I avant-propos








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L’écrivain



Léon Denis est un autodidacte. Certains le lui ont reproché alors qu'il conviendrait plutôt de l'en féliciter. Oui, Léon Denis s'est formé tout seul ; c'est un titre de plus à notre admiration. S'il n'a point fait sa rhétorique, son style n'en vaut pas moins ; il est d'une aisance, d'une simplicité classiques. C'est le vêtement naturel d’une pensée toujours en état d'équilibre.

Si dans ses premiers ouvrages, ce style épouse avec complaisance la forme oratoire, c'est qu'à cette époque Léon Denis est surtout conférencier, c'est qu'il se donne à tâche de propager la doctrine. Ce à quoi il tend, de façon immédiate, c'est à faire par­tager à ses lecteurs la conviction qui l'anime. Voilà pourquoi l'éloquence lui est si naturelle. Il écrit comme il parle. Le ton, d'ordinaire familier, em­preint de bonhomie, plein de naturel, s'élève insensiblement jusqu'aux cimes du langage, et telle fin de chapitre passerait aussi bien pour une page de Bourdaloue.

Ce style, d'une admirable souplesse, peut tout aussi aisément se plier au raccourci, à la précision, à la rapidité que réclame l'étude ou la discussion d'un point de doctrine. Ses brochures de propa­gande ou de défense en témoignent. Dans ses der­niers ouvrages, en particulier dans le Génie Celtique, son écriture revêt une forme absolument pure, dé­pouillée de tout ornement et qui est à la mesure exacte d'une pensée vigoureuse parvenue à la sérénité.

La nature a été son initiatrice. C’est à son con­tact qu'est descendu en lui l'influx mystérieux de l'intuition et de l'inspiration. Ses pages d'exposé de la doctrine sont d'un excellent écrivain ; celles qu'il nous a laissées sur l'Univers, le Ciel, la Mer, la Montagne et la Forêt sont d'un grand poète.

Le don poétique est, en effet, une marque carac­téristique de son talent. Poète en prose, il ne s'atta­che pas aux jeux subtils et savants de l'écriture ar­tiste. Il a horreur du conventionnel. La recherche du mot rare, la ciselure de la phrase l'indiffèrent. Tout ce qui touche à l'alchimie verbale lui parait souci puéril. Il n'attache au polissage littéraire qu'une importance limitée. Tel article de revue est donné, sans retouche, dans la forme où il a été dicté. Le Génie Celtique, par exemple, n'a guère sup­porté que des corrections typographiques.

Pour lui, écrire n'était pas un jeu d'esthète, une distraction subtile à l'usage des gens cultivés, mais bien une autre forme de l'action, un autre moyen de répandre des idées.

L'écrivain peut se tromper mais il doit être sin­cère et ses lecteurs ont des droits sur lui. Léon De­nis est le type achevé de l'écrivain sincère. Il y a chez lui adéquation parfaite du style à la pensée ; nous retrouvons l'homme tout entier dans le litté­rateur. Sa prose, abondante comme l'était son verbe, s'en va, tel le beau fleuve Loire, d'un cours égal, ample et mesuré. Point de heurts, point de cris désespérés, point de transports désordonnés ni de délire romantique. Les hautes idées, chez lui, aiment à prendre appui sur la raison avant l'essor tranquille, exempt de défaillance, qui les emporte loin des brumes dangereuses où chantent les sirènes.

La muse de Léon Denis, soeur de la chaste Uranie, ne trouve sa joie qu'aux régions de la lumière et de la sérénité. Pour la suivre, le poète de la Grande Enigme n'a recours à aucun artifice, à aucune incan­tation ; il n'a besoin d'aucun excitant cérébral. Se mettre par une grâce spéciale, en état de résonance, avec la beauté qui l'entoure, voilà tout son secret.

Ouvrons son livre de la Nature.

Les grands spectacles du firmament et de la terre sont les thèmes éternels où s'alimentent l'intelli­gence et le coeur de l'homme depuis qu'il est doué de langage. Léon Denis n'a point cherché ailleurs la source de son inspiration. L'amour — au sens charnel qu'on lui donne ordinairement — n'a point absorbé les sources vives de son être comme il arrive chez nombre d'écrivains. C'est en Dieu que ce sentiment trouve sa source et sa fin. Il n'exclut pas l'amour humain, il le sanctifie.

