Essai sur la pensée et la vie sociale préhistoriques








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Chapitre III : Les sauvages modernes

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François Cosentini, La sociologie génétique (1905)
Chapitre IV
LES RACES HUMAINES
ET LE POLYGÉNISME

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Avant d'examiner les données de la palethnologie, il faut résoudre une question qui permet aussi d'interpréter exactement ces données.
Dans le monde primitif l'espèce humaine a t elle eu un ou plusieurs centres de formation? Cette question est d'une très grande importance: car il s'agit de savoir si l'on peut obtenir une seule explication et formuler une théorie unique, ou si les formes de société sont nombreuses et différentes, comme les centres de formation le sont eux-mêmes.
Le débat scientifique a été long et acharné. Les deux théories connues sous le nom de monogénisme et de polygénisme se sont disputé le terrain au cours du XIXe siècle; il s'est même trouvé une théorie conciliatrice qui, en acceptant l'idée d'un monogénisme originaire, a reconnu nécessaire d'admettre le polygénisme au début de la civilisation.
Le besoin qu'a notre intelligence de réduire les faits à l'unité de principe, de formuler une théorie aussi harmonieuse que possible, et de donner ainsi une explication complète des faits, a conduit naturellement au monogénisme. Haeckel, obéissant à un rigoureux monisme, a déterminé l'arbre généalogique de l'espèce humaine, et placé à la base de cet arbre le couple primitif, la lémurie.
Il nous semble au contraire évident que le polygénisme est une conséquence logique de la théorie darwinienne; il est du reste confirmé par les résultats de toutes les données préhistoriques.
Le polygénisme est la conséquence logique et immédiate du darwinisme. Si les variations successives, déterminées par l'adaptation aux nouvelles conditions d'existence et transmises par l'hérédité, ont en effet formé des races, des variétés et enfin des espèces nouvelles, l'homme, quand il s'éloigna de ses prédécesseurs anthropoïdes, fut sans doute soumis à une différenciation qui permit de distinguer des types et des variétés; et ceux-ci conservant leurs caractères particuliers, purent enfin constituer comme de vraies races.
Les données scientifiques confirment cette induction purement logique. La géologie a trouvé sur toute la terre des couches caractérisant les époques tertiaire et quaternaire, époques où l'homme apparut; la paléontologie a montré qu'à chaque époque géologique correspondent des espèces fossiles particulières. Pourquoi alors l'homme, qui est un dérivé de ces espèces, serait-il né dans une seule région et non pas dans toutes celles où l'on rencontre des débris fossiles des époques que nous venons de citer? C'est un fait irréfutable, que les précurseurs de l'homme constituaient déjà une espèce répandue sur la terre et qu'ils devaient présenter des différences remarquables, déterminées par les divers milieux.
La présence de l'homme dans toutes les parties de la terre est un fait incontestable, confirmé par la palethnologie; c'est une preuve que le genre humain ne s'est pas propagé, comme on le croit généralement, d'Asie en Europe, mais que l'Europe a eu également des centres de formation sociale aux époques préhistoriques.
Pour admettre l'unité originaire du genre humain, il faudrait admettre les migrations. Or, nous devons observer que l'homme primitif, comme le sauvage moderne, n'est pas à même d'émigrer; il tend tout d'abord à demeurer là où il est parvenu à assurer son existence; ensuite, la migration ne réussit que si l'homme a déjà connaissance de sa propre force, par suite de l'organisation sociale, et quand la population devenue trop nombreuse aspire à améliorer sa vie.
Il n'y eut sans doute pas de migrations dans les temps primitifs; c'est déjà un indice de civilisation qu'on ne doit pas faire remonter plus haut que l'époque historique. Quoi qu'il en soit, ces migrations n'ont jamais pu s'accomplir à grande distance, comme le prétendent les monogénistes, car celles signalées à l'époque historique ne fournissent elles-mêmes aucun exemple de grand déplacement. Il n'y a du reste pas lieu d'admettre l'hypothèse des migrations en Amérique, puisqu'on a trouvé sur ce continent des restes de l'homme primitif.
