I avant-propos








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APPENDICE I




TESTAMENT MORAL



Parvenu au soir de la vie, à cette heure crépus­culaire où une nouvelle étape s'achève, où les om­bres montent à l'envi et couvrent toutes choses de leur voile mélancolique, je considère le chemin parcouru depuis mon enfance, puis je dirige mes re­gards en avant, vers cette issue qui va bientôt s'ou­vrir pour moi, sur l'au-delà et ses clartés éternelles.

A cette heure, mon âme se recueille et se dégage par avance des entraves terrestres ; elle voit et com­prend le but de la vie. Consciente de son rôle ici-bas, reconnaissante des bienfaits de Dieu, sachant pourquoi elle est venue et pourquoi elle a agi, elle bénit la vie pour toutes les joies et toutes les dou­leurs, pour toutes les épreuves salutaires que celle-ci lui a procurées, elle reconnaît là les instruments de son éducation, de son élévation. Elle bénit la vie terrestre, pénétrée, quand elle la quittera, de la pensée de revenir plus tard dans une existence nouvelle travailler encore, souffrir, se perfection­ner et contribuer par ses travaux au progrès de ce monde et de l'humanité.

J'ai consacré cette existence au service d'une grande cause, le spiritisme ou spiritualisme mo­derne, qui sera certainement la croyance univer­selle, la religion de l'avenir. J'ai consacré à le répandre toutes mes forces, toutes mes facultés, toutes les ressources de mon esprit et de mon coeur. J'ai été toujours et puissamment soutenu par mes amis invisibles, par ceux que j'irai rejoindre bientôt. Pour la cause du spiritisme, j'ai renoncé à toutes les satisfactions matérielles, à celles même de la vie de famille et de la vie publique, aux titres, aux honneurs et fonctions, errant par le monde, souvent seul et attristé, mais heureux au fond de payer ainsi ma dette au passé et de me rapprocher de ceux qui m'attendent là-haut dans la lumière divine.

En quittant la terre, je veux que les ressources que j'y laisse soient consacrées au service de cette même cause. C'est dans cette pensée, dans cette vo­lonté bien arrêtée, que j'ai dressée ci-après la liste de mes légataires.

D'abord, dans un but de propagande humani­taire, je lègue à M. Jean Meyer, demeurant villa Montmorency, avenue des Tilleuls, H, Paris (16e), la propriété de mes oeuvres figurant dans la Biblio­thèque de Philosophie spiritualiste moderne et des Sciences psychiques qu'il a fondée. En outre, je lègue audit Jean Meyer tous mes volumes et brochures en dépôt à l'imprimerie Arrault, à Tours, ainsi que les clichés, empreintes et accessoires se rapportant à ces ouvrages. Si, au décès de M. Jean Meyer, le fonc­tionnement de sa bibliothèque ci-dessus désignée se trouvait compromis, mes oeuvres tomberaient dans le domaine public et tous les publicistes pourraient les reproduire, à la condition de se conformer scru­puleusement au texte de chaque dernière édition, sous le contrôle et la surveillance de mes exécu­teurs testamentaires101.
LEON DENIS

APPENDICE II




CHEZ UN DRUIDE DE LORRAINE102



Invité par mes bons amis de Touraine à faire une conférence à l'Hôtel de Ville de Tours, je n'ai pas manqué de me trouver à ce beau rendez-vous dans la splendeur d'un des jardins de France les plus célèbres, sur les bords de « mon Loyre Gaulois ». Et j'ai vécu là des heures trop brèves dans une dou­ceur angevine » ...

A midi, je me dirige chez Léon Denis. Le maître m'accueille avec ces mots : « Allons ! Il paraît avoir une bonne tête de Lorrain ! » Octogénaire à la barbe opulente, le Druide de Lorraine ne voit plus suffi­samment pour lire et écrire, mais il aperçoit encore autour de lui le monde des formes et des couleurs. Il vit dans les ombres, néanmoins, avec les ombres. La Loire qui passe sous sa fenêtre, les coteaux qui étalent la splendeur automnale de leurs bocages, je ne crois pas qu'il puisse encore goûter à ces specta­cles...

Un feu de bois flambe joyeusement dans la pièce, où silencieux vont et viennent les chats, ces com­pagnons éternels des mystiques et des penseurs.

Il y a là mes bons amis de la Touraine : Gaston Luce, mutilé de guerre, chevalier de la Légion d'honneur, lauréat de l'Académie française pour son recueil de vers : « Ma Touraine » et ronsardi­sant distingué de la phalange parisienne du « Divan ». Puis, Gaston Delavière, ménestrel du Moyen-Age, au profil et à la vêture d'artiste, dont la sil­houette étonne toujours les Anglo-Saxons et les Scandinaves attirés dans la vallée de la Loire, par les châteaux, par les mânes de Rabelais et de Ron­sard, par l'Institut tourangeau pour les étrangers... Delavière, poète lui-même, est la torche qui em­brase toutes les âmes groupées dans cette frater­nelle association de l'Université Populaire. Enfin et surtout, il y a celui qui, depuis un demi-siècle, s'est mis au service de la cause la plus bafouée, la plus ridiculisée, la plus systématiquement ignorée : celle du spiritisme. Aujourd'hui, les ouvrages de Léon Denis sont répandus dans le monde entier, et le maître m'annonce avec joie que l'Allemagne se met à le traduire et à le diffuser. La traduction de son consolant Après la Mort vient de paraître à Leip­zig. De tous côtés, le Maître reçoit des lettres de disciples, des visites d'étrangers de passage qui veulent connaître, à Tours, cet étrange Lorrain. Déli­bérément, il a méprisé la littérature et la politique pour assumer la tâche ingrate de défendre et de propager la plus extravagante des thèses, du point de vue des instituteurs, des prêtres, des journa­listes, et de cent autres catégories de sceptiques.

