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Vortex.

Exactement à l’opposé, au grand Nord de l’Alaska, la GC provoqua un phénomène météorologique assimilable à une tornade ou à un vortex. Les vents déjà violents prirent encore une accélération supplémentaire sous les effets des explosions qui, arrivant de divers horizons, se transformèrent aussitôt en tourbillon accéléré avec de l’air tournant à trois cent vingt-cinq kilomètres à l’heure ! Rien ne résista de ce qui se trouva sur son passage, avant que ce Vortex ne se stabilise en équilibre métastable à environ huit cents kilomètres du pôle Nord. Parmi tous les fléaux et cataclysmes engendrés par la GC pourquoi s’attarder plus sur ce Vortex là ? Certes, il se produisit de nombreuses tornades et quelques typhons spectaculaires, entre autres catastrophes provoquées par la civilisation des hommes, mais ce Vortex semblait un peu différent (æ) des autres en ce qu’il possédait un centre neutre ! Autrement dit, au milieu d’un mur de vent circulaire tournant à grande vitesse, et pratiquement infranchissable, existait une zone de calme absolu sans un souffle d’air. Cette zone « neutre » d’un diamètre de mille cinq cents mètres environ, se trouvait entourée d’une zone en forme de couronne d’air où la vitesse du vent augmentait selon un gradient exponentiel qui l’amenait à passer de zéro à trois cent vingt-cinq kilomètres à l’heure, celle du Vortex, sur moins de trois cents mètres de distance. Au milieu de la « neutre, protégée par miracle, existait une tribu d’Inuits attachés aux traditions anciennes. La reconnaissance de leur nation par l’O N U depuis peu d’années leur sembla un événement agréable mais ils préféraient vivre, non comme leurs ancêtres qui axaient tout sur le phoque, mais en bons ploucs du Nord.

Ils se tenaient le plus loin possible de la civilisation moderne, fuyant les contacts qui se révélèrent comme si nocifs pour tant d’entre eux. Ce village comptait une population de quarante trois humains répartis en cinq fermes et dépendances, leur style de vie ressemblait (climat mis à part) à celui des Amishs, mais leurs coutumes restaient celles de leurs anciens. Se trouvaient là aussi trois équipages de chiens de traîneau, quelques dizaines de cervidés en troupeaux et même deux paires de petits chevaux très velus que les autorités de Sibérie leur offrirent au moment de leur entrée officielle, en tant que nation, dans l’ONU. Sans compter les chats, les oiseaux de passage, les volailles et les lapins Le flux magnétique conséquent aux explosions atomiques ne les concerna pas : ils n’utilisaient rien d’électromécanique. Le flux thermique provoqua en même temps que la naissance du Vortex, un réchauffement notable de la température, mais les échanges se trouvèrent brutalement interrompus aussitôt que le vortex atteignit son régime de rotation stable. En gros, le climat intérieur diurne passa de moins 25 ° à plus 18 ° et resta ainsi car le mur d’air les séparait du reste du monde en train de cuire à 160°. Malheureusement, une partie des radiations atomiques les éprouva, mais pas tout à fait comme ailleurs, elle ne les toucha que de façon atténuée. En effet, au cyclone d’air s’ajoutaient, invisibles, des phénomènes rotatifs appliqués au champ magnétique terrestre qui ralentirent l’irradiation de la région. Les Inuits n’en moururent pas, mais tous, (sauf deux adolescents mâles qui foraient un puits pendant la GC), devinrent stériles. Se rendant assez vite compte de ce qui leur arrivait, vu l’absence de grossesses chez chaque femme qu’ils tentèrent d’honorer, (toutes y passèrent à la demande des anciens), ils n’entretinrent plus qu’une idée : sortir du vortex et aller chercher femmes ailleurs. Cette stérilité des humains devenait d’autant plus rageante que, chez les animaux, elle n’existait qu’à cinquante pour cent ! Mais l’ensemble des tentatives d’enfantement et la constatation des échecs subits, s’étendirent sur une période de trois ans. Donc, quand ils se décidèrent enfin à franchir le mur en utilisant n’importe quel moyen, la radioactivité, à l’extérieur de leur zone miraculeuse ne présentait absolument rien de nocif ! Il suffisait qu’ils puissent prendre des épouses à l’extérieur pour que les Inuits se perpétuent.

