La recherche sur le commerce des services sexuels au Québec








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Colette PARENT

criminologue, département de criminologie, Université d’Ottawa

(1993)

“La “prostitution”
ou le commerce
des services sexuels”


Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay, bénévole,

professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi

Courriel: jmt_sociologue@videotron.ca

Site web pédagogique : http://www.uqac.ca/jmt-sociologue/
Dans le cadre de la collection: "Les classiques des sciences sociales"

Site web: http://www.uqac.ca/Classiques_des_sciences_sociales
Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque

Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi

Site web: http://bibliotheque.uqac.uquebec.ca/index.htm



Cette édition électronique a été réalisée par Jean-Marie Tremblay, bénévole, professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi à partir de :


Colette PARENT, “La ‘prostitution’ ou le commerce des services sexuels”, in ouvrage sous la direction de Fernand Dumont, Simon Langlois et Yves Martin, Traité des problèmes sociaux. Chapitre 19, pages 393 à 410. Québec: Institut québécois de recherche sur la culture, 1994, 1164 pages.


Mme Colette Parent est criminologue au département de criminologie de l'Université d’Ottawa.
[Autorisation formelle accordée par Mme Parent le 1er octobre 2004 de diffuser cet article]

Courriel: Colette.Parent@uottawa.ca

Polices de caractères utilisée :
Pour le texte: Times, 12 points.

Pour les citations : Times 10 points.

Pour les notes de bas de page : Times, 10 points.

Édition électronique réalisée avec le traitement de textes Microsoft Word 2001 pour Macintosh.
Mise en page sur papier format

LETTRE (US letter), 8.5’’ x 11’’)
Édition numérique réalisée le 29octobre 2004 à Chicoutimi, Ville de Saguenay, province de Québec, Canada.

Table des matières

Introduction
1. À la recherche d'un terme et d'un contenu...
2. Les analyses traditionnelles de la «prostitution»

3. Les contributions féministes
3.1 Les féministes de la fin du XIXe siècle

3.2 Les féministes du XXe siècle

4. Les regroupements de «prostituées»

5. La problématique du commerce des services sexuels

6. La recherche sur le commerce des services sexuels au Québec
Bibliographie sélective


Introduction

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D'entrée de jeu, aborder la problématique de la «prostitution» dans une perspective féministe pose des défis. D'abord, parce que le terme lui-même, sur-usé, suggère un phénomène «ahistorique», «naturel». Ne répète-t-on pas ad nauseam que c'est «le plus vieux métier du monde»? Ensuite, parce que parmi les féministes elles-mêmes, c'est une question fort controversée, porteuse d'écueils et de contradictions. Elle illustre bien la tension entre la diversité de pensée qui caractérise le féminisme et les besoins d'alliance politi­que des femmes dans leur lutte contre l'oppression. Finalement, parce que c'est un problème qui interpelle toutes les femmes et nous confronte à nos conceptions de la sexualité et de la moralité.
Mais c'est aussi une question fort importante tant pour les féministes que pour la criminologie. Depuis la fin du XIXe siècle, cette problématique qui déchire les mouvements des femmes appelle à des réflexions et à des échanges entre toutes les femmes, quelles que soient leur origine ethnique, leur classe, etc. Dans le champ de la criminologie, la «prostitution» est conçue comme l'image même, erronée bien sûr, de la «criminalité» des femmes 1. Trop souvent, d'ailleurs, le silence de la criminologie traditionnelle sur la question des femmes n'a été rompu que pour nous livrer des tentatives d'explications biologiques, psychologiques ou sociales de cette déviance «ultime» des femmes.
Nous avons donc décidé d'explorer la complexité de la problématique en discutant d'abord du terme «prostitution» lui-même et de sa signification. Ensuite, nous présenterons et évaluerons les analyses traditionnelles, fémi­nistes et des «prostituées» elles-mêmes sur la question. Nous chercherons alors une façon de concevoir la problématique qui permette de dépasser certaines limites rencontrées jusqu'ici et d'assurer une réflexion non pas sur mais pour les femmes elles-mêmes qui vendent des services sexuels. Finale­ment, un regard sur les travaux déjà accomplis au Québec nous permettra de dégager quelques pistes de recherche pour le futur.