Un autre argument vient confirmer la théorie polygéniste: c'est la distribution géographique des races humaines conforme à la répartition des espèces animales. Les monogénistes ont argué du cosmopolitisme de l'homme; mais on a démontré que les différentes races ne peuvent pas vivre sous toutes les latitudes. Les Anglais nous en offrent un exemple: ils n'ont pas pu s'acclimater dans l'Inde. Les croisements même n'ont pu avoir une influence très considérable, car, - l'observation est de Broca 17, - les croisements entre deux races de types distincts sont généralement stériles et ne peuvent jamais constituer une race fixe. Il y a constamment des retours aux races mères; les mulâtres de même sang, par exemple, ont des fils qui s'approchent les uns du blanc, les autres du nègre (Burmeister, Simonot); ces produits sont des dégradés, de fécondité réduite ou nulle, et d'autant plus étonnante que les races croisées sont plus éloignées.
On doit du reste reconnaître que les principales variétés du genre humain remontent à une haute antiquité. On trouve sur les plus anciens monuments de l'Égypte, dont beaucoup datent d'au moins vingt-quatre siècles avant notre ère, deux grands types distincts: le type arabe à l'est et à l'ouest de l'Égypte, le type nègre au sud; le type égyptien a une position intermédiaire. Les types différenciés existent encore en Égypte et dans les régions voisines. Aussi pouvons-nous remarquer qu'il n'y a eu de longtemps aucun changement chez les nègres ou chez les arabes; le type intermédiaire a subsisté lui-même sans altération.
Il est donc plus conforme aux faits observés d'admettre que les variétés principales de races humaines appartiennent à une époque très ancienne et remontent à l'origine même de l'humanité.
Les caractères qui distinguent les races humaines sont aussi considérables que ceux qui distinguent les espèces animales; la variété des premières provient des causes qui ont créé les variétés animales; les lois de la sélection naturelle, de l'adaptation au milieu et de l'hérédité nous donnent à cet égard de très amples explications. 18
Le genre humain a dû par conséquent exister à l'origine sur toutes les parties de la terre; il dérivait, par une lente suite de métamorphoses, des mammifères pithécoïdes; mais ces précurseurs de l'homme furent sans doute nombreux et très différents dès l'origine. Les causes qui ont influé sur les variétés des espèces animales, ont également déterminé les variétés des races.
Le polygénisme demeure donc théorie victorieuse. Ce fait est d'une grande importance pour la sociologie génétique, car il détruit les théories qu'on a fondées sur les hâtives généralisations des sociologues, qui veulent, coûte que coûte, donner une base unique à toutes les manifestations collectives.


Bibliographie

Chapitre IV : Les races humaines et le polygénisme

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- L'origine dell'uomo. Trad. Lessona, Turin, 1871, p. 166 - 71, 560. GUMPLOWICZ (L.). La Lutte des races. Trad. Baye. Paris, 1903, p. 130 e sq.

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PESCHEL (O.). Völkerkunde. Leipzig, 1885.

RATZEL (F.). Völkerkunde. Leipzig, 1881.
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François Cosentini, La sociologie génétique (1905)
Chapitre V
LES DONNÉES DE
LA PALETHNOLOGIE 19

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Le développement de l'espèce humaine commence à la période tertiaire. A cette époque, et surtout pendant la période plyocène, à côté des grands animaux, d'autres espèces étaient nées, semblables à l'homme; leur type principal est l'anthropopithèque. Le dryopithecus Fontani est particulièrement caractéristique. C'est un singe qui rappelle l'orang-outang: sa découverte est due à MM. Lartet et Gaudry.
