition, imagi­nez quelle serait la réaction du chauvin en entendant cette phrase où « Patrie » aurait remplacé « Dieu »... Il ne se contiendrait plus, car, là, serait pour lui l'inexpiable blas­phème, Matamore dans l'âme, pour un peu, pour un rien, il menace, grince, somme, assomme. Et, pourtant, ce che­valier à la triste figure trouve des approbateurs, comme A. Salières : « Sa forfanterie naïve est encore préférable à cette sorte d'enthousiasme nomade, exotique (sic), qui né­glige la patrie, pour les beaux yeux de l'univers », ou Jacques Rocafort : « L'orgueil national aura moins d'inconvénients que la disposition d'esprit décorée du nom de « scientifique » (in « L'éducation morale au lycée ». Belle éducation !). Par contre. Salières faisait ici une constatation aussi déplorable qu'exacte : « Le patriotisme est à peu près le seul dogme qui reste debout aujourd'hui au milieu du désordre intellectuel dans lequel nous vivons sur les débris des nombreuses croyances qui couvrent le sol... L'homme, dans tous les temps, a voulu une idole. Puisqu'il a renversé successive­ment toutes celles qu'avait créées son esprit crédule, qu'il adore cette idole, toujours jeune et vivante : la patrie ! Que le patriotisme soit notre foi, notre culte ! ». De 1881, où cette incantation était poussée, à 1946, où Emery Reves publiait son « Manifeste démocratique », l'idolâtrie n'avait fait qu'empirer : « Le nationalisme est devenu la religion la plus puissante de notre temps... Comme tout idéal social transformé en dogme, elle est devenue le plus grand obsta­cle au progrès... le credo populaire des masses illettrées, l'expression des instincts les plus bas du complexe d'infé­riorité collectif, et ceux qui la prônent desservent une religion dogmatique de la façon la plus intolérante qu'on puisse imaginer. II possède toutes les caractéristiques d'une religion rigoureusement dogmatique, profondément enra­cinée dans l'âme, plus profondément que toutes les disci­plines que nous appelons volontiers religions. Les idéaux et les symboles du nationalisme, par exemple l'idée de « mère-patrie », de « drapeau », d' « hymne national », sont des tabous typiques qui, aujourd'hui, dans les pays les plus hautement civilisés, sont plus dangereux à toucher que les cannibales de la mer du Sud. Nul homme, nul parti, n'ose toucher à ces religions, personne n'ose les critiquer. Néanmoins, il faut avouer que l'exaltation de leur culte est une des sources principales des malheurs de notre temps ». Et Pie XI : « Ces désirs effrénés qui se masquent sous les apparences du bien public et de l'amour de la patrie sont en réalité la cause des inimitiés et des rivalités qui appa­raissent entre les nations ».

Autarcique et autarchique, le nationalisme, infiniment content de soi, incapable de ne pas s'encenser à toute occa­sion, se contemple se mire, s'admire, se masturbe infatiga­blement. A tire-larigot, il se donne du « pionnier de l'his­toire », du « ministre du destin ou de la Providence ». Par un complexe de compensation familier aux psychanalystes, cette auto-apothéose est d'autant plus intense qu'elle est moins justifiée. Ainsi, en 1871, la promptitude avec laquelle nous avons payé notre rançon inspira de l'orgueil à nos panégyristes. « Le Figaro » exulta : « C'est avec une sorte de trouble d'esprit, de stupéfaction, qu'on a vu apparaître ces chiffres formidables qui n'ont jamais figuré dans aucun temps, dans aucun pays, dans aucun emprunt. Ce capital est, pour le monde civilisé, comme une révélation de ses forces inconnues ». (Parenthèse : tout en se couvrant la tête de cendres lors d'une défaite, combien de patriotes souffrent réellement d'un désastre national ? Se suicidant de chagrin à l'apparition des Allemands aux portes de Paris, en 1940, Thierry de Martel reste une exception — nullement applau­die de l'ensemble des chauvins, dont les enfants ont la mémoire courte. Le 2 novembre 1963, le gardien du vaste cimetière (14 hectares) de Notre-Dame de Lorette n'avait aperçu qu'une demi-douzaine de visiteurs, adultes ou vieil­lards. Aucun jeune !).