La surface du sol arable, la prospérité des troupeaux de Cervidés, les poulains nés des chevaux, la multiplication des lapins et des gallinacés, permettaient à tous de continuer à vivre paisiblement sur place. Mais, après la tenue de nombreux conseils, les anciens parvinrent à une conclusion : Si deux d’entre eux réussissaient à sortir, alors tout ce qui vivait pourrait ensuite quitter ce lieu. Ils connaissaient l’impossibilité pour eux de détruire le mur du vortex compte tenu du peu de moyens techniques dont ils disposaient. D’ailleurs rien ne prouvait que des tirs de canons puissent en venir à bout. Non, les vieux de la vieille, les malins, concoctèrent une solution plus efficace et capable d’amener une haute probabilité de réussite. Il fallait creuser une galerie qui, partant de la zone stable se dirigerait vers l’extérieur aussi loin qu’il le faudrait jusqu’à ce qu’ils puissent en ressortir, hors de la zone du typhon. Un calcul montrait que ce travail ne se présenterait pas comme une mince entreprise. Pour ne pas risquer d’arrachement par le vent en fragilisant par trop le sol, il faudrait creuser cette galerie à au moins à trois mètres de profondeur. Puis il faudrait la boiser sérieusement, au fur et à mesure de leur progression. Sur les deux cents premiers mètres, la limite première du mur de vent à l’extérieur, les mineurs respireraient de l’air leur parvenant par l’intermédiaire de tubes de très faible section traversant le sol. Ce système leur indiquerait, en même temps, une idée de la force des vents soufflant à l’extérieur. Puis, sous le vortex lui-même, dont l’épaisseur se trouva estimée à environ six cents mètres, ils utiliseraient des tuyaux venant de la zone aérée miraculeusement épargnée, qui leur parviendrait grâce à l’emploi de soufflets de peaux poussant l’air jusqu’aux courageux qui tenteraient cette évasion. Enfin, et par sécurité, ils prolongeraient la galerie d’encore cinq cents mètres de plus avant de tenter une sortie. Les deux adolescents les plus concernés portaient des prénoms Inuits imprononçables pour des gens comme vous et moi, aussi les nommerais-je simplement Hans et Flack, dont la consonance se rapproche un peu de la vérité. Ils voulaient, avant de se lancer dans ce long et pénible travail, que les anciens leur disent comment ils s’y prenaient pour évaluer l’épaisseur du vortex. Le plus ancien souligna que, de temps en temps, à travers le tourbillon d’air chargé de tout ce que le vent emporta sur son passage avant de se stabiliser, il arrivait que l’œil aperçoive un peu du paysage qui se trouvait au-delà de lui. Or, un bloc rocheux caractéristique, et que tous connaissait bien, émergeait parfois au travers du tourbillon et paraissait situé au-delà du Vortex ! Hans se déclara satisfait de l’explication, remercia avec courtoisie et laissa Flack s’exprimer. Celui-ci ne posa qu’une question :

« Combien leur faudrait-il de temps, selon les anciens, pour réaliser ces quelques deux kilomètres de tunnel ? » Il lui répondirent que cela dépendrait d’abord des dimensions du boyau, puis du courage et de la persévérance de la population qui y consacrerait tout son temps libre. Flack insista et le chiffre de deux ans se trouva avancé si l’on acceptait l’idée de creuser selon un diamètre qui permettrait aussi bien le passage des hommes que celui des caribous ou des chevaux ensuite. Donc, en gros, un creusement d’au moins un mètre de large et d’un mètre et demi de haut Il faudrait aussi prévoir l’installation de rails de bois et de chariots wagonnets pour évacuer la terre et espérer une chance de ne pas se heurter à un bloc rocheux enterré sur le parcours. Donc : Rien dans ces prévisions ne présentait le moindre caractère de sûreté des estimations ! Nul ne pouvait prédire le résultat finalement obtenu par cet énorme travail, ni combien de temps il faudrait y consacrer. Les Inuits, humains non parfaits, montrent, en général, quelques défauts très spécifiques mais ils ne se comportant presque jamais comme des paresseux ou des gens versatiles. Une fois la décision prise par les anciens, tout le monde se mit au boulot sans rechigner. La chance(æ) qui les plaça au centre du Vortex ne les lâcha pas ! Ils ne rencontrèrent pas de murs de roche sur leur parcours et, ensuite, lorsqu’ils entreprirent une tentative de percement, par un étroit tube d’acier, verticalement vers le sol naturel, cent mètre au-delà de ce qu’ils pensaient la limite extérieure du mur, ils constatèrent l’inutilité pour eux de creuser d’avantage. Tous revinrent vers le village tandis qu’un ancien, volontaire pour ce risque, les remplaça afin de creuser un passage vertical leur permettant enfin de sortit de leur zone protégée. Cet homme courageux se retrouva de l’autre côté du mur, sous un vent supportable. Il retourna en prévenir les autres et les deux porteurs de l’espérance de la tribu sortirent les premiers et purent se retrouver, sains et saufs, hors de leur prison d’air. Ils coururent le plus loin possible et ne s’arrêtèrent qu’à trois kilomètres de là. Petit à petit, les autres, accompagnés de leurs animaux, vinrent les rejoindre et après deux jours tous se trouvaient regroupés dans les ruines de la gare qui, jadis desservait leur village.