De Mortillet 20 a considéré comme parfaitement admis le fait d'après lequel, au cours de la période tertiaire, il y eut des êtres doués d'intelligence, sachant tailler la pierre et produire le feu. Il pense que ces êtres ne pouvaient encore être des hommes, mais qu'ils en étaient les précurseurs et tenaient le milieu entre le singe anthropoïde et l'homme actuel: il les appelle anthropopithèques. Les débris d'un être intermédiaire entre l'homme et les grands singes trouvés par Dubois dans les couches plyocènes de Java (pithecanthropas erectus) sont venus confirmer cette hypothèse.
Mais d'autres recherches dues aux préhistoriens anglais et belges, particulièrement à M. Rutot, conservateur du Musée Royal d'histoire naturelle de Bruxelles, sont venues démontrer l'existence de l'homme tertiaire et celle d'une industrie très primitive, l'industrie éolithique, de durée probablement plus longue que les industries paléolithique et néolithique réunies.
Ces deux derniers groupes ont pour caractéristique les pierres taillées, c'est-à-dire à forme extérieure intentionnelle et convenue; l'éolithique, au contraire, comprend des outils dérivés uniquement de rognons ou d'éclats naturels, et directement utilisés pour la percussion et le râclage. Ce type ne comprend aucun silex taillé, à conformation cherchée et obtenue en vue d'une forme, mais des contours naturels directement utilisés avec des améliorations grossières pour en rendre le maniement plus facile. On remarque également des retouches successives pour le cas où l'outil devait servir plusieurs fois de suite; les arêtes émoussées sont ravivées à cet effet.
Cette industrie apparaît, dès l'époque du miocène supérieur, en France, dans le Cantal, en Belgique, dans les couches inférieures du quaternaire ancien, à Puy-Courny (miocène supérieur), sur le Chalk-Plateau (Kent) (pliocène moyen).
On rencontre les éolithes depuis l'oligocène supérieur, jusqu'à la fin du quaternaire inférieur. Mais c'est surtout à ce dernier niveau et en Belgique que les découvertes d'éolithes ont été considérables, en particulier dans le terrain quaternaire le plus ancien, appelé Moséen par M. Rutot; ce terrain offre des caractères marins qui correspondent à un envahissement du delta de la Meuse, et des caractères terrestres plus développés dans les vallées.
C'est dans le Moséen qu'on rencontre les principales industries éolithiques. Il renferme une industrie primitive de percuteurs et de grattoirs, industrie que M. Rutot a appelée Reutélienne, du nom d'un village des environs d'Ypres; dans la terrasse inférieure des vallées, on trouve d'abord une industrie du même type, dite Reutélo-Mesvinienne ou Mafflienne. Le cailloutis supérieur du même terrain renferme l'industrie Mesvinienne (de Mesvin, Hainaut), qui termine cette série des industries éolithiques. A la période moséenne correspond la faune dite de l'Elephas antiquus, le plus grand des éléphants, faune qui comprend également le Rhinoceros Merckii et l'Hippopotamus major.
Certains sauvages actuels rappellent assez ces premiers âges de l'humanité. M. Mac Gee a récemment observé que certains Indiens de la Californie se servent de silex qu'ils utilisent sans le tailler et qu'ils rejettent ensuite.
Mais c'est à la période quaternaire que l'espèce humaine a atteint son plus grand développement. Aux débuts de cette époque nous trouvons la première période glaciaire, dont les vestiges sont les blocs erratiques, les moraines, les érosions des rochers. A ce moment les animaux gigantesques de la période tertiaire disparaissent ou abandonnent nos climats, tandis que les animaux des pays rigoureux, comme le renne, viennent s'y établir.
La période glaciaire se rapporte au régime de fleuves à écoulement assez abondant et constant, caractérisé par une action érosive très intense. Ce régime concorde absolument avec l'existence des glaciers. Ceux-ci en fondant donnent naissance à des fleuves importants qui creusent leurs lits, tandis que les glaciers aplanissent les régions qu'ils recouvrent. Le retrait des glaces par une fonte rapide a donné naissance à un régime de crue immense, mais de faible action érosive. La conséquence de ce régime a été le creusement des vallées, les alluvions, les dépôts diluviens, puis le remplissage des cavernes et des grottes, la formation des brèches ossifères, l'énorme développement des cours d'eaux.
