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Les Abris.

Dans la plupart des pays dits « civilisés » et aussi dans quelques autres, les personnages importants, appartenant aux structures politiques ou militaires, acceptèrent très volontiers de courir aux abris lorsque la certitude d’un conflit généralisé se trouva avérée. Ils ne descendirent pas seuls mais souvent accompagnés de membres de leurs familles ou de leur entourages, tels qu’enfants, épouses, secrétaires et proches collaborateurs.

Ces lieux, qualifiés d’abris antiatomiques, possédaient dans leur construction, la technologie des bunkers. Ils comportaient tous d’épaisses parois en béton, et se trouvaient enfouis profondément. Là, tout un stock permettait de satisfaire à tous les besoins éventuels des habitants pendant une très longue période. De plus l’air passait par des filtres qui le rendaient pur de toute substance radioactive. Ils disposaient de vastes réserves d’eau potable réparties autour et en dessous de ces abris.

Les aménagements intérieurs, parfaits de confort et d’économies de place, se rapprochaient de ce que l’on pouvait trouver dans un hôtel quatre étoiles. Mais, ici, le personnel se trouvait remplacé par des mécanismes automatiques, ce qui peut satisfaire l’esprit si nous le considérons d’un point de vue philosophique.

Les abris de cette sorte, forts nombreux, se trouvaient disséminés dans l’ensemble des pays modernes, mais pas plus bas que vingt à trente mètres en dessous du sol ! Ce qui représente huit à douze étages. Mais ces constructions ne purent sauvegarder les personnes si précieuses qui les habitaient. Ces gens n’échappèrent pas à la vague thermique. Chacune de ces personnalités termina sa si importante vie, complètement cuite ! Rarement, le niveau de profondeur choisi, atteignit suffisamment de profondeur pour sauver ces huiles ou leurs compagnons. Mais cela arriva et quelques rares blockhaus jouèrent leur rôle. Ainsi trois d’entre eux atteignaient le niveau moins quarante mètres et un seul le niveau, encore plus profond, de moins cinquante mètres. Tous ces abris là se trouvèrent construits en prenant comme départ, un niveau déjà protégé et sauvegardé par la montagne. Mais, les capitales où vivaient les huiles se trouvent rarement très proches de tels lieux privilégiés. Seuls quelques chercheurs qui y travaillaient dans le plus grand secret ou les quelques galonnés qui les encadraient purent en profiter. La soudaineté de l’attaque et sa croissance exponentielle entraînèrent que les dirigeants ne purent que rejoindre des abris, trop peu profonds, offrant pour seul avantage celui de se trouver à leur portée.

Oui, ceux qui échappèrent, grâce à eux, au flux thermique se trouvaient également protégés de la radioactivité mais, hélas nul ne songea, au moment de leur construction, aux perturbations magnétiques qui rendirent inopérants tous les mécanismes électromagnétiques. Ils ne périrent donc ni de chaud, ni suite aux radiations ! Ils ne moururent pas plus par manque d’eau ou d’aliments. Non, ils périrent de ne pouvoir quitter les lieux car plus une porte ne fonctionnait ! Rien ne fonctionnait d’ailleurs ! Ni les ascenseurs, ni les sas de décontamination ni le plus simple des ventilateurs. Au lieu de mourir lentement et progressivement en un an, certains parvinrent à doubler le temps qui leur restait à vivre à force de restriction ou s’en organisant mieux. Mais nul être humain ne sortit vivant de l’intérieur de ces abris. Voilà le sort réservé par le destin au Président Flipper, celui dont les instructions sauvèrent Olivia !

Par contre, sortirent finalement de ces basses fosses, en suivant de longs cheminements par les gaines, les câbles, les imperfections des étanchéités, des peuples de bestioles appartenant à tous les ordres de la création. Des bactéries survécurent et atteignirent, bien longtemps après, le monde extérieur. Mais d’autres les précédèrent tels que les cirons, les vers, les arthropodes et ainsi de suite jusqu’aux rats. Ne vous trompez pas d’échelle, il fallut laisser passer quelques centaines d’années avant que tout ce petit peuple se développe sur un monde renouvelé, mais cela se réalisa. La nature montre des patiences infinies ...

