PRÉface








télécharger 0.71 Mb.
titrePRÉface
page10/24
date de publication19.05.2017
taille0.71 Mb.
typeDocumentos
b.21-bal.com > loi > Documentos
1   ...   6   7   8   9   10   11   12   13   ...   24

CHAPITRE VIII - DES FRAUDES EN MATIÈRE DE SPIRITISME




Paragraphe I



Ainsi que nous avons eu l'occasion de le dire, il n'est pas de matière qui prête autant à la frau­de que celle dont nous nous occupons ici. Allan Kardec lui-même a stigmatisé, dans son « Livre des Médiums », les artifices des charlatans et des jongleurs qui veulent singer les phénomènes du spiritisme. Après avoir fulminé contre les mé­diums mercenaires qui exploitent leur faculté et passent outre, dans l'intérêt de la caisse, quand cette faculté cesse de se manifester car elle est sujette à des fluctuations, Allan Kardec déclare qu'il ne se sent pas ému par les haines qu'il soulèvera en faisant ces révélations sur les mar­chands du temple spirite, et il se console en pen­sant modestement que « les marchands chassés du temple par Jésus ne devaient pas non plus le voir d'un bon œil ».

Les farces qui ont été jouées, avec le spiritisme pour prétexte, sont innombrables. II est dit que le vulgaire sera toujours trompé ; d'abord il le veut : valgus vult decipi ! Le genre humain se composera toujours, sur cette terre du moins, d'hommes qui ne se contenteront jamais de la vérité vraie ; c'est une vérité habillée chez leur tailleur qu'il leur faut. Pour s'en rendre compte il suffit d'assister, passif, à quelques séances intimes de différents cercles spirites aidés d'un médium plus ou moins fort. Ces cercles se com­posent d'individus de toutes classes. Un petit in­cident vient-il à se produire ? la table a-t-elle cra­qué ? une dame croit-elle avoir été touchée sur un point quelconque de son corps ? vite on se pâme, on pleure d'aise et on entend la voix discrète d'une personne émue dire avec componction : « Ah! merci, cher Esprit! »

Il est facile de comprendre que les hommes sé­rieux aient eu de la répugnance à s'occuper de phénomènes qu'il fallait dégager d'une gangue aussi épaisse de crédulité béate. Il est encore plus facile de concevoir quel appât un pareil public peut offrir aux fabricants de miracles en cham­bre. Aussi, les, jongleries à trucs enfantins doi­vent s'exécuter en toute sécurité dans ce monde, où l'on consent à laisser le thaumaturge ou l'évocateur opérer dans l'ombre, dans son propre appartement, pendant que les assistants se tiennent par la main en chantant des refrains d'un goût plus ou moins douteux : histoire de favoriser la détermination du phénomène !

Nous avons entendu dire, par des personnes dignes de foi, que dans l'Amérique du Nord on vend des « plumes médianimiques » pour obtenir soi-même l’écriture automatique ! Il n'y a que les Américains pour savoir tout industrialiser.

Parmi les fraudes retentissantes dont les auteurs ont été pris flagrante delicto, quelques-unes ont défrayé les Parisiens qui s'en souviennent encore. En première ligne, on peut citer l'aventure des frères Davenport qui, se présentant comme médiums, donnaient des séances en ville et, grisés par leurs succès, osèrent, pour leur malheur, se montrer devant le grand public.

Le jour de leur déconfiture fut marqué par un beau vacarme qui eut lieu, à la salle Herz, vers la mi-septembre de l'année 1865, et qu'un témoin oculaire raconte, en ces termes, dans un journal de l'époque101 :
«Nous avons assisté avant-hier soir à la première séance publique donnée à la salle Herz par les frères Davenport, et le respect de la vérité nous oblige à dire que nous n'avons jamais été témoin d'un échec aussi complet ; nous allons résumer en quelques mots les principales phases de cette triste et tumultueuse soirée : Après une annonce trop longue et un peu diffuse faite par un régisseur dont nous ignorons le nom, les frères Davenport ont paru et ont été s'asseoir dans leur mystérieux cabinet placé au milieu de l'estrade. Il s'agissait de les attacher. Deux jeunes gens qui, nous a-t-on dit, faisaient partie de l'orchestre se sont offerts pour cette besogne ; mais le public a protesté avec énergie et d'une voix unanime.