Ni mansuétude ni rectitude dans le nationalisme. Pas une fois question de la Douleur en leurs messages, où règne une animosité générale. On songe à ces Napolitains allu­mant des cierges à la madone du coin de leur rue et jetant des cailloux à celle de la rue voisine. Nous sommes, pour quelques jours, sur un mince fragment de matière, à nous agiter de façon inquiète — insatisfaite pour le moins. Et le fanatisme du clan irait encore aggraver cette malédiction d'être né ?

Un « sauvage », interrogé par Waitz sur la différence entre le bien et le mal, répondit : « Bien est quand nous enlevons les femmes aux autres, mal quand les autres nous enlèvent les nôtres ». La morale du nationalisme ne dépasse pas ce stade primitif ; et, s'autorisant toutes licences, son hétérophobie vomit les aubains. Hors de son canton, point de salut, à l'inverse de l'antique sagesse : « Si quelqu'un te demande de quel pays tu es, ne réponds pas « je suis d'Athènes ou de Corinthe », mais réponds, comme Socrate. « je suis du monde ». L'extinction de l'idolâtrie nationale. faite d'un salmigondis de préjugés, d'habitudes et de con­cepts assénés par l'éducation, est d'abord l'extinction d'un fonds de haine inhérent à toute affirmation du moi. Se poser, c'est s'opposer. On rêve d'effacer ce qui n'est pas soi. Mais cela n'est point « être » vraiment : il faut, au contrai­re, sortir de soi pour « exister » (du latin ex-sistere, étymologie bien mise en valeur par Miguel de Unamuno). Or. pour un iconolâtre, la patrie ne correspond finalement plus rien qu'à une vanité intime inspirant une effarante aversion envers ce qu'il croit, à faux, le non-soi (« Insensé qui crois que je ne suis pas toi ! »), aberrance pour l'exploration de laquelle il n'est nul besoin de recourir à de savantes ana­lyses sociologiques ou psychanalytiques, mais qu'illuminent suffisamment les classiques observations de La Rochefou­cauld : « L'amour-propre ne s'arrête sur les objets étran­gers que comme les abeilles sur les fleurs, pour en tirer ce qui lui convient » ou de La Fontaine : « Lynx envers nos pareils et taupes envers nous — nous nous pardonnons tout et rien aux autres hommes », sans remonter à l'Evan­gile : « Pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l'œil de ton voisin et ne remarques-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? Ou comment peux-tu dire à ton frère : mon frère, laisse-moi ôter la paille de ton œil, toi qui ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? Hypocrite, ôte d'abord la poutre de ton œil, et tu verras ensuite à ôter la paille qui est dans l'œil de ton frère » (Saint Luc). Même sur le plan per­sonnel, c'est là-dessus que chacun ne devrait jamais cesser de méditer, s'introspecter... et se condamner, l'amour-propre étant bien, en même temps que la clef de tout comporte­ment, la pire ennemie du Bien et du Juste. « Le nombre des gens qui veulent voir vrai est extraordinairement petit ; ce qui domine les hommes, c'est la peur d'une vérité, à moins que la vérité ne leur soit utile » (Amiel). Les fonc­tions égoïstes, pour mieux se satisfaire, se déguisant volon­tiers en pseudo-valeurs, vous pensez si les foules s'empres­sent à célébrer leur drapeau, puisqu'ainsi, plus ou moins inconsciemment, elles crient « Vive moi ! A bas les autres ! ». D'où vient que « Le patriote est presque l'antagoniste du philanthrope » (L. Pinel).
Les patriomanes, bien sûr, ne l'entendent pas de cette oreille et se donnent pour des parangons de vertu, poussant la perfidie jusqu'à taxer les a-patriotes d'immoralité. « Sa­tisfaction d'instincts grossiers », « bestialité de la peur », « lâcheté » sont les moindres des insultes lancées à la face des pacifiques. Et la « bestialité » du tueur en uniforme, alors ? Même si, chez quelques-uns, la répugnance à répan­dre le sang ressemble à de la couardise (après tout, plus excusable, en tout cas plus inoffensive que le sadisme ignorant du « je ne suis pas battant de peur d'être battu ») comment oser blâmer les consciences trop salissantes pour faire une guerre injuste ou, du moins, problématiquement juste, et qui, en toute occasion, nous jette contre des incon­nus aussi artificiellement excités contre nous que nous contre eux ? Pourquoi synonymiser héroïsme et patriotis­me de combat ? Un Dominicain estime : « En fait, la condi­tion humaine est telle qu'ordinairement l'héroïsme et l'aberration du jugement se mêlent passablement... La passion médiocre et la droite sottise singent volontiers l'héroïsme » (R.P. Dubarle). Mais les guerres nationales, où Jacques, Ivan, John ou Fritz, déploient, mutatis mutandis, une sensiblement égale valeur virile (mais, hélas, les uns contre les autres), il reste sur terre assez d'écoles de dévouement et de sacrifice — 2 milliards d'humains à gué­rir ou nourrir ! — pour que les intrépides n'aient point, en temps de paix, à craindre d'être privés d'occasions où incarner leur renoncement (sans trucider les autres, ce qui est la marque du nationalisme militaire !). Le mépris du danger pourrait aussi se traduire par la vivisection volon­taire. Au premier de ces messieurs... Voilà qui serait à la fois plus utile et plus méritoire que les exploits du baroud ; il y a des millions de soldats, très peu d'ermites, encore moins de stylites.