Ils pensèrent ensuite à toutes les récoltes et aux provisions qu’ils venaient d’abandonner mais les anciens répliquèrent qu’on en reparlerait plus tard. Dans la nuit, le Vortex, qui se déplaçait de quelques centimètres de temps en temps dans une direction ou dans la direction opposée, se trouva assez proche du trou de sortie de leur galerie pour qu’un grand vent s’y engouffre et pénètre la zone protégée de leur village. Il se produisit alors comme une explosion et le Vortex arracha tout ce qui se trouvait à la surface de leur village avant de disparaître sous la forme d’une tempête hurlante s’éloignant vers le nord. Le lendemain, il n’existait plus de mur de vent ! Il ne subsistait qu’un village en ruine mais les champs cultivés par les Inuits restaient verts de promesses, les silos à grains, enterrés, se trouvaient bien pleins et avec ce qui restait de matériaux, ils trouveraient de quoi reconstruire leur village comme il se présentait jadis, à toute la population.

Les deux garçons trouvèrent sur les rails annexes, une plate-forme de service qui pouvait avancer à l’aide d’un levier (une draisine) cet engin leur permettrait de voyager sur les rails comme un wagon mû par la seule force de leurs bras. Ils se munirent d’une grande quantité de provisions puis participèrent à la cérémonie qui fêtait à la fois leur délivrance du Vortex et les espoirs du prolongement de leur ethnie.

Le lendemain, alors que les autres cuvaient encore leur alcool de blé, ils se mirent en route et suivirent, tant qu’ils le purent, la voie ferrée qui les menait vers ce qui restait de la civilisation. Un seul objectif les animait : Chacun d’eux voulait trouver une femme et la ramener au village afin d’enfanter une ribambelle de petits Inuits.

Or, nous le savons maintenant, sur le continent américain il n’existait plus qu’une seule femme en état de procréer : le professeur Sato San !

Ainsi, tandis qu’ils se dirigeaient vers le sud, cherchant désespérément des êtres vivants de sexe féminin, Sato San remontait vers le nord dans un but identique et un peu symétrique. Le seul élément qu’ils partageaient dans leurs espoirs concernait la nature de leurs destinations ! Autrement dit, ils se dirigeaient vers les grandes villes, les métropoles, les villes symboles qui représentaient, pour chacun d’entre eux, l’un des centres de l’ancien monde civilisé : Rio, Brasilia, Mexico, New York et Washington.

Reconnaissez, tout de même, que la probabilité que ces trois personnes se trouvent au même moment dans l’une de ces agglomérations (même en ruine) frôlait le zéro pointé ! Admettez également que, s’y trouvant par miracle à la même date, la probabilité pour qu’ils s’y rencontrent restait aussi faible. Imaginez simplement que, de notre temps, vous alliez à Paris le même jour qu’un autre individu et que vos pas vous mènent aux Champs Elysées, quelle chance vous restera-t-il de le rencontrer si lui, de son côté, se balade à Montmartre ? Et quand bien même vous pousseriez aussi jusqu’à Montmartre, qui vous dit que vous y parviendrez exactement durant la seule demi-heure où il s’y trouverait ?

Non, admettez- le, pour que l’humanité puisse repartir avec Hans (et/ou Flack) plus Sato San, il faudrait qu’une puissance supérieure le veuille et s’en mêle. Or, jusqu’à présent, il semblerait que cette hypothèse doive se trouver abandonnée ! Pour le comprendre, imaginez-vous un peu à sa place ! En dehors de quelques éventuels coups de pouces(æ) rien ne montrait que les puissances supérieures tinssent à renouveler l’expérience consistant à confier la planète à des humains !

Courage, ne désespérez pas, il existe, dans l’homme, des ressources insoupçonnables comme vous le constaterez bien plus loin. Mais restons honnêtes, je vous révèle, depuis le début de ce livre, tout ce qui concerne les rares survivants errant sur le sol de la planète après la GC et ne vais pas vous sortir, maintenant, comme un prestidigitateur, de ma manche une jolie noire coincée au fond d’une mine de diamant en Afrique du sud et remontant à la surface juste pour se laisser engrosser par l’un des mâles Inuits en quête de descendance. Je ne vous tromperai pas ! Vous connaissez maintenant tous les quelques survivants ou nouveau-nés sur ce qui reste de cette Terre à ce quanda :

- Daniel qui, à ce moment précis, ne vivra pas plus de quelques mois.

