Résumé du Père Emmanuel








télécharger 210.05 Kb.
titreRésumé du Père Emmanuel
page5/8
date de publication18.10.2016
taille210.05 Kb.
typeRésumé
b.21-bal.com > loi > Résumé
1   2   3   4   5   6   7   8

« Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes » (Ac 5, 29) : la loi civile et la loi morale

68. On considère souvent que la vie de celui qui n'est pas encore né ou de celui qui est gravement handicapé n'est qu'un bien relatif : selon une logique des proportionnalités, elle devrait être comparée avec d'autres biens et évaluée en conséquence. Et l'on estime aussi que seul celui qui est placé dans une situation concrète et s'y trouve personnellement impliqué peut effectuer une juste pondération des biens en jeu ; il en résulte que lui seul pourrait décider de la moralité de son choix. Dans l'intérêt de la convivialité civile et de l'harmonie sociale, l'État devrait donc respecter ce choix. Dans d'autres circonstances, on considère que la loi civile ne peut exiger que tous les citoyens vivent selon un degré de moralité plus élevé que celui qu'eux-mêmes admettent et observent. Dans ces conditions, la loi devrait toujours refléter la volonté de la majorité. On se demande si défendre une loi concrètement non applicable ne revient pas à miner l'autorité de toute autre loi.

69. L'opinion s'est largement répandue que l'ordre juridique d'une société ne devrait reposer que sur ce que la majorité reconnaît comme étant moral. Le respect de la liberté des citoyens exigerait que, au niveau de la législation, on reconnaisse l'autonomie de la conscience des individus et qu’en établissant les normes nécessaires à la convivialité dans la société, on se conforme exclusivement à la volonté de la majorité. On observe donc deux tendances en apparence diamétralement opposées. D'une part, les individus revendiquent pour eux-mêmes la plus entière autonomie morale de choix et demandent que l'État s'en tienne à garantir à la liberté de chacun le champ le plus étendu possible, avec pour seule limitation de ne pas empiéter sur le champ de l'autonomie à laquelle tout autre citoyen a droit également. D'autre part, on considère que, dans l'exercice des fonctions publiques et professionnelles, le respect de la liberté de choix d'autrui impose à chacun de faire abstraction de ses convictions pour se mettre au service de toute requête des citoyens, reconnue par les lois, en admettant pour seul critère moral ce qui est déterminé par ces mêmes lois. Dans ces conditions, la responsabilité de la personne se trouve déléguée à la loi civile, cela supposant l'abdication de sa conscience

31

morale au moins dans le domaine de l'action publique.

70. La racine commune de toutes ces tendances est le relativisme éthique. Beaucoup le considèrent comme une condition de la démocratie, parce que seul il garantirait le respect mutuel des personnes et l'adhésion aux décisions de la majorité. Mais la problématique du respect de la vie fait précisément apparaître les contradictions, accompagnées de terribles conséquences concrètes, qui se cachent derrière cette conception. Il est vrai que dans l'histoire on enregistre des cas où des crimes ont été commis au nom de la « vérité ». Mais, au nom du « relativisme éthique », on commet des crimes non moins graves et des dénis non moins radicaux de la liberté. La démocratie ne peut devenir un substitut de la moralité. Fondamentalement, elle est un instrument et non pas une fin. Son caractère moral dépend de sa conformité à la loi morale, dans ses fins poursuivies et ses moyens utilisés. Le consensus presque universel sur la valeur de la démocratie est un « signe des temps » positif. Mais la valeur de la démocratie dépend des valeurs qu'elle incarne et promeut : sont certainement fondamentaux et indispensables le respect des droits de la personne humaine ainsi que la reconnaissance du « bien commun » comme fin et comme critère régulateur de la vie politique. Le fondement de ces valeurs ne peut se trouver que dans la reconnaissance d'une loi morale objective qui, en tant que « loi naturelle » inscrite dans le cœur de l'homme, est une référence normative pour la loi civile. Lorsque le scepticisme en viendrait à mettre en doute jusqu'aux principes fondamentaux de la loi morale, c'est le système démocratique qui serait réduit à un simple mécanisme de régulation empirique d'intérêts divers et opposés. Certains pourraient penser que, faute de mieux, son rôle aussi devrait être apprécié en fonction de son utilité pour la paix sociale. Cependant sans un ancrage moral objectif, la démocratie elle-même ne peut pas assurer une paix stable. Même dans les régimes de participation, en effet, la régulation des intérêts se produit fréquemment au bénéfice des plus forts, car ils sont les plus capables d'agir non seulement sur les leviers du pouvoir mais encore sur la formation du consensus.

