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Paragraphe III



Le document qui précède a été invoqué de nombreuses fois par ceux qui n'ont voulu voir dans les faits avancés par les spirites que le résultat de la fraude ou de l'illusion. Il faut véritablement être à court d'arguments pour en produire de pareils. Comment ! voilà M. Jobert de Lamballe qui observe une malade affligée d'une ténosite crépitante quelconque ; il profite de l'observation de ce cas pour montrer à l'Académie et au monde qu'il est un habile chirurgien et qu'il a usé avec succès de la méthode sous-cutanée de son confrère, J. Guérin, qu'il ne cite pas du reste, et par dessus le marché il conclut de ce cas, simple et naturel, à tout un ordre de faits semblables en apparence. M. Jobert de Lamballe avait-il observé les coups frappés présentés par un médium comme phénomènes spiritualités ? S'il les a observés, a-t-il mis les doigts sur les gaines tendineuses des péroniers droits et gauches longs et courts dudit médium, afin de s'assurer que les bruits étaient bien produits par les contractions de ces muscles et le déplacement musical de leurs tendons ? C'est ce qu'il a négligé de nous apprendre ; nous devons en déduire, nous, que Jobert de Lamballe n'a fait aucune expérience comparative, qu'il a conclu d'un cas pathologique ordinaire à d'autres cas qu'il n’avait pas vus et pour nous son observation ne compte pas. Nous ne nous arrêterons pas davantage aux faits cités par Schiff, Cloquet, etc., ils n'ont pas plus de valeur.

Comme en ce moment nous compulsons les pièces d'un procès, nous devons, non pas épuiser toutes celles qui composent le dossier du spiritualisme moderne, mais examiner au moins ce qui a été dit ou écrit par les personnalités les plus autorisées de la science. Dans nos recherches bibliographiques, nous avons trouvé un feuilleton de la Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, dont l'auteur, un des médecins les plus érudits du siècle, le Dr Dechambre104 a traité le spiritisme sur un ton semi badin derrière lequel on sent l'homme qui ne sait pas trop à quoi s'en tenir sur le compte des phénomènes, mais qui fait l'entendu pour la galerie, c'est-à-dire la clientèle sceptique pour laquelle il écrit.

Le travail du Dr Dechambre est un des documents les plus importants dans cette question en raison, de la situation scientifique de son auteur. Dechambre, membre de l'Académie de médecine, dont la science déplore la perte toujours récente, n'était pas un expérimentateur, mais son érudition était reconnue universellement, et c'est sous sa direction que s'est publiée une oeuvre considérable à laquelle ont collaboré les plus hautes personnalités scientifiques de la seconde moitié du XIXe siècle, nous voulons parler du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. Dechambre connaissait sans doute les contrôles scientifiques des phénomènes spiritualistes, mais il ne les aura pas jugés dignes d'être rappelés en tout cas, il les a passés sous silence et a préféré ne pas s'engager. Peut-être aujourd'hui en parlerait-il autrement.

Malgré leur étendue, nous donnons des extraits du travail de Dechambre sur la doctrine spirite.

« Le lecteur voudra bien nous pardonner, dit-il, mais les lignes qui vont suivre n'admettent de sa part ni doute, ni sarcasme, ni objection, ni opposition quelconque, et c'est, au contraire, avec un profond respect qu'il doit y jeter les yeux. On va extraire à son profit le suc et la quintessence d'un livre « écrit sous la dictée et par l'ordre d'esprits supérieurs », et ce livre renferme la solution des plus redoutables problèmes qui aient tourmenté l'homme depuis son origine :

Qu'est-ce que l'homme lui-même ? Qu'est-ce que la vie ? Qu'est-ce que l'âme ? Qui y a-t-il hors du monde visible ? Les planètes sont-elles habitées, et par qui ? Que devenons-nous au delà de la tombe ? Y a-t-il des récompenses et des peines éternelles ? Comment et en quels lieux sont-ils administrés ? Ce n'est pas tout encore.

M. Allan Kardec, non content d'en savoir sur toutes ces questions autant qu'il en faut, a profité de sa liaison avec les esprits pour les faire causer, et il s'est éclairé ainsi sur une foule de menus détails auxquels les plus curieux parmi les plus curieux de la nature n'avaient jamais songé ; comme de savoir quel est l'esprit qui vient quand on fait une évocation sans désignation spéciale ; ou quelle est la couleur de l'enveloppe éthérée des esprits.

Nous devons dire comment nous sommes amenés à parler d'une oeuvre qui date déjà de deux ans. Le remords d'avoir longtemps privé le lecteur d'une source aussi précieuse d'instruction paraîtrait sans doute un motif suffisant. Nous pourrions ajouter que le « Livre des Esprits » vient d'être rajeuni par la publication toute récente d'une brochure destinée à les défendre contre l'incrédulité ; mais la vérité est que l'occasion seule nous a suggéré cet acte de réparation.