- Olivia stérile mais pouvant aider aux procréations in vitro.

- Lucien apte à cent pour cent et dont la semence donna cinq garçons en tout dont quatre vivent en pays basque et le cinquième réside avec sa mère Natacha. Tous, eux-mêmes capables de procréer en vue de donner une suite à l’humanité.

- Ceux de Saint-Sauveur : Serge (stérile) Natacha à trois ans de la ménopause mais encore capable d’enfanter et leur petit garçon Nicolas engendré par Lucien bien en forme (et déjà compté). Ajoutez encore nos deux Inuits et la belle Sato San et vous obtiendrez le compte total ! Total qu’il me faut raccorder, dans le temps, à l’époque à laquelle Olivia pensait à son congélateur (et aux espérances qu’il contenait) pour encore une vingtaine d’années.

Pour illustrer mieux je dirai que, trois ans après la GC, les deux Inuits et la belle japonaise ne se virent ni à New York, ni à Washington. Ils manquèrent seulement d’un mois, leur rencontre dans l’une de ces villes et de six semaines, leur réunion dans l’autre. A la même date Natacha se trouvait âgée de deux ans et Lucien de son côté, ne se verrait programmé qu’encore quelques années plus tard. Il nous reste à suivre, pour l’instant, ceux du continent américain dans leurs démarches intellectuelles et dans leur parcours.

Les Inuits (et la Japonaise.)

Après leur longue traversée de terres stériles et de villes mortes ou pulvérisées, les Inuits arrivèrent en premier lieu à Washington dont il ne restait qu’un monceau de cendres et de débris car plusieurs nations la choisirent comme cible dès l’extension du conflit. Aucun espoir de ce côté ! Ils décidèrent de poursuivre jusqu’à New York où la situation paraissait pire encore ! Il ne restait pas une pierre debout ni un ouvrage d’art, ni la moindre trace qu’il s’agisse d’un ancien lieu de vie. La décision qu’ils prirent relevait de la plus élémentaire évidence ! Ils retourneraient au village Inuit pour y finir leurs jours sans espoir de continuation, ni pour leur peuple, ni sans doute pour l’humanité. Ils quittèrent sans regret ces lieux hostiles et invivables et se tournant résolument vers le nord, ils se mirent en route vers le lieu dont ils partirent quelques mois plus tôt, pleins d’espérance et d’élans. Derrière eux, mais pour des raisons totalement différentes, Sato San les suivait, à mille cinq cents kilomètres de distance, continuant à espérer trouver un signe de vie et d’espoir plus au Nord !

Au départ de leur village, ils suivirent les rails sur leur draisine tant que l’état de la voie ferrée le leur permit. Ils se trouvaient encore en Alaska. Ensuite, aussi longtemps qu’ils trouvèrent de la neige ou de la glace, ils skièrent vers le Canada et, compte tenu de la saison, purent aller jusqu’aux grands lacs. Là, ils en effectuèrent la traversée avec un voilier et rejoignirent les Etats-Unis. La suite de leur parcours s’accomplit en vélo. Pour leur retour, ils procédèrent exactement de ma même façon, a ceci près que, la température venant de baisser, la glisse devint meilleure que lors de l’aller. La section finale ignora les rails et s’accomplit sur skis. Au village, ils se trouvèrent, tout d’abord, accueillis en enfants prodigues ! Puis les anciens les questionnèrent longuement sur ce qu’ils virent au cours de leur périple et sur l’état du reste du monde ? Ils racontèrent comment ils purent, partout et pour subvenir à leurs besoins, prendre les aliments ou les objets choisis dans les villes mortes. Ils éprouvèrent l’impression que le monde entier, du moins ce qu’il en restait, leur appartenait. Ils décrivirent l’absence de végétation et d’animaux et expliquèrent que la seule partie verte rencontrée se trouvait ici même et entourait leur village. Enfin, ne rencontrant âme qui vive, ils revenaient au seul lieu où demeurait un espoir de vie normale. Lieu unique dans lequel ils pouvaient voir des prairies, des cultures et des êtres vivants (humains et autres). Ils pensaient s’installer définitivement en ce lieu que Dieu sauvegarda pour les Inuits et y finir leurs jours sans histoires.