Dans ces couches fluviales produites par les alluvions et dans les dépôts plus tardifs des cavernes et des grottes on trouve des ossements de l'homme primitif et des vestiges de l'ancienne industrie humaine, qui passe ainsi de l'usage de la pierre brute à celui de la pierre taillée, considérée comme instrument de défense.
C'est probablement sous l'effet d'une légende de cette époque primitive, que l'ancien Arien des vallées du Pamir et de l'Osse nous montre Indra, armé de sa massue, et lançant sa pierre contre Vitra, le génie de l'obscurité; ce dernier est frappé si violemment qu'il est traversé de part en part. Hercule lançant sa pierre contre le monstre (le Recaranus des Latins), est aussi un reflet de ces anciennes traditions.
Grâce aux recherches de M. Rutot et d'autres savants belges, on est arrivé à distinguer ]es différents degrés des industries paléolithiques.
Au Moséen qui comprend, comme nous l'avons dit, l'industrie éolithique, succède le Campinien, terrain uniquement fluvial et qui répond au creusement maximum des vallées. La partie inférieure des sables campiniens renferme une industrie de transition appelée Strépyenne ainsi que les premières armes connues, sortes de pointes grossières, à talon réservé, et qui aboutissent directement au poignard.
La partie moyenne renferme le Chelléen proprement dit. L'instrument le plus caractéristique de cette industrie est la hache en amande ou hache de Saint-Acheul. C'est un morceau de silex, taillé grossièrement sur les deux faces, en forme de grosse amande. La lance et la flèche datent également de ce moment.
Le cailloutis supérieur du Campinien contient l'industrie acheuléenne, perfectionnement de l'industrie chelléenue, et qui correspond à l'apogée de la taille du silex. On y trouve des poinçons, des aiguilles, des poignards, des flèches, des sagaies, des grattoirs, des pointes de lance et de harpon qui ressemblent beaucoup aux armes et aux outils des Esquimaux. Si nous comparons ces industries à celles de nos jours, nous trouvons une grande analogie entre les lances en pierre obsidienne de la Nouvelle-Calédonie et les pointes de silex des bas-fonds de la Somme, entre la hache des Australiens et celle des cavernes du Brésil et d'Abbeville.
Vers la fin du Campinien commença l'inondation, due à la fonte des glaciers des Vosges, qui recouvrit une grande partie du nord de l'Europe. Cette inondation caractérise la période hesbayenne. Les habitants primitifs émigrent alors vers le Sud; c'est l'époque de l'industrie moustérienne, invisible en Belgique, mais très développée dans le bassin de la Dordogne et dans quelques autres régions.
Au Hesbayen succède le Brabantien, qui correspond à une période où le vent transporte à l'Ouest les poussières desséchées du limon qu'a déposé la crue hesbayenne.
L'industrie éburnéenne prend alors naissance, grâce aux populations émigrées qui reviennent du Sud. Elle comprend des outils en silex, de forme moustérienne; on y voit également des instruments en os, en ivoire ou en bois de renne. Vers la fin de l'Éburnéen paraît l'industrie solutréenne, caractérisée par les pointes de lance en forme de feuille de laurier et les pointes de flèches pourvues d'une encoche latérale. L'industrie de l'os se perfectionne d'une façon remarquable.
La faune des époques chelléenne, acheuléenne, moustérienne et éburnéenne comprend l'elephas primigenius (mammouth), le rhinoceros tichorinus (à narines cloisonnées), l'equus caballus, le megaceros hibernicus, l'ursus spelœus (des cavernes), ainsi que d'autres animaux, cerfs, antilopes, hyènes, etc.
Enfin, pendant la période flandrienne, à caractère marin et fluvial, se développe l'industrie tarandienne, qui tire son nom du renne (cervus tarandus). Les primitifs ont su le domestiquer et l'utiliser, comme le font les Lapons actuels. Ils ont employé le bois de renne pour plusieurs usages, notamment pour fabriquer des harpons.