Le matin même de la GC (lisez Grande Catastrophe), un surveillant détecta une panne minime nécessitant la visite de la maintenance dans l’abri antiatomique de Varsovie. Le chef de ce service des réparations diagnostiqua un siphon bouché dans une salle de bain du niveau moins neuf. Panne bien trop commune et ordinaire pour qu’il en confie la réparation à l’un des ingénieurs. Ces messieurs se vexeraient qu’il évoque la possibilité de leur demander de s’en occuper ! Il y convoqua donc l’artisan plombier qu’il utilisait d’habitude et hors de l’abri pour les besoins propres de sa maisonnette de banlieue. Il reste toujours extrêmement difficile d’amener un plombier à se déplacer pour vous dépanner au moment choisi par vous ! Ce cas existe partout, de par le monde et constitue presque une constante universelle. Là, le problème se compliquait du fait que ce plombier, alcoolique invétéré, commençait sa journée de poivrot très tôt et, pour tout dire, par un quart de litre de vodka au réveil

Convoqué pour huit heures trente, il décida, au passage, de déposer son jeune fils à l’école. Mais là il rencontra un copain qui agissait de même et ils décidèrent tous les deux d’aller arroser cet événement au bistrot proche. Le môme, dans la camionnette, levé plus tôt que d’habitude et sachant que son père ne reviendrait pas avant un bon moment, se rendormit comme un loir. Vassili revint, bien bourré, et reprit son chemin vers l’abri en oubliant complètement que son rejeton se trouvait encore avec lui. Le jeune Serge dormait profondément sur le ventre et n’émettait aucun ronflement. Machinalement, il s’enroula dans de vieux sacs de jute qui traînaient là pour se sentir plus au chaud et, lors du passage de la camionnette devant le poste de garde, nul ne le détecta. La camionnette pénétra profondément sous la colline, roula pendant cinq cents mètres avant de stopper à la hauteur de l’ascenseur où le plombier se trouvait attendu par l’homme de la maintenance. Le môme dormit encore presque une heure avant de reprendre conscience. Il sortit du véhicule et chercha son géniteur du regard. Ne le trouvant pas, il décida d’aller à la fois en balade et en exploration en entreprenant un petit tour des lieux. L’ascenseur semblait un bon moyen et il l’appela comme s’il se trouvait dans un immeuble en ville. Il ne trouva le courage que de descendre d’un seul niveau et enfila le couloir qui se trouvait devant lui. Des portes, de chaque côté donnaient sur des magasins divers lui semblant sans rapports avec les besoins de l’abri car ils contenaient le bazar complet dont la maintenance et ses hommes pouvaient ressentir le besoin pour effectuer leur travail. Puis ; le gamin entendit un bruit de pas dans un couloir latéral et il préféra se planquer derrière la première porte qu’il trouva. Il comprit, trop tard, que ces personnes s’occupaient à vérifier les mécanismes de fermeture de tous les locaux techniques et de clore ceux encore ouverts ! Il se trouva donc malencontreusement enfermé dans une réserve d’outils à main.

Son père venait d’arroser, avec sa flasque de vodka, le dur labeur qu’il venait d’exécuter et qui consistait à dévisser un dessous de siphon, en extraire les saletés d’un coup de tournevis et à remettre la pièce en place. Ce genre de bricolage express lorsqu’il s’en acquittait en ce lieu, lui rapportait l’équivalent d’une semaine de travail exécuté ailleurs. Ainsi, avec la bonne conscience du travail accomplit, il quitta les lieux, très joyeux, remonta dans sa camionnette, et gagna la route nationale proche qui le menait, quatorze kilomètres plus loin, à l’entrée de Varsovie. Là, il trouva encore le temps de voir un client avant que le monde ne vole en poussière. Comme je l’ai exposé plus haut, le Président polonais ne disposa pas du temps nécessaire pour gagner l’abri et seuls quelques militaires et scientifiques qui s’activaient sur place purent se réfugier dans ses profondeurs et ne mourir que bien plus tard.