Il y a quelques mois une quinzaine de personnes appartenant à la société polie et instruite, dont quelques-unes mêmes ont un nom dans la littérature, étaient réunies dans un salon du faubourg Saint-Germain pour contempler des dessins à la plume exécutés manuellement par un médium présent à la séance, mais inspirés et dictés par... Bernard Palissy. Je dis bien : M. S..., une plume à la main, une feuille de papier blanche devant lui, mais sans l'idée d'aucun sujet d'art, avait évoqué le célèbre potier. Celui-ci était venu et avait imprimé à ses doigts la suite de mouvements nécessaires pour exécuter sur le papier des dessins d'un goût exquis, d'une grande richesse d'ornementation, d'une exécution très délicate et très fine, dont un représente, si l'on veut bien le permettre, la maison habitée par Mozart dans la planète de Jupiter ! Il faut ajouter, pour prévenir toute stupéfaction, que Palissy se trouve être le voisin de Mozart dans ce lieu retiré, ainsi qu'il l'a très positivement indiqué au médium. Il n'est pas douteux, d'ailleurs, que cette maison ne soit celle d'un grand musicien, car elle est toute décorée de croches et de clefs. On n'a pas dit en quelle matière ces ornements sont exécutés là-haut ; mais on peut être sûr, vu la présence de Palissy, que c'est en terre cuite ; les autres dessins représentent également des constructions élevées dans diverses planètes ; l'une d'elle est celle du grand-père de M. S... Celui-ci parle de les réunir toutes dans un album. Ce sera littéralement un album de l'autre monde... »
Après avoir mis le spiritisme en parallèle avec les anciennes magies, parlé des cercles magiques et des cribles ou tamis tournants qu'il compare aux tables et aux corbeilles tournantes, l'auteur continue :
« Ainsi les mouvements de certains objets, sans impulsion visible ; les esprits, cause de ces mouvements : voilà bien toute la théorie ressuscitée dans ces derniers temps. Seulement, le procédé de communication entre l'esprit et l'homme par le médium inanimé était différent, à supposer que le procédé des anciens nous soit connu intégralement. Les tables ont commencé à répondre par oui ou par non en frappant avec le pied un nombre indéterminé de coups, suivant la convention. Plus tard, elles appliquèrent l'alphabet en frappant un nombre de coups correspondant au numéro d'ordre de chaque lettre. Mais, dit M. Allan Kardec, ce moyen de correspondance était long et incommode, et les esprits en indiquèrent un autre simultanément en France, en Amérique et en divers autres lieux. L'esprit de France le suggéra le 10 juin 1853 (date mémorable) à un fervent spiritiste dans les termes suivants : « Va prendre dans la chambre à côté, la petite corbeille ; attache-y un crayon ; place-le sur le papier ; mets les doigts sur le bord. » Quelques instants après, la corbeille s'est mise en mouvement et a écrit très lisiblement cette phrase : « Ce que je vous dis là, je vous défends de le dire à personne ; la première fois que j'écrirai, j'écrirai mieux... »

Le plan si simple du « Livre des Esprits », consistant, nous avons dit, dans l'alignement numéroté de cinq cents demandes faites par divers médiums et de cinq cents réponses émanées d'esprits supérieurs, est d'une commodité sans pareille. On a ainsi, sur les problèmes les plus inaccessibles, non plus de ces dissertations philosophiques d'où il est difficile de dégager une notion bien arrêtée et bien précise, mais de vraies solutions, des affirmations ou des négations catégoriques, exprimées d'une façon souveraine en quelques mots. Exemple : vous tenez à savoir ce que c'est que Dieu ; vous ouvrez le livre au chapitre Ier. Après la question : Qu'est-ce que Dieu ? vous trouvez cette indication précieuse : Voir à côté. Vous n'avez plus qu'à suivre transversalement avec le doigt jusqu'à la réponse pour être satisfait.

Satisfait ? C'est peut-être beaucoup dire. Non, assurément, que l'erreur puisse atteindre une doctrine ainsi révélée ; mais il nous semble, sauf erreur, que cette réponse : « Dieu est l'intelligence suprême, cause première de toutes choses », n'est pas capable de faire oublier celle du catéchisme « Dieu est un pur esprit, infiniment bon, infiniment parfait, etc. ». Tout le chapitre consacré à la notion de Dieu nous paraît d'ailleurs inférieur à la plupart des autres pour la hardiesse et l'imprévu des idées. Aussi, n'en dirons-nous que ce peu de mots pour concentrer toute l'attention du lecteur sur le monde spirite lui-même, c'est-à-dire sur la constitution et sur les moeurs et coutumes de ces êtres impalpables qui viennent de se faire connaître à nous avec tant d'abandon et de sincérité.

Nous analysons scrupuleusement leurs propres déclarations.

