Centre rhone –alpes d’ingenerie sociale solidaire & territoriale








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A la hauteur

Pour ce qui est du camion fauchant la foule niçoise sur la Promenade des Anglais un soir de fête nationale, ce n’est pas trop la question des effectifs qui est en cause. Cette ville traditionnellement de droite, et de forte tradition sécuritaire, dispose de la première police municipale de France (près de 400 agents) — l’une des premières à avoir été armée — et s’appuie en outre sur un équipement-record de 1 250 caméras de surveillance.

Ce soir-là, une centaine de policiers, municipaux et nationaux, étaient déployés sur la Promenade et ses alentours — même si une polémique a opposé M. Cazeneuve à la shérif locale, Mme Sandra Bertin, chef du Centre de supervision urbain (CSU) (2), à propos de la répartition, du positionnement et du rôle respectif de ces personnels : une querelle visant à faire porter si possible à l’exécutif national plutôt qu’au maire (ou à l’ex-maire, Christian Estrosi, devenu premier adjoint chargé précisément de la… sécurité) le chapeau de la responsabilité au moins technique, sinon politique du drame. L’inspection générale des polices, remettant mercredi 28 juillet le rapport demandé à ce sujet par son ministre, conclut en tout cas que le dispositif déployé pour l’occasion « n’était pas sous-dimensionné ».

Cette polémique — qui a permis à chacun dans les partis de s’ériger en pseudo-spécialiste de la sécurité, dissertant sur les effectifs et leur positionnement, regrettant l’absence de plots ou de herses à l’entrée de la Promenade des Anglais, quand ce n’était pas de bazookas ou de blindés — a fini par exaspérer l’opinion, si on en croit un sondage Odoxa pour France Info et Le Parisien publié mardi 26 juillet : pour huit Français sur dix, la classe politique n’aurait été ni « digne » ni « à la hauteur des événements ».

« Arguties juridiques »

A sa manière, l’exécution du vieux prêtre de Saint-Etienne du Rouvray a donné la triste occasion d’un retour aux fondamentaux, dans un climat qui aura été moins polémique, au moins le premier jour : l’ensemble de la classe politique, dénonçant la « barbarie », a assuré « faire bloc » dans ce qui serait bien une « guerre ». Mais chacun restant sur son positionnement habituel : la droite réclame des mesures exceptionnelles de répression et de sécurisation (même si, en l’état, certaines paraissent contraires à la Constitution) ; la gauche conjugue résolutions de fermeté avec appels au respect de l’État de droit, cherchant à ne pas être menée — d’attentat en attentat — vers un dispositif semblable à celui que le président G. W. Bush avait mis en place aux États-Unis dans la foulée des attaques du 11-Septembre (arrestations préventives, détentions façon Guantanamo, etc.) (3).

Déjà, à la suite du massacre de Nice, l’opposition avait — par la voix de Nicolas Sarkozy notamment (4) — préconisé :
• l’ouverture de centres de déradicalisation ; 

• la « mise à la porte » des personnes fichées « S » d’origine étrangère ; 

• l’équipement des fichés « S » présentant des risques de radicalisation avec des bracelets électroniques, ou leur placement en centre de rétention ;
• la fermeture de lieux de culte propageant l’idéologie salafiste, et l’expulsion de leurs imams, etc.

Lire aussi Solenne Jouanneau, « Imams en France, loin des clichés », Le Monde diplomatique, avril 2016.Le 26 juillet, quelques heures après l’égorgement du prêtre, le président du parti Les Républicains, candidat plus que probable à l’élection présidentielle, avait enfoncé le clou : « Nous devons être impitoyables. Les arguties juridiques, les précautions, les prétextes à une action incomplète ne sont pas admissibles », selon l’ancien chef de l’État, qui a mis son successeur en demeure « d’appliquer, sans délai, toutes les propositions présentées [par la droite] depuis des mois », et de « changer profondément la dimension, la mesure, la stratégie de notre riposte. »