Les anciens tinrent de nombreuses réunions secrètes pendant le mois qui suivit leur retour, puis convoquèrent les deux jeunes gens en vue de leur signifier les conclusions auxquelles ils parvenaient :

« S’il n’existait plus aucune femme sur ce continent pour perpétuer la race des Inuits, alors ils devaient repartir, traverser la mer de Béring à l’endroit le plus étroit puis, passant par la Sibérie orientale, fouiller l’Asie ! Si, là non plus, ils ne trouvaient rien ils devraient pousser jusqu’en Europe s’il le fallait ! »

Sans aucune concertation préalable, les deux jeunes hommes émirent de vives protestations. Les mois qu’ils venaient d’endurer dans la solitude d’un univers totalement détruit comme ils le constatèrent partout, ne les incitaient pas à se remettre en route. Ils désiraient demeurer là où l’herbe poussait, là où ils entendaient le chant des oiseaux, les meuglements, les hennissements et les voix des gens. Le plus ancien, le respecté chef de cette communauté dut hausser le ton en leur expliquant que peu importait leur avis ! Qu’ils partent en sachant bien que le village n’accepterait de les accueillir de nouveau que s’ils ramenaient des femmes capables de continuer l’espèce ? Il ajouta, très en colère : « Et si vous n’en trouvez, ni en Asie, ni en Europe, eh bien ! Vous traverserez par l’Espagne et le Maroc et visiterez la totalité du continent Africain ! Et si vous n’en rencontrez toujours aucune vous chercherez à vous rendre jusqu’en Australie pour continuer votre quête ! Si vous essayez de revenir ici sans compagnes, nous vous chasserons à coup de pierres ! » Penauds, les deux jeunes baissèrent la tête en signe de soumission et exprimèrent ensuite, du bout des lèvres, leur accord. Simplement, utilisant des moyens dilatoires divers, ils traînèrent le plus possible pour la préparation de leur expédition. Si bien que, de son côté, Sato San, prenant une route plus courte, arrivait, avant eux, au détroit de Béring, bien décidée à traverser dans les meilleures conditions possibles et à rentrer dans son pays, via la Sibérie Orientale.

La Japonaise utilisa des moyens de locomotions très différents de ceux employés par les garçons ! Dès son débarquement sur la Terre de feu elle suivit la route traversière qui la mena jusqu’à la côte ouest et, dans le premier port venu s’empara d’un petit voilier avec lequel elle entreprit de caboter jusqu’au Mexique. Visitant chaque escale quotidienne, elle se rendit rapidement compte de l’absence de toute vie. Elle visa alors les U.S.A. Elle cultivait la certitude intime que quelques personnes planquées dans des abris survivaient quelque part ! À Acapulco, au Mexique, elle se mit à la recherche d’un moyen de transport par route car elle remarquait que celles-ci, dans l’ensemble, souffrirent assez peu de la G.C. Chez un concessionnaire de luxe elle mit la main sur un véhicule électrique qui avait gagné un concours en Australie en réalisant, sans autres ressources que la lumière solaire, la traversée du continent. Ce modèle, acheté certainement à grand prix par le commerçant dans un but publicitaire, se révéla encore capable de fonctionner. Il lui suffit, pour cela, d’échanger les cellules du panneau solaire par des neuves qu’elle trouva dans une caisse au sixième sous-sol. Voyageant sans bagages, vêtue aussi légèrement que possible, Sato San se rendit à New York, puis à Washington. A chaque fois, elle laissait sa voiture « solaire »au bout de ce qui restait de la route nationale encore en état et continuait durant quelques kilomètres, à pied pour effectuer sa visite. Elle comprit, très vite, que là, moins encore qu’ailleurs, elle ne rencontrerait le moindre être vivant. Elle prit alors une décision raisonnable, celle de retourner vers le pays de ses ancêtres et d’aller y attendre la mort.

Lorsque, remontant vers le nord-est, le sol se montra recouvert de neige ou de glace, elle se bricola en Québec, un engin de glisse, à voiles comme celui qu’elle utilisa pour quitter le pôle sud. Simplement, puisque ici les vents se montraient bien moins violents elle installa une grand-voile de plus grande surface. Puis, glissant ainsi au travers de paysages blancs qui ne s’interrompaient qu’au voisinage des ruines d’anciennes, elle se dirigea vers la mer de Béring dans le but d’y tenter la courte traversée. Elle savait, parfaitement, qu’en face, elle trouverait autant, sinon plus, de neige, de glace et de froid…

Mieux vaudrait, donc qu’elle traverse le détroit avec son char des neiges et tout ce qu’elle entassait jour après jour à son bord : Ravitaillement, protections, pelisses, duvets polaires, outils et instruments. Pour y parvenir, deux solutions semblaient envisageables :

Soit construire un grand radeau à voile et poser dessus son moyen de transport actuel, puis de traverser la mer

Soit attendre que la glaciation de la mer lui permette un passage direct.

