Centre rhone –alpes d’ingenerie sociale solidaire & territoriale








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Ces fameuses NBIC, "qui pénètrent nos corps, des gènes aux neurones en passant par les organes et toutes sortes de prothèses", annoncent-elles une troisième coévolution ?

Absolument. Elle commence seulement à se faire ressentir et porte une nouvelle promesse : le transhumanisme. En comparant ces différentes périodes - Paléolithique supérieur, Néolithique, Antiquité, Renaissance, révolutions industrielles... -, on constate à chaque fois un même faisceau de facteurs : des techniques et des modes de communication inédits, qui entraînent des changements dans le commerce, les monnaies, les moyens de production, les transports, les arts, le statut des femmes, les conceptions du monde, les moyens de procréation, la médecine, les attitudes autour de la mort, les rapports entre les anciens et les nouveaux acteurs sociaux, de nouvelles formes d'expression politique et de gouvernance, l'éducation et, bien sûr, dans la vision de ce qu'est la nature et dans les rapports avec elle (contrat naturel).

Et les manifestations donnent une liste à la Prévert : NBIC, NTIC, crowdfunding, blockchain, mariage pour tous, contrôle sur la procréation et la mort, Mooc, imprimantes 3D, âges de la vie (cinq générations impactées par des environnements technologiques différents vivant ensemble ; BB, X, Y, Z...), reverse mentoring (les jeunes apprennent aux seniors), rôles économique et politique croissant des femmes, et nouvelle conscience de ce que sont la nature et les mondes de demain. Quels sont les nouveaux acteurs de ce monde ? Une poignée d'entrepreneurs de la Silicon Valley ont mis sur le marché des appareils aux usages non limités qui, dans nos mains, modifient notre monde. Nous en sommes les agents !

Steve Job disait : "I'm going to change the world", mais il n'a jamais dit comment. Ce sont nous, les milliards d'humains qui avons pris en main ces appareils et avons tapé du doigt dessus, qui avons changé ce monde. Nous en sommes les acteurs plus ou moins conscients. Et ça, c'est parfaitement darwinien : un processus de variation/sélection qui n'est inscrit dans aucun projet de société. Comme dans la conception darwinienne la plus orthodoxe de l'évolution, de petites actions - les glissements de nos doigts, ces "petites poucettes" de Michel Serres - donnent de grands changements. On comprend le désarroi du politique et d'une partie des acteurs sociaux sur l'avenir de nos sociétés.

"Les entreprises sont comme des espèces", jugez-vous. Chaque entreprise est une agglomération d'individus, de technologies, de matériaux, de process. Est-elle un "corps vivant" ?

Les entreprises et leurs acteurs peuvent-ils être comparés à des espèces ? Cette interrogation, fondamentale, appelle un triple éclairage historique, épistémologique et scientifique.

D'un point de vue historique. Les théories de l'évolution et les théories économiques sortent du même creuset : celui des Lumières, avec des foyers à Paris (politique), Édimbourg (philosophie) et Sheffield/Birmingham (économie). Les acteurs de cette Lunar Society anglaise sont les fondateurs des grands courants de pensée et d'action sur le changement dans la nature (théorie de l'évolution), dans l'économie (le vrai libéralisme entrepreneurial) et dans la société (les whigs ou le courant de la gauche libérale et sociale anglaise qui milite contre l'esclavagisme et pour l'égale éducation des femmes). La recette du progrès associe une réflexion interdisciplinaire sur les sciences, les techniques, les entreprises, la nature et la société. La désaffection actuelle pour les sciences comme la médiocrité du débat intellectuel qui se revendique philosophique ne sont pas de bon augure.