Serge, gosse débrouillard possédait un sens inné de la mécanique. Bien que n’atteignant sa majorité que dans trois ans, il savait utiliser tous les outils se son paternel et l’aidait quelques fois lorsque ce dernier se sentait trop saoul pour finir le travail. Il pouvait même conduire la camionnette mais ses pieds, compte tenu de sa taille inférieure de trente centimètres à celle de son vieux, n’atteignaient que difficilement les pédales sauf s’il réglait la distance du siège, mais alors, il lui fallait tout remettre en place pour que cette conduite interdite ne s’affiche pas !

Depuis qu’il se savait enfermé, sa seule idée consista à tenter de s’échapper pour pouvoir regagner le véhicule de son père ou, si ce dernier venait de quitter les lieux, de rejoindre la ville par ses propres moyens. La serrure lui donna du mal mais il trouva tous les outils nécessaires à portée de la main et cela ne lui demanda qu’un quart d’heure. Les portes blindées du couloir, celles qui menaient à l’ascenseur, se révélèrent trop lourdes et trop épaisses pour qu’il envisage de les attaquer ! Aussi chercha-t-il un escalier ou une échelle lui permettant de rejoindre un niveau plus commode d’accès. Il ne trouva rien de ce genre et commença à paniquer. En effet, maintenant il lui faudrait attendre qu’on le délivre, donc qu’on le pince là où il se trouvait coincé dans un lieu non autorisé. Partant de là, il sentait déjà les coups de ceinture que son père allait lui infliger pour punition. Il en arrivait à ce point précis de ses ratiocinations lorsque la terre se mit à trembler et que tout se fissura autour de lui. Cherchant à se mette à l’abri il vit, au sol une plaque d’égout qui, sous l’onde de choc, venait de décoller un peu de son cadre. Retournant en courant vers le local à outil il se munit d’une barre à mine et parvint à l’introduire, entre plaque et cadre, puis à la soulever. Le poids de cette plaque représentait, pour ses jeunes muscles, une masse bien trop dure à déplacer, mais les bombardements, à l’extérieur, reprenaient et tout se mit en vibration. Une trouille métaphysique lui donna assez de force pour qu’il pousse le couvercle assez loin et puisse voir ce qui se trouvait en dessous. Il s’agissait d’une gaine technique, donc, pour ceux qui l’ignorent, d’un gros tube en béton. Mesurant soixante centimètres de diamètre, dans ce tube bien étanche, circulaient les câbles, les tuyaux, les conduites, alimentant le blockhaus. Un faible éclairage de secours, utilisant le courant fourni par des batteries situées au même niveau que l’abri, y fonctionnait en permanence. Il s’y engagea cherchant à trouver un passage, non plus vers le haut mais vers le bas pour se protéger des bombardements. Il rampa une vingtaine de mètres avant de constater qu’une partie de la « technique » continuait à l’horizontale tandis qu’une seconde, plus étroite, montait vers le plan supérieur et qu’une troisième passait par un puits vertical de même section pour parvenir au niveau immédiatement plus bas. Quelques échelons, simples barres de fer scellées dans le béton le menèrent du sol de la gaine où il rampait vers celui de la gaine du niveau moins deux. Une courte exploration lui confirma que par l’usage de ces gaines il pourrait circuler sans difficulté, de bas en haut ou inversement, lorsque les bombardements cesseraient. Cela ne lui procurait aucun accès à un quelconque couloir mais il pensa que peut-être, au niveau le plus bas, il trouverait une plaque de béton au-dessus de lui et qu’en la poussant, il parviendrait à sortir de ce qui, pour lui, se rapprochait d’un cauchemar.

Il venait effectivement d’atteindre le niveau le plus bas lorsque les ondes de chaleur, les flux magnétiques et les radiations supprimaient toute vie sur la Terre. Il se sentit, à plusieurs reprises, fortement secoué. Il perçut le réchauffement de l’air et décida, par prudence, de surseoir à sa sortie. Par contre, dès que cela lui deviendrait possible, il remonterait vers le niveau moins un chercher eau, vivres et nourriture ainsi que des outils avec lesquels il pourrait envisager de percer le béton.