Les hommes de cette époque (Éburnéens et Tarandiens) habitaient des cavernes ou des abris sous les roches. C'est l'apogée de l'industrie de l'os et la décadence de la pierre taillée. On a trouvé dans les grottes de la Dordogne de nombreuses pièces en os ou en bois de renne. On y a même rencontré des burins en silex qui ont certainement servi à faire les gravures sur roches, récemment découvertes. Le goût de la parure commence à cette époque: on a retrouvé des pierres et des coquilles percées, amenées souvent de fort loin, et qui servaient à monter des colliers. C'est l'époque où l'art apparaît pour la première fois; de ce moment datent aussi les premières images sculptées en ivoire, en os ou en bois de renne, des animaux qui entouraient l'homme (renne, mammouth, chevaux, antilopes, bœufs sauvages) et de l'homme lui même.
La faune de cette époque comprend, outre le renne, le cerf du Canada, l'aurochs, l'élan, l'ours gris, le renard bleu, l'antilope saïga, l'urus, le castor, le cheval, etc.
L'alimentation de l'homme paléolithique dépendait forcément des animaux qui l'entouraient; il dut se contenter des moyens que lui offrait la nature. Instinctivement frugivore, par suite de la conformation de son canal digestif et de son système dentaire, qui le rapprochent beaucoup du singe, l'homme devint par nécessité carnivore et parfois aussi anthropophage. Il fut d'abord obligé de manger de la viande crue; puis il découvrit le feu, il fit cuire cette viande, comme l'attestent les cendres mélangées à des os carbonisés que l'on trouve dans les cavernes. Il se nourrissait du produit de sa chasse. Semblable aux sauvages actuels (Shillas, Denkas, Peaux-Rouges), il chassait nu, comme nous le montrent les dessins préhistoriques qui représentent la chasse au bison.
Rien ne fait supposer qu'à l'époque paléolithique ancienne, il y eût des animaux domestiques. Durant cette période il n'y a aucun indice de connaissance de la pêche; mais à l'époque postérieure, celle du renne, les instruments qu'on employait deviennent nombreux.
Armé d'une grossière hache en silex, l'homme paléolithique combattait incessamment les grands animaux et l'homme même. Pas de loi pour refréner ses instincts de brute. La femme trouvée à côté du vieillard de Cro-Magnon porte au front une large blessure, produite par une hache en silex. On a trouvé la même blessure sur le pariétal droit qui provient de la grotte de Sordes: les deux femmes survécurent sans doute quelque temps à ces rudes caresses, car on reconnaît facilement autour de la plaie osseuse, une reconstitution naturelle de l'os.
La plupart des tribus sauvages vivent de leur chasse (Nègres, Australiens, Peaux Rouges. Néo-Zélandais, Polynésiens, etc.); les hommes paléolithiques étaient peut être anthropophages, comme le prouvent, au dire de quelques palethnologues, les os à demi rongés de femmes et d'enfants, qui portent des traces de dents humaines 21.
L'usage de la poterie était connu à l'époque du Paléolithique supérieur; on a trouvé des vases datant de la fin de l'âge du mammouth. Le vêtement dépendait du climat. Dans les pays chauds, il est remplacé par la parure. Dans les régions hyperboréennes, au contraire, les Esquimaux et les autres peuples sont couverts de pelisses très épaisses. Vers la fin du Paléolithique, l'homme dut se fabriquer des vêtements en peau, comme l'attestent les nombreux vestiges d'instruments servant à leur confection: poinçons, aiguilles en silex, épingles en os, grattoirs, etc.