71. Pour le développement d'une saine démocratie, il est urgent de redécouvrir l'existence de valeurs humaines et morales, qui découlent de la vérité même de l'être humain et qui protègent la dignité de la personne. Dans ce contexte, il faut reprendre les éléments

32

fondamentaux de la conception des rapports entre la loi civile et la loi morale, tels qu'ils sont proposés par l'Église, mais qui font aussi partie des grandes traditions juridiques de l'humanité. Le rôle de la loi civile est certainement différent de celui de la loi morale et de portée plus limitée. C'est pourquoi la loi civile ne peut se substituer à la conscience, ni régler ce qui échappe à sa compétence qui consiste à assurer le bien commun des personnes, par la reconnaissance et la défense de leurs droits fondamentaux, la promotion de la paix et de la moralité publique. C'est pourquoi celle-ci doit assurer en premier lieu à tous les membres de la société le respect du droit inviolable à la vie de tout être humain innocent. « La mission essentielle de toute autorité politique est de protéger les droits inviolables de l'être humain. C'est pourquoi, si les pouvoirs publics viennent à méconnaître les droits de l'homme, non seulement ils manquent au devoir de leur charge, mais leurs dispositions sont dépourvues de toute valeur juridique. »

72. La doctrine sur la nécessaire conformité de la loi civile avec la loi morale est aussi en continuité avec toute la tradition de l'Eglise : « L'autorité, exigée par l'ordre moral, émane de Dieu. Si donc il arrive aux dirigeants d'édicter des lois ou de prendre des mesures contraires à cet ordre moral et par conséquent, à la volonté divine, ces dispositions ne peuvent obliger les consciences... Bien plus, en pareil cas, l'autorité dégénère en oppression ». Selon saint Thomas d'Aquin, «La loi humaine a raison de loi en tant qu'elle est conforme à la raison droite ; à ce titre, il est manifeste qu'elle découle de la loi éternelle. Mais, dans la mesure où elle s'écarte de la raison, elle est déclarée loi inique et, dès lors, elle est plutôt une violence, une corruption de la loi ». La plus immédiate des applications de cette doctrine concerne la loi humaine qui méconnaît le droit fondamental et originel à la vie qui appartient à tout homme dans le cas de l'avortement. On pourrait objecter que tel n'est pas le cas de l'euthanasie lorsqu'elle est demandée en pleine conscience par le sujet concerné. Mais un Etat qui légitimerait cette demande en arriverait à légaliser un cas de suicide-homicide, à l'encontre des principes fondamentaux de l'indisponibilité de la vie et de la protection de toute vie innocente. La méconnaissance du droit à la vie, précisément parce qu'elle conduit à supprimer la personne que la société a pour raison d'être de servir, est ce qui s'oppose le plus directement et de manière irréparable à la possibilité
33

de réaliser le bien commun. Par suite lorsqu'une loi civile légitime l'avortement ou l'euthanasie, du fait même, elle cesse d'être une vraie loi civile, qui oblige moralement.

