Note de lecture








télécharger 0.74 Mb.
titreNote de lecture
page9/20
date de publication16.05.2017
taille0.74 Mb.
typeNote
b.21-bal.com > loi > Note
1   ...   5   6   7   8   9   10   11   12   ...   20

Floric.

Président, un peu méfiant, regardait son interlocuteur par dessous les verres de ses lunettes. Il usait volontiers de cette habitude, presque un tic, depuis son départ de la Faculté. Ni les opérations de la cornée, ni les lentilles organiques de contact ne le tentaient. Il portait cet objet archaïque avec une certaine grâce et en abusait. Manipulateur Leraelaslom le regardait aussi, attendant une question précise. Il se sentait sans reproche et inattaquable sur son travail ! Il connaissait son bonhomme et tous ses tours ! Un peu de patience, et bientôt, le vieux allait se déboucler. Effectivement, Président, après une bonne minute, s’adressa à lui, bien plus amicalement qu’à l’ordinaire et en lui donnant un nom d’amitié très court, établissant ainsi le niveau affectif des échanges qu’ils initiaient :

- Mon cher Lera, je vais résumer les choses et vous demander votre point de vue. En l’an mille neuf cent quarante-cinq de leur ère chrétienne, les Terriens, hélas, découvrirent la bombe atomique ce qui motiva une réunion extraordinaire des soixante dix neuf mondes fédérés. Nous décidâmes, en attendant une évolution nettement plus pacifique de cette planète non encore aboutie, de les bloquer en quarantaine absolue. Nous craignions, à juste titre, que sous peu, ces gens là ne commencent à vouloir se promener hors de leur système solaire. Les Manipulateurs se trouvèrent soigneusement prévenus et nos espions, sur place, nous adressèrent, à chaque tentative de ces Terriens, des messages « Titanes » en temps utile.

Le service auquel vous appartenez bloqua, aisément et successivement, quatre expéditions, en dégageant les passagers et tout le vivant vers le passé ou l’avenir de leur planète. Vous en connaissez les conséquences. L’opération consomme une énorme quantité d’énergie et entraîne toujours un déplacement de quanda. Donc, les voyageurs se retrouvèrent non sur leur propre planète mais, à chaque fois, sur un monde parallèle au leur. Ils arrivèrent nus et nous espérons qu’ils surent se débrouiller sur place. Comme la simultanéité absolue n’existe pas au delà d’une certaine précision, chacun de ses passagers, en principe, arriva seul avec un quanda très légèrement différent de celui de chacun de ses compagnons. Mais ceci reste théorique et nul ne le démontra jamais. Nous devons donc considérer comme également possible que quelques-uns arrivèrent en groupe. Je vous laisse imaginer leurs possibilités de survie dans ces conditions. Mais, vous les techniciens, vous savez à merveille comment équilibrer les déplacements, ce que vous organisiez à chaque fois que vous les bougez. De cette façon, le bilan global énergétique se rapproche de zéro, même s’il vous faut, entre deux expéditions, agir sur l’entropie d’un système inhabité qui vous sert de volant.

Toute cette quarantaine ne durera pas tellement longtemps, les Terriens se lasseront et auront le loisir de devenir raisonnables en abandonnant les armes nucléaires. Dans quelques siècles nous reprendrons la question pour savoir si nous les acceptons en tant que quatre-vingt et unième membre. Mais ce qui motive notre présente conversation vient de la résultante de deux nouveautés.

La première se rapporte à une question, introduite par la planète Gambza, qui estime que les passagers ainsi « bougés » se trouvent pratiquement assassinés en différé ce qui s’oppose à notre morale. Ils demandent donc que nous trouvions une solution moins cruelle.

Le second problème vient de ce que, dans leur cinquième expédition, celle dont vous devez vous occuper dans deux jours, tous les passagers, sauf un, le Veilleur, se trouvent placés dans des appareils à l’intérieur desquels ils vivent au ralentit. Il semble certain, dans ces conditions, qu’ils périront tous dès leur arrivée ce qui entraînera inévitablement une levée de boucliers venant des habitants de Gambza ! Ce que je veux éviter à tout prix. Que pouvez-vous me proposer ?