Comme l'Esquimau, l'homme primitif se servait de tendons pour remplacer le fil: on trouve en effet sur beaucoup d'os des érosions superficielles, traces de l'enlèvement des tendons; il utilisait également les crins de cheval; on retrouve des amoncellements de vertèbres caudales dans les lieux où l'homme se retirait. Les ornements étaient également en usage. On rencontre dans les cavernes des coquilles, des os troués, des pierres brillantes, des pendants, qui ne pouvaient servir à autre chose. Il y avait peut-être aussi un commencement de commerce, puisqu'on trouve dans les cavernes des coquilles et des bracelets de provenance étrangère. Mais le commerce n'est véritablement prouvé qu'à la fin du Néolithique.
Pendant le milieu et la fin de la période quaternaire, l'usage du feu est très répandu, comme le prouvent les cendres et les os carbonisés que l'on rencontre à chaque instant.
La découverte du feu, que nos connaissances actuelles font remonter au Chelléen, fut un vrai pas de géant dans la voie de la civilisation. C'était la naissance des liens sociaux, du foyer domestique, de tous les arts et de toutes les industries. On peut expliquer ainsi comment le feu a été l'objet d'un culte spécial chez beaucoup de peuples, et comment sa découverte a été entourée de légendes religieuses. Elle doit se relier à l'usage de la pierre, aux étincelles que produit cette dernière, aux frictions répétées auxquelles l'homme dut l'assujettir, ou bien encore au frottement de deux morceaux de bois sec.
L'homme paléolithique n'enterrait pas les cadavres; c'est vers la fin de cette époque seulement que les morts furent ensevelis dans la terre et recouverts de pierres, comme on l'a constaté à Solutré.
De tous les produits artistiques de cette période, il n'en est aucun qui nous donne l'idée de religion ou de culte. L'homme paléolithique n'a reproduit que des objets naturels, des animaux par exemple, sur ses armes, ses outils ou ses ornements. Le manque de religion est confirmé par l'absence absolue de respect envers les morts, qui demeurent généralement sans sépulture.
L'âge de la pierre a été constaté sur toute la terre; on a vu que l'homme a débuté par un état inférieur analogue à celui des sauvages actuels. Si le paléolithique n'existe ni en Suède, ni au nord de la Norvège, ni en Russie, c'est que ces régions n'ont été habitées que plus tard. Le Danemark était à l'âge de la pierre quand l'Italie avait la civilisation métallurgique. Ainsi l'échelle archéologique se retrouve dans l'espace comme dans le temps.
Entre l'âge de la pierre taillée et celui de la pierre polie, il existe un lent processus de transformation; beaucoup d'instruments néolitiques sont encore grossièrement taillés. Même pendant l'époque du néolithique, il est des régions où l'industrie marque encore un caractère paléolithique. Le passage des époques quaternaires aux premiers temps actuels a été difficile et a causé la perte ou l'émigration de plusieurs espèces. L'homme change ses habitudes. L'agriculture, la vie sédentaire, la poterie, une plus grande adresse à apprivoiser les animaux, l'ensevelissement des cadavres, et enfin la construction des monuments mégalithiques, sont les caractéristiques de cette époque. Les cavernes cessent d'être habitées; elles servent seulement de lieu de sépulture. Le renne disparaît.
La division du travail a déjà pris naissance; on trouve de nombreux ateliers de taille en Belgique, en France, en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en Égypte. On relève en maints endroits des indices d'importation, ce qui est un commencement de commerce.
Les grands animaux ont disparu ou ont émigré. Le rhinocéros de nos régions n'existe plus, le renne est parti plus au Nord. Les animaux domestiques, chien, bœuf, mouton, chèvre, porc, sont très répandus.
L'homme a occupé la majeure partie de la terre. On a reconnu, outre la race dite de Cro-Magnon, établie au sud et à l'ouest de l'Europe, d'autres races nettement caractérisées.
L'homme néolithique mène une vie pastorale, puis agricole: il possède des animaux domestiques, navigue, fait du commerce, fabrique des habits et de la vaisselle, perfectionne sa poterie, découvre le moyen de modeler l'argile de façon durable: il la fait durcir au feu, et s'en sert pour construire des vases de formes diverses, façonnés à la main et pourvus parfois d'ornements en creux ou en relief.
