I avant-propos








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Le Groupe de la rue du Cygne



La contribution de guerre imposée par l'Alle­magne n'avait pas ébranlé la richesse du pays. Mal­gré le désastre, les affaires reprenaient peu à peu leur cours normal. Léon Denis revint à la maison Pillet pour y reprendre ses fonctions interrompues du fait des hostilités. Son père avait cessé tout tra­vail. C'est le fils qui devait désormais assumer la charge de soutenir ses parents vieillissants.

Cependant, la France humiliée, diminuée aux yeux du monde, bien que l'honneur fut sauf, tra­verse une crise intérieure douloureuse. La tour­mente a balayé l'Empire, mais le pays désemparé, inquiet de ses destinées, connaît l'ordre moral. Les idées républicaines ont du mal à se frayer un che­min. Fils du peuple généreux de nature et passionné de justice, l'ex-lieutenant de mobiles brûle de les servir de toutes ses forces.

Servi par un don naturel d'élocution, il s'entraîne à la parole. Orateur écouté de la Loge maçonnique des Démophiles, il mène de front une tâche formi­dable. Assidu à sa tâche matérielle, investi de la confiance de son patron qui apprécie ses mérites et le tient en haute estime, il se remet à l'étude avec une énergie décuplée. Le groupe de la rue du Cygne s'étant renforcé d'une recrue notoire ; le capitaine Harmant, - ancien commandant du secteur de la Porte de Saverne au siège de Strasbourg, passé ar­chiviste du 9e Corps, - les séances reprennent avec un nouvel entrain chez le Dr Aguzoly.

Celui-ci avait une curieuse faculté de voyance. On sait que tout médium possède des dons spéciaux qui ne ressemblent exactement à nuls autres. A l'état de transe, il revivait, avec une netteté extra­ordinaire, des scènes du passé et décrivait ses vi­sions en traits caractéristiques qui leur donnaient un étonnant relief.

A son contact, Léon Denis, qui était déjà médium écrivain devient, lui aussi, voyant. Il reconstitue, à l'état de veille, des scènes impressionnantes de l'Histoire médiévale et de l'Histoire ancienne. Un certain nombre de ces tableaux sont, d'après les in­dications de son guide, relatifs à des vies anté­rieures. Tantôt, chef de guerre d'une tribu franque, il exhorte ses guerriers à faire une hécatombe de Gaulois ; tantôt il revit des épisodes de combats san­glants comme fils d'un viking célèbre. Fait extrê­mement curieux, il décrit, avec le Dr Aguzoly, les mêmes tableaux, les mêmes scènes, et ces scènes, ces tableaux se succèdent au cours d'une même séance à la manière d'un film cinématographique. Et ces récits de cruauté sauvage alternent avec des communications d'esprits familiers, avec des mes­sages de philosophie sereine, des exhortations affectueuses de « Sorella », l'Egérie du groupe. Celle­-ci apaise, réconforte ses amis inquiets, anxieux de la tournure que prennent les événements au lende­main de la guerre et de l'émeute.

Après avoir donné à ses amis de judicieux con­seils au sujet de la conduite à tenir dans les bouleversements sociaux qui s'annoncent, elle les exhorte au labeur :
« A la nuit, dit-elle, succédera l'aube. C'est alors que sonnera pour vous l'heure solen­nelle où vous devrez élever vos voix inspirées et répandre autour de vous les précieuses doc­trines qui vous ont été remises comme un dé­pôt sacré. Sachez le conserver, ce précieux dépôt et le faire fructifier en vous, car il vous en sera demandé un compte rigoureux. Mais vous ne perdrez pas le fruit de vos études et de vos travaux et vous saurez rendre aux autres ce qui vous aura été prêté. Maintenant, préparez-vous aux orages ; opposez-leur un front toujours serein ; ils passeront, car vous ne leur laisserez aucune prise. C'est donc à vous de conjurer la tempête ; votre force d'âme seule vous en préservera. Et si vous savez vous diri­ger dans les ténèbres, l'appui des esprits ne vous manquera pas pour les franchir tout à fait. Bon espoir et courage10 ».
Sorella est le bon génie toujours prête à les assis­ter dans leurs études et leurs recherches. C'est une soeur et c'est une directrice de conscience. Mais ses instructions, ses révélations doivent avoir un but utile.
« Je vous fais connaître ces choses afin que vous compreniez combien vous devez vous sentir forts contre les épreuves terrestres ; étant armés de toutes pièces pour le combat, vous pouvez lutter contre des périls plus grands ; étant plus favorisés, il vous sera plus demandé. Travaillez donc pour vous et vos frères ; soyez bons, bienveillants pour tous. Consolez ceux qui soutirent ; secou­rez ceux qui ont, faim. A ces conditions, vous pourrez être accueillis dans le royaume de Dieu 11. »
Un jour, une surprise leur est faite par les amis invisibles. Durand, l'esprit contrôle, les prévient qu'une surprise leur est réservée, qu'ils n'aient pas à s'effrayer, mais à garder le silence et à être attentifs. Le Docteur s'étant endormi, la sonnette retentit violemment, des coups sont frappés dans la muraille. Léon Denis et le capitaine voient distinc­tement une forme humaine dont ils peuvent obser­ver les contours quand elle passe devant la fenêtre, éclairée ; l'ombre se dirige lentement vers la porte du salon où elle stationne un moment, puis dispa­raît dans la muraille.