73. Des lois de cette nature entraînent une obligation grave et précise de s'y opposer par l'objection de conscience. Dès les origines de l'Eglise, la prédication apostolique a enseigné aux chrétiens le devoir d'obéir aux pouvoirs publics légitimement constitués, mais elle a donné en même temps le ferme avertissement qu'« il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes ». Dans l'Ancien Testament, au sujet des menaces contre la vie, nous trouvons un exemple significatif de résistance à un ordre injuste de l'autorité. Les sages-femmes des Hébreux s'opposèrent au pharaon, qui avait ordonné de faire mourir tout nouveau-né de sexe masculin. Car elles  craignirent Dieu. Seule l'obéissance à Dieu peut faire naître le courage de résister aux lois injustes des hommes. Dans le cas d'une loi intrinsèquement injuste, il n'est donc jamais licite de s'y conformer, « ni de participer à une campagne d'opinion en faveur d'une telle loi, ni de donner à celle-ci son suffrage ». Un problème de conscience pourrait se poser dans les cas où un vote parlementaire se révélerait déterminant pour favoriser une loi destinée à restreindre le nombre des avortements autorisés, pour remplacer une loi plus permissive déjà en vigueur. On observe le fait que, tandis que dans certaines régions du monde les campagnes se poursuivent pour introduire des lois favorables à l'avortement, dans d'autres pays au contraire se manifestent les signes d'une nouvelle réflexion. Dans ce cas, il est évident que, lorsqu'il ne serait pas possible d'abroger une loi permettant l'avortement, un parlementaire, dont l'opposition personnelle absolue à l'avortement serait connue de tous, pourrait licitement apporter son soutien à des propositions destinées à limiter les préjudices d'une telle loi et à en diminuer les effets négatifs sur le plan de la culture et de la moralité publique. Cette tentative légitime d'en limiter les aspects injustes est même un devoir.

74. Face à des législations iniques, les hommes justes ont le devoir d'affirmer leur droit à n'être pas contraints de participer à des actions moralement mauvaises. Les choix qui s'imposent sont parfois douloureux et peuvent demander de sacrifier des positions professionnelles confirmées ou de renoncer à des perspectives légitimes d'avancement de carrière. En d'autres cas, il peut se produire que l'accomplissement de certains actes en soi indifférents, ou même

34

positifs, prévus dans les dispositions de lois globalement injustes, permette la sauvegarde de vies humaines menacées. D'autre part, on peut cependant craindre à juste titre que se montrer prêt à accomplir de tels actes, non seulement entraîne un scandale et favorise l'affaiblissement de l'opposition nécessaire aux attentats contre la vie, mais amène insensiblement à s'accommoder toujours plus d'une logique permissive. Pour éclairer ce problème moral difficile, il faut rappeler les principes généraux sur la coopération à des actions mauvaises. Les chrétiens et tous les hommes de bonne volonté, sont appelés, en vertu d'un grave devoir de conscience, à ne pas apporter leur collaboration formelle aux pratiques qui sont en opposition avec la Loi de Dieu. En effet, du point de vue moral, il n'est jamais licite de coopérer formellement au mal. Cette coopération a lieu lorsque l'action accomplie se caractérise comme une participation directe à un acte contre la vie humaine innocente ou comme l'assentiment donné à l'intention immorale de l'agent principal. Pour les actes que chacun accomplit personnellement, il existe une responsabilité morale sur laquelle chacun sera jugé par Dieu. Refuser de participer à la perpétration d'une injustice est un devoir moral et aussi un droit humain élémentaire. Sinon la personne humaine serait contrainte à accomplir une action intrinsèquement incompatible avec sa dignité, et sa liberté en serait radicalement compromise. Il s'agit d'un droit essentiel qui devrait être prévu et protégé par la loi civile. Dans ce sens, la possibilité de se refuser à participer à la phase consultative, préparatoire et d'exécution d’actes contre la vie devrait être assurée aux médecins, au personnel paramédical et aux responsables des institutions hospitalières, des cliniques et des centres de santé. Ceux qui recourent à l'objection de conscience doivent être exempts de sanctions pénales et de quelque dommage que ce soit sur le plan légal, disciplinaire, économique ou professionnel.

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lc 10, 27) : « tu défendras » la vie

75. Les préceptes moraux négatifs, qui déclarent moralement inacceptable le choix d'une action déterminée, ont une valeur absolue dans l'exercice de la liberté humaine. Ils montrent que le choix de certains comportements est incompatible avec l'amour envers Dieu et avec la dignité de la personne : c'est pourquoi un tel choix ne peut pas être compensé par le caractère bon d'aucune intention ni d'aucune conséquence, il est en opposition avec la communion entre les

35

personnes, il contredit la décision fondamentale d'orienter sa vie vers Dieu. Les préceptes moraux négatifs ont déjà une fonction positive : le « non » qu'ils exigent inconditionnellement exprime la limite infranchissable en-deçà de laquelle l'homme libre ne peut descendre et il montre le minimum qu'il doit respecter et à partir duquel il doit prononcer d'innombrables « oui », en sorte que la perspective du bien devienne son unique horizon. Les commandements sont le point de départ et la première étape indispensables du chemin qui conduit à la liberté : « La première liberté, écrit saint Augustin, c'est donc de ne pas commettre de crimes... Quand un homme s'est mis à renoncer à les commettre, et c'est le devoir de tout chrétien de ne pas les commettre», il commence à être libre et s’oriente vers la liberté parfaite.