C'est au sein des belles nuits constellées que le poète spirite cherchera le mot de la « Grande Enigme », la suprême leçon qui descend des espaces sur les fronts soucieux.

Chacun des mondes innombrables perdus dans les abîmes sidéraux a sa voix propre dans le concert éternel ; chacun parle à notre âme un langage diffé­rent.
« Toutes les étoiles, dit-il, nous chantent leur poème de vie et d'amour, toutes nous font entendre une évocation puissante du passé et de l'avenir. Elles sont les demeures de notre Père, les étapes, les jalons superbes des routes de l'Infini et nous y passerons, nous y vi­vrons tous pour entrer un jour dans la lumière divine98. »
A l'impression d'écrasement, d'inaccessibilité que fait naître un tel spectacle, succède un sentiment d'ineffable douceur. Ces astres qui accomplissent leur ronde fulgurante dans les insondables espaces semblent nous adresser de mystérieux appels et notre âme, aussitôt, en tire un secret motif d'espoir. Ne sont-ils pas les signes éternels de l'ordre divin, les notes mystérieuses de la symphonie universelle dont seule la musique parvient à nous communi­quer une impression satisfaisante quoique bien im­parfaite.
« La musique, langue divine qui exprime le rythme des nombres, des lignes, des formes, des mouvements, écho affaibli de l'harmonie souveraine qui préside à la marche des Mondes. »
Toutefois, dans cette symphonie prodigieuse, les astronomes découvrent des dissonances. Des mondes naissent, d'autres meurent, certains s'entrechoquent en des cataclysmes inouis.
« Ces accidents, dit le Maître, ne sauraient détruire l'ordre souverain : toute dissonance se fond dans l'ensemble, dans cette musique des sphères, qu'entendait, dit-on, Pytha­gore et qui est le chant de la Création. »
C'est justement cette impression d'équilibre, d'accord total, de beauté sereine que le sage comme le poète et l'artiste doivent rechercher en s'entou­rant de calme et de silence, en se tenant le plus pos­sible à l'écart des bruits furieux, des vaines rumeurs, du tourbillon des passions qui agitent le monde moderne. C'est sur le rythme souverain du Cosmos qu'ils doivent accorder leur rythme inté­rieur.

Tournons « les pages du grand livre ouvert à tous les regards ». De la contemplation des splendeurs sidérales, revenons vers la terre, notre mère.

Voici la Forêt qui nous offre son asile frémissant l'antique forêt, parure et véritable conservatrice du globe, premier refuge et premier temple de l'homme.
« De son rythme majestueux, elle a bercé l'enfance des religions ; elle a servi de modèle aux manifestations les plus hautes de l'idée religieuse dans son épanouissement esthétique. »
C'est à son ombre mystérieuse, sous ses voûtes séculaires que les druides, aux temps celtiques, re­cevaient les inspirations, les enseignements d'en haut.

Pour Léon Denis, la Forêt garde toujours son prestige auguste et sacré. N'est-elle pas encore au­jourd'hui l'asile de la pensée recueillie et rêveuse, et sous ses ogives frémissantes, ne retrouve-t-on pas, comme autrefois, le mystérieux frisson de la reli­gion éternelle ? L'arbre capte les radiations venues de l'espace ; entre le visible et l'invisible s'établit, grâce à lui, un secret dialogue. Le dieu parle dans le feuillage.
« Sympathique aux joies, compatissante aux douleurs humaines, »
Conseillère d'acceptation patiente, d'effort viril, d'espoir vivace en des renouveaux toujours féconds, la Forêt est encore un enchantement pour les yeux. C'est dans ces pages imprégnées de l'atmosphère sylvestre que Léon Denis a déployé ses plus beaux dons de paysagiste. Son regard qui, d'ordinaire, recherche les larges perspectives, s'attache ici, avec un soin touchant, aux plus minutieux détails de l'arbre et de la plante, va de la fleur à l'humble bes­tiole qui participe à la vie intense du monde végé­tal.

