Centre rhone –alpes d’ingenerie sociale solidaire & territoriale








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Au "darwinisme social" sont souvent associés les principes de sélection naturelle, "la loi du plus fort, le refus de toute solidarité, une justification pseudo-naturelle d'éliminer les plus faibles". Comment l'entreprise darwinienne peut-elle imposer ses "valeurs" au spectre du darwinisme social ?

En France, on ne voit Darwin que par la sinistre lunette du darwinisme social, importé par la traduction déformante de Herbert Spencer, son fondateur. On ne s'affranchit pas facilement des ingérences idéologiques dans les sciences, et tout particulièrement dans celles de l'évolution. La tradition anglo-saxonne a largement influencé une partie des théories, notamment celle du gène égoïste, en pleine poussée ultralibérale et individualiste des années 1980. Un siècle sera passé, après l'engouement des Russes pour Darwin, pour que les études d'éthologie, et tout particulièrement de primatologie, fassent admettre qu'il existe de l'entraide, de l'empathie et de la réconciliation chez de nombreuses espèces, et même entre espèces. Donc, la loi du plus fort et l'élimination des faibles ne peuvent justifier, en tant que "lois naturelles", la ségrégation ou les inégalités sociales - encore moins l'eugénisme.

L'entreprise darwinienne, en interne, favorise la diversité - c'est la variation -, puis fait interférer ces diversités de différentes façons - c'est l'organisation. En externe, elle est sensible aux clients et à tous les partenaires, car, comme une espèce, l'entreprise coévolue avec les nombreux facteurs de son environnement. Enfin, elle est responsable de ses externalités, elle ne se repose pas sur la collectivité pour les assumer et, mieux encore, en fait des sources d'innovation. Toutes les nouvelles formes d'économies dites circulaire, de fonctionnalité, de partage, de solidarité, collaborative, verte ou grise, socialement responsables..., sont autant de nouvelles approches entrepreneuriales inspirées par des besoins de la société. De nouveaux types d'entreprises voient le jour aux États-Unis avec, clairement affichées dans leurbusiness model, de véritables démarches entrepreneuriales touchant à différents aspects de la RSE. Et les exemples vont croissant en France, comme en témoignent les initiatives autour du MENE (Mouvement des entreprises de la nouvelle économie). La société est de plus en plus entrepreneuriale et responsable.

L'individu comme source de variation, de proposition et d'action est au cœur de la pensée darwinienne et doit le devenir dans les entreprises.

S'il doit être considéré qu'il n'y a pas de vie sans but, d'évolution sans finalisme, de progrès sans utilité, de création sans sens, de science sans éthique, la philosophie darwinienne de l'économie, de l'entreprise, de l'innovation, et finalement de l'humanité, interpelle d'une part l'existence même de Dieu, d'autre part, dans ce sillage, le rapport que l'homme décide d'établir à la nature... Créationnisme (Dieu a créé des ressources sur la terre pour que les hommes en jouissent à leur convenance), anthropocentrisme (la nature est considérée hostile et le génie de l'homme lui permet de s'en libérer)... : le principe même de croyance fait-il potentiellement menace pour l'espèce humaine ?

Préférons à la croyance, l'imaginaire, la capacité à s'inscrire dans un récit sur le monde et à participer à son devenir. Notre espèce aime les histoires, elle a même un besoin viscéral d'histoires. Longtemps on a cru que c'était une caractéristique de notre espèce Homo sapiens.

Trois conceptions fondamentales du monde cohabitent : fixiste, transformiste et évolutionniste. La première croit dans un monde créé tel qu'il est, la seconde admet les transformations du monde par l'action des hommes, la troisième comprend que le monde change, contraint par son passé et par le jeu des interactions complexes entre tous ses acteurs, dont l'homme. Ces conceptions ontologiques touchent à toutes les parties des sociétés, comme leur économie, et même leurs humanismes respectifs.

