Chapitre 1 La poudre de Perlin pin pin ? …








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CHAPITRE 2

Quelques coups de vase ?

Ou « Mieux vaut tôt que jamais ! »
PALMER.

Le premier vaisseau porteur de Mandala partit de la base lunaire comme prévu et s’orienta très vite vers son point de rencontre avec la planète supposée habitable se trouvant la plus proche de la Terre. Si la poussée finale que l’on y obtiendrait après la combustion de tout le Foby, se révélait comme effectivement celle que l’on attendait d’elle, et si, après une année de voyage, on acquérait la certitude que le but choisi conservait de bonnes chances d’accueillir ce premier vaisseau, on procéderait alors au lancement du second vaisseau. Les clones des futurs voyageurs et de l’éventuelle compagne de l’un d’entre eux passèrent en phase de développement selon le schéma correspondant. On sélectionna, en premier, un clone de Palmer dit : Fox 3 pour le distinguer de son prédécesseur, celui qui montra sa résistance aux dures conditions de la forêt primaire de Madagascar. Mais les habitudes restent des habitudes et, en réalité, dans les faits, on lui attribua simplement le nom de  Fox.

Dès que la bonne nouvelle arriva, (un demi millénaire après son départ) à savoir que le vaisseau venait de se poser, sans encombres, sur la planète et qu’il venait de réussir à activer son Mandala, on en tira les conclusions qui s’imposaient :

Le côté technique de ce type de voyage, à condition de ne le réserver qu’à l’expédition de matériel, semblait parfaitement fiable. La vitesse de croisière finalement obtenue dépassait de deux pour cent les meilleures espérances et il fallut ajuster la trajectoire en fin de course. La précision de l’arrivée rejoignait la perfection, ce que nos techniciens considérèrent, en toute modestie, comme un véritable exploit, compte tenu de la distance.

Le système automatique de mise en route du Mandala venait de prouver son bon fonctionnement car le message reçu ne pouvait s’expédier qu’après le déploiement satisfaisant des antennes. Or, ce dernier ne pouvait s’opérer qu’une fois le Mandala en état de fonctionnement. La qualité de la transmission de ce message restait à peine suffisante pour les besoins mais il fallait se souvenir qu’il venait de s’écouler plus de sept ans entre l’instant de son expédition et celui de sa réception. Cela ne surprenait personne puisque parfaitement prévu depuis le départ. De même que le Mandala s’éteignit automatiquement durant ces mêmes sept années et ne se déclencha à nouveau que pour se trouver apte à recevoir un voyageur, Fox en l’occurrence.

L’impatience de passer à l’action gagnait ce dernier et quand arriva la confirmation que le voyage atteignait son objectif en temps et en heures, il demanda aussitôt à partir. Aucun des deux autres clones ne participa à cette demande, et pour cause ! Leur tour respectifs viendraient bien plus tard : On savait déjà pour clone 001 Traoré (Kog) que cela demanderait encore quarante ans. On n’avait encore rien fixé pour le clone 001 Spring (Betty).

Sur la planète référencée dans les catalogues astronomiques comme le corps 2156 de la constellation du Taureau, le vaisseau porteur du Mandala se posa en douceur sur un sol souple. La mise en route du Mandala demanda assez peu de temps, moins de vingt minutes en tout, et, comme le voulait le programme, le message ne partit que deux semaines plus tard, prouvant ainsi que rien de fâcheux ne se produisit durant ce laps de temps. Puis l’alimentation électrique du Mandala se coupa. Le vaisseau s’enfonçait d’une manière imperceptible mais inexorable dans un sol à la consistance pâteuse. Quand le Mandala repris son service, sept ans et un mois plus tard, il ne restait plus rien de visible du vaisseau porteur. Sa partie supérieure se situant à deux centimètres en dessous de l’interface avec l’air. Les savants croyaient ferme qu’ils avaient programmé une approche permettant d’éviter tous les incidents ou accidents possibles et pourtant ... Effectivement, en arrivant dans l’atmosphère de 2156, le vaisseau choisit une orbite stable de satellisation et rechercha en utilisant les ultrasons, un endroit favorable pour s’y poser horizontalement. Aucun affleurement rocheux n’existant, l’endroit le plus rigide de la surface de ce monde ressortit de la sélection du calculateur de bord. Le vaisseau s’y posa. Bien sûr, les savants ne connaissaient rien de la rhéologie particulière des sols de cette planète et ne purent donc la prendre en compte puisqu’ils ignoraient tout d’elle.

Pour bien comprendre la situation, il nous faut imaginer qu’un vaisseau venant d’ailleurs, se pose, sur notre bonne vieille Terre au milieu des sables mouvants ! En variante, si vous voulez un exemple moins frappant mais plus proche de ce qu’il advenait au vaisseau de Fox, qu’il se pose sur une hypothétique nappe de bitume paraissant dure, mais dans laquelle, au cours du temps, il se trouverait entièrement submergé et profondément enfoui.

Sur la planète 2156, le système de végétation entrait dans le cycle périodique de régénérations et de putréfactions successives d’un genre de lichen. L’accumulation de ces matières organiques produisait un compost dont la consistance peut se comparer à celle d’un bitume d’extraction. En gros, un vaisseau spatial contient des métaux, de l’air et des produits organiques, et l’ensemble présente un poids spécifique apparent d’environ 1,15 sur notre planète. Ailleurs, cela varie avec la gravité du lieu. Dans les mêmes conditions de mesure, la couche molle de 2156 montrerait un poids spécifique de 1,08 environ. Ce que déduisons des expressions chiffrées de ces densités nous explique pourquoi le vaisseau s’enfonçait inexorablement dans la gadoue locale.