Les esprits sont-ils immatériels ? « Immatériel n'est pas le mot : incorporel serait plus exact » c'est une matière quintessenciée, une flamme, une lueur ou une étincelle. Quand l'esprit est pur, la couleur de la flamme peut se comparer à celle du rubis. De plus, cette flamme est enveloppée d'une substance vaporeuse « puisée dans le fluide universel de chaque globe » car il y a des esprits dans tous les globes célestes. L'esprit muni de son enveloppe, ou, en termes plus savants, de son propre périsprit, peut se transporter où il veut, et même pénétrer la matière. Le transport est rapide comme la pensée, mais, chose à noter, il ne peut avoir lieu sur plusieurs points à la fois. La vue des esprits est excellente, car elle peut porter sur les deux hémisphères différents et ne connaît pas de ténèbres. Il en résulte un petit inconvénient, c'est qu'ils ne peuvent se « cacher les uns des autres », pas plus qu'ils ne peuvent se dissimuler leurs pensées réciproques. Ils conversent entre eux et leur parole est matérielle. Ils se recherchent ou se fuient suivant leurs sympathies ou leurs antipathies. Les supérieurs exercent une influence sur les inférieurs.

Tous les esprits ont été créés simples et ignorants ; tous doivent arriver à la perfection en passant par des épreuves. Le corps est une étamine. « Les uns acceptent les épreuves avec soumission et arrivent plus promptement au but de leur destinée ; d'autres ne les subissent qu'avec murmure et restent ainsi, par leur faute, éloignés de la perfection et de la félicité promise. » De là plusieurs ordres d'esprits, à savoir : les purs esprits arrivés à la perfection ; les esprits arrivés au milieu de l'échelle et préoccupés du désir du bien ; les esprits restés au bas de l’échelle, ignorants et animés de mauvaises passions. Mais tous sont destinés à devenir parfaits : « tous changent, mais c'est long ». Il n'y a donc pas, à proprement parler, d'esprits déchus, mais seulement des rebelles et des retardataires ; il n'y a pas non plus de démons au sens où on l'entend d'ordinaire.

Les esprits ne savent pas toutes choses ; ils savent d'autant plus qu'ils approchent de la perfection. Ils n'ont pas la même idée que nous de la durée « c'est ce qui fait qu'on ne les comprend pas toujours quand il s'agit de fixer des dates et des époques ». Leur mémoire remonte dans le passé plus haut que celle de l'homme, mais pas indéfiniment. La connaissance qu'ils ont de l'avenir dépend de leur degré de perfection « souvent, ils ne font que l'entrevoir, mais il ne leur est pas toujours permis de le révéler, et l'avenir, quand ils le voient, leur semble le présent ».

Qu'est-ce que l'âme ? Un esprit incarné : âme et esprit ne sont donc qu'un. C'est le même esprit qui donne à un même homme, en s'incarnant en lui, les qualités morales et les qualités intellectuelles. Que si l'on voit des hommes d'une intelligence supérieure dominés par des instincts vicieux, c'est qu'ils sont tiraillés entre un esprit bon et un esprit mauvais. Les parents ne peuvent transmettre à leurs enfants aucune ressemblance morale, puisque parents et enfants ne sont pas animés par le même esprit. Que les médecins et les moralistes se le tiennent pour dit. L'idiotisme, le crétinisme ne résultent que de l'imperfection des organes et sous ces organes imparfaits se cache souvent une âme plus développée que celle d'un savant.

Quant au siège de l'âme, voir ci à côté : « il varie suivant les personnes. » Ceux « dont toutes les actions se rapportent à l'humanité » l'ont dans le coeur. Les « grands génies, littérateurs, politiques », l'ont dans la tête............

Ils ne se soucient pas beaucoup (les esprits) des travaux qu'ils laissent inachevés ; pourtant « ils tâchent d'influencer d'autres esprits à les continuer », à moins qu'ils ne les continuent eux-mêmes plus tard dans une autre enveloppe corporelle. C'est pour cela indubitablement que plusieurs auteurs de notre connaissance restent à la première livraison de leurs oeuvres.

Cette réincarnation de l'esprit, il ne faut pas la confondre avec la métempsycose. L'âme de l'homme n'a jamais passé par d'autres êtres de la création « hommes nous sommes nés » — et elle n'entre jamais dans un corps d'animal. L'âme n'a pas de sexe ; elle passe indifféremment du corps d'un homme à celui d'une femme (c'est peut-être quand elle change d'avis au milieu de la besogne, qu'elle fait des hermaphrodites). Les incarnations ne s'accomplissent pas seulement sur notre globe, mais bien dans tous les mondes, et la même âme peut parcourir ainsi plusieurs mondes et revenir dans celui d'où elle était partie. Les êtres qui habitent les planètes autres que la terre ont des corps ; mais cette enveloppe est plus ou moins matérielle selon le degré de pureté où sont arrivés les esprits. Tous les globes ont commencé par être dans un état inférieur. Le nôtre y est encore, malheureusement ; mais il se transformera à son tour, et nos esprits améliorés revêtiront une enveloppe moins épaisse que celle d'aujourd'hui. Il pourra se passer d'ici là beaucoup de temps, car l'esprit, qui a le choix du genre d'épreuves qu'il devra subir, peut errer pendant des siècles avant d'en venir à l’étamine. Dans les incarnations successives, l'âme gravite vers la perfection ; si donc elle a animé un homme de bien, elle ne peut tomber au corps d'un scélérat.

