J’essaie désespérément de bouger, de sentir mes muscles, mais rien ne vient








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titreJ’essaie désespérément de bouger, de sentir mes muscles, mais rien ne vient
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Et si je lui faisais une surprise ?

Je me décide, elle ne m’attend pas, c’est la récré, je vais aller la rejoindre.

Elle sera sûrement ravie.

D’un pas joyeux et léger, je me dirige vers sa salle de cours.

Et...
Je la vois.

Avec un autre.

Le choc est trop fort. La peine est trop lourde.

Je sens que quelque chose se casse, se brise en moi. Mon cœur ? Ma vie ? Mes idéaux ? Mon amour ?

Non, mes yeux.

Une formidable douleur grandit.

Ils se tournent vers moi.

Je vois son visage, peinée. Elle sait que j’ai compris. Assimilé la terrible vérité : c’était fini.

Et j’ai crié.

Crié de douleur.

Autour de moi, les gens commencent à accourir. Mais il est trop tard. Le traumatisme vient d’atteindre mes rétines, dans un cri terrifiant de douleur, telle Mary Pierce lors de l’ultime match de sa carrière, terminé par une blessure qui lui a arraché la gorge d’hurlements.

J’ai hurlé.

Dernière vision pleine et complète. Avant que des points blancs emplissent ma vue, et que je tombe sous la douleur.

J’ai perdu connaissance.

BOUM !

Réveil.

Le noir total.

Je n’entends rien. Je ne sens rien. Je ne vois rien.

Suis-je mort ?

Est-ce cela l’au-delà, ce noir terrifiant, sans aucune sensation, sans vision, sans ouie ? Alors les peureux de l’au-delà avaient raison, il n’y a rien après la mort, on n’est plus qu’une pensée ?

Non, mon coeur bat !

C’est déjà cela de gagné.

Mais ou suis-je ? Que m’est il arrivé ?

Je commence à sentir comme une chape de béton, qui me paralyse le corps, et surtout le visage, m’empêchant de bouger.

Suis-je telle une momie ?

J’essaie désespérément de bouger, de sentir mes muscles, mais rien ne vient.

Suis-je paralysé ?

Le temps n’a plus d’importance, que sont les secondes, les minutes, que sont mes sens ? Je ne suis plus rien, sinon une pensée. Jamais la phrase de Descartes, que je venais d’étudier en cours de philosophie, je « je pense, je suis », n’avait été aussi vraie. Je ne suis plus qu’une pensée.

Les locked-in-syndrom, eux, au moins, ils ont la chance de voir, et de s’exprimer via des clignements d’yeux. Mais là, dans mon état, qui peut m’entendre ? Si j’essaie de crier, de parler, de bouger, de voir, rien ne vient.

Je suis dans la pire prison qui soit, bien pire que les cellules qui elles, font 9metres carrés : Mon corps ! Certes, ma cellule n’a pas de limite, mais elle n’a aucun relief, aucun aspect, aucune beauté, aucun attrait.

Au secours !

Hé !

Je vais y arriver, je dois me concentrer, je vais peut être finir par bouger. Allez, je me focalise sur mes doigts. Gnniiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!

Non, j’ai beau tout essayer, je ne ressens rien, et rien ne bouge.
Ppppppffffffffffffffff….

Comme le temps est long.

Quel jour sommes nous ? Quelle heure ? Y’a-t-il quelqu’un à coté de moi ? Que s’est il passé après que je sois tombé dans les pommes ? Où suis-je ? Quel sera mon avenir ?

Putain, si y’a un Dieu sur cette putain de Terre, aide moi !

Ooooooooooohhhhhhhhhhhh !

Y’a quelqu’un ?

Le seigneur, si je dois passer le reste de ma vie comme ça, je préfère crever, laisse moi crever, je sais pas moi, mais fais quelque chose, laisse moi mourir.

Comme si j’avais été entendu, la douleur est revenue, énorme, fulgurante, géante, haletante.

Et là, je n’ai pu que crier.

Aaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhhhhhh !!!!!

Des pas.

Quelqu’un vient.