Noté l'aveu des patriomanes que ce qui les intéresse par dessus tout c'est l'acquiescement à devenir de la chair à canon, tant Patria implique Bellona à leurs yeux, en temps de paix, ils omettent de le dire, tous avantages leur revien­nent : titres, décorations, places, honneurs. Pas de belle carrière sans serment d'allégeance ! Les « matérialistes », les calculateurs, ce sont eux, et non les objecteurs de cons­cience, mus pourtant par le seul idéal, auquel quelques-uns d'entre eux ont sacrifié en prison les plus belles années de leur jeunesse en bravant l'impopularité et le « mépris » des patriotes de presse ou de salon, qui, à la Barrès, n'ont jamais exposé aux périls militaires une once de leur pré­cieuse peau !

Impatriotisme n'est pas invicisme débridé, anarchique. au laisser-aller analogue à la loi de la jungle (Cette assimilation intempestive ne concerne que les gens em­pressés à refuser toute nécessaire collaboration (non seulement na­tionale, mais sociale ou altruiste) et dont le narcissisme est l'unique loi. Ce sont là les Tartuffes, non les vrais dévots de l'Unité, et les invoquer pour discréditer l'a-patriotisme idéaliste n'est guère probe. Est-ce que nous, pour contemner l'Idole, mettons en avant les mobi­les « bas » d'une foule de ses fidèles ? Non, et d'ailleurs, nous ne croyons pas que l'aberration des chauvins ait sa source dans la cupi­dité, malgré l'opinion de Grillot de Givry : « Au fond de toutes les entreprises guerrières, l'argent apparaît jouant un rôle ténébreux, encore mal défini et insuffisamment compris par les historiens. Ceux qui croient encore sincèrement à la Patrie et qui aiment, de bon cœur, à se « nourrir de gloire » en combattant pour elle, se rendent trop peu compte, dans l'enthousiasme aveugle de leur chauvinisme, de la quantité d'intérêts gravitant autour de la guerre. Ils ne voient pas la nuée de corbeaux et de chacals qui s'agitent, avides de la curée sanglante, autour de leur drapeau qui claque au vent sur sa hampe, comme le chantent leurs poètes. Ils ne voient pas que chaque campa­gne est provoquée par des hommes qui, d'avance, ont calculé sinistrement ce qu'elle peut leur rapporter, et qui, en supputant le nombre probable des cadavres qu'elle produira, escomptent un accroissement de leur fortune personnelle. Il existe, dans toutes les classes de la so­ciété, un nombre considérable d'individus pour lesquels une guerre représente un profit, une spéculation, une affaire. Ceux-là la désirent et n'admettent aucun projet de désarmement » (« Le Christ et la Patrie »). Il y aurait donc des « marchands de canons » dans les militaristes Soviétie et Chine Populaire ?). Au contrai­re, l'a-nationalisme requiert une moralité intègre et se montre plus exigeant sur ce point que son antonyme en ce que, non seulement il n'exalte jamais l'orgueil, la colère, l'envie — péchés capitaux, sauf erreur... — mais réclame du citoyen (du monde) ainsi délivré des animadversions factices une fraternité véritablement agissante. « Personne n'est sincère dans l'administration publique ; le patriotisme est un commerce des lèvres ; chacun sacrifie tous les au­tres et ne sacrifie rien de son intérêt » (Saint Just). Oui, en dépit d'un tintamarresque « patriotisme » verbal, quel corps, et quelle corporation, ont jamais fait passer leur intérêt après l'intérêt public ? Jusqu'aux Anciens Combat­tants (même ceux de 39-40, où ne manquèrent pas fuyards et prisonniers) qui n'ont jamais voulu retrancher un centi­me de leur retraite. En marge de bilans de ce genre : 360.000 plaintes de toutes sortes par an, 250 vols par jour, un meurtre tous les deux jours, un viol tous les cinq, un hold-up tous les quinze — cela dans le seul département de la Seine — c'est partout la foire d'empoigne. Moins de chauffards, tricheurs et fraudeurs (impôts... examens... règlements), moins de mercantis et de malhonnêteté professionnelle, moins d’égoïsme revendicateur et d'alcoolisme abrutissant, davantage d'abnégation, de tempérance et de tolérance, un peu plus de courtoisie, de solidarité et d'exquisité du geste, voilà qui remplacerait avantageusement le « patriotisme » braillard qui court les rues.