Quand Fox entra dans le Mandala pour effectuer son ‘ passage’ rien ne le préparait à affronter ce qu’il trouverait en arrivant ! Il sortit sans problème, des enchevêtrements de spires constituant le Mandala récepteur à l’intérieur du vaisseau. A part une obscurité totale impliquant l’allumage de l’éclairage artificiel rien de spécial ne l’alerta jusqu’au moment où il voulut quitter le vaisseau pour poser son pied sur ce monde nouveau ! Ce geste symbolique devait se filmer automatiquement et les images n’en parviendraient à la Terre que dans ce même délai de sept ans et un mois, mais il fallait absolument les montrer au grand public. Fox visita le vaisseau et tenta de trouver une issue sans le moindre succès. Les deux portes latérales restaient bloquées, les écrans extérieurs n’affichaient que du noir et les petites ouvertures techniques qu’il espérait pouvoir emprunter restèrent closes malgré tous ses efforts.

Fox, ne voyant aucune possibilité d’aller à l’extérieur, visita son domaine de fond en comble dans l’espoir d’y trouver le moyen de résoudre ce problème. Mais, après deux journées consacrées uniquement à l’exploration de ses ressources, il comprit que sa situation était complètement désespérée. Les ondes radiophoniques ne pouvant traverser une telle épaisseur de corps mou qui amortissait les vibrations, il se demanda comment le Mandala avait pu fonctionner en tant que récepteur ? Puis il comprit que le vaisseau affleurait encore la surface ! Il en conclut donc, que son ‘ passage’ s’était réalisé alors que le haut du vaisseau se trouvait encore de quelques millimètres en contact avec l’air ...

… Ainsi, une immédiate tentative de sortie, entreprise juste à l’instant de son arrivée, aurait pu réussir à condition qu’une porte ou des sas existent dans la bonne direction, c’est à dire sur la génératrice supérieure du bâtiment. Bien que cette recherche ne corresponde plus à rien d’exploitable, il dut constater qu’aucun moyen de sortir ne se voyait au plafond et donc que tout ce ‘voyage’ se solderait par un échec à plus ou moins long terme. Il disposait de larges réserves de nourriture et d’eau, ainsi que d’un système de régénération de l’air. Le tout pourrait lui permettre de tenir un an, tout au plus.

Comme il ne pouvait remédier en rien à son propre problème, il se décida à essayer de traverser la masse molle avec une antenne qui puisse lui permettre, au moins, d’avertir la terre de sa triste situation. On ne pouvait dire de Fox qu’il brillait dans le bricolage, mais il connaissait le maniement des principaux outils. Il attaqua donc son chantier dans un esprit d’obtenir le résultat escompté à moyen terme :

Il choisit sa position de départ sur la génératrice supérieure du corps cylindrique constituant l’ossature du vaisseau. Il constata des différences de niveaux et dut se débarrasser des habillages intérieurs pour retrouver la coque elle même, en tous cas, se dit il, l’enveloppe intérieure de cette dernière. Il dégagea une surface bien nette bien plus large que nécessaire pour pouvoir y œuvrer à l’aise, puis il découpa la tôle de titane en y créant un trou bien rond. Il enleva tous les matelas de protections et d’isolations qu’il trouva derrière jusqu’à ce qu’il soit certain de toucher la face interne de la dernière paroi. Il cessa de s’occuper de la percée pour en revenir à l’essentiel : la confection d’un système capable de traverser la masse molle et d’arriver à l’air libre.

Fox réussit, avec des bouts de tubes coulissant les uns dans les autres, d’une façon assez étanche, à créer un engin télescopique, qui déployé, puisse atteindre, par l’une de ses extrémités, le milieu atmosphérique. Cela devait fonctionner sans nuire au futur du vaisseau, donc en ne laissant pas la masse visqueuse y pénétrer. Ne trouvant aucune autre tâche à laquelle se consacrer utilement, Fox prit tout son temps et la réalisation concrète de son ‘ bidule’ lui fournit un dérivatif qui le détourna de sa morosité durant plus de deux mois.

Il traînait un peu, car, à quoi s’occuperait il ensuite ? Il n’envisagea jamais de tenter de se découper un passage pour tenter de rejoindre la surface ! Il se trouverait étouffé dans cette putréfaction toxique en quelques minutes. S’il s’engonçait dans une combinaison étanche, il ne trouverait pas la force de se déplacer dans cette colle poisseuse. Quant à l’idée de déplacer le vaisseau en entier de là où il se trouvait pris, il savait ne pas disposer des ressources d’énergies suffisantes, il ne pouvait même pas le bouger d’un millimètre, alors il y renonça.

Puis, ne risquant plus que de perdre sa propre vie, déjà foutue, Fox tenta de forcer sa chance : il perça la paroi extérieure et plaqua aussitôt son assemblage de tubes pour boucher le trou créé. Il n’oublia pas d’interposer un mastic colle à prise rapide entre la coque et son dispositif et tout se passa très bien. Il constata, avec soulagement, que le système restait, pour le moment, parfaitement étanche. A l’aide d’une tige et d’un vérin il déploya lentement les tubes et, partant de là obtint une longueur extérieure de deux mètres dont, pour quelques semaines encore, une incertaine longueur se trouverait encore à l’air.