Les deux solutions ne s’excluaient nullement l’une de l’autre car le temps le plus froid n’arriverait que sous cinq ou six semaines et rien ne l’empêchait, en attendant, de construire un radeau en utilisant la flopée de fûts vides qui traînaient sur le port. Ainsi, si la glace n’allait pas, cet hiver là, d’une rive à l’autre elle se contenterait d’utiliser le radeau !

Sato San se fabriqua assez aisément ce moyen de transport en moins d’un mois. Elle étudia ensuite, avec l’aide de cartes trouvées dans une capitainerie de port, le meilleur parcours possible. Après, elle apprit le chemin par cœur et ne se préoccupa plus du brouillon qui resta enfoui dans une poche de sa combinaison !

Elle pensait que, la température générale ayant beaucoup remonté dans les régions qu’elle venait de traverser, l’hiver se montrerait sans doute plus doux qu’avant la Grande Catastrophe et qu’aucun passage sur glace ne pourrait s’envisager cette année là. Mais, en bonne climatologue, elle notait également que, depuis quelques temps, toute l’eau évaporée au cours de la G.C. produisait de nombreuses précipitations avant que le ciel ne se trouve enfin débarrassé de son excès de nuages. Que si, en antarctique, le froid revenait en neiges abondantes, ici, elle pouvait rencontrer un phénomène analogue et symétrique ? Effectivement, le radeau se trouvait fin prêt pour son départ lorsqu’elle put vérifier à la longue vue qu’un passage en glisse pure se créait et la ramenait à la plus simple des solutions !

Elle abandonna donc le radeau et quelques-unes des choses inutiles qu’elle trimbalait encore avec elle pour les remplacer par leurs poids de vivre, de médicaments et d’alcool. Le soir même, elle exécuta, par un bon vent, une traversée sans histoire et arriva en Sibérie Orientale.

Cinq semaines encore plus tard Hans et Flack, tirés par le meilleur attelage de chiens du village, atteignirent ce même point car devant eux se trouvait le passage le plus étroit de la mer de Béring. Ils se demandèrent comment aller de l’autre côté ? Le passage de glace n’existait plus. Restaient des morceaux qui flottaient en grandes plaques mais, impossible d’entreprendre, à skis, la traversée. Visitant le port en quête d’idées ils tombèrent sur le radeau, visiblement de fabrication très récente, ce qui se voyait sur les parties de métal nues encore brillantes et sans trace d’oxydation. Cette embarcation pouvait, en son état, se voir utilisée sans délais. Il existait donc un ou des constructeurs en vie ! Mais où se trouvaient-ils ? Ils comprirent que ces derniers durent choisir de passer sur la glace pendant la courte période où cela se révéla encore possible. Donc, ils atteignirent la rive d’en face. Il leur suffirait de trouver leurs traces et de les suivre pour les rejoindre. Ils passèrent une journée à accumuler ce qu’il leur faudrait en vivres et en protections puis, ils les chargèrent sur le radeau. Hans y trouva des vêtements féminins, trop légers pour l’endroit, dont une combinaison polaire usée et, semblait-il, volontairement abandonnée. Il existait donc au moins une femme à quelques semaines devant. Dans une des poche de ce vêtement féminin, il trouva le brouillon du parcours que suivaient ces gens : Ils allaient, semblait-il, à Providenia, puis voulaient emprunter une voie maritime pour caboter jusqu’à Anadyr. Après quoi, ils emprunteraient un chemin terrestre pour atteindre Pétropavlosk. De là, ils projetaient de reprendre la mer, et, suivant les Kouriles d’aller jusqu’à Hokkaido.

Cette carte, ce brouillon, abandonné par hasard, leur donnait enfin un but à atteindre ! Soutenus par la plus grande détermination, ils traversèrent, posant leur traîneau et les chiens sur le radeau. Une fois débarqués sur le continent asiatique, ils endossèrent leurs sacs, chaussèrent leurs skis, allégèrent largement le traîneau et décidèrent de couper par la montagne pour gagner du temps.

Cette idée pouvait leur permettre d’arriver à peu près en même temps que les « autres » ! Et, effectivement, s’il fallut un bon mois à la Japonaise pour atteindre Anadyr, les hommes, par leur raccourci, gagnèrent la moitié de ce temps. Dans la neige, revenu sur la piste commune, ils trouvèrent la trace fraîche de ses skis et surent alors qu’ils ne suivaient pas un groupe, mais une femme seule.

