Thèse pour le Doctorat de sociologie








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Données


Nous précisons dès cette introduction que nous avons utilisé une source principale, à savoir une compilation d’enquêtes FQP (Formation-qualification-professionnelle : 1964-1970-1977) et Emploi (1983-1989-1995), obtenues auprès du LASMAS-IDL de l’IRESCO. Ce choix provient de ce que, depuis 1982, l’intérêt des enquêtes FQP devient très marginal pour une analyse par cohorte et pour celle de la mobilité intergénérationnelle : la profession du père est codée dans les enquêtes Emploi depuis cette date, ainsi que les principaux descripteurs de l’individu. D’autre part, les enquêtes Emploi sont non-stratifiées, alors que les FQP sont plus complexes. Enfin, les enquêtes Emploi sont des échantillons de très grande taille. Nous avons donc complété les trois enquêtes FQP, séparées de six puis sept ans, par trois enquêtes emploi séparées de six ans, de façon à analyser les évolutions selon la même régularité. Par ailleurs, nous avons utilisé plus ponctuellement les enquêtes FQP 1985 et 1993, notamment sur l’emploi 5 ans auparavant, ou l’âge du père ou des enfants. Nous avons aussi utilisé la compilation des enquêtes Emploi 1982-1995 chaque fois que des besoins de très gros échantillons se faisaient sentir (au total : 2 000 000 d’individus disponibles).

Sauf mention du contraire, les données présentées sont issues de la mise aux mêmes normes des six enquêtes FQP 1964-1970-1977 et Emploi 1983-1989-1995, notées parfois « compilation FQP-Emploi ».



PARTIE I :
LA STRATIFICATION SOCIALE


La connaissance en quelque sorte « naturelle » dont chacun dispose de la stratification sociale fait la difficulté même de son analyse : elle est une boîte noire qu’il n’est possible de comprendre qu’en l’ouvrant. Mais c’est aussi une boîte de Pandore. Il ne s’agit pas ici de retracer une histoire de la lecture sociologique de la classe sociale, et moins encore de la stratification. La tâche est de trop grande ampleur et notre objet est ailleurs. La question est ici, surtout, de produire une délimitation claire des deux termes de strate (chapitre 1) et de classe (chapitre 2), et de comprendre leur rapport dans le cadre de ce travail, ce qui n’exclut en rien l’existence d’autres conceptions, orientées vers d’autres fins, puisqu’il est vain en la matière de chercher la formulation définitive. Cette reconstruction n’est pas simple, puisque l’héritage théorique de cent cinquante ans de sociologie laisse de très nombreuses conceptions et variantes autour d’une même thématique et une bibliographie impressionnante — tout particulièrement dans les sociologies étrangères, notamment anglo-saxonne, où le débat est aujourd’hui au premier plan. Pourtant, nous présentons des deux conceptions — marxiennes et weberiennes — de la classe et le débat entre les versions rénovées représentées par Wright et par Goldthorpe (chapitre 3). Cette définition de la strate et de la classe permet en outre de poser le débat sur la « mort des classes », pour en situer les enjeux (chapitre 4). Nous explorerons les conséquences empiriques de cette définition en termes de représentation du système de stratification sociale (chapitre 5).


I-1 PRINCIPE DE LECTURE DE LA STRUCTURE SOCIALE


Les variables de position économique et sociale que sont le revenu, la profession — par exemple sous la forme des PCS de l’INSEE —, le niveau d’éducation, voire le patrimoine, ou des échelles de « prestige » ou de « pouvoir » telles qu’elles sont construites par différents chercheurs, constituent en tant que telles des informations essentielles pour la connaissance empirique des strates sociales, susceptibles d’apporter sur la société un regard intéressant, et qui ont pour avantage, pour le sociologue quantitativiste, de posséder des qualités appréciées de comparabilité synchroniques et diachroniques. Nous pouvons douter que, pour autant, elles sont la stratification réelle. Notre hypothèse est que ces variables ne font que délivrer des informations et ne sont que des critères au travers desquels le système de stratification se révèle comme par diffraction, en faisant apparaître et en dissimulant de multiples aspect du phénomène empirique. En comprenant ce que nous entendons par stratification sociale, nous sommes plus à même de juger de ce que signifie la mobilisation de telles variables, qui ne fait que dévoiler une partie des faits, en quelque sorte comme la chambre à bulles de la physique des particule ne met en évidence que des signes, à interpréter, de particules dont l’existence est toujours sous-jacente, mais dont la réalité n’est jamais en tant que telle atteinte par les méthodes d’investigation utilisées.