Fox essaya de l’utiliser comme antenne mais son contrôleur lui indiqua qu’elle ne fonctionnait pas. Il lui fallait évidemment attendre que le ressuyage de la masse collante laisse nu le haut de son antenne. Compte tenu de la viscosité du milieu, cela pouvait prendre des jours, des semaines, peut être même des mois ?

Chaque matin il reprenait sa mesure sans jamais désespérer. Le message ne se trouva en état de passer qu’après seulement vingt trois jours. Fox prit son temps pour bien préparer ce qu’il enverrait en phonie et ce qu’il expédierait par modulation de fréquence. Il savait qu’il n’appartiendrait plus à aucun monde concret depuis longtemps quand une éventuelle réponse arriverait, mais il éprouva une certaine satisfaction à mener son boulot à un terme. Au moins que ses informations, maintenant envoyées, puissent servir aux autres !

Quand, au bout de cinq mois, l’antenne dont il ne restait que six centimètres à l’air, se trouva trop proche de son envasement total, il adressa un ultime adieu et souhaita aux autres clones de bénéficier de plus de chance que lui dans leurs voyages. Des mois passèrent puis, un soir, le recyclage de l’air donna les premiers signes de manque d’oxygène, ce qui signifiait que la dernière des bouteilles se vidait complètement. Le Vaisseau atteignit le fond peu après, à un niveau de moins dix mètres de la surface, alors que Fox n’appartenait plus au monde des vivants depuis quelques mois ...

Lorsque son premier message arriva, à la base sur Terre, on se trouvait en 1214 A.A. Le voyage de Kog s’exécuterait normalement au printemps de l’année 1247. On devrait lancer sa naissance à partir du clone et s’occuper au même moment de préparer celui de Betty pour dans dix ans. En l’an 1215 le second et dernier message de Fox laissa tout le monde pantois. Encore un échec ! On ne changea pas la date, il fallait poursuivre jusqu’au bout. Pendant que clone 001 Kog devenu adulte en terminait avec sa formation, clone 001 Betty alla s’installer dans un hameau reculé. Là bas, pour tromper son attente, elle résolut de ‘ bricoler’ en utilisant les ressources d’un labo désaffecté depuis deux siècles. Les Directeurs préféraient la savoir isolée dans un endroit qui lui convenait plutôt que de risquer de voir son dynamisme perturber les gens normaux ! Ils se montrèrent ravis et empressés de lui fournir tout le matériel de recherche qu’elle leur demanda.
Betty = Clone 001 SPRING.

Quand elle atteignit l’âge de six ans, elle sortit de Langley pour aller vivre la vie d’une fillette normale dans une famille d’accueil et fréquenta les écoles prévues pour les enfants de son âge. Betty se livra aux mêmes activités culturelles et sportives que les autres et ne commença à poser des problèmes aux éducateurs qu’à partir de sa huitième année. Copie conforme de la Betty originale, ce clone possédait le même coefficient intellectuel, un physique parfaitement identique et un caractère de surdouée qui provoqua rapidement de nombreuses perturbations et troubles. L’original, au cours de sa prime enfance et de sa jeunesse, ne se trouva victime d’aucun stress particulier et comme il en alla de même pour son clone, à l’âge de dix huit ans elles s’assimilaient à des copies conformes à presque tous les points de vue. Les petites différences venaient du fait que les environnements différaient considérablement. Betty déroula sa vie dans un cadre de la fin de l’ère chrétienne, un monde d’hyperactivité, de luttes incessantes, où chacun livrait de vrais combats de survie, et ce, dans tous les domaines. Clone 001 Betty vivait dans un monde de personnes ‘gentilles’ dont les besoins essentiels étaient satisfaits par le système distributionniste. Les guerres ne s’évoquaient qu’en tant que lointains souvenirs. Les différentes ethnies venaient de mêler leurs gènes durant plusieurs siècles et la peau de chacun montrait la même jolie couleur beige dorée d’un pain peu cuit. Il n’existait plus d’exclusives raciales. Au plan religieux, les gens disposaient de leur totale liberté et les quelques croyants qui restaient, divisés en dix mille chapelles, se trouvaient unis entre eux par le simple fait qu’ils croyaient, donc appartenaient presque au même bord. Les athées s’en foutaient complètement et acceptaient les religions comme une sorte de passe temps au même titre que les collections de ceci ou de cela. Pour eux, la religion n’avait rien à voir avec les spécialisations de plus en plus pointues auxquelles se livraient les personnages les plus savants.

Quand un enfant montrait qu’il disposait d’une intelligence sortant de l’ordinaire, le système confiait son éducation à un corps de professeurs spécialisés ce qui lui permettait d’accéder rapidement aux diplômes qu’il méritait. Ainsi, sans surprise pour les Directeurs, Clone 001 Betty put parvenir à sa majorité au grade le plus élevé possible que pouvait atteindre un étudiant : le Doctorat Professoral. Ce qui correspond un peu à ce que l’on nommait une agrégation du temps de son modèle. Ses spécialisations, de toute évidence, correspondaient à ses aspirations profondes : la physique fondamentale et les mathématiques supérieures. En particulier elle s’intéressait aux conséquences de la redécouverte du paradigme de Ducerf, donc aux implications d’un univers ou trois dimensions spatiales rencontraient trois dimensions temporelles. En théorie on pouvait résumer ce type d’univers mathématique de façon simpliste en exposant que chaque point de matière possédait de zéro à trois dimensions temporelles, et que chaque instant possédait de zéro à trois coordonnées spatiales. Pour les spécialistes tout devenait bien plus complexe et seuls des artifices mathématiques, comme l’étude des propriétés des espaces fibrés et de leurs projections virtuelles permettaient, à quelques forts en thème de s’y retrouver.