D'un point de vue épistémologique. L'histoire des théories de l'évolution et celle de l'économie avancent avec les mêmes difficultés conceptuelles et les mêmes problèmes épistémologiques, avec une petite avance pour les théories de l'évolution. C'est le cas pour les concepts d'espèce et d'entreprise. Darwin avait bien compris que la notion d'espèce était un vrai casse-tête. Il préfère le terme de « population ». Depuis presque deux siècles, les évolutionnistes se coltinent un concept nécessaire mais qui ne cesse de poser plus de difficultés qu'il n'en résout. Par exemple, comment comprendre que nous, les Homo sapiens, avons des gènes de neandertalensis alors que nous ne sommes pas de la même espèce ? En économie néoclassique, c'est le concept de l'Homo economicus, ou agent économique rationnel : on sait que c'est faux, mais on n'a pas mieux pour modéliser, même si toutes les expériences en microéconomie, en économie expérimentale et en anthropologie invalident ce concept. Pour éviter cet écueil, les évolutionnistes se sont intéressés à la macroévolution, et les économistes à la macroéconomie. Aujourd'hui, les théories de l'évolution s'attachent aux mécanismes, aux gènes, aux populations, et les espèces ne sont que des épiphénomènes à un moment donné de la dynamique de ces populations.

D'un point de vue scientifique. On ne dispose de définition exacte ni de l'espèce ni de l'entreprise, mais il en va des espèces comme des entreprises, il s'en trouve une très grande diversité. D'ailleurs, de part et d'autre de l'Atlantique, des débats s'emploient à savoir à qui appartient l'entreprise - notamment celle par actions. Comparer une entreprise à une espèce n'a cependant rien d'évident. Se limite-t-on à la métaphore, ou recherche-t-on des analogies formelles, voire fonctionnelles ? Mes recherches s'intéressent aux analogies fonctionnelles, notamment autour de l'innovation. C'est l'enjeu de l'économie évolutionniste, qui a compris qu'en économie, il est préférable de s'intéresser aux mécanismes des changements plutôt qu'à la quête mythique des équilibres. D'un point de vue évolutionniste, comment comprendre qu'une économie puisse arriver à l'équilibre - donc qu'elle a évolué - et y rester ? Voilà un vrai problème de logique, voire une contradiction. Dès lors, une politique économique qui recherche les équilibres des marchés sans comprendre les dynamiques évolutionnistes des entreprises est vouée à l'échec. Une pure utopie, que l'on retrouve aussi dans certaines politiques de conservation des espèces et des sanctuaires naturels qui postulent que, si on les écarte des affaires des hommes, ils resteront dans un bel équilibre.

L'un des premiers à parler d'économie évolutionniste est Joseph Schumpeter, en 1912. Non seulement il définit le couple inventeur/entrepreneur et la différence entre le chef d'entreprise et l'entrepreneur, mais il comprend que ce sont les inventions techniques qui, en se diffusant sur le marché et en devenant des innovations, changent la société. Là aussi, c'est on ne peut plus darwinien.

À Jean-Baptiste de Lamarck vous opposez, et surtout préférez, Charles Darwin, dont la conception disruptive, libérée, entreprenante, responsabilisante et humaniste de l'évolution, modélise simultanément l'innovation et l'entreprisedarwiniennes. Toutes deux forment-elles l'idéal de l'innovation et de l'entreprise ?

Les grands évolutionnistes sont naturellement déconnectés de nos sociétés actuelles, mais leurs conceptions de la nature et du rapport de l'homme à la nature expriment la philosophie des puissants fondements de l'excellence de nos cultures techniques. En fait, Lamarck (1744-1829) est plus darwinien qu'on ne le pense, et Darwin (1809-1882) plus lamarckien qu'on ne le croit. On touche là à deux conceptions très différentes de l'innovation et de l'adaptation.

Par exemple, Schumpeter se montre très darwinien dans son approche de l'innovation entrepreneuriale, mais se révèle très lamarckien dans sa compréhension de la compétition et de l'innovation. En son temps, il admire de grandes entreprises comme Krupp ou Ford ; il n'avait aucune idée de ce que pouvaient être des startups. Donc, faire une telle analyse requiert de se référer à un contexte historique précis.

La France de la Belle Époque a connu sa période la plus libérale, la plus entrepreneuriale et la plus sociale de son histoire. Le pays disait au monde ce qu'était le progrès. Il était très darwinien. La très grande majorité de nos grandes entreprises, y compris les banques, naissent d'ailleurs à cette époque.

