I avant-propos








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Premiers écrits



En vue de la propagande des idées qui lui étaient chères, Léon Denis s'entraînait depuis une dizaine d'années par la plume et par la parole. Tous ses discours étaient fixés sur le papier avant d'être pro­noncés, d'où leur forme toujours impeccable.

Ses premières publications datent de 1880. Il débuta par un opuscule d'une cinquantaine de pages ayant pour titre : Tunis et l'Ile de Sardaigne. C'étaient des souvenirs d'un précédent voyage en Méditer­ranée et aux pays barbaresques.

Ce petit ouvrage est écrit dans un style ferme et coloré, agrémenté de jolies descriptions, de nota­tions pleines d'originalité.

Tout voyage, pour Léon Denis, est matière à une enquête approfondie sur les pays visités. Ce n'est point en dilettante qu'il les parcourt, mais plutôt en reporter. Et quel reporter averti, soucieux d'exacti­tude, attentif à bien voir afin de bien comprendre !1

Une randonnée en Sardaigne, à cette époque, comportait une large part d'imprévu, pour ne pas dire de risques réels. Donc après une courte tra­versée, il se rend de Porto-Torrès, point de débar­quement pour aller à Sassari distant d'une ving­taine de kilomètres environ. Le train manque de confort.
« C'est en Sardaigne, écrit-il, que j'ai vu pour la pre­mière fois des voitures de quatrième classe pour voya­geurs. Ces voitures sont semblables à nos wagons cou­verts, à marchandises. On s'y tient debout. Une tringle en fer horizontale, qui est à l'intérieur du véhicule, permet seule de garder son équilibre lors des chocs. Une population bruyante et couverte de haillons s'entasse habituellement dans ces voitures peu confortables20. »

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A Sassari, d'une chambre qui pourrait tenir vingt personnes et dont l'unique fenêtre close en forme de moucharaby donne sur la place du marché, il peut à l'aise examiner les différents types sardes, et la peinture qu'il nous en fait ne manque certes pas de couleur. C'est jour de foire.
« Les hommes sont montés sur de petits chevaux pleins d'ardeur. Ils portent tous le bonnet de laine noire long et rabattu sur la nuque. L'extrémité, bourrée d'objets inconnus, forme une grosse boule qui tressaute à chaque mouvement du cavalier. Ils sont vêtus d'un sarreau noir sans manches, bras de chemise et culotte large en toile blanche, guêtres noires montant jusqu'aux ge­noux. D'autres sont affublés d'une peau de mouton re­tournée, la laine en dedans, et serrée à la ceinture. Ce costume, fort incommode par la chaleur, leur donne un air étrange. C'est, paraît-il, un préservatif contre la fièvre qui règne sur toute l'étendue de l'île. »
Voici pour les hommes.
« Les femmes sont vêtues d'étoffes de couleurs écla­tantes. Leurs corsages sont brodés d'argent et de soies de teintes variées, d'un joli dessin. Ce corsage est ou­vert jusqu'à la ceinture, et sous la chemisette, laisse voir toutes les formes. Les jupes sont rouges ou vertes pour les jeunes filles, bleues pour les femmes mariées. Un capulet attaché au sommet de la tête et retombant sur les épaules, la plupart du temps noir ou bleu, à raies jaunes, complète le costume qui souvent est d'un grand prix et que l'on ne porte que les dimanches ou les jours de fête. »
Le type sarde, très brun, de taille exiguë en gé­néral, plutôt laid, rappelle les traits de l'africain.

Latins, Celtes, Ibères, Sarrasins ont pris pied dans l’île à, des époques différentes et s'en sont dis­puté les meilleurs coins. C'est ce qui explique qu'elle soit restée si longtemps réfractaire à notre civilisation. De Sassari à Cagliari qui se trouve au sud de l'île, Léon Denis est obligé de faire le voyage en diligence. Il faut vingt heures au moins pour franchir la Barbagia désertique et sauvage. Deux carabiniers à cheval, le fusil sur la cuisse, escor­tent la voiture, car les attaques à main armée sont fréquentes dans la région. Heureusement, le voyage s'accomplit sans encombre et le voyageur arrive au terme du trajet, enchanté d'avoir pu traverser cette terre presque inculte à l'époque, mais si riche en ressources variées, où l'homme, encore voué à l'igno­rance et à la superstition, est resté, avec ses moeurs grossières et ses outils rudimentaires, tel que nous pouvons nous le représenter aux époques primitives.
*

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Une strophe des Orientales ouvre le chapitre sur Tunis.
« Le dôme obscur des nuits, semé d'astres sans nombre,

Se mire dans, la mer resplendissante et sombre.