Comme si tout cela ne manquait pas de complications, le problème des Mandalas et de la réalité de leurs propriétés se heurtaient de front avec l’absence de théories suffisantes pour les expliquer. Un joli programme de travail pour des gens comme Clone 001 Betty !

Mais toute médaille à son revers et, à l’égal de son modèle, notre clone ne pouvait dissimuler son caractère fougueux, indiscipliné, imaginatif qui la rendait impropre au contact permanent avec le reste de la population. Dès qu’elle fêta ses quinze printemps, elle demanda et obtint de disposer d’un laboratoire pour ses propres recherches, loin de toute université mais restant en liaison permanente avec ses professeurs par le biais de l’informatique.

Quand elle se sentait saturée de tous les travaux qu’elle accomplissait, elle s’accordait une sorte de récréation en étudiant les détails de la vie de Betty Spring et, par l’Araignée, en quelques années, elle pu réunir une documentation importante sur celle ci. Mais elle se sentait assez différente de son original sur bien des plans. Betty se montrait active, certes, mais pas spécialement sportive, alors que le clone 001 cultivait son corps et sa musculature avec plaisir et comme on le lui avait recommandé pour le jour où elle accomplirait le ‘ Voyage’ vers une autre planète. Autant l’original affichait ses rondeurs et sa féminité, autant le clone apparaissait toute en en muscles et se sentait l’égale des hommes. Betty Spring ressentait, de son temps, des appétits brusque de nourriture, de boissons, de relations sexuelles qu’elle se dépêchait de satisfaire aussi vite que possible. Elle ne voulait pas que ce genre de besoins ralentisse son activité. Clone 001 Betty recevait, comme tout un chacun, sa pitance au distributeur de son logement et ne ressentait jamais ni soif ni faim brutale. La limitation et la régulation des naissances s’effectuaient par le biais de ces distributeurs qui incluaient, dans la ration quotidienne, de quoi freiner toutes les pulsions inopportunes. Quand un individu ou un couple désirait un enfant il le demandait au centre le plus proche. Alors Nounou se chargeait de la réalisation technique in vitro ou in vivo ou par le biais des moyens naturels, si les deux futurs parents le souhaitaient, et seulement quand le planning mondial l’autorisait. Ensuite, la ration quotidienne ne contenait plus aucun contraceptif ni aucun modérateur d’hormones jusqu’à ce que l’objectif se trouve atteint. Ceci expliquait en quoi Clone 001 Betty différait d’une façon notable de Betty Spring de l’an 2000 après J. C.

Le problème de l’insertion d’une individualité aussi forte que celle de la Betty actuelle se trouva résolu par elle même qui se sentait étouffer sous le carcan des contraintes de politesse, d’urbanité et de la paresse ambiante. La population de la terre se trouvait rassemblée dans des zones urbaines couvrant de grandes surfaces et où les maisons individuelles foisonnaient. Seuls quelques jeunes célibataires ou étudiants et quelques déviants recherchant les contacts humains permanents, vivaient dans de beaux immeubles situés au coeur même de ces agglomérations. Les exploitations agricoles fonctionnaient automatiquement et très peu de gens y vivaient. On n’y rencontrait que quelques techniciens de maintenance et des camions de livraisons qui assuraient les allers d’engrais et les retours de produits. Un grand nombre d’anciennes bourgades disparurent soit en se trouvant englobées dans une mégalopole soit par ce qu’abandonnées par la population. Certaines de ces petites villes oubliées connurent, au cours de l’histoire, leurs années de gloire et possédèrent des Facultés et des Services de recherches durant cette fastueuse période. Puis la désertification humaine entraîna que les gens préfèrent se rassembler par millions dans les mégalopoles.

Clone Betty chercha et trouva un endroit de ce type qui lui convenait parfaitement. Elle voulait s’y isoler, travailler et épuiser son énergie en battant la campagne et les forêts avoisinantes. Après tout, au mieux, elle devrait attendre encore au moins quatre ou cinq ans avant son voyage. Elle trouvait préférable d’organiser sa vie de la façon qui lui convenait le mieux sans gêner pour autant, les autres.

Elle s’installa dans une ancienne zone industrielle qui se trouvait proche de la ville de Kolwesi, laquelle se présenta, pendant trois siècles, comme la capitale mondiale du cuivre, et ensuite se trouva complètement abandonnée. Elle se situait dans une région que l’agriculture automatisée préféra laisser en friche, un peu au nord du lac Kivu, que dominait le plus haut des anciens volcans de la chaîne des Virunga, le Kansimbi. Ce lieu se trouvait proche de la frontière de ce qu’on nommait jadis : le Rwanda. La ville elle même prospéra pendant quelques siècles, en vivant des industries d’extraction, et au début du vingt et unième siècle chrétien, de la métallurgie. Puis, on lui préféra Novossibirsk, pour des facilités d’extraction mécanisée et la richesse des gisements. A l’épuisement des mines elle se dépeupla peu à peu et les bâtiments, tombés depuis longtemps en ruines, se trouvaient recouverts de végétation. Seuls résistèrent à l’outrage du temps, deux blockhaus identifiés comme des anciens centres de recherches en minéralogie, chimie, géologie et résistances des matériaux qui oeuvraient pour le compte des principales activités que, jadis les mines finançaient grassement. En complément, pour la formation des ingénieurs, quelques salles se trouvèrent équipées pour pouvoir servir de laboratoires de mécanique, physique, analyses, électricité, magnétisme, et autres. Clone Betty pouvait les utiliser à sa guise.