C'est l'époque des terramares et des Kioekkenmoeddings du Danemark, qui forment sur la côte de vraies collines, amas de débris de cuisine, formés de restes d'animaux, qui après avoir servi à nourrir l'homme, s'accumulaient au voisinage des habitations, comme c'est encore aujourd'hui le cas des Fuégiens. On en a également trouvé dans d'autres régions, à Saint-Valery (Somme), à Cagliari (Sardaigne), par exemple. On a découvert dans ces pays des armes, des outils admirablement travaillés, et des ossements d'animaux. C'est aussi l'époque des habitations lacustres, construites sur pilotis, qui ont été trouvées en Suisse au fond des lacs, et des crannoges, ou habitations lacustres d'Irlande. Elles formaient des sortes de villages d'où l'homme communiquait avec la terre ferme par un pont-levis ou par un canot grossier fait d'un tronc d'arbre. L'homme se défendait ainsi contre les animaux et contre ses ennemis. Les Péones de Thrace, dit Hérodote, possédaient de semblables habitations; les indigènes de la Nouvelle Guinée, les Malais, les Cosaques du Don, et d'autres populations de l'Indo Chine et du Mexique, ont encore recours aux constructions lacustres.
On a trouvé dans les habitations lacustres de Suisse, de France et d'Allemagne, des grains de blé et d'orge, triturés avec des meules; celles ci étaient faites d'une large pierre creusée dans sa partie supérieure, et dans laquelle se mouvait un rouleau ou une pilastre de pierre. On rencontre aussi dans quelques-unes de ces villes lacustres le lin, qui servait à confectionner les étoffes les plus anciennes. Mais on ne trouve aucune trace de corde.
La culture des plantes implique le travail de la terre. Les instruments employés pour l'agriculture devaient être grossiers: des troncs d'arbres avec une branche courbée, par exemple. L'utilisation des animaux domestiques, le chien, le mouton, le bœuf, et peut-être le cheval, constitue un progrès important pour l'agriculture. Les restes de ces animaux sont d'autant plus abondants que les stations sont moins anciennes.
Près des palafittes on trouve les stations terrestres qui dénotent un progrès général en agriculture.
Vers la fin du néolithique, l'homme a construit des monuments mégalithiques, formés de gros blocs. Ce sont les menhirs, ou pierres dressées, les dolmens, composés de dalles fichées verticalement dans le sol et recouvertes de pierres horizontales, qui constituent une sorte d'allée couverte, des tertres dont les tumuli romains sont une survivance, les cromlechs, ou pierres groupées en cercle, les kurganes de la Russie, les Nuragues de la Sardaigne. On trouve des silex polis, des traces évidentes de sépulture, parfois avec incinération, des restes de vaisselle, des colliers, des ornements d'or premier métal que l'homme ait connu et utilisé.
On remarque dans certains de ces monuments des crânes que l'on a trépanés. Broca a prouvé que ces opérations étaient faites en partie sur les vivants, en partie sur les morts. La recherche des causes de cette pratique l'a conduit à penser que c'était un remède contre l'épilepsie, servant à faire sortir l'esprit ou le démon qui provoquait chez le malade des mouvements désordonnés. «L'étude des trépanations préhistoriques, dit-il 22, prouve que les hommes néolithiques croyaient à une autre existence où les morts conservaient leur individualité.
On trouve des monuments semblables sur toutes les parties du globe. C'est la preuve, selon Bastian, d'un certain degré général de développement intellectuel, avec des modifications locales, il est vrai, mais dans une certaine mesure avec les mêmes coutumes, les mêmes croyances, et la même manière d'agir. La ressemblance de ces monuments en Europe, dans l'Inde et dans l'Amérique, prouve l'analogie des facultés et des aspirations de l'homme qui les a produits. (Broca.)