La riante cite, le front d'ombre voilé

Semble, couchée au bord du golfe qui l'inonde,

Entre les feux du ciel et les reflets de l'onde,

Dormir dans un globe étoilé. »
Nous avons vu déjà Léon Denis, lors de son voyage aux pays barbaresques, circuler dans les ruelles tortueuses de la ville du Bey, après une traversée des plus mouvementées.

Ce sont ses impressions que nous retrouvons ici dans leur primitive fraîcheur.
« J'aime à m'enfoncer, nous dit-il, au hasard, dans les quartiers arabes de Tunis, cherchant les recoins les plus solitaires, les plus silencieux. Les habitations, masses compactes de maçonnerie, ressemblent à autant de sépulcres. La vie s'y dissimule ; il n'en sort que des bruits vagues et fugitifs. Mais au milieu de ces blocs de pierre s'ouvrent quelquefois des cours, des jardins déli­cieux. Dans le champ limité que laisse au regard l'en­trebâillement d'une porte aussitôt refermée, j'ai pu voir des petites cours ornées de fontaines, des bosquets de mimosas, d'acacia, des réduits pleins de fraîcheur, ani­més par le murmure des eaux. »
Ce qu'il ne se lasse pas de voir, ce sont les souks, les bazars où se concentre la vie extérieure, l'acti­vité de la population indigène. Il en trace un tableau plein de vie où le détail amusant, la fine observa­tion sont admirablement mis en valeur. Pourtant, il a peur de se laisser prendre au charme alangui de l'existence orientale, parmi le sortilège voluptueux qui émane des choses. Il a hâte d'échapper à-ce dangereux enchantement, de retrouver « les vents âpres de sa patrie » son ciel souvent brumeux, son climat changeant qui stimule l'homme, le pousse à l'ac­complissement de sa tâche par le travail « loi sainte que tous les peuples doivent suivre » sous peine de déchéance et de mort.
*

**
Les mêmes qualités de style, la même fraîcheur d'impression se retrouvent dans deux nouvelles qu'il écrivit vraisemblablement à la même époque : le Mé­decin de Catane, et Giovanna celle-ci ayant paru tout d'abord en feuilleton dans la « Paix Universelle », ensuite dans la « Revue Spirite» sous un pseudo­nyme. « Le Médecin de Catane » est le plus ancien de ces deux essais21. Le manuscrit porte la men­tion « oeuvre de jeunesse ». Il n'est pas de l'écriture du Maître ; seules les corrections sont de sa main. Le style en est encore hésitant par endroits, mais non dénué de qualités réelles.
« Oh ! Les soirées d'hiver au coin du feu !

Quelles délicieuses rêveries s'emparent de l'âme au bruit des bûches qui crépitent, des sarments qui se tordent en serpents de feu, des braises qui s'écroulent, soulevant des petits nuages de cendre. Sous l'influence de cette vie intense, mystérieuse, qui remplit le foyer, combien elles sont douces au coeur ces mélancolies du soir qui grandissent à mesure que la nuit se fait plus sombre autour de nous. »
Ainsi débute le « Médecin de Catane ».

C'est en devisant ainsi, les pieds sur les chenets, qu'un soir, un des amis de l'écrivain, Marc T... lui a conté les aventures qui font l'objet du récit.

Marc T..., engagé comme ingénieur par une compagnie d'exploitation des soufrières de l'Etna, s'embarque à Marseille à destination de la Sicile. Il prend contact avec cette contrée fameuse où les ruines des temples grecs détachent encore leurs lignes éternellement pures sur un horizon céruléen.