Les esprits influent sur nos pensées et sur nos actions, et c'est le mélange de leurs pensées avec celles qui nous sont propres qui amène parfois ces conflits intérieurs qui nous jettent dans de si cruelles perplexités. Cela étant « comment reconnaître si une pensée nous est suggérée par un bon ou un mauvais esprit » ? Rien de plus simple : « étudier la chose ! Les bons esprits ne consultent que le bien à toi de distinguer ». Du reste, les esprits inférieurs n'aident que dans le mal qu'on a la volonté de commettre. Soyez bons, et vous n'aurez jamais que de bons esprits à vos côtés. Il y a des génies familiers ; se sont des esprits qui s'attachent spécialement à un individu. Parfois il y en a un bon et un mauvais ; quel est alors celui qui a le plus d'influence ?

Réponse : « Celui auquel l'homme laisse prendre l'empire sur lui ». Parfois l'esprit, tout familier qu'il est, n'est pas exempt de caprices ; il quitte son homme pour un autre « et alors l'échange se fait » mais jamais cette méthode par déplacement ne s'applique à l'esprit incarné ; jamais un esprit ne peut revêtir l'enveloppe d'une personne vivante et agir aux lieu et place de celui qui s'y trouve ; ôte-toi de là que je m'y mette ne fait pas partie du code spiritique. Jamais donc, quoi qu'on en ait pu dire, il n'y a de vrais possédés. Ajoutons que certains petits esprits s'attachent, non plus : aux personnes, mais aux objets, notamment aux métaux. « Des avares décédés qui ont caché leur trésor peuvent le garder jusqu'à ce qu'ils en comprennent l'inutilité pour eux. »

On peut provoquer l'apparition des esprits ; mais le plus souvent cette apparition est spontanée. La flamme bleue qui brilla sur la tête de Servius Tullius enfant était un esprit familier. Les esprits peuvent agir sur la matière par l'intermédiaire du lieu qui les unit à elle, c'est-à-dire du périsprit. Tout le monde peut éprouver des manifestations spirites, mais particulièrement certaines personnes appelées médiums. On peut classer les médiums en moteurs105, écrivains, parlants, voyants, somnambules, extatiques, impressibles106 inspirés. Le mouvement sans impulsion visible est produit tantôt par l'esprit du médium, tantôt par un esprit étranger. Le médium parlant peut s'exprimer dans une langue à lui inconnue. Le médium voyant qui perçoit par l’âme « peut aussi bien voir les yeux fermés que les yeux ouverts », etc.

L'esprit qui se manifeste n'est pas toujours errant ; il peut être incarné dans ce monde ou dans un autre ; il peut être, par exemple, l'âme du médium. « Vous en avez la preuve dans l'âme des personnes vivantes, qui viennent vous visiter et se communiquer à vous par l'écriture, souvent sans que vous les appeliez.» Ceci peut être parfois assez gênant. Heureusement, si c'est un esprit inférieur, on peut l'obliger à s'en aller. Comment ? « En ne l'écoutant pas. » Les esprits, nous l'avons dit, peuvent quelquefois nous dévoiler l'avenir ; ils peuvent aussi nous donner des conseils sur notre santé.

Les esprits doivent être évoqués « au nom du Dieu tout-puissant et pour le bien de tous ».

On peut les contraindre à se faire connaître, car tous s'inclinent devant le nom de Dieu. Il peut arriver qu'un esprit cesse tout à coup de se rendre à l'appel ordinaire. Rien d'étonnant à cela ; c'est « qu'il est occupé ailleurs ».

On a demandé comment des esprits dispersés dans différents mondes peuvent entendre des évocations faites d'un seul point de l'espace universel ; mais on se fût épargné cette question si l'on y eût mieux réfléchi : les esprits familiers qui nous entourent vont chercher ceux que vous évoquez et les amènent lorsqu'ils peuvent venir. On vient de voir, en effet qu'ils sont parfois occupés ailleurs ; mais il y a d'autres motifs. Par exemple, si l'esprit évoqué est incarné, il peut avoir affaire dans son intérieur. « Une personne évoquée par un de ses parents répondit qu'elle habitait la planète Junon. Après quelques instants d'entretien.... elle lui dit adieu, ajoutant : « Il faut que je te quitte ; j'ai quatre enfants (à nourrir) et ils ont besoin de mes soins ». Un autre s'est retiré une fois pour prendre de la tisane. Ce n'est pas nous qui y trouverons à redire. Il est seulement une crainte dont on ne peut se défendre. Une personne dont l'âme évoquée va courir les mondes n'est-elle pas en danger de périr de mort subite ? — Non, répond le livre « les circonstances ne sont pas les mêmes ». Ainsi soit-il ! Enfin, M. Allan Kardec nous fait espérer un nouveau genre de télégraphie qui dépassera toutes les autres en vitesse et en exactitude. Deux personnes, en s'évoquant réciproquement peuvent se transmettre leurs pensées. « Cette télégraphie humaine sera un jour un moyen universel de correspondance. »

.… Ce n'est pas un vrai spectacle que celui des illusions, des témérités et des égarements de l'esprit humain, s'attachant sans relâche à un même objet, procédant par les mêmes moyens, se continuant jusque dans leurs manifestations les plus minutieuses ou les moins importantes pendant des milliers d'années, ou pour mieux dire, prolongeant leur origine aussi haut que les premières traditions de l'histoire. Ce spectacle est un enseignement. Il dévoile d'une façon singulièrement curieuse et instructive l'inguérissable faiblesse de la raison quand ce n'est pas de la folie, plus inguérissable encore de l'orgueil ; il montre la facilité déplorable avec laquelle chemine le prosélytisme de l'erreur ; il ouvre enfin sur la psychologie des perspectives dignes de toute l'attention du moraliste.