Les sociétés fixistes, qui pensent que le monde est advenu grâce à un Créateur tout-puissant, postulent que les richesses disponibles sur terre ont été disposées à dessein et que l'on peut y puiser sans limites. On retrouve là la Bible Belt des États-Unis, avec le pétrole et les gaz de schiste, le Canada de l'ex-Premier ministre Stephen Harper pour les sables bitumineux de l'Alberta, le wahhâbisme de la péninsule Arabique, le chiisme du golfe Persique, l'orthodoxie des Russes... Ces sociétés se caractérisent par des économies basées sur l'exploitation des matières premières. Elles récusent les théories de l'évolution, et, d'une manière générale, détestent les sciences en raison de leurs fondements matérialistes (mais adoptent les technologies qui en viennent pour l'exploitation des ressources). Elles contestent le réchauffement climatique, refusent la liberté des femmes pour la procréation, et plaident pour un pouvoir machiste fort.

Les sociétés transformistes se caractérisent par de grandes cultures techniques et commerciales. Leur conviction repose sur la créativité, dont les innovations contribuent à l'amélioration de la société ; leur credo est le progrès pour et par les hommes. Elles acceptent l'évolution, mais dans un récit qui vénère l'homme, qui s'en est sorti par la connaissance et l'outil. Cependant, elles considèrent trop souvent que la nature n'est pas leur alliée, qu'elle est parfois hostile, et que les dégâts qu'on lui inflige sont le prix à payer - une externalité globale. On rencontre l'idée du développement durable raisonné ousoft : certes, on consomme des matières premières non renouvelables, mais les progrès des techniques permettent de trouver des solutions plus efficaces et économes. Ce sont là les pays d'Europe occidentale, la côte Est et le nord des États-Unis, et le Japon (et plus récemment la Chine). Leurs économies se divisent en grands secteurs et possèdent une excellence dans la R&D d'application des sciences et l'innovation incrémentale.

Le formidable succès du modèle transformiste depuis la Seconde Guerre mondiale, fondé sur une économie de la demande portée par des progrès inédits dans tous les aspects de la société (éducation, santé, espérance de vie...), prépare mal à considérer un avenir différent. Pour les entreprises, le slogan devrait être : "Vous mourrez de vos points forts", Kodak étant le cas le plus paradigmatique. Einstein disait : "On ne résout pas un problème avec le système qui l'a fait émerger." Il faut donc bel et bien changer de paradigme.

Quant aux sociétés évolutionnistes, celles qui sont capables de s'adapter ou auto-adaptables, elles sont très rares. Trop rares...

Elles comprennent que le monde évolue dans un jeu d'interactions complexes entre l'environnement, les espèces et les activités des sociétés humaines. De telles sociétés sont effectivement peu nombreuses, et correspondent le plus souvent à des périodes flamboyantes de l'histoire. Elles se caractérisent par une activité entrepreneuriale innovante, un commerce actif explorant de nouvelles voies géographiques ou techniques, le goût de l'aventure et du risque, une culture de l'échec et de l'erreur. Elles fonctionnent sur un mode coévolutionnaire, c'est-à-dire qu'elles agissent de façon modulaire, en associant des expériences et des compétences par projets.

Ce sont des sociétés fondamentalement démocratiques qui jouent sur les diversités. Leur motivation est l'entrepreneuriat et l'innovation, sans s'inscrire dans un projet, et encore moins dans un programme prédéfini. Elles produisent du changement, et les sociétés doivent s'adapter dans tous les domaines, notamment la gouvernance ; c'est l'inverse des précédentes, dans lesquelles les innovations s'inscrivent dans un projet de société prédéfini. Elles nourrissent des préoccupations authentiques pour tout ce qui concerne les environnements sociaux et naturels, qui ne sont plus considérés comme des externalités mais comme des sources d'innovation et des enjeux éthiques.

Actuellement, c'est la Californie, mais ce fut aussi la Lunar Society à la fin du XVIIIe siècle, la Renaissance italienne, la Belle Époque... Cette grille de lecture s'applique aussi à des niveaux plus locaux, notamment pour les régions françaises innovantes.

Ni véritablement fixiste, transformiste et évolutionniste, la société que nous traversons au XXIe siècle est-elle définissable ?