Epris de courses agrestes, féru de botanique, il rencontre au cours d'une excursion, le Dr Foscolo, un des plus célèbres médecins de Catane. Les deux hommes se plaisent et se lient d'amitié. Foscolo est un savant et c'est un initié. Il a passé sa jeunesse à méditer sur les oeuvres des philosophes. Ce latin est un disciple d'Allan Kardec. Les deux hommes devisent souvent de la doctrine dans le cabinet du docteur ou font ensemble de la musique. Foscolo connaît toutes les vieilles chansons siciliennes et il possède une voix admirable. C'est, en plus, à ses heures, un poète inspiré.

Tant de dons réunis ne vont pas sans provoquer, chez ses concitoyens, de la jalousie et de la haine. On le tient ou on veut le faire passer comme s'adon­nant aux arts magiques.

Durant une de ses visites chez les pauvres gens qu'il soignait gratuitement, il rencontre une enfant abandonnée, Rafaëlla, fille de misérables émigrés de la Plata. Pressentant en elle un sujet d'élite et mû par un sentiment de charité chrétienne, il adopte la jeune fille et la confie à une vieille paysanne de sa connaissance. Mais la femme de Foscolo, levantine sensuelle, volontaire, toute d'instincts, s'interpose entre son mari et sa pro­tégée, quand celui-ci veut la recevoir dans sa maison.

Foscolo est devenu pour la jeune fille le grand ami. Pour lui, elle est l'ange consolateur.

Rafaëlla est aimée d'un dangereux contrebandier dont le coeur est empoisonné de rancune contre le docteur, car, non sans raison, il voit en celui-ci un obstacle à ses desseins pervers. Un matin, on décou­vre, sur le chemin, Foscolo poignardé. Cette fin tra­gique vient racheter un crime commis dans une vie antérieure, crime dont le docteur avait eu la révé­lation.
*

**
Dans « Giovanna22 », Léon Denis, trace une esquisse très poussée de ce que l'on pourrait appeler le roman spirite, genre qui a été abordé, depuis lors, par d'excellents écrivains avec une audace que le succès a justifiée.

L'action se déroule encore en Italie.

Notons en passant la vive influence qu'exerça sur la sensibilité de l'écrivain, cette terre classique des arts dont il parlait la langue, dont il aimait à citer les poètes.

Le récit s'ouvre par une admirable description du lac de Côme :
« Ce lambeau du ciel d'Italie tombé entre les montagnes, ce merveilleux éden où trône la nature parée pour une fête éternelle. »
C'est à Gravedona, au nord du « Lario », entre les hauts sommets des Alpes, que se déroule l'idylle touchante qui en fait l'objet. La trame en est d'une extrême simplicité.

Parmi les pauvres gens de Gravedona, la douce Giovanna apparaît comme une madone échappée d'une toile de Luini.

C'est une belle demoiselle de condition vouée à soulager la misère autour d'elle ; une de ces natures d'élite qui apparaissent un instant parmi les hommes pour les consoler de leur laideur physique et de leur infirmité morale et qui sont tôt rappelées dans leur vraie patrie, le ciel..
« Jeanne Sperauzi est née dans la villa des Lentisques dont on aperçoit de la vallée les terrasses blanchis­santes.

Ses dix-huit ans se sont écoulés dans ces lieux aimés du soleil et des fleurs. On dit que l'âme est liée par de secrètes influences aux régions qu'elle habite, qu'elle participe à leur grâce ou à leur rudesse.

Sous ce ciel limpide, au milieu de cette nature sereine, Giovanna a grandi, et toutes les harmonies physiques et morales se sont unies pour faire d'elle une merveille de beauté, de perfection. Elle est grande, élancée ; son teint blanc, sa chevelure blonde épaisse et soyeuse ; sa bouche mignonne garnie de dents petites, éclatantes ; ses yeux d'un bleu profond et doux. Le haut du visage a un cachet de noblesse, d'idéale pureté. »
Qui ne serait touché d'une beauté si radieuse ?­

Dès qu'elle apparaît à la porte du misérable toit de la veuve qu'elle protège, tout le logis s'éclaire, les enfants l'entourent et lui font fête.

Un jour, une circonstance fortuite, un orage violent la met en présence d'un jeune chasseur qui est, venu se réfugier dans la maison où elle se trouve. C'est un jeune français, Maurice Ferrand, fils d'un proscrit. Ancien élève de l'Université de Pavie, et l'un des avocats les plus renommés de Milan, Maurice Ferrand est venu chercher, chez son père qui habite non loin de là, un repos, dont il a grand besoin­.