Qu'on nous permette, à ces divers points de vue, quelques remarques applicables spécialement au spiritisme.

Pour peu qu'on ait quelques notions des divers genres de super naturalisme qu'ont caractérisé la superstition des peuples, on ne peut voir, dans cette doctrine révélée par des esprits supérieurs, que la paraphrase outrecuidante et le mélange disparate de croyances qui traînent à travers le monde depuis les premiers âges et qui ont bercé tour à tour l'Inde, l'Egypte, la Grèce et l'Europe du moyen âge. Prenons le dogme principal de cette doctrine, les migrations et incarnations successives des esprits. Il sera aisé de faire voir comment il répète dans son principe fondamental, comment il copie dans ses déductions, sans grands frais d'imagination, le vieux dogme oriental de la métempsycose, diversement façonné par les écoles philosophiques.

On peut montrer clairement que la doctrine actuelle résulte d'une sorte de triage opéré entre les formes qu'ont successivement imposées à cette idée de la métempsychose, les Alexandrins, les Grecs et le catholicisme.

Aussi loin qu'on puisse remonter dans les doctrines philosophiques de l'Hindoustan, on retrouve, très nettement formulée et poursuivie dans toutes ses conséquences morales ou religieuses, cette croyance que la destinée de l'âme est de passer par une série d'incarnations pour s'y dépouiller peu à peu de toutes ses souillures jusqu'à ce qu'elle ait gagné le repos absolu, la félicité parfaite par sa parfaite pureté. Le symbole du papillon se dégageant de sa gaine après avoir subi plusieurs métamorphoses, est vieux comme le monde, et les trois enveloppes attribuées à l'âme par le Vedanta s'appellent des fourreaux. Tel est le fond du spiritisme moderne ; son étamine charnelle n'a pas un autre sens. On se rappelle qu'il reconnaît à l'esprit une substance réelle, matière quintessenciée, sorte de flamme ou d'étincelle ; que, de plus, il la gratifie d'une atmosphère vaporeuse avec laquelle elle franchit les espaces. Voilà donc deux formes substantielles de l'âme indépendamment de la forme charnelle. Eh bien ! il est impossible de ne pas voir là un plagiat de ces enveloppes dont nous parlions à l'instant, et qui, dans la doctrine des Védas, sont également constituées par des principes matériels, mais élémentaires et subtils. Seulement, dans la philosophie indienne, chacune des enveloppes a ses attributs particuliers, concourant à établir la personnalité de chaque esprit, et ces enveloppes sont au nombre de trois, même en dehors de la chair, parce que les Védas donnent à l'esprit, outre les rudiments de l'intelligence et ceux du sentiment, les rudiments organiques imprégnés de la force vitale, tandis que le spiritisme relègue la force vitale dans l'enveloppe charnelle.

Cette enveloppe, dit le spiritisme, est d'une matière plus ou moins épaisse, selon le degré de réhabilitation auquel l'esprit est parvenu. C'est vraiment Porphyre qui parle, interprétant et étendant Platon, qui lui-même continuait Manou ; c'est Porphyre, aux yeux de qui la subtilité croissante des corps, proportionnelle aux progrès de l'expiation, détermine la hiérarchie des êtres supérieurs, héros, demi-dieux ou anges. Que disons-nous ? Les instructeurs invisibles de M. Allan Kardec n'auraient pas eu besoin de converser dans les airs avec l'esprit de Porphyre pour en savoir si long ; ils n'avaient qu'à causer quelques instants avec M. Pierre Leroux, plus facile probablement à rencontrer, ou encore avec Fourier107.

L'inventeur du Phalanstère aurait été flatté de leur apprendre que notre âme revêtira un corps de plus en plus éthéré à mesure qu'elle traversera les huit cents existences (chiffre rond) auxquelles elle est destinée.

.... Le spiritisme a aussi adopté, sur la progression et le résultat des épreuves, une solution qui, semblable à certaine maxime, n'est pas neuve ; mais est consolante. Suivant lui, l'épuration des âmes est plus ou moins rapide, mais continue. Jamais elle ne s'arrête, jamais elle ne recule.

Ce dogme est en opposition avec celui des Indiens et des Platoniciens, où la réincarnation a lieu dans un corps plus parfait ou moins parfait, suivant que l'âme s'est amendée ou s'est révoltée dans l'existence précédente ; mais il ressemble fort à celui de M. Pierre Leroux, pour qui les manifestations de la vie universelle, auxquelles il ramène la vie de l'individu, ne sont à chaque nouvelle existence qu'une étape de plus vers le progrès.