Lera resta interloqué et surpris par la nature de la question. Quelle importance attacher à la vie d’une poignée de Terriens dangereux et agressifs ? Pour lui, le problème n’existait pas ! Pourtant il devait se creuser un peu le ciboulot pour offrir au Président au moins un élément de réponse. La première idée qui lui vint consista à de renvoyer le vaisseau sur la Terre. Mais comment s’y prendre ? Il ne disposait d’aucun moyen lui permettant d’agir sur de pilotage du navire terrien. Il restait uniquement capable d’en « bouger » les passagers.

- « Il me semble que si nous voulons éviter des victimes, la situation ne nous laisse pas tellement de choix. Il faudrait bouger simultanément le vaisseau et ses passagers. Compte tenu du tonnage que cela représente, l’ensemble des moyens dont je dispose, manquera de puissance. C’est à peine si je peux, le cas échéant, bouger une navette de ce vaisseau et les personnes qui se trouveraient à son bord. Mais comment les amener à sortir leurs « dormeurs » encore en phase de réveil, à temps puis les convaincre de les embarquer dans une des navettes du vaisseau que nous bougerions peut-être, ensuite ? »

- « Vous m’avez bien expliqué au début de cette affaire, que tout individu bougé ne conserverait plus le moindre contact avec son monde d’origine mais seulement avec un monde décalé de quelque quanda ? »

- « Oui, je le confirme comme parfaitement exact. »

- « Alors qui nous empêche de leur envoyer un message dans leur langage pour les avertir et tenter de les sauver ? S’ils obéissent nous tenterons de les envoyer avec leur navette et sinon nous pourrons prouver à ceux de Gambza que nous leur avions offert une chance ! »

- « Voilà qui me paraît bien vu, mais il me faut calculer si je dispose effectivement d’assez d’énergie ? ».

Sur ce, il entra les données dans le terminal de Globalité, leur cerveau central, et en reçut une réponse claire. Il pouvait les bouger vers le passé mais il lui manquerait de quoi compenser en quanda. Cela reviendrait donc à les envoyer dans leur propre passé, en laissant la porte ouverte à tous les paradoxes temporels. Façon d’opérer strictement interdit par les règles de la Fédération !

Ils se regardèrent à nouveau, très perplexes. La lumière du soleil couchant éclaira en biais le dessus du grand bureau et ils voyaient la poussière accumulée dans la journée qui brillait sous cet éclairage. Puis, soudain, cette poussière sembla se séparer le long de certaines lignes et un message apparut devant eux :

« AE régler ? Quanda. » Ce qu’ils pouvaient aisément traduire par :

« Les AE se chargent de régler la question du Quanda ! » ...


Deuxième Partie.
In Vitro.
Daniel et Olivia essayèrent, de leur mieux et depuis les installations de Toulouse, de venir en aide aux deux survivants qui, à bord et à court de tout, arrivaient au terme de leurs possibilités de survie. Ils se déclarèrent prêts à courir tous les risques. Les survivants au sol, depuis leur base, cherchaient désespérément comment les assister ? Ils songèrent que bien d’autres engins tournaient encore autour de notre planète et qu’à leur bords existaient encore certains matériels et, dans certains cas, des stocks de nourriture abandonnés au moment du départ des deniers navigateurs. Les possibilités de manœuvres du satellite habité, si elles restaient limitées, existaient néanmoins ! En examinant la liste des engins et anciens satellites abandonnés qui circulaient encore, ils cherchèrent et finalement trouvèrent ceux qui se trouvaient atteignables par eux et, par radio, parvinrent à les diriger vers deux engins, assez proches l’un de l’autre. Ces deux satellites, vides de tout occupant, devaient contenir encore quelques fusées. Les plus petites s’utilisaient, en principe pour demander des secours leur présence à bord venait d’un règlement non contournable mais leur puissance restait très faible. Par contre, il se pouvait qu’ils trouvent quelques fusées directionnelles qu’ils tenteraient de déboulonner et de s’approprier sans aucune vergogne afin de les installer sur leur MIR. Cette entreprise qui, en temps normal, se verrait considérée comme de la pure folie, réussit néanmoins. Les naufragés du vide purent y trouver des suppléments de vivres et démonter deux fusées qu’ils repositionnèrent convenablement sur le MIR mais cela leur demanda vingt deux jours. Avec ces fusées d’appoint, ils tentèrent de pénétrer dans notre atmosphère de d’une façon plus progressive que celle de la chute libre ! Ils venaient d’améliorer leurs espoirs de survie de façon considérable puisqu’ils pouvaient espérer ne pas brûler au cours de leur approche en évitant, par poussées successives, tous les échauffements mortels. Ils décidèrent de se lancer et, effectivement, ils parvinrent à entrer de façon tangentielle et progressive jusqu’à ce que leur position les engage à tenter l’ouverture des derniers parachutes (recueillis sur d’autres engins) pour compléter ceux dont ils disposaient. Cela pouvait réussir, mais le contact avec le sol s’avéra plus dur que prévu, sous ce choc trop brutal, ils ne survécurent pas. Ceci se produisit un an et quatre mois après la Grande catastrophe et sur une plage proche de la ville de Santander, en un lieu dit « Isla ».