Pouvait-on voir Giovanna sans l'aimer ? M. Fer­rand en tombe éperdument amoureux. Il recherche, de ce jour, la compagnie de la jeune fille ; son désir devient de l'adoration.
« Quand elle était là devant lui, il s'oubliait ; il s’oubliait à la regarder, à l’entendre. Le timbre de sa voix rythmée éveillait dans son être des échos d’une douceur infinie. Il voyait en elle plus qu'une fille de la terre, plus qu'une nature humaine, comme une apparition passagère, un reflet mystérieux d'un autre inonde, un trésor de beauté, de pureté, de charité auquel Dieu prêtait une forme sensible afin qu'en la voyant les hommes pussent comprendre les perfections célestes et y aspirer. »

La foi ardente de l'enfant et son candide amour émeuvent d'un frisson nouveau l'âme du jeune homme, déposent dans son coeur une rosée d'une fraîcheur ineffable. Leurs fiançailles, dans le cadre sublime du lac, achèvent d'exalter jusqu'au délire le bonheur dont il goûte les enivrantes prémices.

Cependant, Giovanna ne connaît pas la vraie joie. Elle sait que le bonheur en ce monde n'est qu'un celai d'un instant, un songe fugitif.

Un violent typhus s'abat soudain sur ces rives. En portant ses soins aux familles qu'elle pro­tégeait d'ordinaire, Giovanna est atteinte du ter­rible mal et meurt après une douloureuse ago­nie.

Le beau rêve s'est écroulé. Maurice est là, écrasé, prostré, le coeur déchiré devant la forme si belle, tant aimée et déjà froide. Autour de lui, rien n'est changé : le lac frissonne sous les rayons de la lune ; tout est lumière et chant au sein de la nature tiède et parfumée. Voici ce que la mort a fait de son éphémère bonheur. La mort? Mais non, la mort n'est qu'un leurre. Giovanna ne lui a-t-elle pas dévoilé son véritable visage que cachent les appa­rences trompeuses. La vie poursuit son évolution éternelle. La mort n'est qu'une métamorphose.

Un soir d'hiver, alors que Maurice, seul, médite sur les pages d'un livre devant le foyer, l'ange, se matérialisant, revient comme autrefois lui jouer au piano sa romance préférée et lui enseigner ainsi que rien ne peut séparer ceux qui se sont vérita­blement aimés.

De ce jour, le jeune avocat est un autre homme. Rien ne compte plus que le devoir impérieux dont Giovanna lui a apporté la révélation. Proclamer la vérité, la servir de toutes ses forces et par tous les moyens, sera désormais le but de sa vie.

Tel est, bien imparfaitement résumé, le thème de cette idylle touchante qui, parmi les enchante­ments du beau lac lombard, s'achève brutalement comme à l'automne la féerie florale environnante sous le brusque assaut des orages.

Ainsi, dans l'oeuvre austère du Maître, apparaissent un instant ces figures angéliques de femme, Rafaëlla, Giovanna — comme deux âmes idéalement pures, deux fleurs de rêve revêtues de beauté supra-humaine, dignes, dès cette terre, d'orner les jardins du ciel.
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**
L'opuscule : le Progrès, publié en 1880, sous les auspices de la Ligue de l'Enseignement, contient le texte d'une de ses premières conférences, texte auquel est annexé un complément philosophique. Nous avons dit précédemment que Léon Denis ne pouvait pas, à cette époque, développer toute sa pensée dans ses discours. Il était tenu à certaines précautions, à certains ménagements devant des auditoires qui n'étaient pas entraînés à penser li­brement. Cette thèse du Progrès « loi de solidarité qui, relie tous les temps et toutes les races » deman­dait à être éclairée.

Léon Denis, après le grand Initiateur, venait éclairer la question, la confronter avec l'enseignement du Christianisme, la soumettre aux méthodes de la science expérimentale.

Cette brochure d'un prix infime, d'une lecture agréable, obtint de suite un énorme succès, en France, en Belgique et dans les autres pays, succès qui n'est pas encore épuisé, l'auteur s'étant borné au cours des éditions successives, à revoir le chapi­tre des preuves.
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