Thèse pour le Doctorat de sociologie








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Choix de démarche


Au préalable, il s’agit expressément de préciser notre démarche. Deux types de travaux coexistent en sociologie : d’une part les œuvres de finesse qui vont à la racine d’un problème spécifique au sein d’un champ donné de la discipline, et d’autre part celles qui font un effort de mise en relation de champs plus vastes de la sociologie, pour parvenir à démontrer que l’intersection entre ces champs est non-vide, et à montrer comment l’un et l’autre domaine se complètent. Le premier type de démarche renvoie à la nécessité d’épuiser l’ensemble des aspects de l’objet par des analyses répétées, et le second à celle de mettre ensemble ce qui semble a priori distinct dans un effort de synthèse. Nous suivons ici cette seconde démarche, pour mettre en relation les changements sociaux du système de stratification et la grille de lecture du changement social que fournit la succession des générations ou des cohortes. Il s’agit en fait de travailler au carrefour de la sociologie de la stratification et de celle de la cohorte, champs l’un et l’autres à peu près infinis où il est impossible d’être exhaustif. Il peut en résulter une certaine insatisfaction, dans la mesure où il est impossible d’épuiser ces champs, et parce qu’il nous est impossible de tout dire, et plus encore de tout savoir. Pour autant, ce travail semble montrer l’intérêt de la lecture générationnelle du changement social, notamment pour un domaine aussi essentiel pour la sociologie que celui de la stratification.

La nature peut-être schématique des analyses qui seront présentées ne pourra être admise ici que dans la mesure où, pour mener à bien ce travail, succomber à ce défaut fut une nécessité. C’était le seul moyen de soulever ce problème central de la société française contemporaine : le fait qu’après la « seconde révolution française » (Mendras, 1988), portée par les cohortes nées pendant et immédiatement après la guerre, qui a mené à la configuration de notre société française contemporaine, les cohortes suivantes, nées après 1950, semblent subir au contraire ce que nous pourrions appeler un immense ralentissement du changement social : « seconde restauration française » ? Ce « ralentissement du changement » est un terme peut-être mal adapté, simplement parce qu’après des années de progression, la stagnation, et plus encore le retour en arrière, sont en tant que tels des changements sociaux majeurs, qui peuvent être porteurs à leur tour de nouvelles contraintes sociales, de nouveaux équilibres et de dynamiques inédites.

Il pourrait s’agir ici de la présentation d’un élément central de la « seconde restauration » qui suit la « seconde révolution » : le fait que les cohortes nouvelles, ou les « jeunes », doivent de plus en plus se contenter d’un sort au mieux égal à celui de leurs aînés, ce qui est en France une radicale nouveauté depuis la Deuxième guerre mondiale. Nous verrons que ce mot de « jeunes » signifie non pas ici les « moins de 25 ans » de la tradition instituée par la statistique publique. Il ne signifie pas non plus les « moins de 40 ans », comme les constats récents l’impliqueraient, simplement parce qu’il s’agirait alors d’une acception fort large de la jeunesse. Ces « jeunes » seraient plutôt « ceux qui ne sont pas entrés sur le marché du travail et dans les institutions avant 1975 ». A l’âge, il s’agirait de substituer la notion de cohorte, notion centrale pour comprendre comment — dans la société française contemporaine qui continue globalement de s’enrichir malgré la « crise », c’est-à-dire le ralentissement économique de l’après 1975 — certains groupes sociaux connaissent encore l’expansion tandis que d’autres subissent la stagnation ou la régression. Il apparaît en effet que selon l’année de naissance, les destins sociaux divergent, que les chances de réalisation de soi changent profondément, et que, de plus en plus, deux mondes ont tendance à se former : ceux qui continuent de s’enrichir au regard de leurs aînés, de s’élever souvent au regard de la condition sociale de leur père, et les autres.

Pour mener à bien un tel programme, nous devons proposer une épistémologie distincte de celle qui sous-tend — plus implicitement qu’explicitement — la sociologie quantitative, au terme de laquelle « le seul test de la validité d’une théorie est sa conformité avec les faits ». En effet, dans la mesure où, en définitive, les faits sont complexes et mettent en jeu tout un système de processus sociaux éventuellement contradictoires, le critère de scientificité ne saurait être unique — la théorie, confrontée au faits, est-elle vraie ou fausse ? — mais multiple. La simple conformité de la théorie avec les faits est nécessaire mais insuffisante, dans la mesure où de très nombreuses théories sont susceptibles d’expliquer les mêmes faits, et où de nombreuses théories doivent être simultanément mobilisées pour expliquer certains faits. L’épistémologie acceptable des sciences complexes que sont les sciences sociales ne peut se contenter d’un seul critère, mais bien de plusieurs. Nous en mentionnerons quatre, qui nous semblent les plus nécessaires :

  1. la vérisimilarité, c’est-à-dire le fait que la théorie tend à rendre compte de façon correcte de l’empirie ; notre démarche serait très orthodoxe si ce critère n’était accompagné des trois autres ;

  2. la cohérence, interne et externe, qui consiste en la non-contradiction de la logique interne d’un travail, et son adaptation logique aux faits et discours présents dans des champs distincts de — mais reliés à — celui qui fait l’objet direct du travail ;

  3. la pertinence, à savoir le caractère central et non-annexe des phénomènes que le travail contribue à mettre à jour ;

  4. l’articulabilité, ou interdépendance, c’est-à-dire la faculté d’une recherche à mettre en évidence les articulations, à relier ensemble dans leurs mouvements respectifs des faits différents relevant de champs a priori distincts.

Ces quatre critères induisent la nécessité d’une discussion permanente autour des faits et des théories, autour de ce qui vaut et de ce qui va ensemble. Ils impliquent la multiplicité des sources d’intérêt et soulignent la nécessité d’aborder simultanément les côtés théorique et empirique d’un problème.
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