Daniel et Olivia les attendaient pourtant sur place et malheureusement ne purent que procéder aux obsèques et méditer tristement. Lorsque la certitude de l’échec de la mission qu’ils se donnèrent se trouva devant leurs yeux, sous la forme des cadavres, ils en éprouvèrent beaucoup de chagrin et de déception. Depuis quelques semaines, ils restaient en communication avec les cosmonautes en utilisant un vieil émetteur à lampes, leur voyant morts ils éprouvèrent l’impression qu’ils perdaient leurs derniers amis. Avec un coeur très lourd, ils se préparaient à prendre le chemin de retour lorsque Olivia se frappa sur le front avec violence en s’écriant : « Les essais génétiques ! »

Devant l’air particulièrement ahuri de Daniel elle s’expliqua :

Au cours des missions menées dans les satellites, des expériences diverses en apesanteur se voyaient confiées aux équipages. Ces expériences visaient surtout à justifier les énormes dépenses engagées et non le réel avancement de la science. Lorsqu’elle se trouvait à bord, elle constata que les Russes devaient, entre autres, surveiller le comportement à la gravité zéro, de cellule humaines de reproduction. Celles-ci se trouvaient maintenues dans un milieu favorable à leur stabilisation et à basse température. Autrement dit, il se pouvait qu’à bord du MIR, Daniel et elle, puissent retrouver des ovules et des spermatozoïdes qu’ils mettraient en contact, in vitro. De plus, le matériel génétique que pouvait fournir Daniel, augmenterait encore la variété des « produits » !

L’idée méritait au moins qu’ils en discutent. La première question qu’ils devaient trancher, en leurs âmes et consciences, consistait à déterminer s’il fallait ou non, ramener, sur ce globe, une espèce qui en causa la destruction ? Ensuite, s’ils en concluaient que, malgré tout, ils devaient au moins le tenter, se poserait le problème de la survie de cette espèce dans un milieu aseptisé ? Ils savaient que, seules les plantations, comme celle déjà mise en route par Daniel près de la mine galène ou celles qu’ils entreprendraient fournirait de quoi vivre à ces nouveaux humains ? Tout ne peut pas venir de conserves et de fruits secs !

Ne se sentant pas encore assez fondés à répondre immédiatement à ces questions de la plus haute importance, ils prirent des mesures conservatoires. La première d’entre elles consista à transporter le matériel génétique et de le placer dans le congélateur que Daniel utilisait à l’intérieur de son laboratoire, à la mine. Grâce au système du gazogène, il bricola l’alimentation du groupe électrogène pour qu’il fonctionne avec les gaz venant de la pyrolyse du bois (au lieu d’utiliser le gasoil). Finalement, ils décidèrent de vivre là, près des plantations et de l’abri que la mine leur fournissait, et ce, jusqu’à ce qu’ils changent éventuellement d’avis.

Ils ne se rendirent aucunement compte à quel point la verdeur des jeunes pousses de riz, les arbres fruitiers pleins de promesses montant à l’assaut vers le ciel, la proximité du port de Santander où Daniel arrima le SAGA à quelques centaines de mètres du MIR, les influencèrent ! Bien plus que ce qu’ils attribuèrent, de bonne foi, à la qualité du climat ou a la présence d’un laboratoire déjà installé, bien abrité et resté en parfait état de marche.