Les entreprises sont sensibles à l'état d'esprit dominant, selon ces trois grandes catégories. Seulement, personne ne sait dans quelle société nouvelle nous sommes déjà. On parle d' "espace digital darwinien" : une nouvelle écologie numérique édifiée par nos actions, mais dans un tissu de rétroactions qui fait que nous devons, selon la devise de la Reine Rouge de Lewis Carroll, courir le plus vite possible pour tenter de rester dans la course.

Mais personne n'est capable de définir ce monde. Nous sommes en plein cœur d'une période darwinienne. Personne ne sait ce que donnera ce que l'on baptise l'algorithme darwien, qui procède par variation et sélection. C'est là que surgissent les utopies transhumanistes.

La culture entrepreneuriale d'une société se mesure à la "démarche entrepreneuriale que ladite société fait le choix d'inclure dans ses valeurs, ses représentations, son enseignement, et ses enjeux d'avenir", estimez-vous. Comment qualifiez-vous les caractéristiques entrepreneuriales de la civilisation contemporaine et de la société française ? Celle-ci, que vous jugez profondément larmackienne, c'est-à-dire sclérosée, verticalisée, figée, peureuse, rongée par l'endogamie, le conformisme, l'exiguïté et la "normalisation sociétale" de ses élites, freinée par l'administration bureaucratique, inadaptée au monde multipolaire, rétive au risque, à l'essai-erreur, à l'échec, aux diversités et même à la "différence" qu'elle assimile à une "anomalie", est-elle condamnée à produire des entreprises et des entrepreneurs du même ordre ? Quelles pourraient être les fondations d'une "écologie entrepreneuriale" ?

La société française est fondamentalement entrepreneuriale. Et pourtant, trop de signes le contestent. Il suffirait de relâcher tous les freins administratifs et fiscaux pour stimuler cette appétence, comme en témoigne l'intensité de l'artisanat, des autoentrepreneurs et de l'uberisation.

Depuis la fin des Trente Glorieuses, nous sommes entrés dans une phase de l'évolution des sociétés, modélisée par Schumpeter. Elle se caractérise par la redistribution des richesses et la réduction des inégalités, ce qu'aucun libéral au vrai sens du terme ne conteste, mais elle est également dominée par des philosophies et des politiques qui finissent par étouffer l'esprit d'entreprendre, et par un accroissement ubuesque des réglementations. Le Code du travail en est le plus bel exemple. Cela se caractérise aussi par une contestation des sciences avec, de la part des « intellectuels médiatisés », une affirmation franche de leur mépris et de leur incompréhension.

Cela change, malgré tout. Notre ADN est toujours là ! Longtemps, la majorité des étudiants des grandes écoles d'ingénieurs et de commerce ne désiraient qu'entrer dans un grand groupe et y faire carrière. Tous les obstacles allant à l'encontre d'une vraie culture entrepreneuriale découlent de cette conception transformiste, avec une dérive pour la recherche d'un statut plutôt que d'une fonction. Aujourd'hui, la majorité de ces jeunes se lance dans l'aventure entrepreneuriale avec une volonté créatrice de participer aux changements en cours. Même si personne ne sait ce que sera le monde d'ici 2020, ils le façonnent, et là, en matière de processus, c'est totalement darwinien. Et ils sont la preuve d'une absolue conviction démontrée au quotidien : notre époque est pleine de ressources.

Cependant, un tiers des jeunes diplômés créent leurs entreprises à l'étranger. Une partie du dynamisme économique de Londres, du Québec et même de la Silicon Valley - sans oublier quelques pays d'Indonésie et l'Australie - provient du dynamisme d'entrepreneuses et d'entrepreneurs français. Les grands groupes américains viennent faire leur marché dans l'Hexagone dès qu'ils doivent mettre en place un projet de recherche innovant ; ils capturent nos talents.