Après une attente de quelques heures, la faim le tenaillant, il entreprit sa remontée. L’air se montrait de plus en plus chaud mais la colline, au-dessus du bunker l’isolait encore de toutes les agressions. Le môme trouva, par miracle, le temps de mener à bien son expédition. Un des magasins contenait des bières et de l’eau gazeuse en quantité. Un autre se trouvait empli de conserves et de fruits secs destinés aux cuisines. Serge, qui sentait la chaleur croissante et non déclinante, opéra de nombreuses expéditions pour ramener, six niveaux plus bas, un stock impressionnant de vivres. Stock qu’il envisageait de descendre jusqu’en bas, mais plus tard. Il prit aussi une chignole à main et des mèches à béton. Cet enfant possédait un fort instinct de survie et se sauva lui-même du désastre.

Le second jour, il lui sembla entendre, tout en bas, direction sol, et au même niveau que lui, des bruits de voix. Il décida de percer un trou avec sa chignole et, par chance, tomba, non sur un des murs extérieurs du bunker qui mesuraient un mètre d’épaisseur, mais, dans la gaine technique passant dans le plafond de l’abri et arrivant sur un conduit d’air. La paroi à percer ne présentait donc que vingt centimètres seulement d’épaisseur. Percer, avec une chignole à main, un trou de cette longueur dans du béton armé prendra cinq à six heures à un adulte dans la force de l’âge. Pour un gosse de quinze ans cela demanda trois jours et demi. Pour des raisons techniques, ce type de béton réservé à la construction des abris antiatomiques se trouve chargé, non de graviers et cailloux siliceux, mais de morceaux de roches à bases de sulfate de Baryum qui arrêtent les radiations. Ces agrégats ne possèdent pas la dureté des cailloux de rivière ou celle des gravillons siliceux. La barytine se laisse bien percer par les mèches de forets qui les traversent aisément. Ils se montrent à peine plus durs que de la craie banale. En collant son oreille sur le trou il entendait des bruits de voix, difficiles à comprendre lorsque la ventilation se mettait en route, mais perceptibles tout de même pendant les périodes d’arrêts. Il y enfonça un bout de tube de caoutchouc puis introduisit l’autre extrémité dans son oreille et obtint, par ce subterfuge, de temps à autre, des informations sur ce qui se passait, aussi bien sur la planète que dans l’abri lui-même.

Il pensa que plus longtemps il resterait en bas et moins il devrait redouter les maux venant de l’extérieur. Il entendit qu’une année devait se passer avant qu’il ne puisse tenter de sortir. Il apprit également, qu’en retournant chercher des provisions où de l’eau, il risquait de subir les effets des radiations. Mais comment pouvait-il envisager d’agir autrement ? Donc il se savait là pour longtemps, seul et sans autre lien avec le reste de l’humanité que le trou par lequel il les entendait. Il essaya de crier pour qu’ils l’entendent, mais ils ne reçurent rien ! Alors il y renonça et se consacra à descendre vers le niveau inférieur le maximum de provisions pendant les premiers jours car plus tard les radiations deviendraient encore plus dangereuses. Tout ce travail l’empêcha de penser et, le soir arrivé, il se roulait dans une couverture pour dormir à la dure. Il remarqua, dès le début, que le dispositif d’éclairage de secours marquait un temps d’arrêt de quelques minutes deux fois par jour. Il pensa que cela devait être en rapport avec les batteries de secours et leur remise en charge par une centrale électrogène devant exister quelque part. Pour compter le temps il repéra quelques bruits qui rythmaient la vie des gens vivant dans l’abri et, en particulier leurs heures de repas.