Les questions à résoudre se trouvèrent posément et tranquillement débattues entre ces deux survivants, personnes intelligentes, de bon sens et formées scientifiquement. Ils la décomposèrent deux interrogations primaires : En premier déterminer si, oui ou non, ils souhaitaient ou jugeaient utile de rétablir l’ère de l’homme sur terre ? Si oui, et seulement dans ce cas, ils décideraient ensuite s’ils devaient s’en occuper immédiatement ou prendre du temps et agir en différé ? Pas franchement convaincus de bien choisir, ils n’optèrent pour la continuation de l’humanité qu’afin de donner un but à leur vie et ne pas devenir les derniers destructeurs de l’espèce ! Ils choisirent de tenter de mettre en place un système de procréation génétique qui ne se déclencherait qu’à long terme. Un délai de trois siècles, d’après leurs prospectives, leur sembla ce qui conviendrait le mieux. Partis de l’hypothèse qu’il faudrait à ces nouveaux humains assez d’espaces verts pour y vivre, cela impliquait toute une politique de reconquête de sol et de dissémination de plantations légumières et d’arbres qui, ensuite, continueraient à se développer sans eux. Daniel y consacrerait la majeure partie de son activité les premières années, puis sa tâche consisterait à recréer un potentiel industriel qui fournirait l’énergie et pourvoirait aux besoins des nouveau-nés : Une centrale hydroélectrique avec un « bulbe » bricolé à partir d’un moteur de réserve prélevé dans le SAGA, des systèmes mécaniques et hydrauliques pour les incubateurs, les liquides nourriciers pour les premiers âges, des machines éducatrices, des robots assistants fonctionnant avec des cellules solaires retrouvées intactes dans le MIR et mille autres choses indispensables.

Olivia se chargerait de la partie génétique et du système de survie puis purement éducatif, et encore à créer, pour les nouveau-nés. Le but ultime tendrait à leur procurer les moyens de ne devoir recommencer tout ce que les générations de leurs ancêtres accomplirent au cours de dizaine de milliers d’années précédant leurs naissances. Mais, même perfectionnées à l’extrême, pouvaient-ils complètement se fier aux machines ? En supposant qu’ils puissent arriver à mettre au point un système qui, dans trois cent ans, provoquerait la naissance des bébés, ceux-ci pouvaient-ils se voir confiés seulement à des machines ? La réponse ne pouvait pas les rassurer, puisque négative. Alors, ils durent se résoudre à imaginer uniquement ce qui leur paraissait pensable et réaliste. Ils se rabattirent vers l’hypothèse de travail suivante :

« Se fixer comme objectif de créer, dès à présent, quelques humains qu’ils éduqueraient uniquement dans un rôle de surveillance et d’assistance. Ceux-là recevraient leurs consignes et les transmettraient fidèlement à leurs descendants. Ils trouvaient un autre avantage à cette décision dans le fait qu’elle leur permettrait de sortir de la théorie pour se confronter au réel. Ils devraient résoudre tous les problèmes de la naissance in vitro, de l’alimentation, de l’éducation et de la perpétuation de l’espèce. Ils trouveraient des solutions aux difficultés au fur et à mesure qu’elles se présenteraient. Ils transmettraient leurs conclusions sous forme de préceptes à la première génération de gardiens. De plus, et pour créer les conditions psychologiques indispensables, ils se présenteraient aux futurs gardiens de la génération « numéro un » comme sortant, eux-mêmes, de la génération zéro.

Ils se dirent ensuite que, pour réaliser leur programme ils pouvaient attendre encore un peu et ne s’y atteler, tranquillement, que vers leur cinquantaine. A ce moment ils entreprendraient la naissance de quatre gardiens, deux garçons et deux filles qu’ils éduqueraient pour la poursuite de leur objectif. Au pire, s’ils se révélaient incapables de mener cette mission jusqu’au bout, ils constitueraient un noyau de base pour une nouvelle humanité qui repartirait dans des conditions moins bonnes que celles qu’eux même souhaitaient leur fournir…