1. À la recherche d'un terme
et d'un contenu...
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Explorer la problématique de la «prostitution», c'est investir un terrain déjà marqué par l'histoire, composer avec un terme investi moralement, qui définit par la négative le regard posé 2. C'est aussi se heurter à la difficulté de cerner conceptuellement l'objet de recherche.
En effet, selon la période historique, les différentes cultures à une même époque ou encore même selon les groupes sociaux intéressés, la définition de la «prostitution» fluctue. Plus encore, le ou la chercheure qui adopte une défi­nition opérationnelle de la «prostitution» en constate rapidement les limites lorsque confronté au monde complexe investigué 3. Il est bien sûr possible d'établir que la «prostitution» renvoie généralement à des services sexuels hétérosexuels offerts par des femmes. C'est d'ailleurs à ces pratiques que se limite notre analyse. Mais, comme l'a éloquemment démontré Tabet 4, les caractéristiques traditionnellement attachées à ces pratiques sexuelles, promis­cuité, absence de liens affectifs et compensation monétaire, ne permettent pas d'identifier les pratiques associées au commerce des services sexuels d'une société à l'autre. Celles-ci sont marquées par l'hétérogénéité. Au Nigéria, parmi certaines populations, par exemple, l'homme qui veut se marier doit verser le prix de l'épouse et acquiert ainsi des droits sur la sexualité de sa femme. Celle-ci peut développer une relation avec un (ou plusieurs) amant si celui-ci verse un montant annuel au mari. Qui plus est, cet amant fait régu­lièrement des dons à la femme. Malgré le caractère économique marqué de la relation, cette pratique n'est pas considérée comme de la «prostitution 5 ». Par ailleurs, à Nairobi durant la deuxième grande guerre, les «prostituées» incluaient dans les services offerts le lit pour la nuit et le petit déjeuner 6.
Au-delà de cette diversité se profile toutefois un fil conducteur: la «prostitution» renvoie à «l'usage de la sexualité des femmes hors et à l'encontre des structures de l'échange des femmes 7 ». En d'autres termes, sont qualifiées de «prostitution» des pratiques qui vont à l'encontre de certaines normes de conduites sexuelles imposées aux femmes dans une société donnée. Ainsi le terme «prostitution» est fondamentalement relationnel et qualifie la transgression «des règles de propriété sur la personne des femmes dans les différentes sociétés 8 ». C'est donc non seulement un terme dont la signifi­cation est souvent chapeautée d'une charge morale, mais un terme qui, à la source même, implique un élément de stigmatisation. Nadeau 9 rappelle d'ailleurs fort à propos: «Être prostituée ce n'est pas un métier du sexe, c'est une façon d'être regardée». Cette étiquette marque des pratiques sexuelles dont les caractéristiques peuvent varier dans le temps et dans l'espace. Pour indiquer cet élément de stigmatisation, nous avons choisi de mettre entre guillemets le terme «prostitution» et de lui associer les termes de commerce ou de vente de services sexuels ou encore de relations sexuelles impliquant une compensation. Nous espérons pouvoir secouer ainsi le carcan moral qui circonscrit et limite trop souvent les analyses sur cette problématique.