La mégalopole la plus proche se trouvait à moins d’une heure de libellule et lui permettait certains achats ou de prendre tous contacts utiles avec d’autres personnes. Le lieu choisi par clone Betty convenait aussi aux Directeurs car leur surveillance s’en trouverait bien facilitée et les rapports de la jeune femme avec le reste des habitants se raréfieraient. Ils donnèrent leur accord et se déclarèrent prêts à l’aider si elle en exprimait le besoin.

Une équipe de spécialistes se déplaça expressément pour lui aménager un petit appartement confortable dans un ancien groupe de bureaux dont les fenêtres donnaient directement sur la forêt, pour peu que l’on ouvre les lourds stores antiatomiques qui, à son arrivée, les masquaient. Le jour de s l’anniversaire de ses quinze ans, licenciée en sciences, elle attaqua des études en vue de son Doctorat Professoral, depuis son nouveau domicile. Un médic et un distributeur de nourriture existaient dans cette installation de base, comme dans n’importe quelle habitation sur notre planète, et les techniciens les remirent en activité. Pour le reste elle disposait, comme tout un chacun, de sa carte mensuelle.

Le sujet de la thèse qu’elle attaqua dès son arrivée, portait un titre pompeux car depuis que les doctorats et les thèses existent, ceux qui les proposent aux impétrants considèrent cette forme alambiquée comme esthétique. Ce fut donc : Contribution à l’étude des propriétés rétro temporelles des dispositifs fibrospaciaux dits ‘Mandalas’ au voisinage des limites géométriques et énergétiques minimales et maximales des dits dispositifs.

Ce baragouin signifiait :  Voir ce qui se passe quand on agrandit ou réduit la taille des Mandalas tout en variant le courant d’alimentation utilisé. 

Comme on le voit, il n’y avait rien de bien passionnant dans ce sujet ! Cela représenterait tout au plus, un collationnement des expériences passées avec une remise en ordre des données et l’examen des cas extrêmes. Le groupe des Directeurs ne voulait pas qu’elle s’embarque dans quelque chose de novateur qu’elle ne quitterait qu’à regret quand le moment de son départ arriverait. De plus, qui sait ? Peut être que cela lui permettrait de trouver un bon moyen pour effectuer l’éventuel voyage de retour ?

Tous ignoraient que Clone Betty ne partirait pas volontiers vers une planète lointaine. Elle avait décidé, au contraire, de feindre de se plier aux exigences de l’Administration tout en s’organisant un autre avenir. Elle projetait, en son for intérieur, d’endormir leur attention, de préparer sa thèse comme une gentille petite fille sans se priver d’explorer la région forestière. Son intention était d’y mener, à plusieurs reprises, des incursions de quelques jours, pour les habituer au fait qu’elle vadrouillait volontiers. Puis, elle trouverait bien le moyen de s’évaporer dans la nature et de mener sa vie comme elle le voulait. Clone peut être, mais pas copie conforme, ni personnage de second rang ! Elle se considérait comme Elisabeth Spring et ne voulait pas qu’on la regarde uniquement comme la reproduction exploitable d’une personne morte depuis tant d’années. Elisabeth/Betty disposait encore de beaucoup de temps et ressentait assez de confiance en ses propres qualités pour parvenir à échapper au sort, si dangereux, que les Directeurs lui réservaient. Mais, pour leur donner le change habilement, il lui fallait un peu noyer le poisson en attendant.

Alors elle attaqua son travail avec force et intensité. En moins de deux ans, sur le sujet imposé par ses maîtres, elle rédigea quelque chose de présentable. Mais la jeune femme ne laissa pas savoir à ses correspondants qu’elle en parachevait la rédaction définitive. Par contre, elle se livra à des recherches personnelles sur une idée de base qui, un soir lui traversa l’esprit. Idée, méritant qu’elle s’en occupe sérieusement et que nous pouvons énoncer ainsi:

« Le but ultime de la population terrienne consistait à tenter de prendre contact avec des planètes éloignées pour initier les voyages spatiaux. Oui, mais pourquoi au juste ? Quel réel intérêt trouvait on à visiter à grands frais des mondes si lointains ? La seule vraie réponse sous tendue existait, en fait, dans l’espoir inavoué de rencontrer d’autres civilisations, d’autres entités pensantes, donc de savoir si, oui ou non nous représentions seuls notre genre d’êtres pensants ? Et, en affinant encore dans cette voie, seules nous intéresseraient vraiment les civilisations aussi évoluées que celle de la Terre ou plus avancées encore. Car à quoi cela pouvait il nous servir de tomber sur des peuples découvrant tout juste le feu ? La seule réelle justification de toute l’entreprise humaine depuis plus d’un millénaire se trouvait dans l’hypothèse de rencontres avec des êtres d’un égal degré d’évolution ! En conséquence certains de ces extraterrestres qui nous intéressaient tant, possédaient peut être déjà la maîtrise des voyages spatiaux. Pour des raisons identiques aux nôtres (quel intérêt trouveraient ils à accélérer l’évolution des hommes d’un autre monde, pour eux encore trop arriéré ?) ils ne se montraient pas.