Serge constata ainsi que douze heures séparaient les deux coupures et décida que la première correspondrait désormais à midi et la seconde à minuit ! Il grava d’un trait de tourne vis sur l’enduit de ciment chaque jour qui passait et se comporta à cet égard comme tous les prisonniers du monde, barrant d’un trait en biais le septième jour pour marquer la semaine. Puis, les miettes de ses repas attirèrent un, puis deux, puis toute une famille de rats qui s’établirent près de lui mais, comme il leur donnait régulièrement à partager ses repas, ils devinrent familiers et se comportèrent avec lui comme des amis. Quelques mouches qui restèrent enfermées au niveau moins sept pour de mystérieuses raisons, se montraient de temps en temps. Il vit aussi, dans le magasin du ravitaillement, niveau moins un, une fourmi en train de rentrer dans un trou du béton mais ne la revit plus jamais. Les rats venaient-ils de subir une mutation qui les rendait si agréables et, semble-t-il, si compréhensifs ? En tout cas leur présence ouverte et sympathique, leurs mines et la façon dont ils géraient leur vie de rats ajoutèrent un élément équilibrant à l’univers très limité de Serge. De plus, écoutant d’autres humains qui s’exprimaient entre eux à coeurs ouverts il ne se sentait pas complètement seul. Très vite, et pour épuiser son ardeur juvénile, il s’organisa, entre les trois derniers niveaux, un parcours de santé qui l’obligeait à exercer tous ses muscles et facilitait son sommeil. Quand il sentait monter en lui un coup de gros chagrin, comme peut en ressentir un gosse de quinze ans seul au monde, il parlait avec les rats et les cajolait comme des peluches. Ils semblaient apprécier et venaient même réclamer des caresses en se mettant sur le dos. A la fin de son séjour il nomma et distingua aisément vingt au moins d’entre eux.

Les « jours » et les « nuits » passaient, ainsi que les semaines et les mois. Il entendit toutes les tentatives que les emmurés entreprirent, sans succès, pour sortir et lorsque leurs propos devinrent franchement déprimants, il cessa de les écouter. Au bout d’un an il décida de remonter afin de tenter une sortie, car lui, il ne se trouvait pas prisonnier « dans » le blockhaus mais juste à côté dans les gaines techniques !

Il attendit patiemment une année plus une quinzaine de jours avant de se lancer. En premier but il remonta jusqu’au niveau moins un. Bien sûr, la porte commandant le couloir qui allait des magasins vers l’ascenseur se trouvait toujours en position fermée, mais il ne s’agissait que d’une porte ordinaire et non d’un monstre de blindages, de parois multiples, de serrures hydrauliques comme en comportaient les portes de l’abri. Serge savait qu’il parviendrait à les forcer, soit en découpant le panneau autour des serrures, soit en perçant, à travers l’épaisseur, un passage suffisant pour lui. Effectivement avec l’outillage dont il disposait, il perça un pointillé de trous autour de chacune des serrures et les défonça, en suite, à coups de marteau. En peu de temps il en vint à bout et, poussant le battant dégagé, retrouva le bout de couloir menant jusqu’à l’ascenseur. La porte de ce dernier restait également fermée et bloquée dans cette position. Il chercha si les architectes pensèrent à prévoir la présence d’un escalier en cas de panne mais ne le trouva pas. Alors, avec un levier assez grand qu’il réussit à introduire entre les deux panneaux, il réussit, en forçant de toute son énergie, à entrebâiller cette fermeture et à y introduire un bout de bastaing afin que les panneaux ne se referment pas et d’y maintenir ainsi un passage dans lequel il pouvait se glisser. Mais cette précaution ne lui suffisait pas car il craignait, qu’exécutant un faux mouvement, il puisse malencontreusement expulser la cale ainsi posée et qu’il se retrouve, alors, définitivement coincé dans la cabine. Il alla chercher un cric qu’il posa entre les deux battants et élargit le passage jusqu’à ce que la fermeture (pneumatique) qui résistait encore, saute complètement. Cela se traduisit par un bruit de claquement très sec. Bien rassuré de ce côté il retourna chercher un tabouret et, montant dessus, réussit à soulever le panneau qui donnait accès au toit de l’ascenseur. Il n’y voyait pas grand-chose car tout se trouvait plongé dans le noir. La faible lueur du couloir éclairait à peine la cabine et pratiquement pas ce se trouvait au-dessus. Serge possédait bien une torche électrique qu’il trouva dans l’un des magasins mais sans les piles ! Il devait bien exister, ailleurs, quelque part une réserve générale d’ampoules et de piles électriques. À lui de les trouver car sinon comment poursuivre plus loin ? Il pensait qu’il la trouverait assez vite, compte tenu de la spécialisation nette des différents locaux. Il se rendit directement à celui qui contenait les ampoules de réserve, les prises de courant, les fils électriques, les fusibles etc ... Mais il dût bien vite déchanter, aucune pile ne se trouvait stockée là. Or existait quatorze magasins et il lui fallait désormais les fouiller, un à un, en espérant tomber sur le bon avant de devoir tous les examiner. Mais la fouille ne donna rien bien que menée avec la plus grande minutie ! Il grignotait un peu de ses provisions, presque décidé à monter dans le noir, lorsque ses yeux, plus accoutumés que d’habitude, parcourant l’espace avoisinant, remarquèrent l’esquisse d’une petite porte se trouvant a mi-hauteur du mur de ce couloir. Elle échappa à ses diverses incursions et recherches tant elle se fondait dans le décor !