76. Le Dieu de l'Alliance a confié la vie de tout homme à son frère, selon la loi de la réciprocité de donner et de recevoir. Le Fils de Dieu a montré quelle hauteur et quelle profondeur peut atteindre cette loi de la réciprocité. Par le don de son Esprit, le Christ confère un sens et un contenu nouveaux à cette loi. L'Esprit, artisan de communion dans l'amour, crée entre les hommes une fraternité et une solidarité nouvelles, véritable reflet du mystère du don mutuel au sein de la Très Sainte Trinité. L'Esprit lui-même devient la loi nouvelle qui donne aux croyants la force de vivre le don de soi et l'accueil de l'autre.

77. Le chrétien comprend donc l'impératif d'aimer et de promouvoir la vie de tous ses frères, selon les exigences et la grandeur de l'amour de Dieu. Le commandement « tu ne tueras pas », même dans son contenu le plus positif de respect de la vie humaine, oblige tout homme. En effet, il retentit dans la conscience morale de chacun comme un écho ineffaçable de l'alliance originelle de Dieu avec l'homme ; il peut être connu de tous à la lumière de la raison et il peut être observé grâce à l'action mystérieuse de l'Esprit qui rejoint et entraîne tout homme.
CHAPITRE IV

C'EST À MOI QUE VOUS L'AVEZ FAIT

POUR UNE NOUVELLE CULTURE DE LA VIE HUMAINE
« Vous êtes le peuple qui appartient à Dieu, chargé d'annoncer ses merveilles » (cf. 1 P 2, 9) : le peuple de la vie et pour la vie

78. L'Eglise a reçu l'Evangile, comme une source de salut, de Jésus qui a envoyé les Apôtres l’annoncer dans le monde entier. « Evangéliser est,

36

en effet, la grâce et la vocation propre de l'Eglise, son identité la plus profonde. Elle existe pour évangéliser. » Par cette action globale et dynamique, l'Eglise participe à la mission prophétique, sacerdotale et royale du Seigneur Jésus. Cet acte profondément ecclésial met en jeu les ouvriers de l'Evangile, chacun selon ses charismes et son ministère.

79. Nous avons été sauvés par l'« auteur de la vie » au prix de son précieux sang et par le bain baptismal. Nous avons été insérés en lui, comme des branches qui tirent du même arbre leur sève et leur fécondité. Renouvelés par la grâce de l'Esprit, nous sommes « le peuple que Dieu s'est acquis pour proclamer ses louanges » sous la conduite du Fils de Dieu, source et modèle de l'amour. L'engagement au service de la vie exige l'action concertée et généreuse de toute la communauté chrétienne. Cependant, le devoir commun ne diminue pas la responsabilité individuelle, car c'est à chaque personne que s'adresse le commandement du Seigneur de « se faire le prochain » de tout homme.
1   2   3   4   5   6   7   8

similaire:

Résumé du Père Emmanuel iconNote liminaire, p. 2 Début, p. 9 Table des matières, p. 3 et p. 429...
«non pas seulement du nom mais des noms du père». Ce séminaire se réduira à une seule leçon du fait que le professeur

Résumé du Père Emmanuel iconEmmanuel Rinnert

Résumé du Père Emmanuel iconEmmanuel Desrosiers

Résumé du Père Emmanuel iconEmmanuel scotet

Résumé du Père Emmanuel iconEmmanuel scotet

Résumé du Père Emmanuel iconEmmanuel garcion@univ-angers fr

Résumé du Père Emmanuel iconLeçon cinq Le père Je Mourad est

Résumé du Père Emmanuel iconJournal Intime- je me dispute avec mon père

Résumé du Père Emmanuel iconEmmanuel girard progimed
«F» quand la demande est complète tous secteurs consolidés, à «P» ou «M» sinon

Résumé du Père Emmanuel iconL’engagement de prendre bénévolement en charge l’entretien, l’éducation...








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
b.21-bal.com