A ce contact nouveau, la palette de l'écrivain s'en­richit ; il devient un magnifique peintre de la sylve :
« A travers les lourdes frondaisons, la lumière se déverse en nappes blondes sur les troncs d'arbres et sur les mousses ; les souffles du vent se jouent dans les ra­mures. L'automne ajoute à ces prestiges la symphonie des couleurs, depuis le vert jaunissant jusqu'au roux fauve et à l'or pur ; elle diapre et roussit les taillis, tache d'ocre les châtaigniers, de pourpre les hêtres, égrène les bruyères roses des clairières99. »
Devant ces féeries d'apothéose, sa pensée frémis­sante s'élève vers la « Cause de tant de merveilles pour la glorifier ». Toutefois le signe manifeste de la Beauté divine ne s'inscrit pas uniquement sur le front mouvant de la Forêt. L'Océan, la montagne méritent pareillement notre admiration.

Dans les pages que Léon Denis a consacrées à la Mer, nous ne chercherons point les magies somp­tueuses d'un Chateaubriand ou d'un Loti. Mais sous la plume calme du poète philosophe, quelle pureté, quelle fidélité dans la peinture et l'évoca­tion ! Voici par exemple la Méditerranée provençale :
« Jusqu'aux confins du firmament, la mer étale sa nappe mobile, étincelante sous les feux du jour. Pas un nuage, pas un souffle. Le soleil du Midi allume de fugitifs éclairs à la crête des vagues. Sur ce vaste miroir, la lu­mière se joue en nuances délicates, en frissons chan­geants. Elle enveloppe les îles, les caps et les plages d'une clarté légère ; elle adoucit l'horizon, en idéalise les perspectives lointaines100. »
La vision de l'Océan tonnant sous un ciel agité n'est pas moins vigoureusement fixée en ses traits essentiels.
« C'est surtout du haut des promontoires armoricains que l'Océan est majestueux à voir dans ses heures de courroux, lorsque le flot déferle en grondant sur les ré­cifs, mugit dans les anses profondes et secrètes ou roule en tonnerre dans l'ombre des cavernes. Les cris des courlis, des mouettes, des goélands qui volent en tournoyant au milieu de la tempête ajoutent à la désola­tion de la scène. Toute la côte est blanche d'écume. »
La Mer, pour Léon Denis, est l'image de la puis­sance, de l'étendue, de la durée. Il la sent respirer, il en perçoit les pulsations. Les spasmes et les re­mous de l'abîme liquide n'agitent que sa surface ; mais c'est dans ses profondeurs mystérieuses que la vie continue de s'élaborer. La vraie personnalité de la mer nous échappe.

A côté de l'agitation océanique sans trêve, voici le calme plein de majesté des grands monts sour­cilleux. De tous les aspects de la nature, c'est la Montagne que Léon Denis a toujours préférée. « La Montagne est mon temple » aimait-il à répéter.

Fils d'adoption d'un pays de plaine qu'il aimait pour son ambiance aimable, il gardait encore, dans sa vieillesse, la nostalgie des hauts lieux.

Les perspectives de la Touraine sont d'une profondeur admirable, mais le relief de cette province est faible et son atmosphère demeure surtout, entre les rives du grand fleuve, imprégnée d'une mollesse voluptueuse. C'est une terre plus propice au far­niente qu'à l'action.

Dans la plénitude de l'âge, Léon Denis lui pré­férait la montagne, source inépuisable d'impres­sions fortes, d'émotions nobles, d'enseignements fé­conds, la montagne, libératrice des hautes facultés de l'âme. Ecoutons-le nous confier les motifs de sa prédilection.
« Qu'il fait bon, à l'aube fraîche imprégnée des senteurs pénétrantes de la nuit, gravir les pentes, le grand bâton pointu à la main, le sac de provisions sur l'épaule ! Autour de nous, tout est calme ; la terre exhale cette paix sereine qui retrempe les coeurs et les pénètre d'une allégresse intime. Le sentier est si gracieux en ses contours, la forêt si pleine d'ombre et de mystérieuse douceur ! A mesure que vous vous élevez, la perspective s'élargit, de superbes échappées s'ouvrent au loin sur les plaines. Les villages montrent leurs taches blanches dans la verdure, parmi les moissons, les landes et les bois. L'eau des étangs, des rivières miroite comme de l'acier poli. »
Tout dans la montagne l'émeut et le ravit. Ses jours ensoleillés pleins d'effluves et de rayons, ses nuits sereines constellées d'étoiles, le concert de ses oiseaux et de ses insectes, le mugissement de ses forêts, la grande voix des torrents et des cascades, « jusqu'à ses tempêtes soudaines et les éclats de la foudre sur les sommets ».