M. le comte Clary, et M. Henri de Pêne, rédacteur en chef de la Gazette des Étrangers, ont été priés de visiter l'armoire et d'examiner de près les expériences. Après eux est monté sur l'estrade M. Duchemin, ingénieur, qui a attentivement examiné les dispositions intérieures du cabinet, et a solidement attaché les frères Davenport.

« Messieurs, a-t-il dit, quand il a eu terminé, je déclare qu'il est impossible de dénouer les noeuds que je viens de faire. Il faudrait pour cela un instrument tranchant. » Applaudissements prolongés.

Les portes du cabinet se ferment, le gaz s'éteint (sur l'estrade seulement) et aucun phénomène ne se produit ; les instruments de musique dont les médiums sont entourés restent parfaitement muets. Des murmures se font entendre, puis des cris, des sifflets, des interpellations. Enfin, après une longue attente, les portes du cabinet se rouvrent, et l’on voit l'un des frères Davenport libre de tout lien. La corde dont il était attaché traîne à ses pieds.

— « Cela n'est pas possible ! s'écrie M. Duchemin, qui a repris sa place. Je veux voir la corde. »

On la lui passe aussitôt, et il déclare que ce n'est pas la même. Cris, trépignements, vociférations. Le tumulte est à son comble.

Les portes se referment encore et assez longtemps après, le second frère se détache à son tour. Il sort du cabinet au milieu d'un vacarme sans nom. Le régisseur annonce, par une pantomime désespérée, qu'il voudrait bien dire quelque chose. Le silence se rétablit. « Messieurs, dit-il, les frères Davenport vont s'attacher eux-mêmes. » Explosion de rires ironiques le bruit redouble ; tout le monde se lève.

Cependant, les frères Davenport rentrent dans leur logette ; on ferme les portes, et bientôt ils se montrent attachés sur leurs sièges. Alors un monsieur monte sur l'estrade, s'approche du cabinet, et saisissant la travée autour de laquelle s'enroulent les cordes :

« Tenez, messieurs, s'écrie-t-il, voici la supercherie : cette travée est mobile. »

Et la sortant aisément de ses rainures, il la montre au public, et en fait tomber les cordes.

Cette découverte est le signal d'une véritable débâcle. Soixante ou quatre-vingts personnes se précipitent sur l'estrade ; on crie, on siffle, on monte sur les banquettes. C'est un tapage comme il n'y en a jamais eu de semblable ni au Lazary ni à l'Odéon.

Au lieu de protester contre cette découverte, au lieu de montrer que la traverse de l'autre portière était fixe et qu'un effort violent avait pu seul détacher celle de droite, les frères Davenport se sont sauvés, abandonnant l'armoire et l'estrade.

Le tumulte est alors à son comble ; la foule envahit de tous côtés l'estrade. Des sergents de ville, au nombre de cinq ou six, s'efforcent, mais en vain, de rétablir l'ordre. Enfin, M. le commissaire de police paraît et prononce, au milieu du brouhaha toujours grossissant, ces paroles consolantes :

« Messieurs, on va vous rendre votre argent. »

C'est effectivement ce qui a eu lieu. Tous les spectateurs sont allés à la caisse se faire rembourser.

Tel est le résumé rapide, mais exact, de cette séance qui, au dire de bien des gens, devait être une révélation, et qui n'a été, hélas ! qu'une mystification. »
Une découverte scandaleuse comme celle-là n'était pas faite pour relever les affaires de la spiritomanie, et beaucoup de personnes sentirent leur zèle se ralentir ou leurs doutes augmenter. Bref, l'aventure jeta un grand froid à l'égard du spiritisme.