Cette dernière ne s’embarrassa pas d’un excès de matériel et attaquait la piste en championne. Avec le traîneau et les chiens dont ils ne voulaient en aucun cas se séparer, ils ne purent maintenir l’intervalle qui les séparait de leur « lièvre » mais perdirent quelques jours. Ils en déduisirent que cette femme skiait en experte à ski, comme une véritable championne ! Cela impliquait une créature assez jeune et en parfaite forme physique ! Heureux augure pour ce qu’ils en espéraient !

Ils ne parvinrent à Anadyr que vingt jours derrière elle et comprirent qu’elle venait de prendre la mer afin de poursuivre son itinéraire vers les Kouriles.

Sato San trouva, en effet, une jonque de pêcheur d’assez faible taille pour qu’elle se sente capable de la manœuvrer. Elle y chargea donc de quoi effectuer son voyage. Sato San choisit de longer la cote est du Kamchatka. Trois semaines plus tard les deux garçons atteignaient la pointe de cette presqu’île en rattrapant tout leur retard. Ils choisirent astucieusement de suivre un itinéraire terrestre passant sur la côte ouest ce qui leur permit d’accomplir le trajet avec les chiens et le traîneau. Le jour ou Sato San entrait dans Pétropavlosk ils se trouvaient très précisément en face, sur l’autre rive à soixante dix kilomètres de là, dans la ville de Oktabroski. Ils décidèrent de ne pas s’accorder de halte mais de couvrir la distance qui les séparait encore de l’extrême pointe de la presqu’île, le cap Lapatka. En face d’eux, à portée de main, ils voyaient l’île de Paramouchir et sa capitale Severo-Kourilsk. Ils éprouvaient une intense curiosité de savoir s’ils précédaient ou s’ils suivaient encore la femme ? Pour le savoir, ils commencèrent à examiner soigneusement toute la zone d’où un embarquement semblait possible. Ne trouvant rien, ils se positionnèrent afin de l’attendre. Ils choisirent, à cet effet de s’arrêter, à un point de passage obligé pour quiconque voulait rejoindre le Japon en passant par les Kouriles. Ils rêvaient tous les deux à l’instant de leur rencontre. Chacun pensait, en son for intérieur, qu’ ELLE arriverait sous peu et son imagination s’enflammait à cette idée…

Après trois jours de longue patience, enfin, ils virent arriver, par la côte, un bateau de pêche mené, de main ferme, par un humain dont ils voyaient vaguement se découper la silhouette. Ils poussèrent de grands cris pour attirer son attention et les chiens se mirent à aboyer ne comprenant la raison de tout ce raffut. Elle faillit ne rien entendre, mais son oreille, sur une saute(æ) de vent, capta les chiens, ce qui provoqua son étonnement. Tournant la tête vers le cap elle put apercevoir les grands mouvements de bras qu’ils lui adressaient. Trop heureuse de rencontrer enfin d’autres humains, elle se dirigea vers le port. Elle fut accueillie comme une reine par deux jeunes gars sympathiques qui l’aidèrent à arrimer son sampan.

Nous les retrouverons quelques jours plus tard, après que chacun ait raconté sa propre histoire avant et surtout depuis la G.C. et tout ce qu’il vécut ensuite. Ils en vinrent ensuite à l’essentiel de leur commune préoccupation :

« Devaient-ils rentrer au village, lieu privilégié de la planète ou bien tenter de trouver d’autres survivants ? »

Hans penchait nettement pour un retour immédiat. Son ami Flack, comprenant à des signes évidents que cette femme le préférait, semblait assez indifférent à la suite donnée. Il savait, anticipant l’avenir, que cette femme et lui engendreraient des enfants mais il savait aussi, nécessité oblige, qu’ensuite elle mettrait au monde les gamins et gamines de son copain. Les Inuits ne connaissent rien de ce que peuples civilisés nomment « la jalousie ». Ils n’en intègrent même pas le concept ! Bien sûr, se disait-il, mieux vaudrait rentrer au village mais pourquoi se précipiter ?

Sato San, de son point de vue, voulait vérifier qu’il n’existait pas plus de survivants au japon que partout sur la Terre, ailleurs. Elle désirait, en outre, effectuer une recherche systématique et par le biais d’émissions de radio, de tout être humain éventuellement survivant quelque part sur la planète. Pour concrétiser cette volonté, elle savait que dans le sous-sol de son université à Kyoto, s’il en restait quelque chose, elle trouverait le matériel nécessaire Elle leur suggéra de remplir ce devoir en sa compagnie car, ainsi, ils apprendraient peut-être où vivaient d’autres rescapés. S’ils en détectaient, ils établiraient un contact suivi avec eux et, ensemble, ils décideraient où et comment ils se rejoindraient.