Je le sens bouger près de moi, mais ou ? A gauche, à droite, au dessus ? Que dit il ? Ma douleur, ce poids de plusieurs tonnes qui écrase mon corps, m’empêche de le savoir.

Et puis il s’en va, et je sens le produit salvateur rentrer en moi.

La douleur s’apaise.

Je perds connaissance, de nouveau.

Je profite de cet intermède pour me présenter.

Prénom : Magnus.

Age : 17 ans.

Date de naissance : 2 janvier 1982, à Paris 10eme.

Tout a commencé de façon surprenante, en pleines fêtes de débuts d’année, j’ai décidé de sortir, avec quinze jours d’avance. Une belle surprise à ma mère, et une naissance imprévue.

Voilà qui résume ma vie : la surprise, l’imprévu.

Mon père est encore inconnu au moment de ma naissance, seules ma grand-mère et ma sœur sont là pour fêter l’évènement.

L’unique homme dans une famille de femmes. Trois femmes, trois générations, j’avais décidé de tromper la statistique.

Je ne pèse pas lourd, bien frêle, mais je suis prêt à affronter ce que la vie m’apportera, en bien ou en mal. Que les galères viennent, je souris, je rigole, mais je pleure rarement, car je n’ai déjà rien à regretter.

Vraiment ?

Si.

Là, maintenant, je regrette.

Je regrette de n’en avoir pas assez profité, quand j’étais conscient. On ne se rend compte de la chance qu’on a de voir, entendre, sentir, marcher, parler, bouger, qu’une fois qu’on en perd la capacité. Avant on a beau connaître les risques, on en fait qu’à sa tête, car on ne peut pas conceptualiser un risque avant de le vivre en live.

Mais quel con !

Un légume à cause d’une femme !

L’amour n’est plus, je ne ressens plus rien pour elle, sinon de la haine. Je la déteste.

Et je me déteste aussi. La vie ne tient vraiment pas à grand-chose, il m’a suffit d’être au mauvais endroit au mauvais moment, et PAF !

J’aurai changé d’avis, je serai arrivé deux minutes avant, ou deux minutes plus tard, je ne les aurai pas vu en train de s’embrasser.

Et je n’en serais pas là, je ne sais ou, ayant je ne sais quoi, dans cette prison à vie.

Me réveillerai je un jour ?

Aurai je des séquelles ?

Et puis, qu’est ce que j’ai, qu’est ce qui se passe, pourquoi moi, pourquoi le destin m’a fait voir ceci, être devant eux et avoir ce choc terrible qui me fait finir dans ce que je crois être un hôpital, apparemment ma dernière demeure.

Destin de merde !

Allah, Jéhovah, Dieu ou je ne sais qui, pourquoi tu m’as fais ça A MOI ?

J’avais rien demandé ! C’est injuste..

Et bien sur, tu ne réponds pas. T’en as rien à foutre que je sois là à penser, te parler intérieurement. Et pourtant, je suis sur que tu m’entends !

Répoooooooooooonnnnnnnnnnnnnnddssss !!!!

Pourquoi MOOOOOOOOOOOIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII ???????
Et comme seule réponse, la douleur s’est réveillé.

De nouveau, je n’ai pu que crier, aussi fort que je pouvais, à m’en décrocher la mâchoire.

Et encore cette fois, le sauveur est arrivé, a fait ses gestes étranges, sentis tels un coup de vent, et je me suis rendormi.

Entracte.

Elle s’appelait Laetitia.

Je l’ai aimé, infiniment, je lui ai tout donné, et elle, qu’a-t-elle fait ? Elle est sortie avec ce mec de sa classe, à mon nez et à ma barbe ! Quelle joie d’être un cocu...

Ca avait pourtant bien commencé.

Deux ans plus tôt, en classe de seconde.

Cours de maths, le premier, il fallait se mettre deux par deux pour faire des exercices notés.

J’ai fais équipe avec elle, que je n’avais jamais remarqué avant, et tel un coup de foudre, nous nous sommes tout de suite entendus.

Tout le reste de la classe l’a vu, et ils ont décidé de nous mettre ensemble, de jouer les entremetteurs.