Son ovation au Congrès spirite international de 1921 fut magnifique, et des journalistes incrédules comme Géo London, du Journal, en ont reconnu et avoué la sublimité.

Léon Denis me parle de sa naissance à Foug, de sa basse extrace, de ses commencements fort durs, fort laborieux, mais où il sentait des puissances invisibles.
« J'ai dans l'Au-delà des amis qui me pro­tègent et me soutiennent avec un zèle passionné ! » affirme-t-il.
Et ses finales tombent avec un frémis­sement qui démontre la puissance de suggestion que ce merveilleux orateur obtint sur les foules les plus disparates. Parfois, dans ses évocations poéti­ques, il lève une main en l'air, la tête renversée et prolongée par les deux pointes de sa barbe, et s'il avait la robe blanche, il me semblerait trouver en face de moi, à côté du héros de 1914-1918, du mé­nestrel du Moyen-Age, le Druide de Brocéliande...

Car Léon Denis est un Celte militant. Et l'on ou­blie trop souvent le caractère littéraire et historique de notre spiritisme actuel : il est l'un des aspects les plus saisissants du renouveau celtique auquel nous assistons. Allan Kardec se prétendait la réin­carnation d'un druide de Bretagne, tout comme Léon Denis admire, en Jeanne d'Arc, la Celte merveilleuse, tout comme Edouard Schuré est le grand Celte de l'Alsace...

Oui, il y a un renouveau celte en France ; La réé­dition du Vercingétorix de Camille Jullian, la publi­cation par André Lebey de son Initiation religieuse de Vercingétorix, la floraison spirite, la diffusion des littératures celtiques sont autant d'éléments de spi­ritualité contre lesquels les négations universitaires viennent se briser.

C'est encore de celtisme que nous causons chez Léon Denis. Naturellement !

... Un drame à la Vatel a failli nous assombrir, il y a un instant. Leu traiteur » ayant omis d'envoyer son vol-au-vent, la cuisinière « était dans tous ses états ». Il lui fallut confectionner en toute hâte un plat nouveau, et nous avions beau la consoler, la vaillante et brave femme était toute marrie. Quelle conscience ! Et pourtant, nous faisions si peu atten­tion à ce que nous mangions ! Quand on apporta le poulet rôti, il ne se trouva personne qui put ou sut le découper ! Les voilà bien, les compagnons de Merlin l'Enchanteur ! A peine ai-je remarqué que chez Léon Denis, buveur d'eau devant l'Eternel, le vin, couleur pelure d'oignon et bouquet moelleux, était un nectar...

Je regarde de tous mes yeux le splendide vieillard au chef chenu, à la longue barbe blanche, et il me souvient des admirables strophes poétiques qui res­semblent, dans ses livres, à ces harpes que les Alle­mands suspendent aux vitraux de leurs châteaux pour que le vent y module des frémissements étran­ges...

La belle figure que celle de ce lutteur qui, pen­dant cinquante années de combat, a dans toute l'Eu­rope cherché à déchiffrer le sens de la vie et de la mort !

Son dernier voyage à Foug l'a déçu. Il a caracté­risé par ce mot son immense désillusion : « Le ruisseau qui chantait devant ma porte, n'y coule plus !... » De plus, les vieux types — tels ce Mousson qu'il me déclare en tous points être un deuxième Né­morin Cocolinjo, de l'Ermonec — ont disparu. Beaucoup de nouveaux et de plus jeunes lui ont paru avoir pris de fâcheuses habitudes d'intempérance.

Il me raconte une savoureuse histoire de Bavarois tué en 1870-1871, puis entassé dans un tandelin et recouvert de fumier, et promené tout un jour au milieu des ennemis par l'auteur du coup, comme en un défi de la plus belle astuce...

Puis Jeanne d'Arc entre en scène. Car Léon Denis lui a consacré un ouvrage et des pages magnifiques. Il se rappelle la visite du colonel Collet dans la vallée de la Loire, sur la trace de la paysanne lor­raine. Et Léon Denis se souvient d'avoir vu le brave colonel nancéen pleurer à chaudes larmes en écou­tant les explications qui lui étaient données sur la bonne fille.
« De voir ce vieux soldat pleurer sur Jeanne, me bouleversa si fort, que j'en fus tout em­bué de tristesse ! » ajoute Léon Denis.
Nous nous quittons. L'heure approche. A nous deux, public tourangeau. A nous deux, Tourangeau, que le dicton déclare si apathique :
« Tourangeau, veux-tu boire ? — Oui ! — Tourangeau, veux-tu ve­nir chercher la cruche ? — Non ! »
... Et le public de Tours a bu à la cruche que je lui ai tendue, quoique mon vin ne fût pas toujours sucré et liquoreux comme celui de Touraine, mais parfois dur, guinguet, acide même. Mon brave De­lavière, les Tourangeaux ont bu à ma « crécotte lorraine » n'est-ce pas ? Allons ! Au revoir, ma belle Touraine, au revoir, mes bons amis de Touraine ! Et à toi, vieux Druide de Lorraine, mon amitié respec­tueuse et ma cordia le vénération. » Je suis du can­ton de Toul-Nord, et vous ? M’avez-vous demandé...» A quoi je vous ai répondu. « ... de celui de Thiau­court ! » Et vous en fûtes joyeux plus que moi encore...

« Pouvons-nous être plus près ? » m'avez-vous dit aussi. Non, car je suis comme vous le Lorrain tour­menté par l'Au-Delà... Nos cantons sont bien les mêmes, ô vénéré Maître !
Gabriel GOBRON
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