Cette rencontre entre jeunes solitaires modifia profondément le ton et l’ambiance de leur existence. A chacun des trois, elle apportait non seulement un espoir, mais prouvait qu’à force de se rechercher, on peut se trouver. Elle venait de parcourir un bien long chemin depuis le pôle sud et, eux, venaient de l’antipode : leur village Inuit jouxtait presque le pôle Nord. Les garçons vivaient simplement, en parfaite autarcie, tels de bons ploucs. Fermiers (beaucoup) et chasseurs (encore un peu), ils agissaient comme leurs ancêtres, vivant un ou deux siècles avant eux ! La Japonaise, elle, se présentait comme le plus pur produit de la science et de la technologie de l’époque pré G.C. ! Elle appartenait à la race jaune et leurs ancêtres esquimaux en descendaient également, plus ou moins vaguement. Le problème de la compatibilité de leurs chromosomes ne les inquiétait pas du tout. Ils y voyaient plutôt, entre eux, une sorte de cousinage.

Ce qui les rapprochait le plus se rapportait à leur âge, leur égal désir de fonder un foyer et la certitude dans laquelle ils se tenaient de ce que la repopulation du globe puisse dépendre de leurs comportements. Si d’autres, ailleurs, existaient et se consacraient à la même tâche, tant mieux ! Mais comment s’en assurer sinon en cherchant mieux encore ? De toutes les façons, qu’ils trouvent ou non d’autres survivants, ils devraient ensuite s’obliger à opérer le maximum de croisements possible pour le bien de l’espèce. Ils décidèrent, d’un commun accord, d’aller jusqu’à Kyoto, et une fois là, de mettre en route une radio qui enverrait des messages en continu et enregistrerait d’éventuelles réponses qu’elle leur retransmettrait, en différé, sur une longueur d’onde privilégiée. Ils se mettraient à son écoute chaque jour à la même heure. Ensuite, ils se lanceraient dans l’opération de procréation en programmant de suite un premier bébé et ils reviendraient vers le village pour s’y établir.

Le programme ainsi établi, se déroula comme prévu. Les trois jeunes gens chantaient tandis que les chiens gambadaient autour sur les quais du port. Ils choisirent une jonque de taille requise pouvant se manoeuvrer à deux ou à trois. Puis ils entassèrent à bord de quoi tenir un siège et, longeant, sans hâte excessive, les côtes des Kouriles, ils parvinrent enfin à atteindre le territoire incontesté du Japon. Le spectacle de désolation et la destruction totale qu’ils rencontrèrent partout les amena rapidement à comprendre que rien ne subsistait non plus de ce pays. En effet, dès le début du conflit, se trouva choisi comme cible principale par trois pays particulièrement méfiants à son égard : Les U.S.A., la Chine et la Corée. Le déclenchement des répliques atomiques prévues de longue date vint d’un automatisme de défense programmé pour tout détruire. Cela arriva par des vagues successives d’engins braqués vers les centres principaux que leurs trois ennemis potentiels visaient. Le Japon se trouva ainsi l’endroit de la planète qui reçut le plus de bombes et celui où la température monta le plus haut ! L’irradiation s’y montra maximale et les flux magnétiques se révélèrent comme les plus élevés. Il ne resta rien de vivant et plus rien des constructions élevées ou enterrées par tout un peuple. Après leur visite à Kyoto, dont il ne subsistait que des ruines pulvérisées par les bombardements successifs, nos trois jeunes gens prirent le chemin du retour et, trois mois plus tard arrivèrent enfin au village Inuit. Les villageois ne leur réservèrent pas un franc succès, car ils ne ramenaient qu’une seule femme, mais les anciens observèrent que cela se produisit jadis et à maintes reprises à l’époque où des familles isolées dans un igloo et détruites par la famine parvinrent à pu se reconstituer à partir d’un seul mâle ou d’une seule femme. La technique consistait à d’utiliser les gènes au mieux de la loterie des chromosomes (ils ne l’exprimaient pas ainsi, mais cela correspond à ce qu’ils exposaient) en attendant de rencontrer, plus tard, les habitants d’un autre igloo pour améliorer le panachage.

Sato San devint la mère de ce petit peuple isolé et donna le jour à des enfants des deux sexes à raison de un tous les quatorze mois. Elle changeait de partenaire à chaque fois, parmi les deux seuls possibles, et la vie recommença dans cet îlot préservé. Mais ils espéraient toujours rencontrer d’autres humains. Que ces espoirs se montrent vains ou non, vingt-cinq ans après la G.C. la population de ce village comptait, non plus trois mais quinze personnes capables d’engendrer. Par une sorte de compensation de la nature (æ) il y naquit deux fillettes pour un garçon.
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