2. Les analyses traditionnelles
de la «prostitution»

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Les analyses traditionnelles de la «prostitution» partent du présupposé que le commerce de services sexuels renvoie à des activités intrinsèquement mau­vaises ou déviantes et en cherchent les causes. Plusieurs de ces études mettent alors en évidence des caractéristiques biologiques, ou psychologiques ou sociales propres aux femmes qui vendent leurs services sexuels10.
Certains auteurs affirment que les «prostituées» ne peuvent être que mar­quées par une biologie déficiente, atavique 11: en cédant à un instinct sexuel primitif, celles-ci dévoilent leur dégénérescence. D'autres auteurs cherchent à identifier les facteurs psychologiques à la base de la «prostitution». La recher­che peut s'orienter vers les traumatismes de l'enfance et les analyses renvoient alors au manque d'amour parental ou à l'inceste. On dépeint les «prostituées» comme des femmes immatures, sursexuées ou encore frigides. On décèle même chez elles une confusion quant aux rôles sexuels appropriés qui se traduirait par des tendances vers le lesbianisme et la promiscuité (sic) 12.
Finalement, certaines études mettent plutôt l’accent sur les facteurs sociaux qui interviennent dans le commerce des services sexuels. Certains auteurs invoquent le besoin économique comme facteur précipitant, souvent associé à des facteurs psychologiques. L'on fait alors référence aux femmes acculées à la misère, certes, mais aussi aux possibilités limitées pour les fem­mes sur le marché du travail dans les sociétés industrielles avancées. D'autres auteurs s'attardent plutôt à analyser la «prostitution» comme institution qui contribue au bon fonctionnement de la société et qui doit être considérée en relation avec les autres institutions et en particulier avec celles qui régissent les normes sexuelles. Selon Davis 13, par exemple, comme les règles du mariage imposent des limites à la satisfaction sexuelle des hommes, ceux-ci se tournent vers les «prostituées» pour trouver réponse à leurs besoins sexuels sans autres obligations relationnelles que celle de payer. D'ailleurs la division sexuelle du travail assure la suprématie économique des hommes et rend les femmes dépendantes de leurs attraits sexuels. Des femmes de milieux socio-économiques défavorisés sont donc prêtes à utiliser leurs attraits sexuels à des fins financières. Ces raisons rendraient compte de la demande intarissable pour la «prostitution» et de l'impossibilité de l'éliminer. Les marxistes, enfin, mettent en évidence les bases politico-économiques de la «prostitution» en l'identifiant comme un effet de la paupérisation sous le capitalisme. Les femmes qui vendent des services sexuels n'en sont pas pour autant considérées comme des sœurs dans la lutte pour le socialisme mais plutôt associées avec les criminels et vagabonds à la classe dangereuse, vestige de l'ordre bourgeois qui pourrait infester le nouvel ordre socialiste 14.
Ces analyses présentent plusieurs points communs qui faussent ou limitent le regard sur cette question.
D'abord, toutes omettent de reconnaître la dimension culturelle des codes moraux et reconduisent à travers leur analyse la condamnation sociale du commerce des services sexuels. Mais, cette fois, c'est le discours scientifique qui entérine le regard stigmatisant traditionnel sur ces pratiques. Et la question fondamentale posée porte sur les différences entre les «prostituées» et les autres femmes. Explicitement ou non, l'objectif visé est d'éliminer ou tout au moins de contrôler ce vice, voire ce mal nécessaire. Ces analyses considèrent donc à la fois la «prostitution» et les «prostituées» comme problème.
Ensuite, dans le cadre de cette approche, les auteurs n'accordent qu'une importance secondaire à l'aspect relationnel inhérent au commerce de services sexuels. Trop souvent, les hommes, pourtant les clients, ne font même pas l'objet de deux lignes de commentaires; lorsqu'on les prend en considération, c'est pour justifier leur comportement à partir de la biologie, pour l'excuser ou encore pour en minimiser l'importance. Davis 15, par exemple, attribue le blâme moral auquel sont soumises les «prostituées» et non les clients à leur trop grande promiscuité, beaucoup plus importante que celle des hommes. Ce dernier souligne en outre les responsabilités et l'importance sociale des hom­mes et donc les conséquences négatives d'une réaction officielle de contrôle contre ces pauvres êtres, qui pèchent à l'occasion 16.
Qui plus est, cette approche tait l'aspect légal de la question. Les lois et leur application sont vues comme la réponse nécessaire au problème et ne sont pas considérées comme partie prenante de sa construction. Là encore, le droit vient légitimer le regard moral porté sur la «prostitution» et contribue à maintenir l'analyse dans des confins très étroits.
Par ailleurs, ces analyses font silence sur les rapports sociaux entre les sexes (explications biologiques, psychologiques) ou encore en réduisent gran­dement la complexité (fonctionnalisme, marxisme). Pour Davis, les rapports hommes-femmes renvoient en dernier recours à la biologie. Les marxistes, de leur côté, ont complètement ignoré la sexualité comme besoin humain de base et ont associé la subordination des femmes au niveau du marché du travail et des règles sexuelles de conduite à l'avènement de la propriété privée. Ils sont donc demeurés largement insensibles aux relations de pouvoir entre les sexes qui contribuent pourtant à définir la vie et le travail des femmes 17. Or, comme l'indique fort justement Smart, les relations de pouvoir dans un cadre structurel donné apparaissent essentielles pour com­prendre les formes et le contenu des codes légaux et moraux 18.
Finalement, toutes ces analyses omettent de bien circonscrire la notion de sexualité qu'on associe simplement au sexe biologique et à la nature. Les auteurs reconduisent donc d'emblée la conception de la sexualité féminine passive, qui se réalise dans le cadre de la monogamie conjugale et de la mater­nité, et celle de la sexualité masculine, agressive, marquée par des besoins physiques irrésistibles. Or, comme le rappelle fort justement Truong 19, la sexualité renvoie à la fois au besoin biologique (plaisir et procréation), à son expression sociale (i.e., aux relations sexuelles tant dans leurs formes qu'à travers les règles qui les régissent) et à la subjectivité dont elle est investie (i.e., la conscience individuelle et collective des individus comme sujets sexuels et le désir sexuel). L'organisation de la sexualité qui peut varier selon les catégories sociales de sexe, de classe, d'ethnie et d'âge doit donc être saisie dans son contexte social et historique. La sexualité apparaît alors comme enjeu de contrôle et de résistance dans le cadre des habitudes de vie d'une société donnée et la problématique des relations sexuelles contre compensa­tion doit être analysée en prenant en compte ces paramètres.


3. Les contributions féministes


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Aux analyses traditionnelles de la «prostitution», s’ajoutent les luttes féministes des XIXe et XXe siècles sur cette question20. Pour les féministes des deux époques, l'institution de la «prostitution» est une institution sociale immorale, symbole de la subordination des femmes dans nos sociétés. Le commerce des services sexuels fait toujours l'objet de condamnation, mais la femme qui vend des services sexuels est moins perçue comme une femme déchue que comme une victime. Les deux groupes, par contre, n'associent pas les mêmes dimensions à ces points communs et offrent donc des analyses et un programme politique fort différents.

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