 ... Ainsi, pensait Betty en poursuivant son soliloque, si cela se trouve, ils nous connaissent depuis longtemps et attendent tranquillement que nous atteignons le degré de maturité voulue. Dans ce cas, il faut envisager que de temps à autres des savants de chez eux viennent nous voir pour constater à quel degré de mûrissement nous parvenons ? Alors, jusqu’à présent, constatant la faible vitesse de notre évolution, ils nous délaisseraient ...

 ... Pas impossible en toute logique. Maintenant, poussons plus loin, se dit la jeune fille. Si plusieurs de ces planètes existaient, elles devraient savoir aller aisément de l’une à l’autre et les voyages entre ces mondes pouvaient se répéter depuis bien longtemps ! Par quel moyen voyageaient ils ? L’extrapolation des théories de Ducerf montrait que notre Univers naquit bien de l’interpénétration d’un espace tridimensionnel parfaitement abélien et d’un temps tridimensionnel qui, lui ne l’était pas. Certes, elle ne pouvait complètement rejeter l’idée que d’autres moyens de transport puissent exister et fonctionner ailleurs et pour d’autres civilisations. Qui pouvait le dire ? Mais le plus probable, compte tenu de ce que Betty pouvait concevoir, ne consistait il pas à utiliser, comme les terriens tentaient de commencer à le programmer, le système de Mandalas dont ils possédaient une bien meilleure maîtrise ...

 ... Dans ce cas ils installèrent des Mandalas ou quelque chose qui y ressemblait, dans toutes les planètes sélectionnées par eux à la suite de consensus mutuels ou par cooptations. Donc des Mandalas récepteurs existeraient sur tous les mondes considérés comme assez civilisés. Que voilà un grand pas franchi dans ma réflexion ! ... En effet, si je ne me trompe pas, pourquoi attendre que l’un de nos Mandalas, dans quelques années, arrive dans un monde qui pourrait se montrer hostile ou inhabitable ? Je pense qu’il pourrait valoir le coup de tenter de créer un instrument qui puisse me permettre de déceler, avec une précision suffisante, quelles caractéristiques possèdent quelques uns de LEURS hypothétiques Mandalas. Ainsi, il me suffirait d’ajuster un Mandala personnel aux bonnes modulations pour me retrouver chez eux avant que les autres voyageurs ou clones n’arrivent dans leurs planètes respectives. »

Elle décida de consacrer désormais le temps qu’elle réservait d’habitude à ses propres recherches, à l’étude d’un tel appareil. Elle ne désespérait pas d’y parvenir et d’en réaliser une mise au point efficace pour entrer en phase avec un éventuel autre Mandala inconnu. Une fois son appareil en état de marche et réglé au maximum de la précision techniquement possible, elle se déciderait à déménager vers un observatoire astronomique dans le but de tenter de la coupler avec un radio télescope explorant l’Univers. Avec un peu de chance et énormément de patience, elle découvrirait finalement un bon point de chute ! Pour rendre opérationnelles les idées ainsi exprimées, elle divisa son travail personnel en deux parties :

D’une part elle devrait s’intéresser à la construction d’un émetteur plus précis que tous ceux qui existaient à ce jour. Un instrument capable de produire une émission dont la valeur de la modulation de fréquence s’exprimerait avec une précision de six décimales ou plus. Ceci ne devait présenter que des difficultés d’ordre technologiques qu’elle se sentait à même de résoudre avec l’aide Nounou. Par la suite qui l’empêcherait de réaliser cet appareillage elle même ou d’en confier la réalisation en sous ensembles autonomes à d’habiles artisans ?

D’autre part, dans une recherche parallèle, elle devrait se documenter sur les radiotélescopes et réunir toutes informations glanées par eux depuis leurs premières mises en service. Elle chercherait ensuite à recouper certaines de ces informations et à rationaliser tout ce fatras de données Puis, et surtout, elle devrait se creuser la cervelle pour chercher comment elle pourrait les perfectionner suffisamment pour qu’ils puissent détecter, presque à l’infini, un Mandala récepteur se trouvant éventuellement en attente !

Effectivement, et compte tenu de ses capacités intellectuelles remarquables, Betty trouva, après six mois, quelles caractéristiques précises devrait posséder son ‘ émetteur de précision’. Ensuite elle tenta honnêtement de le construire. Mais ses doigts semblaient bien trop gros pour la manipulation des pièces et elle ne possédait aucune expérience pratique du travail effectué sous microscope. Elle dut alors se résoudre à en dessiner le schéma et à adresser une demande officielle aux Directeurs afin d’obtenir que des ateliers spécialisés prennent ce travail en charge. Cela demanda encore du temps mais, au bout du compte, elle obtint des prototypes, en provenance de trois usines différentes. Elle vit, immédiatement, qu’un seul d’entre eux se trouvait parfaitement réalisé et conforme à ses instructions. Les deux autres allèrent directement à la poubelle. Mais celui qui fonctionnait bien assurait, oh surprise agréable, une précision encore cent fois plus grande que celle espérée : Huit décimales après la virgule, au lieu de six !