Le néolithique est la période la plus obscure de la préhistoire; les nombreux matériaux de cette période ne se trouvent pas dans des couches géologiques distinctes: ils gisent pêle-mêle à la surface du sol, ou se rencontrent au sommet des dépôts des cavernes. On peut donc difficilement établir des divisions dans cette période, qui a duré environ sept mille ans. Deux phases seulement paraissent établies sur des bases certaines. La plus ancienne est le Campinien, qui rappelle l'industrie éolithique, car elle renferme beaucoup d'éclats simplement utilisés; elle comprend des grattoirs de forme régulière, des tranchets, des pics et des ciseaux, mais elle ne contient aucune pièce polie. L'autre est le Robenhausien qui renferme des haches polies, des racloirs, des grattoirs, des poinçons, des ciseaux, des gouges et des armes comme la hache polie et emmanchée, la poignard, la flèche, etc.
La fin de la période est caractérisée par la hache polie, la céraunie, déjà connue des anciens Grecs: elle est ordinairement faite de roche dure et souvent emmanchée dans un fragment de bois de cerf.
Nous arrivons enfin à l'âge des métaux.
Le premier métal employé par l'homme fut le plus malléable et le plus splendide, mais aussi le plus inutile pour une société sauvage: l'or. A sa découverte succéda celle du cuivre, et des mines furent exploitées à l'aide des instruments de pierre. Au cuivre succéda l'étain. Celui-ci, peu utile par lui-même, fut mélangé au cuivre, et donna un métal précieux par sa durée, le bronze, qui remplaça partout la pierre polie.
Cette substitution fut très lente; elle varia selon les pays. Longtemps on employa ces deux métaux l'un et l'autre, comme en témoignent de nombreux tumulus et dolmens. Les premiers objets de bronze furent une imitation de la pierre polie, comme les instruments de pierre polie avaient été une imitation de la pierre taillée.
Peu à peu le bronze revêtit des formes variées: on en fit des épées, des javelots, des lances, des flèches, des boutons. En même temps, la vie ouvrière succède à la vie de chasse et à la vie pastorale. Les coutumes funéraires se sont également transformées; au lieu d'enterrer simplement les morts, on les place dans des caisses en bois, entourées de cercles de fer; enfin on les brûle et on met leurs cendres dans des urnes sépulcrales qui renferment de nombreux objets votifs.
Vers la fin de l'âge du bronze, le fer se substitue à ce métal. Il ne fut pas employé partout en même temps; dans certains pays, son introduction remonte à quelques siècles seulement avant l'ère chrétienne; en Égypte, au contraire, on l'employait depuis les premières dynasties, c'est à dire quatre ou cinq mille ans avant le Christ.
L'emploi du bronze était déjà un progrès considérable, mais l'usage du fer marque un pas plus grand encore. Quand il fut adapté à tous les usages de la vie, la force humaine s'en trouva considérablement augmentée.
Nous approchons ainsi des temps historiques, l'Europe est déjà habitée par la plupart des races actuelles.
Ainsi la palethnologie nous explique le progrès lent et graduel de l'espèce humaine, progrès hâté par la satisfaction des besoins nutritifs, sexuels, passionnels, et par la lutte pour l'existence; l'homme a dû lutter contre d'autres espèces et contre les rigueurs du climat, auquel il s'est admirablement adapté.
La palethnologie nous fait voir également un autre fait très remarquable; c'est la correspondance qui existe entre les diverses manifestations de l'humanité primitive à leurs différents stades, et celles des peuplades sauvages actuelles, qui forment la dernière classe des êtres civilisés. Les degrés successifs de civilisation qu'a franchis l'humanité primitive se trouvent reproduits chez les peuples inférieurs actuels. Comme l'a fait remarquer Lubbock, on peut distinguer parmi les sauvages actuels ceux qui sont encore à l'une ou l'autre des phases de l'âge de pierre, et ceux qui sont déjà parvenus à l'âge des métaux. Cela permet de penser que cette même échelle de progrès social déterminée dans le temps, se reproduit également dans l'espace, à mesure qu'on passe des peuples inférieurs aux peuples supérieurs 23 ).

Bibliographie

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