Car l'a-nationaliste ne méconnaît nullement ses devoir» entre autrui et envers la société, en retour des apports des­quels il tient que l'individu à charge de contribuer au maximum à la prospérité générale — sans que cela, encore un coup, soit assorti du cadre national, élément de désordre, brouillon des cartes et broyeur des corps. C'est le dévelop­pement moral de la personne humaine qui importe en premier lieu et la fin ultime de la cité est indéfendable si elle ne se confond pas avec lui. Les empires s'examinent en grondant, comme une bande de molosses affamés prêts à se mordre et se déchirer. A ces superstitions néfastes — étapes dépassées de l'évolution — l'individu, dans sa dignité d'être raisonnable, n'a pas à sacrifier son âme, mais il ne conteste pas que l'Humanité serait malaisément réalisée par une simple juxtaposition d'individus disparates, de nomades. Elle suppose des organismes imbriqués concou­rant en une vie supérieure et pourrait, à la rigueur, utiliser comme molécules les nations, une fois extrait leur caractère passionnel et délétère. La nécessité de vivre en commun dans un groupe solidement structuré, aux génies spécifiques, avec différenciation de fonctions et division du travail, ne serait pas altérée plutôt, améliorée : plus l'organisation sera générale, mieux la marche du monde sera réglée : « L'unité terrestre, comme toute vraie unité, doit se construire à partir d'éléments successifs, de plus en plus étendus, dont chacun s'achève et se consolide dans le suivant. Mais ce qui est biologique et possible, c'est, pour chacun de nous, de pous­ser jusqu'à la limite la logique vivante de l'attitude où la vie l'a placé, et, alors, tout naturellement, les routes con­vergeront. L'esprit nouveau fera éclater les exclusivisme» qui l'emprisonnent encore » (Teilhard de Chardin).