Nous pourrions ainsi reprendre un à un tous les points de la doctrine révélée à M. Allan Kardec, qu'il s'agisse des apparitions, des évocations, des actes, des paroles, des jeux puérils ou des solennelles prédictions des esprits, et les rendre à leur véritable origine dans maint système philosophique et dans les pratiques les plus connues des sciences occultes. A défaut de cette recherche qui serait longue et superflue, nous terminerons par une remarque générale, qui pourra servir à apprécier la manière dont s'établissent souvent les convictions et peuvent se propager les rêveries les plus bizarres.

C'est dans le monde catholique que le spiritisme trouve surtout créance. Or, le spiritisme est la négation même du dogme catholique. Il n'admet pas la chute originelle ; il croit que l'espèce humaine n'a pas commencé par un seul homme, et qu'Adam, quand il est né, s'est trouvé immédiatement en nombreuse compagnie ; il rejette l'existence de démons, en tant qu'êtres perpétuellement méchants et malfaisants à ses yeux, l'enfer et le paradis ne sont que des figures, et « la localisation absolue des lieux de peines et de récompenses n'existe que dans l'imagination de l'homme » il professe qu'il existe des hommes semblables à nous, voués à l'expiation comme nous, dans toutes les planètes, où à coup sûr la semence du Christ n'a pu tomber ; enfin, par son dogme de la réincarnation et de l'épuration continue, il écarte cette perspective immédiate de peine ou de rémunération éternelle que le catholicisme nous ouvre au seuil même de la tombe.

Qu'on veuille bien nous excuser d'avoir traité avec quelque sérieux un sujet aussi étrange.

De pareilles rêveries sont plus dangereuses qu'elles ne le paraissent et nous sommes convaincu qu'il ne faudrait pas en entretenir longtemps une population un peu tendre à la superstition pour ramener le beau temps du sabbat, car si le spiritisme rejette la possession et nie l'existence du vrai démon, ainsi qu'on la vu, il accepte et est forcé d'accepter le délaissement momentané du corps par l'âme, qui est la condition essentielle et suffisante du vagabondage nocturne et des promenades à travers les airs sur des manches à balai. »
Nous aurions voulu abréger plus que nous l'avons fait l'extrait qu'on vient de lire du travail du Dr Dechambre, mais il nous a semblé que ce document aurait perdu beaucoup de sa valeur si nous l'avions réduit à une plus simple expression. En outre, au point de vue de l'exposé de la doctrine d'Allan Kardec, il présente cet avantage de la faire connaître au lecteur en termes meilleurs que ceux que nous aurions pu employer.

A vrai dire, nous ne sommes pas loin de partager l'avis de Dechambre sur beaucoup de points : nous avons, entre autres, la même opinion en ce qui concerne l'ancienneté des pratiques occultes et des phénomènes spiritualistes provoqués. Mais que l'on veuille bien faire attention à deux choses essentielles :

1° Dechambre n'a tenté aucune expérience personnelle, pour s'assurer, non pas de la doctrine déduite des faits spirites, mais de ces faits eux-mêmes. (Du moins il n'en cite aucune.)

2° Aussi ne discute t-il pas les phénomènes ; il en parle sur le ton de la plaisanterie et du doute, mais il ne les nie pas.

C'est une lacune regrettable que ce manque d'expérimentation et il eût été heureux pour la Science qu'un savant aussi distingué se fût préoccupé de ce côté important de la question.

Si Dechambre ne se prononce en aucune façon sur la valeur, la réalité des phénomènes qui sont la base du spiritisme, deux de ses collaborateurs, ont été bien loin d'imiter sa sage réserve. Lorsqu'on n’a pas examiné les faits à la lueur de l'expérience, il est élémentaire, surtout s'il n'y a aucun point de comparaison entre eux et les faits connus, de ne pas se prononcer à leur sujet. C'est ce que n'ont pas cru devoir faire MM. L. Hahn et L. Thomas.

L'article que ces auteurs ont écrit dans le dictionnaire de Dechambre108 ne signale aucun essai d'expérience originale. Ils n'ont nullement cherché à voir, ce qui ne les empêche pas de déclarer qu'aucun fait spirite n'existe ailleurs que dans l'imagination des dupes faites par les médiums. Ils commencent leur article en déclarant que si le dictionnaire où ils écrivent, au lieu d'être un compendium de médecine, était un recueil de jurisprudence comme le dictionnaire de Dalloz, par exemple, il faudrait chercher la matière spirite à l'article « Escroquerie ». Ainsi qu'on le voit, ces messieurs n'y vont pas par quatre chemins ; comme l'article est tout récent et par conséquent bien postérieur à l'époque où Dechambre écrivait sur le sujet dans la Gazette hebdomadaire, on peut juger du progrès accompli.