Nounou, consultée sur les données obtenues à partir des observations venant des radiotélescopes, lui donna le sentiment de s’attaquer à un problème trop gros pour qu’elle puisse le résoudre en une seule vie ! Alors Betty décida de reformuler ses questions de façon différente. Ce qui se rapportait à la technologie des radiotélescopes, elle le séparait et le gardait sous forme d’un enregistrement dont elle créa le dossier dans son terminal personnel. Mais rien ne l’intéressait dans tout le fatras de données se rapportant à des réceptions d’ondes venant de quasars ou de pulsars ou d’explosions stellaires de diverses origines ou de radiations émises par les soleils. Elle demanda donc un tri sélectif pour éliminer tous ces points là. Puis, elle obtint que Nounou, désormais, ne lui fournisse plus que le reste. Dans ses données propres, Nounou ne possédait aucun réel élément de réponse qui puisse satisfaire Betty. En effet, chaque fois que la machine donnait une liste des réceptions de type ‘fatras’, Elisabeth lui enjoignait d’effacer cette catégorie complète dans la recherche.

Il ne resta plus, finalement, que les données que BaFeSi recueillait soigneusement depuis son départ. Là, effectivement, il existait une seule et unique réponse. Nounou en précisa les coordonnées astronomiques au moment ou l’engin des Cephs en avait reçu le signal. Le calcul qui permit à Nounou de transformer ces données pour obtenir les coordonnées actuelles ne relevait que de mathématiques astronomiques banales pour un tel cerveau électronique. La conversion s’opéra en moins de deux minutes et Nounou put indiquer très exactement à Betty où se positionnait l’émetteur à présent. Pour ne pas devoir ultérieurement, reposer la même question en recommençant toute la recherche, Betty donna à cet émetteur une référence spéciale et un nom pour son classement. Ainsi, pour Nounou et pour elle, ce point d’émission deviendrait : Port Spring. Lorsqu’elle jugerait que son dispositif serait parfaitement opérationnel, elle en redemanderait la position précise et pourrait pointer vers lui, son radiotélescope.

Il ne lui restait plus qu’à inventer quelques perfectionnements lui permettant d’affiner encore la précision de ces instruments et, une fois cela réalisé, elle devrait encore obtenir l’autorisation d’aller les expérimenter à sa guise et là où elle le souhaiterait.

Clone 001 Traoré ne se trouvait qu’à un peu moins de deux années de son départ au moment où Elisabeth/Betty parvint à ses fins. Elle venait de dépasser sa vingtième année de un mois exactement.

N.B. Il n’entre pas dans le cadre du présent ouvrage de dire comment elle s’y prit au plan du matériel, ni d’accumuler des détails techniques complexes qui alourdiraient par trop ce texte, Sachez que tout reposa sur un système de vernier optique qu’elle inventa et mit au point à cette occasion. Par contre elle n’éprouva aucune difficulté à ce que les autorités la laissent opérer à sa guise. Tous préféraient qu’elle s’occupe au lieu de leur casser la tête avec son dynamisme hors de saison.

Il lui fallait maintenant choisir comment organiser son propre avenir :

- Soit, dès après la remise de sa thèse, elle disparaîtrait dans la nature comme elle le méditait depuis longtemps et, une fois là, essayerait de vivre dans une sorte de clandestinité loin de toute civilisation.

- Soit, plus hardie, elle renoncerait à cet ancien rêve et tenterait de partir, seule, utilisant son propre Mandala (et ce, bien avant le voyage de clone 001 Kog) en espérant arriver directement à Port Spring !

Son caractère impétueux la poussait à choisir la seconde branche de cette alternative mais, Betty restait tout de même une personne raisonnable. Elle pensa qu’un essai préalable de vie hors du système distributionniste s’imposait. Quelques mois de vie, en sauvage, ne pouvaient que lui apporter du grain à moudre. Si cela se révélait trop dur, elle reviendrait tout simplement mais elle connaîtrait mieux ses propres limites. Si, au contraire, elle s’en sortait bien, alors cela deviendrait très encourageant pour la tentative : Elle franchirait le pas en espérant se retrouver à Port Spring.

Dans le monde homogène où elle vivait et ne comportant que des gens bien adaptés et plutôt de caractères souples, on ne connaissait pas de cas d’exceptions flagrants. Tous parlaient une langue unique dérivant de l’anglais antique. Tous subissaient un enregistrement numérique dès leurs naissances et se sentaient suivis et protégés tout au long de leur vie. Tous, profitant du système de distribution, en tiraient le principal pour satisfaire à leurs besoins. Au début de l’ère A.A. et durant deux cent cinquante ans, apparurent quelques individus réfractaires qui refusèrent le système et tentèrent de survivre en indépendants. On les laissa à leurs tentatives et, au cours des années et des siècles, ils se raréfièrent puis, disparurent totalement.1