Le foyer d'innovation ne tarit pas, une formidable énergie est mise au service d'inventions accouchant de start-up, voire de PME-PMI, mais après c'est le mur : trop de contraintes administratives et fiscales altèrent cet ADN, qui peine à se développer à l'intérieur de nos frontières, d'où le défaut criant, dans l'écologie entrepreneuriale domestique, d'ETI. Alors, les jeunes entrepreneurs préfèrent vendre avant cinq années d'activité en moyenne, et créent une autre entreprise ; ce sont des serial entrepreneurs obligés. Le problème se situe bien dans le passage de l'invention à l'innovation selon l'articulation schumpetérienne. Un problème de culture entrepreneuriale, mais pas d'entrepreneurs.

Les causes du délitement de cette culture entrepreneuriale sont exogènes, et ce sont les entrepreneurs eux-mêmes qui, parce qu'ils en sont les principales victimes, détiennent le pouvoir, et ont le devoir, de la revitaliser, c'est-à-dire de la bousculer disruptivement et de la redimensionner...

Absolument. Les personnes décisionnaires dans les arcanes des administrations françaises et européennes ont, dans leur immense majorité, une culture lamarckienne : leurs décisions reposent sur le développement de marchés ou de filières déjà existants. Elles s'avèrent inaptes à comprendre ce qui est émergent. Elles sont compétentes pour incrémenter un monde déjà existant, pas pour favoriser les ruptures.

Heureusement, des changements considérables se manifestent dans le monde entrepreneurial depuis à peine deux ans. De vraies écologies entrepreneuriales voient le jour. Au lieu de figer dans des cases les startups, les PME/PMI, les ETI et les grands groupes selon des critères plus ou moins arbitraires et avec des effets de seuil administratifs et fiscaux produisant leurs effets de plafond de verre rédhibitoires, on voit apparaître un tissu collaboratif, qui associe la faculté intrinsèque à l'innovation de rupture des petites structures et les capacités de développement des grands groupes. Cantines, lieux de coworking, Darwin-labs, fablabs, paillasses, tiers-lieux au sein des grandes entreprises, entre celles-ci et les plus petites, et entre ces dernières, constituent une vraie révolution : la coévolution.

En effet, quand, dans un écosystème, des entités se rendent un ensemble de services mutuels, et parfois gratuits, la biodiversité de ces acteurs décuple, le système devient plus résilient et résiste mieux aux intrus. Parmi les mammifères, le seul groupe qui a toujours dominé dans le monde des forêts est celui des primates et des singes, dont la lignée humaine. Pourquoi ? Parce que nous sommes les mammifères les plus intelligents, et nous le sommes devenus de plus en plus grâce à nos aptitudes à coévoluer avec les autres organismes comme les arbres et les insectes. Il devient urgent d'enseigner la primatologie et l'anthropologie évolutionniste dans tous les cursus, surtout les filières administratives et les sciences politiques.

Depuis le milieu du XXe siècle, les entreprises européennes "excellent sur des marchés déjà structurés mais arrivent difficilement à inventer de nouveaux marchés, comme les entreprises américaines". Ce constat, qu'indique-t-il sur la culture entrepreneuriale et d'innovation en Europe ? Que permet-il d'interpréter des particularismes (historiques, philosophiques, politiques, culturels) d'une "Terre Europe" ?

À partir des années 1970, l'Europe est toute accaparée par le magnifique projet de la construction de la Communauté européenne. L'Europe n'est pas exempte de défauts, mais elle offre une grande qualité d'infrastructures à l'échelle d'un demi-continent : routes, autoroutes, réseaux ferroviaires et numériques, canaux... Elle dispose des meilleurs systèmes de protection sociale, des meilleures politiques écologiques et environnementales, des meilleurs hôpitaux, des meilleurs systèmes éducatifs.

Les meilleures grandes entreprises rayonnent dans tous les domaines de l'économie dite classique : trains, automobile, aviation, aérospatiale, bateaux, BTP, énergie, eau, chimie... et comptent parmi les leaders mondiaux. Dans ces domaines, et ramené à notre taille, nous sommes même meilleurs que les Américains. Mais voilà, on a manqué le développement d'une industrie de l'informatique, puis du numérique.
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