Paragraphe II



On commençait à oublier les frères Davenport, lorsque, en 1875, sous le gouvernement du maréchal de Mac-Mahon, un autre grand coup fut porté au spiritisme. Nous voulons parler du procès Buguet. On dit que l'influence cléricale n'a pas été étrangère à ce procès, par lequel on se proposait d'anéantir un concurrent gênant en expectative, mais qui, malgré tout, ne s'en porte pas plus mal aujourd'hui.

Le Dr Huguet, qui a servi de témoin dans cette affaire, a écrit une brochure où il cite, du plaidoyer de Me Craquelin, un mot des plus sévères, véritable soufflet appliqué sur d'autres joues que celles de Buguet. En parlant de ce dernier, Me Craquelin a prononcé les paroles suivantes qui seraient bien graves si elles n'avaient été prononcées à la barre : « En dehors de cette enceinte, on dit qu'il est vendu ! »

On sait de quoi il retourne : Buguet prétendait photographier, en même temps que ses clients, un esprit qu'il évoquait. L'esprit apparaissait derrière la photographie naturelle sous une forme plus ou moins nébuleuse. La justice s'en mêla, Buguet fut poursuivi et ses instruments saisis. Devant le tribunal on étala des pièces à conviction : des poupées, des mannequins, etc. ; Buguet avoua tout ce qu'on voulut : jamais on n'avait vu d'accusé aussi prévenant ! Des fidèles (non des moins distingués) dupés, dit-on, par l'habile photographe, persistèrent, néanmoins, dans leur foi aux photographies fantômes, dans lesquelles ils déclaraient reconnaître telle ou telle personne défunte de leur famille.

Le jugement rendu dans cette affaire frappa, en même temps que Buguet, M. Leymarie, gérant de la Revue spirite. Il paraîtrait que c'était surtout ce dernier qu'on visait dans cette affaire. Aux yeux des spirites, M. Leymarie est un martyr de leur foi. Voilà ce que produisent invariablement les persécutions. Quoi qu'il en soit, le Dr Huguet, qui avait suivi de près les expériences de Buguet, disait au tribunal : « Loin de le croire de connivence avec M. Buguet, M. Leymarie nous sembla toujours rechercher si Buguet employait un stratagème afin de le dévoiler » et dans sa brochure102 il dit encore : « Que M. Leymarie ait été trompé par Buguet, c'est évident, au dire de Buguet lui-même. Mais que M. Leymarie ait connu la fraude, qu'il l'ait encouragée, loin de la dévoiler, c'est ce que nous ne pouvons croire... Une solidarité ne peut exister entre Leymarie trompé par Buguet et Buguet trompant Leymarie. »

La lumière n'est pas faite encore au sujet de ce procès.

La preuve d'une supercherie ne saurait nous surprendre ; nous l'avons déjà dit, le sujet s'y prête malheureusement trop. Mais que prouvent les jongleries ? La Médecine n'a-t-elle pas ses charlatans, la Science ses faux dévots et la Banque de France les faussaires qui imitent ses billets ! De ce qu'un phénomène est imité cela détruit-il ce phénomène ?

Nous ne voulons donc pas tirer cette déduction de quelques fraudes qu'il y a fraude partout et toujours.

Mais nous serons méfiants.
1   ...   6   7   8   9   10   11   12   13   ...   24

similaire:

PRÉface iconPreface

PRÉface iconPreface (2 pages) introduction

PRÉface iconPreface et objectifs du document 1

PRÉface iconEssai préface de Vittorio prodi

PRÉface iconSommaire Préface de Sylvie Simon

PRÉface iconPréface : L’idéal éducatif du collégien

PRÉface iconPreface a l'edition allemande de 1872

PRÉface iconPRÉface
«métapsychiques» a fait de remarquables progrès en France surtout du côté physiologique, et, pourrait-on dire, scientifique

PRÉface iconPréface
«La prise en compte des dimensions linguistiques de toutes les matières scolaires : équité et qualité en éducation»

PRÉface iconSommaire Préface : Un peu d’histoire Introduction : Présentation des Actes du Congrès
«L’homme est le meilleur ami de la femme, à condition que l'un comme l'autre apprennent à se faire respecter.»








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
b.21-bal.com