Les archives de Nounou ne comportaient, et pour cause, aucun cas de gens signalés comme vivants hors de sa portée ou non immatriculés dans ses données. Or, à la grande surprise d’Elisabeth, elle en rencontra pourtant au cours d’une de ses balades dans la forêt. Sans aucune préméditation de sa part, sa libellule se posa un jour à dix mètres d’un village de pygmées. Elle en vit les huttes mais n’entreprit rien pour s’en approcher. Comme elle venait de prendre la décision de s’asseoir auprès d’un arbre afin de déguster quelques gâteaux secs, les petits hommes sortirent les uns après les autres et la regardèrent avec curiosité mais sans montrer de crainte. Elle leur offrit, sans manières, un paquet de délicieux biscuits qu’ils acceptèrent avec beaucoup de naturel. Ils utilisaient un idiome particulier mais deux d’entre eux parlaient la langue générale. Ils préféraient vivre comme leurs ancêtres et se passaient de distributeurs pour s’alimenter ou se vêtir. Elle leur promit de ne jamais parler d’eux et tint parole. Chaque fois qu’elle trouvait un moment de libre ou qu’elle voulait s’offrir une pose dans son travail, elle leur rendait visite munie de menus cadeaux. En échange, ils l’instruisaient sur la façon d’utiliser les ressources naturelles de la forêt. Ils devinrent, peu à peu, de bons amis. Un jour elle leur offrit une machette d’acier qu’ils surent apprécier, mais la première chose dont ils se préoccupèrent consista à en briser la poignée de bois pour la remplacer par une autre, bien plus étroite, mieux compatible avec la dimension de leurs mains. En retour ils lui offrirent des colliers de graines.

Puis, vint le jour où l’un des jeunes célibataires lui proposa, dans une demande tout à fait imprévue, de bien vouloir s’accoupler avec lui ! Il exposa que le principal problème que les pygmées rencontraient venait de la raréfaction de leur ethnie. Ceci remontait à la fin de l’ère chrétienne au cours de la guerre que se livrèrent deux civilisations non pygmées pourtant cousines entre elles : les Hutus et les Tutsis. On compta beaucoup de morts parmi les belligérants et leurs familles, mais le peuple le plus touché vit quatre vingt dix pour cent de sa population disparaître. Il s’agissait des petits hommes de la forêt, ceux que les anciens grecs désignaient sous le nom de mirmidons, leur propre race. Réduits à une poignée de groupes tribaux dispersés dans la forêt, ils devaient veiller à éviter, du mieux qu’ils le pouvaient, les unions consanguines et chercher, de temps en temps, à renouveler leurs gènes en se croisant avec ceux d’entre eux qui vivaient le plus éloigné ou, à la rigueur, avec des gens non pygmées mais ‘petits’ ou de tailles juste un peu supérieures à la leur. D’où la curieuse demande !

Elisabeth expliqua qu’elle ne souhaitait pas encore enfanter car elle devait bientôt entreprendre un grand voyage. Elle atténua son refus en disant que si le jeune homme voulait bien lui indiquer la direction d’un autre groupe, même lointain, elle pouvait lui éviter bien de la fatigue en l’y emmenant avec elle dans sa libellule. Elle comprit à cette occasion que toute tentative de sa part d’aller, dans cette région, vivre quelques jours en solitaire pour s’aguerrir, risquait de lui apporter un genre de problème auquel elle ne songeait aucunement !

Clone Betty y renonça donc, mais emmena le jeune homme à six cents kilomètres, là où vivait un autre groupe de pygmées. Pour la remercier, il lui fit présent d’un paquet de ‘lianes éprouvettes’ et lui montra comment elle pouvait s’en servir. En présence de toute plante inconnue ou douteuse il suffisait de prendre un petit morceau de cette liane séchée et de l’introduire dans la plante puis de la ressortir deux secondes plus tard et d’examiner la couleur qu’elle prenait. Si elle ressortait verte, on pouvait manger sans crainte, si la teinte virait au rouge ou à l’orange, il s’agissait d’un poison pour l’homme. Dans quelques rares cas, la liane pouvait ressortir bleue. Il s’agissait alors d’un produit à caractère de drogue qui devenait susceptible de trouver des usages en médecine ou à la chasse, pour engourdir les animaux à sang chaud, mais que l’on devait éviter de manger ...

La première pensée d’Elisabeth la conduisit à conclure qu’une telle plante se révélerait des plus précieuses pour ceux qui visiteraient d’autres mondes ! Mais elle savait qu’on ne pouvait rien emmener avec soi dans le Mandala, alors elle n’en trouverait pas l’usage de sitôt ! De plus, si son hypothèse se vérifiait, chaque Mandala récepteur avec lequel elle se trouverait en phase serait installé dans un monde civilisé. Comparativement, Clone 001 Kog ne savait pas sur quoi il pouvait tomber et risquait de subir le malheureux sort de ce pauvre Clone 002 Palmer.

Ce fut quatorze mois avant le départ de ce Kog qu’elle se trouva fin prête. Sa thèse venait de sortir des presses et elle la soutint avec succès. Elle vivait, depuis quelques semaines, auprès de l’observatoire de radio astronomie situé au Pic du Midi, en France. Elisabeth avait, à ce moment, parfaitement repéré et mesuré les paramètres de sa cible ! Puis elle régla son Mandala de départ avec une précision maximale et laissa, en différé, un message à l’intention de Nounou. La machine ne le recevrait que quand Betty entrerait dans son Mandala pour tenter son propre ‘ lancement’. Elle y expliquait ses idées, le détail de ses inventions, et illustrait le tout avec des photos et les croquis de ses appareils. Elle y joignit de nombreuses notes techniques concernant la méthode choisie. Quand l’instant précis de son départ arriva, elle se positionna, nue, dans son Mandala et enclencha le levier.
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