Funeste réforme

Accusé plus ou moins frontalement d’être responsable du désastre de Nice, pour ne pas avoir tiré suffisamment les leçons des attentats de 2015, et d’avoir fait preuve d’une « supposée désinvolture », le ministre de l’intérieur a dû défendre son bilan, citant notamment, outre le vote de trois lois spécialisées et la création de 9 000 postes dans la police et le renseignement (5) :

• la reconstruction du renseignement intérieur, avec une augmentation des effectifs et moyens de la nouvelle Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), après la « funeste réforme des renseignements de 2008 » (6) ;

• la création de l’État-major opérationnel de prévention du terrorisme (7) ;

• l’ouverture d’un fichier de signalement des personnes radicalisées à caractère terroriste, permettant un meilleur suivi des individus concernés ;
• l’établissement d’un nouveau schéma national d’intervention des forces spécialisées, qui met un module d’intervention à vingt minutes maximum de sa cible, et donne le rôle « menant » à l’unité primo-arrivante, quelle qu’elle soit (8) ;

• la montée en puissance de l’armement et la modernisation du matériel des primo-intervenants qui sont très souvent, à l’échelle des départements, les brigades anti-criminalité (BAC) ou les pelotons de surveillance et intervention de la gendarmerie (PSIG).

Guerre des polices

A la recherche des éventuelles failles et dysfonctionnements qui auraient rendu possibles les tragédies de ces derniers mois, la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur « les moyens mis en œuvre par l’État pour lutter contre le terrorisme », présidée par l’ancien magistrat George Fenech (LR), a fait le bilan d’une année 2015 ayant connu « le nombre de victimes le plus élevé sur notre sol depuis la fin de la seconde guerre mondiale » — bilan auquel se sont ajoutés en 2016 les victimes de Nice et de plusieurs assassinats.

La commission a pointé notamment les « ratés de la surveillance » des fichés « S », dont plusieurs ont été mêlés aux divers attentats de ces derniers mois, et la relative impuissance du système judiciaire ; ou l’éparpillement de la collecte de renseignements entre neuf services (DGSI, DGSE, SCRT, SDAO, DRM DPSD, DRPP, DNRED, TRACFIN) disposant chacun de son propre fichier ; ou encore la complexité du dispositif coordonnateur — l’UCLAT, au niveau de la police ; l’EMOPT, rattaché au ministre de l’intérieur ; et le Coordonnateur national, basé à l’Elysée — un mille-feuille générateur de doublons, adossé à des pré-carrés culturels, administratifs ou territoriaux, avec des dissensions entre les diverses polices, entre police et gendarmerie, etc. De ce point de vue, remarque la commission, la traditionnelle « guerre des polices » est loin de s’être éteinte…

La barre très haut

Georges Fenech, président d’une commission créée sous la pression de son parti (Les Républicains), au lendemain de l’attentat du Bataclan, reconnaît avoir « mis la barre très haut » , avec ses quarante propositions, soit essentiellement : 

• la refonte des services de renseignement, « qui ont des cultures remontant aux brigades du Tigre ! » (9) ;

• la mise en place d’un véritable « directeur national du renseignement », qui organise le partage d’informations, analyse le niveau de la menace, et mène une stratégie globale de contre-terrorisme ; 

• la création d’une Agence nationale de lutte contre le terrorisme, directement rattachée au chef de l’État, sur le modèle américain ;
• la montée en puissance du renseignement pénitentiaire, la prison restant un foyer privilégié de la radicalisation (10) ;
• le renforcement de la coordination au niveau européen, encore balbutiante (Europol, Centre européen de la lutte contre le terrorisme) ;
• l’interrogation sur « le bien-fondé du maintien de plusieurs forces d’intervention spécialisée », ou à tout le moins le projet de création d’un commandement unifié.