Il y a dans ces pages une fraîcheur d'impression, un coloris, une poésie spontanée qui nous charment et nous ravissent. Magiquement, toute la mon­tagne s'anime de sa vraie vie, frémit de ses mille voix familières, élève vers le ciel son cantique sublime.
« Pour tous ceux qui savent la comprendre, l'aimer, elle est une longue et profonde initiation. »
Les harmonies lumineuses, les enchantements de ses sommets sont le partage exclusif de ceux qui ne craignent pas d'escalader les hauts lieux, car l'as­cension réveille le sens intime, les facultés psy­chiques s'émeuvent dans l'air des cimes, et chez les à mes d'élite, la communion avec les mondes supé­rieurs s'établit. Les grands sommets ne furent-ils pas les autels choisis des patriarches et des pro­phètes ? C'est pourquoi les souvenirs s'éveillent en foule aux appels de la pensée du voyageur : rêveries nocturnes au bord des gaves pyrénéens, méditations solitaires près des lacs d'Auvergne, ascensions péril­leuses dans les Alpes couronnées de leurs névés, impressions retrouvées du silence des hautes soli­tudes qu'émeut le frisson de l'infini.

Aussi, est-ce par un hymne d'adoration que s'achève ce livre où le Maître a mis le meilleur de lui-même, l'inaltérable jeunesse de son coeur, l'élan le plus hardi de sa pensée, le plus beau rayon de sa foi. A ses yeux, la Nature n'est point une marâtre ; elle ne lui fait point peur, puisque toute oeuvre de Dieu le met en confiance. Sachant que notre monde est un monde d'épreuve, non de béatitude, il ac­cepte son lot en gardant intacte sa force d'espoir. Les menaces de catastrophe et d'anéantissement ne l'ébranlent point, car il se trouve en sécurité au milieu des périls qui l'environnent :
« Il a compris les grandes lois qui, au prix de quelques accidents, assurent l'équilibre et le salut des races humaines. »
*

**
Tout cela relève d'une conception très haute du rôle d'écrivain, celui-ci devant être, avant tout, un éducateur. Aussi, une telle oeuvre est grande et émouvante au possible, parce qu'on n'y peut décou­vrir la moindre trace de pose ou d'orgueil, d'amer­tume ou de désenchantement
« Beaucoup de braves gens trouvent que le spiri­tisme est trop triste. Les pauvres, s'ils savaient... Triste, un livre de Léon Denis ! Parce qu'il y est question de la mort ? Mais on y apprend que la mort, c'est la vie. Ses livres sont débordants de joie. Ce sont de lumineuses coupes enchantées où la lèvre humaine altérée d'infini vient puiser une ivresse su­périeure, la griserie du réel au-delà.

Les livres de Léon Denis, « Christianisme et spiritisme », « Après la Mort », « Dans l'Invisible » ne sont pas plus tristes que la Voie sacrée des Romains, bordée de tombeaux, que les cimetières fleuris et parfumés de l'Orient où vont se promener les oisifs, que les Aliscamps d'Arles tout bruissants d'ailes et de brises, à travers la frondaison des gre­nadiers, des térébinthes et des micocouliers, Champs Elysées où des couples d'amoureux assis sur les antiques sarcophages de pierre viennent échanger des serments durant les claires nuits d'été.

Quand on lit M. Léon Denis, on a la sensation de parcourir quelqu'un de ces sites pittoresques que colore un somptueux automne. Il y a des tons chauds et des pâleurs agonisantes, des jeux de so­leil et d'ombre, des chansons d'allégresse et des voix de mélancolie. Et, au-dessus de tout ce pano­rama d'où montent les bruits de la terre, s'étend le grand ciel tissé d'azur et de lumière ».
Ces lignes d'un sentiment si juste nous aident à saisir la conception du Maître, en matière littéraire, qui peut se résumer en ces mots : être vrai avec dé­cence. En dehors de cela, tout art est entaché de frivolité, pour tout dire superflu.

La véritable poésie, a-t-il écrit, est faite de la ré­sonance intime de la symphonie éternelle en nous, de l'accord de nos pensées, de nos sentiments et de nos actes avec la règle de notre destin.

C'est à ce titre, c'est parce que son oeuvre entière présente cet accord et ce bel équilibre qu'il est un vrai poète et un grand écrivain.
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