Léon Denis relatant ce fait ajoute :
« Chose singulière, il n'y avait aucune médiumnité en jeu ; si des emprunts fluidiques nous furent faits, nous n'en eûmes pas conscience. Les Esprits guides nous dirent ensuite qu'ils s'étaient servis d’un esprit très in­férieur qu'ils avaient aidé de tout leur pouvoir en pui­sant les éléments de matérialisation dans les fluides am­biants afin d'assurer notre conviction dans la réalité du Spiritisme12. »
Les belles séances de la rue du Cygne devaient se continuer chaque semaine jusqu'en 1877.

Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 1873, un autre événement d'importance se produit. Une assemblée nombreuse d'esprits remplit tout à coup la salle dont les murs et le plafond se couvrent d'étincelles fluidiques.

Le Docteur les reconnaît et les désigne par leurs noms et caractéristiques, puis le fidèle Durand (le contrôle) reste seul pour révéler au médium l'his­toire de Philippine, son ange gardien, qui lui appa­raît pour la première fois. Sorella l'accompagne, Sorella, la conseillère et l'amie encore mystérieuse de Léon Denis.

Puis les tableaux d'histoire reviennent, alternant avec les instructions et directives. Voici à titre d'exemple une de ces scènes décrites que nous avons choisie pour sa brièveté.
« Scène de guerre dans le Caucase. Nous nous trouvons suspendus, le Docteur et moi, sur un chemin tracé dans le roc, puis le sentier cessant tout à coup, nous ne pou­vons gravir la montagne qu'avec une grande difficulté, en posant nos pieds avec attention sur les angles des rocs. Nous arrivons : une pierre que notre poids fait basculer, et qui tourne sur elle-même nous montre l'en­trée d'un escalier taillé dans le roc ; nous le gravissons et nous pénétrons dans une grotte immense, ornée de stalactites. Dans le milieu, une table petite supportant un gros livre ; un Esprit sous l'aspect d'un vieillard y est appuyé ; tête chauve, grande barbe blanche, yeux profonds. Approchez, mes enfants, nous dit-il, je vous attendais. Il nous parle d'une revue qui va bientôt suc­comber ; une publication plus forte, plus sérieuse la remplacera. Ici, dit-il, arrivent par un moyen électrique à vous inconnu, la connaissance de toutes les publica­tions spiritualistes de la Terre ; j'en suis comme le rap­porteur. Il nous encourage à travailler, nous annonce que plus tard une science nouvelle sera révélée aux hommes et que nous pourrons servir à la répandre. Il refuse de nous faire connaître qui il est ; nous le saurons un jour. »
Il est curieux de retrouver ici, comme dans d'autres pages du carnet de travaux intimes, une illustration de la thèse théosophique affirmant l'existence des grands instructeurs spirituels du bouddhisme.

Dans d'autres tableaux d'un relief extraordinai­rement précis, on reconstitue, devant lui, par bribes, les épisodes les plus marquants d'existences antérieures. Ainsi s'ébauche et prend figure et s'anime, en apparitions brèves, une fresque com­bien suggestive, toute palpitante de mouvement et de vie. Parfois, en compagnie du docteur, ils vi­sitent ensemble le Vésuve, volent sur la campagne romaine, assistent à une soirée à la Scala de Mi­lan, participent à une fête vénitienne sur l'eau, du temps des Doges.

Un moment rassemblés, en compagnie de leurs guides, à certains carrefours du temps, par une destinée commune, ils se séparent sans jamais s'abandonner pour se retrouver plus loin dans une autre phase d'une existence nouvelle.