Après la Seconde Guerre mondiale, les exigences de la reconstruction s'appuient sur les grandes entreprises et les grandes écoles. Ce sont les Trente Glorieuses, révolues depuis le début des années 1980. C'est au cours de cette décennie que revient le mauvais darwinisme. Les dérégulations des années 1980 et le néolibéralisme sont contraires à l'exigence d'un projet social. D'ailleurs, est-ce un hasard si c'est au cours de ces années-là que domine la théorie du "gène égoïste" et que la pensée économique libérale dominante est celle de Hayek, en partie inspirée de Darwin, mais dans sa dérive spencérienne du darwinisme social ?

Pour comprendre la dérive de ces concepts, il suffit de se rappeler la réponse de Lloyd Blankfein, l'ancien CEO de Goldman Sachs, devant la commission du Sénat américain à propos de la crise des subprimes : "I was doing the job of God and Darwin" (j'accomplissais la mission de Dieu et de Darwin). Outre le fait de rapprocher Dieu et Darwin dans le cadre du néolibéralisme reaganien porté par la révolution conservatrice antidarwinienne, on constate une dérive monstrueuse de la théorie de Darwin comme du message évangélique. Il faut toujours se méfier des gens qui disent : "Je vais faire votre bonheur", et encore plus de ceux qui prétendent se conformer à des lois divines ou naturelles.

Les années de reconstruction de l'après-guerre ont été très lamarckiennes, reposant sur l'excellence des universités et des grandes écoles, ce qui a produit une évolution économique, politique, sociale et sanitaire comme jamais dans l'histoire de l'humanité. D'ailleurs, cela fonctionne indépendamment des systèmes politiques jusqu'aux années 1970, qu'il s'agisse du libéralisme américain, du communisme soviétique, de l'ordo-libéralisme allemand, ou de notre économie planifiée, avec le Commissariat au Plan.

Pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas de limites pour l'accès aux ressources énergétiques et aux matières premières. Puis arrivent l'avertissement du Club de Rome, "Halte à la croissance", et le premier choc pétrolier. Là aussi, on perçoit toute la différence entre une analyse darwinienne et une analyse plus politique.

"Les cultures, les philosophies, les idéologies et les archaïsmes s'insinuent dans les pratiques managériales", jugez-vous. Ces dernières, par ailleurs confrontées aux injonctions d'une rentabilité, d'une performance, d'une rapidité d'exécution et de résultats, d'une mondialisation inédite, cristallisent l'enjeu clé des entreprises : la faculté d'adaptation et d'évolution. Quels en sont les ressorts majeurs ? Quel management (de l'innovation) doivent-elles adopter qui stimule "le désordre créatif darwinien" (recherche fondamentale) et déploie "l'excellence lamarckienne" (recherche appliquée) ?

Les modes managériales autour du management humain, de l'entreprise libérée, ou encore toutes ces quêtes de sens et de bonheur sont agaçantes. De véritables concepts se trouvent galvaudés par des effets de mode. Si ces approches se conçoivent comme des posologies de l'âme consistant à mieux supporter en soi les stress d'une entreprise, cela ira un temps, mais le vrai enjeu n'est-il pas de changer les modes de management plutôt que de susciter les ressources pour prendre sur soi ? S'agit-il de trouver les ressources en soi pour supporter ce qu'impose le monde ou pour le changer ?

L'innovation darwinienne procède en trois temps : celui de la variation, celui de la sélection et celui du développement. Comment aménager le temps de l'émergence des idées ? Il ne suffit pas de "libérer". Cela s'organise, et cela se fait dans les "Darwin-labs". Des personnes issues de différents secteurs de l'entreprise - diversité -, se réunissent et tentent de faire sortir des idées. Ensuite, il faut les sélectionner, puis les développer ; c'est là que l'on retrouve Lamarck. Jusqu'à il y a peu, beaucoup de grandes entreprises souffraient d'une R&D trop centrée sur elle-même, avec des personnes aux profils très semblables (homogamie et manque de diversité).