A la question « à quoi bon un détour par la théorisation de la structure sociale ? », la réponse est simple : outre la nécessité de différentier la strate de la classe — qui sera dans notre définition une forme particulière et spécifiquement structurée de strate sociale —, celle-ci doit nous permettre de comprendre les limites de l’exercice auquel nous nous livrons en ne prenant en considération que ces variables classiques — la profession, le revenu, la nature de ce revenu, le niveau d’éducation, etc. — alors que la stratification pourrait être un phénomène fondamentalement multidimensionnel, que ces variables n’embrassent qu’imparfaitement du fait même qu’elles sont trop incomplètes parce qu’elles en segmentent l’objet pour n’en considérer qu’un aspect, alors que le phénomène est essentiellement complexe. Elles laissent ainsi dans l’ombre d’autres aspects, d’une importance variable dans le temps. Il faut donc avant tout nous prononcer sur un principe de lecture de la stratification à notre sens tenable au regard des critiques formulées par les auteurs d’autres constructions passées.

Cette appartenance des individus à une strate sociale, nous la posons comme impliquée par la position instantanée, stable, et les potentialités d’évolution1, en intensité et en nature, dans le système historique de contraintes et d’attribution des ressources sociales en biens et services2. Ce principe général, global et théorique, ne fixe donc pas a priori l’existence de groupes spécifiques, homogènes, autonomes, issus d’un fonctionnement social donné : la stratification sociale peut aussi bien résulter de la position dans le système de production, d’une situation de marché, ou encore se présenter sous la forme de statuts juridiques différentiés comme la triade serf-bourgeois-noble de l’ancien régime. Ce principe ne fixe pas non plus, a priori, les ressources sociales sur lesquelles les individus se fondent généralement pour acquérir cette position et ces potentialités d’évolution : que ce soit l’héritage de droits juridiques différentiés comme dans l’Ancien régime, la propriété des biens de production, la mobilisation de diplômes ou de qualifications reconnus, le contrôle consenti sur les institutions ou l’acquisition de droits sociaux spécifiques ne nous intéresse pas à ce stade général. Ce principe ne prend chair et substance que pour une société empirique, historique, donnée, marquée par des évolutions et des équilibres souvent précaires s’établissant, pour une durée plus ou moins longue, entre les individus et les groupes qui composent ces strates.

Par conséquent, nous qualifierons de strate sociale l’ensemble des individus partageant une position instantanée, stable, et des potentialités d’évolution, en intensité et en nature, similaires dans le système historique de contraintes et d’attribution des ressources sociales en biens et services. Ce principe de lecture est le résultat d’un travail critique élaboré, qui relève essentiellement de ces cinq points :

  • attribution des ressources et contraintes ;

  • position et potentialités ;

  • nature et intensité ;

  • historicité ;

  • similarité.

Chacun de ces points appelle différentes précisions et développements. Il en ressort une conception de la stratification qui ne débouche pas directement sur un « cadastre social » susceptible de décrire fidèlement la société contemporaine. Ce principe n’est donc pas destiné à tracer des frontières vues comme « exactes » dans l’espace social comme visent à le faire le code des Professions et catégories sociales (PCS) de l’INSEE, le schéma de classe de Wright ou de Goldthorpe, ou l’établissement de tranches de revenu posées comme pertinentes, ou encore de « lignes de pauvreté ». L’objet de ce principe est tout différent, puisqu’il pose les éléments que nous considérons comme pertinents pour la lecture de la stratification, et implique le caractère partiel de la réduction de la stratification à la profession ou à un groupement de professions.

Par ailleurs, nous reconnaissons une orientation assez économiste — voire « économiciste » — de cette définition que nous proposons. Elle est nettement orientée vers des aspects et des critères objectifs de la stratification, dans la mesure où les dimensions subjectives caractéristiques du « statut » dans son sens weberien ou du « prestige » — qui peu ou prou transitent par le regard d’un tiers ou la société tout entière sur une profession, une position ou une fonction sociale donnée — n’interviennent nullement ici. Dans notre conception, ce « prestige », subjectif, ne compte que dans la mesure où il a des implications objectives, comme le fait par exemple de rémunérer le pilote de ligne plus que le conducteur d’autobus, ou de considérer comme légitime que le sociologue effectuant un contrat pour une collectivité locale sera soumis au prélèvement de la TVA, et non pas le médecin lorsque ses patients le rétribuent. Ainsi, dans cette conception, le haut prestige ne compte vraiment que lorsqu’il a des implications objectives repérables.
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