Hélas, du songe à la réalité, quel douloureux contraste ! Du cénacle des grands esprits, des ran­données éblouies dans les mondes merveilleux, il faut revenir au terre à terre de la vie quotidienne, aux exigences impérieuses d'un labeur fatigant et sans répit. Autour de Léon Denis c'est partout jusque dans sa famille13, l'incompréhension, l'hostilité, le sarcasme, relativement aux idées qui lui sont chères. Il souffre déjà de la faiblesse de sa vue. Une occlusion intestinale mal soignée, au retour de la Rochelle, lui a laissé des troubles de la diges­tion. Et le travail qu'il doit s'imposer ne connaît nul répit. Mais heureusement, l'ange consolateur se penche sur lui, attentif et fidèle, lui verse le baume dont il a tant besoin, le réconforte et l'en­courage.
« Je viens à ton appel. Pourquoi douter de moi ? Tu sais bien que je suis toujours prêt à te donner assistance et à te soutenir de mes faibles conseils. Cher ami, plongé dans la tristesse, que de fois tu affliges mon coeur ! Je voudrais te voir plus confiant et plus résigné. Pour traverser les sombres jours de la vie, il faut du courage, de la persévé­rance ; il faut saisir son âme à deux mains si je puis m'exprimer ainsi et marcher résolument dans la voix tracée. Mais ne crains rien, les motifs qui te font redouter l'avenir sont chimériques ; laisse de côté ces appréhensions ; la vie te sera supporta­ble au point de vue matériel. La lutte sera d'or­dre moral. Courage donc et prépare-toi, car le mo­ment viendra, peut-être bientôt. Aie confiance en moi. Tu sais que tu es soutenu, que des guides, de nombreux amis t'assisteront et te conseilleront au jour de la lutte ».
Il demande si les songes incroyables qu'il vient de faire sont mieux que des jeux d'imagination.
« Oui, ami, c'est une réminiscence des temps pas­sés, des temps où nous vivions ensemble et où nous commentions à entrevoir la sereine vérité. Ces temps sont loin de nous. Ce n'est plus le passé qu'il faut regarder ; c'est l'avenir, l'avenir qui déroulera ses vastes replis pleins d'épreuves, d'affaisse­ments et de combats, mais pleins aussi d'ascen­sions, de victoires et de rayonnements. Courage donc, ami ! Je suis près de toi, versant sur ton front toutes les affections de mon cœur et cherchant à te rendre plus douce l'étape qu'il te faut franchir! »
Quelques jours après, le fidèle guide lui apporte, à son tour, son secours moral.
« Durand, écrit-il, est venu nous donner quelques précieux conseils dont mon âme attristée avait grand besoin ».
Le doute, dont tout chercheur consciencieux connaît les retours subits, l'interrogation muette et l'in­sistance, l'assaille par moment.
« Distinguez l'ivraie du, bon grain, lui dit-on. Dans toutes les manifes­tations qui se produisent entre esprits et incarnés, il y a toujours des choses vagues, confuses dues à l'influence matérielle du milieu. Mais sachez dis­tinguer, dans cette obscurité, les vérités qui vous servent à dompter les passions et le doute ».
On n'arrive à la foi pleine et entière, dira-t-il plus tard, que par une lente et douloureuse initiation. Il le savait par expérience.

Le 31 juillet 1873, une révélation nouvelle lui est faite. Il revit un des épisodes les plus importants de ses vies antérieures. Il pénètre le secret qui doit illuminer toute sa destinée. Il retrouve, dans Sorella, Jeanne, la compagne, l'inspiratrice, l'amie de tou­jours, la haute et virginale figure de l'amour et du sacrifice, celle qui ne l'a jamais oublié et ne l'aban­donnera plus.

Le 20 août de la même année, Léon Denis, ses amis Aguzoly et le capitaine Harmant, apprennent dans quelles circonstances se fit jadis leur première rencontre, lors d'une vie antérieure, à l'issue d'un combat naval, sous Louis XIV. Et les voici à nou­veau réunis dans une nouvelle étape de leur exis­tence, selon la loi qui veut que les êtres liés par une amitié vraie se retrouvent, à des croisements imprévus de leur destinée, selon le plan éternel impénétrable à notre pauvre entendement humain.

L'année suivante, il recevait de Jeanne elle-même l'exhortation pathétique.
« Courage, ami ! Maintenant que la destinée se dessine plus précise, maintenant que les heures de la lutte s'approchent, que des épreuves plus redou­tables vont t'assaillir, je serai plus près de toi en­core, soutenant chacun de tes pas. Ne l'oublie pas, ami, le but est là, but qu'il faut atteindre, but qui t'ouvrira les portes d'un monde meilleur ».
La route était tracée !
« Tu as été choisi, lui avait-on dit précédemment, pour accomplir une mission utile aux hommes. Les vicissitudes t'assailleront, mais sois sans crainte. Va toujours devant toi. Nous t'aiderons ».
Et le jeune missionnaire s'était engagé courageu­sement dans l'âpre sentier.

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