Au bout d’un mois, ce qui devait arriver arriva, je lui ai demandé de sortir avec moi, et nous nous sommes embrassés, mon premier vrai baiser, son premier également.

Nous étions beaux, innocent, notre premier vrai amour, notre première relation.

Je me rappelle la Saint-Valentin, quand nous sommes allés voir le fameux film Titanic, le fameux phénomène.

Et le soir venu, nous avons fait l’amour.

Je ne devais pas être porté sur la chose, mais je n’ai pas vraiment ressenti grand-chose, c’était pour moi très mécanique, je ne vivais pas du tout cette extase dont tout le monde parle. Jouir, oui, mais quand à l’orgasme proprement dit, le grand truc, ce qui chamboule complètement...pas une miette.

Ca n’a pas empêché de passer deux années merveilleuses.

Ensemble en seconde et en classe de première, nous avons fini séparés pour la terminale, je suis passé dans la terminale littéraire des options « anglais renforcé », elle est passé dans la terminale littéraire des « option maths ».

C’est sans doute là que la relation a changé, mais l’amour rend aveugle, je ne voulais pas voir ce changement.

On se voyait presque tous les jours, à chaque heure de cours, en récré, après les cours, on bossait les devoirs ensemble. On ne pouvait pas faire plus fusionnels.

On nous parlait déjà mariage, nous étions les deux modèles du lycée, le petit couple que tous rêvaient d’être.

Jusqu’à la terminale.

Plus le même planning, plus ensembles en cours, plus forcément en récré ensemble. Je voyais plus souvent mes potes, elle les siennes. Deux roses qui se détachent lentement, sans s’en rendre compte.

Et puis elle l’a fait, elle m’a manifestement trompé, avec ce connard au QI d’huître, mais hélas plus beau que moi.

Fais chier !

Dure la vie...

Surtout quand on est cloué dans un lit, sans rien à faire, rien à voir, rien à entendre, sinon penser, penser, penser, écouter ses battements de cœur, et penser, dormir, se réveiller, puis crier, puis se rendormir, puis tout recommence.

J’en ai marre de penser !

J’en ai marre de rester un pur esprit.

Je veux être un corps, bouger, manger, pisser, je veux que tout redevienne comme avant.

Si seulement je n’avais pas été là.

A chaque réveil, cette pensée m’obsède, pourquoi fallait il que je sois là et que j’assiste à un tel spectacle ?

Pourquoi ?

Bon, puisque personne ne peut me répondre de toute manière, autant m’occuper, tiens, je vais vous raconter ma vie encore.

Mais attendez que la douleur revienne.

Ah, ça y est !

Je donne l’alerte, encore une fois, en criant.

Et pour la je ne sais combientième fois, l’Homme/la femme vient et me fait m’endormir avec ses bras magiques.

Mon premier amour.

J’avais sept ans. Le début de l’enfance proprement dite.

Le temps de la découverte.

J’arrive en colonie de vacances, dans un centre pour apprendre à faire du poney et du cheval.

Le deuxième jour, il y a un de ces fameux jeux qui font vivre les enfants de notre age.

L’un après l’autre, une des filles déroule dans leur chambre la liste des prénoms des garçons, et après chaque prénom, les autres répondent par « beurk », ou par « waouh ».

Nous les garçons, écoutons le jugement depuis notre chambre.

Vient mon tour.

« Magnus ? »

« Beurk ! » disent les filles les unes après les autres, et soudain vient un « waouh ! »

Comme nous sommes derrière un mur, je ne sais pas qui a prononcé cette sentence rassurante.

Quel déchirement, quel stress !

Une heure après, nous nous préparons pour partir en activité, et je la sens, elle, qui me regarde, et je sais enfin son identité.

Ni belle ni moche, elle me regarde d’un air énamourée, et je suis comme pétrifié de stupeur devant un tel regard, je me demande si c’est cela l’amour.

Elle me demande simplement si je veux rester à coté d’elle pour la marche « deux par deux ».

J’accepte, déconcerté, l’air intimidé.

Le lendemain, j’étais durant la sortie à coté d’elle, ayant accepté de devenir son camarade de sortie.