À l'opposé, les startups et les petites entreprises sont d'emblée darwiniennes, mais leur problème est de franchir le seuil pour s'inscrire dans le développement lamarckien. Or, depuis quelques années et avec une formidable accélération, de plus en plus de grandes entreprises et d'ETI développent de vraies stratégies coévolutives avec les startups et les petites entreprises. On voit émerger, pour les grandes entreprises et les ETI, la mise en œuvre de stratégies dites ambidextres : lamarckiennes sur leurs points forts, et darwiniennes sur leur R&D et sur l'innovation.

Cela demande une vraie réflexion stratégique, car les modes opératoires sont radicalement différents. C'est l'exemple des "tiers-lieux", à la fois internes et externes aux entreprises, où se rencontrent des compétences internes et/ou externes jusque-là séparées. L'entreprise libérée est celle qui favorise l'expression de ces différents talents ; et c'est une vraie question de culture. Ce qui pose de grandes questions managériales puisque les obligations d'objectifs imposent une productivité qui ne permet pas de trouver les temps du Darwin-labs.

À l'heure où l'exercice managérial et la fonction RH - déliquescente - souffrent des diktats chiffrés, normés, uniformisés, rationalisés, stimuler une culture de l'innovation darwinienne est-il compliqué ?

Sans aucun doute. L'évolution des RH est particulièrement significative. Au cours de la première révolution industrielle, les personnes sans qualification venant des campagnes étaient au service des machines. Puis, au cours du XXe siècle, pour alimenter les métiers plus diversifiés des entreprises, les enseignements se sont multipliés. Après la Seconde Guerre mondiale, le niveau d'éducation s'élève considérablement pour former des personnes de plus en plus spécialisées.

Le culte du diplôme et les fonctions RH se sont développés pour apporter les compétences les plus performantes pour les besoins des entreprises, optimisant les missions, les métiers et les outils. Cette approche gestionnaire finit par se heurter au mur de l'innovation : à force d'optimiser les compétences, il n'y a plus de possibilité de proposition et on arrive à un déficit de créativité. Depuis quelques années, on demande aux personnes d'apporter de la créativité. Formidable ! Sauf qu'à force "d'avoir le nez de plus en plus dans le guidon", impossible de lever le regard pour susciter la créativité. Alors que "manager" devrait s'appuyer sur son étymologie qui signifie "augmenter", on a optimisé au prix de l'innovation.

Aujourd'hui, il faut recruter des personnes aux compétences encore non exprimées pour des métiers en pleine mutation, notamment avec l'impact du numérique et des réseaux, et apprendre à travailler avec des machines intelligentes et collaboratives.

Les fonctions RH, devenues de plus en plus techniques, ne sont pas vraiment pertinentes pour coller aux nouvelles fonctions des entreprises darwiniennes. On prétend "gérer les talents", alors qu'il faudrait les laisser s'exprimer pour apporter des idées innovantes. On ne manage pas les talents de la même façon dans les trois temps de l'innovation darwinienne. On recrute de moins en moins en fonction du diplôme et de l'expérience des personnes, et de plus en plus en fonction de potentialités non encore mises en œuvre dans un contexte à venir que personne ne connaît. Cela s'appelle l'adaptabilité, et c'est un défi déjà au cœur des nouveaux enjeux de l'enseignement. D'un point de vue anthropologique, les diplômes fonctionnent comme des rites d'initiation, ce qui est plutôt archaïque et fige à la fois les fonctions RH et l'enseignement.

Les fonctions RH doivent continuer à améliorer leurs compétences (Lamarck), mais elles doivent aussi inventer de nouveaux outils pour susciter, évaluer et reconnaître des compétences qui, jusque-là, n'étaient pas bien comprises ou mises en œuvre (Darwin). Et n'oublions pas l'esprit d'ouverture. Dans les entreprises et les sociétés en pleine mutation, il faut en même temps comprendre les mutations des métiers. Comment faire ? S'ouvrir à la culture. Il faut être ambidextre. Dans l'évolution, ce sont les espèces les plus spécialisées qui disparaissent en premier quand l'environnement change, car elles ont perdu trop d'adaptabilité.
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