… Olivia, un soir, en bavardant avec son compagnon, en vint à parler des anciens livres de science-fiction qu’ils avaient lus tous les deux et ils repensèrent à « Fondation » de Asimov. Ceci qui les amena, naturellement, à parler de ces fameuses « crises Seldon » au cours desquelles, les exilés attendaient une apparition en hologramme du fondateur pour les aider à résoudre leurs problèmes. Ne possédant pas la science historique (hypothétique) de ce Seldon, ils n’envisagèrent pas d’organiser un tel système mais ils songèrent qu’il pourrait se révéler utile que, chaque année, ils reviennent sous cette forme, à date anniversaire, afin de montrer aux vivants, comment le monde se présentait avant la Grande Catastrophe, par exemple en leur projetant des séquences soigneusement triées de films ou de documentaires vidéos. Ils interviendraient, en personne, sous forme d’hologrammes avec des variations d’une fois à l’autre, mais toujours pour de très courtes séquences. Ensuite les projections interviendraient qui susciteraient les réactions prévues et maintiendraient ces gardiens dans leurs rôles.

Par ce biais, ils pourraient les préparer progressivement à ce qui devrait arriver au bout des trois siècles : La mise en route de bébés éprouvettes en grand nombre, leur éducation et surtout le passage du relais entre les gardiens et les nouveaux venus. Le point dur résidait dans la disparition de ces gardiens en tant que tels et la nature des relations entretenues avec les enfants qu’ils aideraient à naître. L’idéal consisterait à rendre stériles les gardiens de la dernière génération mais cela, dans les faits, ne pouvait s’envisager sérieusement ! Il faudrait donc insister, dans le système éducatif, pour que les gardiens considèrent que la mission finale qu’ils devaient mener à bien consistait, en réalité, à servir de relais. Ils se conteraient de précéder ceux qui, le moment venu, devaient automatiquement les remplacer, les soulageant ainsi de ce monotone travail de surveillance des couveuses et de maintenance du système. Il faudrait qu’ils le ressentent comme une libération et une délivrance.

Une fois les premiers bébés arrivés à l’âge de la formation, ils pourraient se considérer comme autorisés à prendre des vacances ! Le verbe est et reste l’élément un des éléments les plus importants pour créer l’ambiance. Les gardiens porteraient donc, dès le départ, le nom de « Libérables ». Les bébés à naître se désigneraient sous le terme générique de « Relais ». Lorsque les premiers Relais prendraient les commandes, ceux qui resteraient des « Libérables » deviendraient aussitôt des « Hommes libres ». Ceux-ci devraient alors quitter la base pour aller visiter le monde et s’y établir. Les Relais considéreraient que leurs missions principales concernaient leur croissance en nombre, leur multiplication et l’agrandissement du territoire cultivé qui les vit naître. »

Parvenus à ce point de développement de l’hypothèse, ils durent bien convenir que cela ne pouvait pas fonctionner ! Créer deux sortes d’humains ouvrait une large porte aux conflits et par conséquent aux disputes, aux guerres, au racisme et autres billevesées qui produisirent la Grande Catastrophe. Il ne leur resta donc qu’un seul choix possible : celui de s’occuper eux-mêmes, et dès que possible, de réussir quelques bébés éprouvettes, de les élever comme leurs propres enfants. Ils devraient leur enseigner le maximum de choses indispensables, tout en leur laissant les moyens de se perfectionner par lecture ou vidéo ou CD à propos de ce qu’ils ignoreraient encore après la mort de Daniel et Olivia. Un bref calcul de prospective leur donnait le calendrier à respecter et les étapes à suivre : Avant huit années, tout devait pouvoir fonctionner et pourvoir aux besoins de la nouvelle population. Ils commenceraient par créer quatre bébés qu’ils élèveraient seuls jusqu’à ce qu’ils atteignent leur cinquième année. Puis selon les ressources, ils recommenceraient une nouvelle couvaison de huit, attendraient encore quatre ans et termineraient par encore huit autres. Ils réaliseraient toutes les combinaisons génétiques que leur permettaient les éprouvettes du MIR et la semence de Daniel ne se verrait pas plus utilisée que celle des inconnus sélectionnés avant le départ du satellite. Cette population totale, qu’ils prendraient en charge, deviendrait le noyau de la future population du globe. Le laboratoire génétique et son matériel ne devraient pas continuer à fonctionner au-delà de la date ou les quatre premiers nés commenceraient à se reproduire entre eux. L’organisation de ce petit monde se réaliserait au fur et à mesure des nécessités, Daniel et Olivia, associés dans leurs efforts, rencontreraient, certainement d’innombrables problèmes, mais ils se sentaient parfaitement en mesure de les résoudre.