Se poussant sur la pointe des pieds il réussit à l’ouvrir avec un simple tournevis et trouva, à l’intérieur, les fusibles correspondants à l’installation de ce niveau, et, surtout une torche électrique en parfait état de fonctionnement. De plus il y trouva une boîte d’allumettes et deux bougies. Muni de ce trésor, il se hissa à nouveau sur le toit de l’ascenseur. A l’aide de la torche, Serge constata, le long d’un des murs du puits de descente, la présence d’échelons certainement prévus pour réparer en cas de pannes. Il les gravit aisément mais il se rendit compte qu’il escaladait bien plus de barreaux que pour monter d’un seul étage ! Il évalua le dénivelé qu’il franchit ainsi, à plus de neuf mètres ! Donc, le niveau moins un se trouvait à au moins neuf mètres en dessous du sol par lequel son père arriva.

Au dernier échelon, sa tête cogna contre une plaque de fonte et il dut s’arc-bouter pour la soulever, mais, enfin, il se trouva au bon endroit, la sortie se trouvait à cinq cents mètres de lui et la porte ne paraissait pas entièrement fermée. Encore un coup de dé de l’électromagnétisme ! Il lui semblait qu’il oubliait quelque chose avant de sortir, mais se demandait de quoi il pouvait bien s’agir ? Puis il songea à ses amis les rats qui, sans lui, ne pouvaient sortir de l’abri et il décida de redescendre pour aller les chercher. Au passage du niveau moins un, il se munit d’un sac de jute ayant, sans doute, contenu des pommes de terre. Puis, il appela ses amis et, leur parlant doucement les introduisit dedans. Quand toute la famille se trouva réunie dans le sac, il reprit son ascension et près de la sortie, déposa ces animaux sur le sol supérieur. De là, ils s’égayèrent en tous sens tandis qu’il marchait vers l’extérieur ! Son idée consistait à trouver des gens adultes qui réussiraient à libérer les enfermés du blockhaus. Dehors, le ciel se recouvrait de lourds nuages et la nuit commençait à tomber, mais, même dans ces conditions, cela amenait bien trop de lumière à ses yeux qui, depuis un an, fonctionnaient dans la pénombre. Il s’enroula dans une bâche qui traînait sur le plateau d’une camionnette dont le moteur explosa au moment de la GC. Il s’endormit peu à peu en regardant les étoiles quand le ciel redevint plus nocturne et que les nuages se dissipèrent. La lune commençait son premier quartier et luisait sans le blesser. Il respirait à pleins poumons l’odeur du monde au lieu de l’air recyclé qui alimentait le blockhaus. Quelle différence !

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Si nous voulions résumer ce que nous savons, un an et deux mois après la GC, ne restaient d’humains vivants que les personnes suivantes :

- Serge qui errait seul près de Varsovie.

- Quelques personnes bloquées dans l’abri mais n’en pouvant sortir.

- Deux cosmonautes qui tournaient sur leur orbite.

- Olivia qui espérait trouver le moyen de les aider à revenir sur Terre et, qui, pour l’instant, naviguait vers le sud.