Au bout du bout

Persuadé que « sous prétexte d’unité nationale, on esquive les vraies questions », Fenech se dit favorable — à titre personnel — à un « Guantanamo à la française » pour les combattants djihadistes DE retour d’Irak et de Syrie. Il affirme, dans un entretien publié par Le Point,« qu’on ne lutte pas contre le terrorisme en faisant du flagrant délit ». Et que le gouvernement, en sortant après chaque attentat les mêmes réponses que le 16 novembre devant le Congrès — « état d’urgence », « force Sentinelle », « accélération des frappes » — montre qu’il est « au bout du bout », n’ayant « plus aucune offre politique pour lutter contre le terrorisme ».

De fait, avec plus de deux cents cinquante morts et plus d’un millier de blessés par attentats en France depuis dix-huit mois, et le sentiment que tout peut encore arriver, le président François Hollande semble plus impuissant que jamais. Moins d’un tiers des sondés lui font confiance dans la lutte contre le terrorisme. Le camion-bêlier lancé sur la foule de la fête nationale, l’égorgement d’un prêtre pendant un culte (après celui l’an dernier d’un chef d’entreprise) ajoutent à la symbolique de l’horreur. Le recours à une violence primitive, la transformation des objets quotidiens — le couteau, le camion — en armes de terreur ne peuvent qu’aviver les sentiments de peur, de découragement, mais aussi de colère d’une population pour qui désormais il est clair que chacun en France est devenu une cible potentielle, n’importe où, n’importe quand, n’importe comment, et par n’importe quel djihadiste exalté.

Du coup, les outils antiterroristes utilisés depuis dix-huit mois paraissent bien inefficaces. Ainsi, l’état d’urgence et l’opération Sentinelle —prolongés une nouvelle fois — n’ont « qu’une portée limitée sur la sécurité nationale », estime le rédacteur du rapport parlementaire précité, le député socialiste Sébastien Pietrasanta. Lors d’un colloque le 20 juin dernier (11), le général Jean-Marie Faugère qualifiait de « plaisanterie »un régime d’état d’urgence « sous lequel il n’y avait jamais eu autant de violences ! » (12)

Bousculer les réseaux

Il est vrai que l’engagement des militaires sur le territoire national au titre de l’opération Sentinelle n’a pas empêché les attentats. Et que, passé l’activisme policier et l’effet de sidération du premier état d’urgence, après janvier 2015, les assignations à résidence, les perquisitions sans mandat, les écoutes administratives — qui avaient donné les coudées plus franches à la police ces derniers mois, au grand dam des défenseurs des droits de l’homme — ont atteint également leurs limites, et rarement débouché sur des procédures pour faits de terrorisme. L’état d’urgence ne rassure guère les deux tiers des Français, selon plusieurs sondages.

Les défenseurs de ce régime d’exception font toutefois remarquer que, même s’il est peu spectaculaire (13), il a permis de bousculer les milieux activistes (14), de déstabiliser des réseaux, de gagner du temps et d’empêcher sans doute des attentats plus nombreux. Les projets actuellement défendus par les diverses personnalités de droite laissent à penser qu’après l’élection présidentielle de 2017, si l’une d’elles l’emporte, la France risque de passer à un stade de contrôle et de répression autrement plus robuste.

La décision du président Hollande, après Nice, de favoriser la montée en puissance des « réserves », au titre d’une mobilisation citoyenne, pour soulager l’armée et la police, ou d’étendre le service civique, n’a guère convaincu : la réserve est tombée en désuétude depuis la professionnalisation des armées, dans les années 1990 ; et la relance souhaitée des réserves, qui n’est pas la première du genre, demandera du temps… et accessoirement de l’argent.