Après ce préambule, on eût pu mettre un point terminal, néanmoins les auteurs associés n'ont pas voulu traiter leur homme avec une aussi cavalière désinvolture, et ils ont consenti à « prendre momentanément le spiritisme au sérieux ». Mais cela ne dure pas longtemps, car au bout de quelques pages où se trouvent exposés les principales lignes de la question et l'avis d'auteurs qui n'ont pas expérimenté plus qu'eux, MM. L. Thomas et L. Hahn résument leur opinion dans une conclusion des plus « roides » : «Les fidèles, écrivent-ils, sont des naïfs de bonne foi ; les habiles s'en servent pour appeler le public et se faire sans grands efforts un revenu vraiment sérieux ».

L'ouvrage de Crookes est cependant signalé dans la bibliographie de l'article dont nous parlons, mais les auteurs ne parlent pas des expériences de cet illustre savant. Ils ont préféré s'en tenir à l'aventure des frères Davenport et au procès Buguet dont nous avons parlé plus haut. M. Hahn et son collaborateur peuvent, après tout, avoir raison mais nous, qui ne voulons pas nous payer de mots, nous exigeons autre chose que la formule arbitraire d'une opinion personnelle ; il nous faut des faits, des expériences, sans quoi nous repousserions impitoyablement l'avis des savants de la terre entière.

Paragraphe IV



Il y a quelques mois, un des journaux scientifiques les plus sérieux de notre pays, la Revue scientifique, dirigée par un savant très distingué, M. le Dr Richet, agrégé de la Faculté de médecine, s'occupait d'un phénomène revendiqué par le spiritualisme moderne comme étant une manifestation des esprits. Nous voulons parler de la lévitation ou enlèvement des corps, contrairement en apparence à la loi de la gravitation. L'article109, signé par le commandant de Rochas, examinait ces phénomènes et, entre autres, certaines observations de M. William Crookes que nous étudierons nous-mêmes en détail plus loin. M. le Dr Richet crut devoir dégager sa responsabilité en ajoutant quelques notes à l'article en question, dont il autorisait la publication sous toutes réserves, et en traitant précisément la lévitation d' « invraisemblable ».

Presque en même temps, dans un autre journal110, faisant allusion à d'autres faits spirites au sujet desquels il avait fait antérieurement une communication à la Société de psychologie physiologique, M. Richet s'exprimait ainsi : « On trouve depuis quelque temps dans quelques journaux américains, anglais et russes, des récits d'une fantaisie tout à fait extraordinaire, sur les apparitions, les fantômes, les revenants. Ces histoires sont racontées avec un grand luxe de détails et il ne paraîtra pas déplacé ici d'en prendre quelque souci ».

Trois hypothèses se présentent et nous ne voyons guère qu'on puisse en formuler d'autres.

On peut supposer :

1° Que ce sont des récits mensongers ;

2° Qu'il s'agit d'apparitions véritables ;

3° Qu'il s'agit d'hallucinations sans réalité objective ».

M. Charles Richet constate que la première hypothèse, bien qu'étant la plus simple, n'est guère admissible. Peut-être dans le nombre des récits y en a-t-il qui sont faits par des fourbes, mais M. Richet se refuse à admettre que des personnes distinguées, occupant une situation scientifique et sociale tout à fait supérieure, d'une moralité qui paraît en dehors de tout soupçon, se soient concertées de toutes parts pour raconter des faits mensongers et débiter avec assurance des impostures sans aucun profit, et il conclut qu' à moins de tomber dans une évidente exagération de scepticisme, on ne peut supposer qu'il n'y ait là que des mensonges.

Examinant la deuxième hypothèse qui est celle d'apparitions véritables, c'est-à-dire de fantômes existant réellement, M. Richet continue : « Il s'agirait d'une forme quelconque de la matière, forme jusqu'à présent inconnue et ayant une réalité objective. Mais quoiqu'il soit nécessaire d'être toujours très prudent dans la négation, aucune démonstration vraiment scientifique n'a pu être donnée de cette réalité des apparitions. Il faudrait absolument constater une action sur les objets inanimés, par exemple, une impression photographique ou un déplacement d'objet matériel, constaté par plusieurs personnes dans des conditions scientifiques irréprochables ».

Nous souscrivons pleinement à un raisonnement marqué d'un si haut esprit scientifique ; c'est là évidemment le langage d'un vrai savant : M. Richet ne veut rien admettre... ni repousser à priori, il lui faut des faits : nous sommes d'accord. En présence des expériences publiées par Crookes, M. Richet est donc placé devant le dilemme suivant : adopter sa première hypothèse ou la deuxième — mensonge ou réalité — car M. Crookes dit avoir enregistré les faits de déplacement d'objets à l'aide d'instruments de précision, il les a fait constater également par plusieurs personnes, et de plus, il dit avoir obtenu des empreintes photographiques d'objets ou plutôt de personnes formées transitoirement, c'est-à-dire de formes de fantômes, d'apparitions ou d'ombres.

Il est impossible, en effet, d'appliquer aux faits de M. Crookes la troisième hypothèse de M. Richet : l'hallucination — même collective, — car en admettant que cinq, six, huit personnes111 aient été prises simultanément d'hallucination, on ne saurait admettre que les appareils enregistreurs et les plaques photographiques de M. Crookes aient été hallucinés. Si donc M. Richet a foi dans M. Crookes — et la vie de ce dernier proteste entièrement en sa faveur — le voilà dans la nécessité de se prononcer sur la réalité des apparitions, puisqu'il dit attendre que la preuve de l'impression photographique ait été donnée pour « affirmer quoi que ce soit sur la réalité des ombres », et que cette preuve a été fournie par M. Crookes.