- Daniel qui se dirigeait, tant bien que mal, vers sa complète guérison tout en se préparant à atteindre Toulouse

- Enfin Gérard qui s’occupait, en Provence d’élever Natacha.

Dans ces circonstances, nous ne comptons que deux êtres humains de sexe féminin. Il restait Olivia, devenue stérile et Natacha qui portait, sans s’en douter, tous les espoirs de l’humanité. Parmi les mâles, Serge, irradié pendant ses allers et retours vers les magasins ne pouvait plus procréer, Gérard n’y pensait guère, se consumant à élever sa fille, et je vous l’ai déjà révélé, il mourra quand Natacha atteindra ses quatorze ans. Restaient les personnes de sexes et d’âges qui nous restent inconnus et qui se trouvent enfermés dans le blockhaus dont, nous le savons, ils ne sortiront. Mais n’oublions ni les cosmonautes ni Daniel qui, dans sa trente troisième année, se sentait en pleine forme ! Par contre, il ignorait complètement l’existence de Natacha et ne disposerait d’aucun moyen pour la trouver s’il apprenait dans quel lieu elle vivait. Enfin une telle différence d’âge existant entre eux pouvait le décourager de toutes façons. Toutes les probabilités allaient donc vers l’extinction de l’espèce humaine et tout paraissait fin prêt pour l’avènement des rats !

Oh ! Positivons donc un peu plus ! Daniel se fixait Toulouse comme objectif et Olivia inscrivait cette ville parmi les endroits d’où elle se trouverait le mieux à même d’aider ses anciens compagnons. Ils pouvaient donc se rencontrer et qui sait, peut-être même s’aimer, faute de procréer puisqu’elle restait définitivement stérile. Natacha pouvait grandir en sauvageonne et espérer la venue d’un Prince charmant lequel pouvait arriver sous la forme de Serge si un heureux hasard le menait dans la même région. Eux aussi pouvaient trouver agréable de vivre ensemble mais, de toutes façons, ne procréeraient pas non plus. Après que toutes ces conjonctions improbables se produisent effectivement, il faudrait ensuite que le couple d’adultes (Daniel et Olivia), rencontre le couple de jeunes gens (Serge et Natacha) et qu’examinant objectivement la situation, les quatre décident qu’il fallait absolument que Daniel et Natacha, sortie de la puberté, entretiennent entre eux des relations sexuelles pour que des bébés puissent naître.

Je dois à la vérité de dire qu’il ne se produisit ni drame ni fin heureuse. Olivia et Daniel se rencontrèrent effectivement à Toulouse où Daniel venait d’établir sa base. Bien sûr ce ne fut pas le premier jour, mais à force de fréquenter la même bibliothèque du centre spatial, ils finirent par détecter chacun, le passage de l’autre dans ces lieux. D’abord heureusement surpris, ils se laissèrent des mots et, enfin, purent se rencontrer. Chacun d’entre eux ressentit une joie immense de ne plus vivre seul. Ils décidèrent très vite de ne plus jamais se quitter. Ils se mirent également rapidement d’accord aussi pour s’engager à fond dans une tentative de secours envers les cosmonautes américains. Ils voulurent les aider à atterrir mais échouèrent, hélas, dans cette mission ! Le satellite se posa effectivement, comme nous le verrons plus loin, mais les occupants périrent lors du choc final.

Par contre, solitaires jusque là et à peu près du même âge, ils décidèrent de finir leurs jours ensemble auprès de la mine de plomb, ses vergers et sa belle zone verte de rizières qui donnaient deux récoltes par an.

Serge, de son côté, chercha en vain des adultes et finit par le devenir lui-même. Il erra sur le globe mais ne rencontra aucun autre humain pendant les nombreuses années qui suivirent. Il menait sa vie dans la compagnie de ses amis les rats qui proliféraient. Quant à Natacha, pourvue de tout ce qui correspondait à ses besoins, elle resta dans la zone que son père aménagea pour elle car, dès qu’elle s’en éloignait, plus rien ne poussait ni ne vivait et cela l’effrayait.

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