Attention : seul le MONDIAL compte.! Sauf comme périodes transitoires, pas de fusions parcellaires et tendan­cieuses instituées en buts suprêmes. (Déjà pointent des nationalismes européens de divers coloris : anti-américain, anti-russe, anti-noir, anti-jaune... et « l'esprit national euro­péen » cher à Michel Debré ne vaudrait pas mieux que tout autre « esprit national » actuel). Autrement, on retombe tout platement dans une autre forme de (trans) nationalis­me : « Pan-Europe demande une armée européenne mais elle rejette une armée de la Société des Nations... » (Comte Coudenhove-Kalergie, in « L'Europe s'éveille »). Plus sérieu­sement, la seule forme de paix est l'établissement de cer­taines règles fondamentales régissant la planète et la créa­tion de brigades promptes à intervenir automatiquement en quelque lieu que soient violées ces règles — tout à fait à la manière d'une police qui, à l'intérieur d'un territoire, se met en branle dès qu'il y a délit et sans s'occuper, chez nous par exemple, si les gendarmes ou les malfaiteurs sont bretons, béarnais, bressans, lorrains, savoyards ou auver­gnats. La question ne se pose même plus. Voilà le point optimal où il faut parvenir : que les nations ne soient plus que les provinces de l'univers, et l'armée, une police supra­nationale, résolument indifférente au patelin d'où ses agents sont originaires comme à celui où sont nés ceux qu'ils ont charge d'arrêter. Le seul Etat sûr ? Le Surétat. Doté, pour maintenir l'ordre, d'un heimatlosat militaire composé de volontaires issus des différentes « provinces ».

Contre la transgression du droit, la revanche de l'ordre violé ne s'accomplirait plus par la « juste guerre» (!) d'un Etat, juge et partie, contre un autre Etat, mais grâce à une coercition collective, par autorité de justice. Ce régime organique de la communauté internationale posséderait enfin une « garantie, jusqu'alors inconnue, d'objectivité, par la détermination correcte des responsabilités encourues comme des satisfactions raisonnablement exigibles » (R.P. de La Brière). Dans une nation, tous les citoyens sont également soumis aux lois pénales et il n'y a rien de bles­sant pour eux à se savoir assujettis à ces lois qui punissent assassins et voleurs. En quoi les nations elles-mêmes seraient-elles humiliées en se pliant à une situation iden­tique ?

Titre d'un essai de Julien Benda : « Esquisse d'une histoire des Français dans leur volonté d'être une nation ». A quand la volonté des Français (des Allemands... des Russes... des Américains... des Japonais... des Israéliens... des Algériens, etc.) de n'être plus que des provinciaux du monde, selon la plus pure signification ancienne de « na­tion » (= province), témoin Blaise de Montluc : « Nous qui sommes Gascons, sommes mieux pour vous qu'autre nation de France, ni peut-être d'Europe ».

Le désarmement simultané dans l'actuel cadre national n'est qu'un mirage. Le désarmement (soit : la dénationa­lisation) des esprits peut commencer dès demain matin si les clercs de chaque canton, se décidant à renoncer à se prévaloir du « cœur fier et combatif de leurs aïeux », s'ac­cordent, une bonne fois pour toutes, à sacrer déesse la Vé­rité, et non plus la Nation. Aux penseurs — ces techniciens de la pensée, ces véritables gouvernants à longue échéance —- de prêcher et démontrer l'excellence de l'a-nationalisme, et d'être les promoteurs scientifiques de l'universalisme intégral. Comment ce front commun de l'intelligence n'a-t-il pas encore vu le jour ? Songeons un instant en nous rapportant à la perméabilité des cerveaux, ce que serait l'opinion mondiale, si, à rencontre de ce qui se produit, écrivains, savants, philosophes, historiens, professeurs, instituteurs, inculquaient et louaient le TOTAL au lieu du DISTINCT, lequel n'est que l'amour de soi, et s'appliquaient, à mettre en valeur ce qui empêche notre espèce de se dis­perser, s'émietter, se compartimenter en fonction auto­nomes, donc antagonistes, trop préparées à se muer en classes d'ânes ou de loups en se laissant aller au premier mouvement. « L'unification du monde, qui est passé des cités aux provinces et aux nations, est à sa dernière étape. Leurs candidats, ou ils s'entendront, et l'accouchement se fera sans douleur. Ou bien, ils ne s'entendront pas, et l'accouchement se fera quand même, mais sur cinq cent millions de morts » (Emmanuel Mounier). Pour reprendre cette comparaison obstétricale, puisque nous en serions aux douleurs concassantes, plaise que cet enfantement soit une eutocie et s'accomplisse sans opération... césarienne!

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