**************

Effectivement, douze ans plus tard, ils regardaient d’un air attendri les quatre bambins qui gambadaient autour d’eux et ils se préparaient à poursuivre leur programme comme ils le prévoyaient. Sept premières années de dur labeur se trouvèrent consacrées à la construction des installations nécessaires à la réalisation de leur projet. Ils alternèrent les heures consacrées à leurs installations techniques avec elles consacrées à l’extension de leurs jardins et plantations. Ensuite, cela devint d’autant plus facile que leur motivation les encourageait dans leurs efforts. Ils se lancèrent, joyeusement et pleins d’espérance, dans leur première production. Ils obtinrent, in vitro, les quatre bambins qu’ils voulaient et, les voyant maintenant jouer devant eux, en tiraient une légitime satisfaction.

Mais l’homme propose et les choses ne se passent pas toujours comme prévu ! A l’échelle humaine, le temps où se produisit la Grande Catastrophe remontait à un passé révolu depuis belle lurette, mais mesurées à l’aulne d’une planète, les conséquences immédiates de cette guerre s’étendirent durant plus de quarante années. La première de ces conséquences se traduisit par un énorme tremblement de terre de force huit et demi dont l’épicentre se situait à Saragosse. Cette convulsion et ses répliques survinrent à l’instant précis décrit quelques lignes plus haut. Elles entraînèrent la destruction de la plupart de leurs installations et, en particulier, celle du laboratoire de génétique. Parmi les quatre bébés, seul un bambin nommé Lucien survécut. En ce qui concerne les deux adultes disons que la chanceuse Olivia s’en tira assez bien. Par contre, écrasé par l’effondrement d’un pan de mur, y laissa une jambe, un bras et toute possibilité d’enfanter ... Toutefois, vaille que vaille, il tint encore le coup pendant une vingtaine d’années avant de rejoindre ses ancêtres.

Il semblait que Dieu ne voulait plus de l’homme sur cette planète Terre. Mais, malgré tout nous savons qu’un espoir demeurait dans la mesure où deux êtres, mâle et femelle, capables de se reproduire, vivaient à moins de mille kilomètres l’un de l’autre. Je parle ici du petit Lucien qui atteignait sa cinquième année et de Natacha qui entrait dans sa quinzième année. Mais aucun d’entre eux ne savait que l’autre existait et il se passa encore douze années ans avant que Lucien, adolescent, ne décide d’échapper aux adultes et de mener sa propre vie à sa manière.

Natacha, de son côté, s’accoutuma comme elle le pouvait, à sa situation de solitaire et allait doucement vers la folie en l’absence de tout autre être humain. Elle retournait ou plutôt régressait progressivement, vers un état sauvage sans espoir ni rémission, tant la solitude absolue se montre dure à affronter ! Suivons donc Lucien pendant quelques temps.
1   ...   5   6   7   8   9   10   11   12   ...   20

similaire:

Note de lecture iconUne note de lecture détaillée et précise de Stephane Menia pour Econoclaste

Note de lecture iconNote argumentée
«moyenne» n’est pas la même pour toute les disciplines. La note de 8/20 peut être une note moyenne ! Pour des interlocuteurs étrangers,...

Note de lecture iconCours 1 : Hérédité Mendélienne
«sauter» au prochain site d’épissage : on perd un exon dans l’arnm. Si l’exon manquant est un multiple de 3, on n’aura pas de décalage...

Note de lecture icon«Qu’est-ce qui permet de devenir vraiment un homme?»
«Comment le xxème siècle a-t-il modelé l’homme moderne ?». En ce qui concerne la modalité de lecture de l’œuvre, j’ai opté pour un...

Note de lecture iconNote de l’éditeur Science et perception dans Descartes
«Pourrez~vous former un plan de travail ?» Un large extrait de cette lettre d'Alain est cité dans la «Note de l'éditeur» qui se trouve...

Note de lecture iconUn peu de lecture au cdi…

Note de lecture iconExamen final lecture (10 points)

Note de lecture iconCM2 Période 3 Maitrise de la langue Lecture Séquence 1

Note de lecture iconGénétique et société : une lecture de l’innéisme contemporain 1

Note de lecture iconDivers internet, Voyage, Lecture, Musique, Permis de conduire B








Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
b.21-bal.com