Nous devons reconnaître, par égard pour la vérité, que malgré les exemples choisis avec tact par M. Richet, sa troisième hypothèse ne nous satisfait pas ; en voici la conclusion : « Si donc on parvient à démontrer qu'à l'état normal, chez des intelligences irréprochables, il y a parfois hallucination complète, on aura donné l'explication la plus vraisemblable des apparitions et on aura réduit à néant les histoires d'apparitions et de fantômes qui se trouvent dans des recueils scientifiques. »

Loin d'avoir la pensée d'écarter la possibilité des hallucinations dans cette sorte d'affaire, nous l'admettons pleinement au contraire ; mais les faits dont nous avons lu le récit ou que nous avons vus ne laissent pas de place dans l'esprit pour la dernière hypothèse de M. Richet, nous préférons nous en tenir aux deux premières : nous verrons laquelle des deux nous devrons choisir.

Mais il nous semble que M. Richet en sait plus long qu'il ne veut le laisser paraître ; c'est un chercheur trop consciencieux pour s'en tenir à des à peu près. Seulement, en sa qualité de physiologiste éminent, il sait qu'il faut procéder à l’égard des esprits non préparés comme avec l'estomac des enfants : on doit graduer la résistance des substances qu'on leur donne à digérer. En mettant la question en évidence, il prépare les réceptacles cérébraux de ses contemporains ; les aliments légers qu'il nous présente en ce moment faciliteront l'assimilation des choses dures que nous allons avoir à digérer bientôt. Il est bon de ne pas tout dire du premier coup et comme brutalement.

Paragraphe V



D'autres savants dans ces dernières années ont étudié, dans les livres, les actes du spiritisme et en ont fait une critique amère. Nous ne voulons pas mettre sous les yeux de nos lecteurs ces « pièces de notre dossier », parce que nous les considérons et tous les hommes impartiaux dont l'esprit se règle sur les lois de la science positive les considérerons comme étant sans valeur dans l'espèce : il leur manque la partie essentielle, celle exigée avant tout par la méthode expérimentale, c'est-à-dire une observation exacte de faits spontanés ou provoqués.

Nous reconnaissons que tout cela est parfaitement inédit pour la plupart d'entre nous, c'est pourquoi, n'ayant pas entendu parler de toutes ces choses contre lesquelles nous sommes prévenus parce que notre éducation scientifique n'a pas été dirigée dans leur sens, nous ne pouvons nous décider à les admettre.

Si le hasard nous avait fait naître sauvages, dans une île des tropiques, et qu'un de nos consulaires, au retour d'un voyage en France, par exemple, vint nous dire que dans ce pays, il arrive que la pluie, au lieu de tomber dru, descend parfois doucement comme des flocons de duvet bien blanc sur le sol où elle s'accumule en couches épaisses et qu'on appelle cela de la neige, nous serions dans le cas d'accuser notre voyageur d'imposture parce que rien jusqu'alors n'aurait pu nous donner une idée de cette chose nouvelle pour nous : nous serions excusables parce que nous serions des sauvages mais que penser des hommes civilisés, des savants, qui se hâtent de repousser dédaigneusement les faits qu'on leur présente sans consentir à les honorer du plus petit examen, sous ce prétexte inacceptable que ces faits n'ont pas place dans le cadre de ceux qu'ils sont habitués à constater ?

Encore une fois, que nous le voulions ou non, nous n'empêcherons pas ce qui est d'être, et quand nous nous arracherions tout à la fois le tympan et les yeux nous n'empêcherions, ni les vibrations sonores d'exister, ni la lumière d'éclairer le monde. Voulons-nous, au contraire, faire un bon emploi de notre raison : examinons d'abord et nous nous prononcerons ensuite en connaissance de cause.

Avant de nous mettre à l'étude du sujet traité dans ce livre, nous pensions sur certains faits attribués au spiritisme que ces faits n'étaient pas ce qu'on les disait être et, pour tout dire, nous n'admettions que deux des trois hypothèses de M. Richet : les personnes qui affirmaient ces phénomènes ne pouvaient être que des hallucinés ou des imposteurs. Mais un changement notable se produisit dans notre manière de voir quand nous eûmes lu les articles de Crookes ; la deuxième hypothèse de M. Richet commença à se faire peu à peu une place dans notre esprit, nous nous dîmes qu'il était impossible qu'un tel homme eût été halluciné aussi longtemps. Quant à admettre qu'il ait voulu nous tromper, l'idée ne nous en est même pas venue.

D'autre part, avec les précautions dont il s'est entouré, il n'aurait pu être lui-même trompé constamment. Quoi, alors? est-ce que par hasard ces faits seraient tels que M. Crookes et tant d'autres l’ont raconté ? Observons, expérimentons, nous sommes-nous dit, et nous verrons.
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