Ce sera le cas également de la « garde nationale » dont le président souhaite la création, à partir justement des réserves opérationnelles existantes dans la gendarmerie (la plus performante), la police (la plus clairsemée) et les armées (où elles n’ont parfois d’opérationnelle que le nom). François Hollande a officialisé ce projet jeudi 28 juillet, après avoir reçu les sénateurs Jean-Marie Bockel et Gisèle Jourda, auteurs d’un rapport intitulé « “Garde nationale” : une réserve militaire forte et territorialisée pour faire face aux crises ». L’objectif est de mobiliser à terme jusqu’à quatre vingt mille réservistes. Cependant, il n’est pas question de former une ou des armée(s) bis, comme le sont par exemple les gardes nationales des États américains. Le projet est encore flou : il est question d’un conseil de défense pour en décider début août ; et d’une consultation des parlementaires en septembre.

Guerre déclarée

Reste la grande question de l’engagement militaire français contre l’OEI :« Nous sommes face à un groupe, Daech, qui nous a déclaré la guerre. Nous devons mener cette guerre par tous les moyens », affirmait une nouvelle fois François Hollande mardi dernier sur le perron de l’Hôtel de Ville de Saint-Etienne du Rouvray, trois heures seulement après l’exécution du père Jacques Hamel. Mais n’est-ce pas aussi la France qui a déclaré la guerre à Daech en traquant ses émules au Sahel, en Libye, en Syrie, en Irak — au risque de s’attirer les foudres de cette organisation sur son propre territoire ?

Lire aussi Serge Halimi, « L’art de la guerre imbécile », Le Monde diplomatique, décembre 2015.En d’autres termes, faut-il s’étonner que la France soit à ce point ciblée prioritairement par la multinationale du salafisme, alors qu’elle est géopolitiquement en première ligne : meilleure alliée occidentale de Washington (au Proche-Orient, au Sahel) ; désormais seule dans l’Union européenne à compter militairement (après la demi-défection de la Grande-Bretagne), avec des engagements sur plusieurs fronts simultanés ; proche partenaire de l’Arabie saoudite (dont elle dépend pour son approvisionnement en pétrole et ses marchés d’armement) (15) ; et toujours prompte à guerroyer tous azimuts, au nom de sa mission internationale, sinon de ses propres intérêts.

François Hollande prétend qu’une sortie de l’État de droit pour combattre le terrorisme chez soi (que préconise une certaine droite) serait inefficace et finirait par se retourner contre la France, tout en soutenant que frapper l’OEI et chercher à l’éradiquer « chez elle » revient à s’en protéger chez soi. Ce que policiers et juges tentent de faire en France, les pilotes de Rafale et de Mirage chercheraient à l’accomplir depuis le ciel du Proche-Orient.

Va-t’en-guerre

Le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian, dans un discours récent à la Brookings Institution de Washington, ne dit pas autre chose : « Frapper Daech au Levant, c’est du même coup — pour nous et pour d’autres — protéger nos territoires ». Tout en affirmant que « la France n’est pas un va-t’en-guerre, mais sait reconnaître que certaines guerres s’imposent à elle », il assure que « l’idée selon laquelle nous pourrions en quelques sorte “acheter” notre tranquillité en n’intervenant pas contre Daech n’a aucun sens ». Selon le ministre, laisser l’OEI consolider son emprise sur le Proche-Orient, c’est lui donner encore plus de ressources, de combattants, et « de capacités de planification pour nous frapper, comme il l’a fait notamment en novembre dernier, selon un plan travaillé de longue date ».

Ancien haut-fonctionnaire au ministère de la défense et spécialiste entre autres de la « contre-radicalisation », Pierre Conesa estime au contraire,dans un entretien le 27 juillet à France 24 que la France paie de plus en plus — et au prix fort — son engagement militaire contre l’OEI « à la place des pays musulmans de la région »  : « Nous n’avons pas à nous mêler d’une guerre de religion entre sunnites et chiites, qui n’a rien à voir avec nos intérêts propres, et qui nous fait apparaître comme une puissance occidentale faisant une fois de plus la police au Moyen-Orient ». Mais il est un des seuls à poser ainsi clairement la question d’un lien de cause à effet entre les frappes en Syrie-Irak et les attentats en France (16).


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