Tout le monde nous regardait cette fois, c’était indéniable, j’étais gêné, que croyaient ils ? Qu’on était amoureux ?

Ah, mais non, pas du tout !

Et cette intrépide, cette incroyable, cette étonnante (comment s’appelait elle ? Sylvie, Sylvanie ? Un prénom comme tel en tout cas) fillette s’est mise à chanter, mais pas n’importe quoi, elle me chantait UNE DECLARATION D’AMOUR !

Oh pu…naisseeeeeeeeeeeeee !

Je devins tout rouge, les garçons hilares, les filles souriantes.

Quel était le contenu de sa déclaration ?

Ca faisait un truc comme : « J’aime magnuuuuusss, c’est le plus bel homme de ma vieeeee, je voudrais passer toute ma vie avec luiiiiii, parce que j’aime mmagnnuuss… »

Et puis comme elle ne ressentait pas la même chose de mon coté, elle a finit par me poser LA question, un temps plus tard.

« Tu m’aimes ?

  • Non, je t’aime bien, mais je ne suis pas amoureux.

  • Pourquoi ? (dépitée).

  • Bah…parce que !

  • Parce que quoi ?

  • Parce que voilà, je ne sais pas ! »

Elle est partie, préparant son plan, diabolique.

A la sortie suivante, deux jours plus tard, elle a finit par m’annoncer « Je t’aime plus, donc t’inquiète pas, je te collerai plus, je te laisse tranquille…. »

Et elle est partie jouer avec ses copines, me laissant là, en plan, comme un idiot.

J’étais tranquille certes, mais j’avais fini par m’y faire, qu’elle me colle.

Amoureux, moi ? Oh, non, nonononon !

N’empêche qu’elle me manquait, d’une façon étrange, je me sentais soudain très seul, comme abandonné.

Elle m’a astucieusement laissé mariner.

Et alors, elle est revenue, souriante.

« Bah alors, tu es triste ?

  • Non, ça va très bien !

  • Si si, tu es tout triste, je te manque, je suis sur, tu m’aimes, donc !

  • Euuuhhh…. » (je rougis)

Elle sourit, radieuse.

« Je le savais, tu m’aimes ! »

Elle me sauta dans les bras, me faisant tomber par terre de bonheur, m’inondant de bisous sur les joues.

Les autres exultaient « ohhhhhhhhhhhh, les amoureux ! »

Plus tard, elle me prit encore au dépourvu. Les douches étaient individuelles, des cabines pour filles ou garçons.

Elle me proposa alors « Et si on se lavait ensemble ? »

Et elle m’a entraîné sous la douche quand c’était son tour, personne ne nous a vu.

Et nous nous sommes retrouvés nus, dans le moment le plus surnaturel de ma vie, le plus chaste, le plus mignon.

Nous nous sommes lavés l’un l’autre, sans mauvaise pensée, sans sous entendus, sans quiproquo.

Ma première femme nue. Mes premiers gestes vers une fille, sans érotisme, mais avec cette pointe de douceur juvénile, que les enfants perdent à l’age de la puberté.

J’étais en train de dépasser mes limites, moi si timide, si effacé, si transparent.

Les derniers jours furent magiques, tendres.

Au moment du départ, sa mère venant la chercher, elle se jeta de nouveau sur moi, me faisant (c’est une habitude) tomber, m’embrassant partout sur les joues.

« C’est lui, lui mon Magnus, mon n’amoureux ».

On se donna nos adresses, se promettant de s’écrire.

Et comme souvent dans les premiers amours, si les premières lettres sont enthousiastes, le temps passant, on oublie, et finalement on ne donne et on n’a plus de nouvelles.

Qu’est elle devenue ?

Je ne m’inquiète pas pour elle, elle doit être restée cette femme intrépide et incroyable….

Je m’inquiète plutôt pour moi !

Toujours là, piégé, enfermé, emprisonné.

Pas de porte de sortie, pas d’issue de secours, pas de remède, pas d’échappatoire.

A l’aide !

Vous m’entendez ?

Bouddha, Krishna, les saints, les anges, les séraphins, Marie, Joseph, écoutez moi, je suis sur que vous lisez dans les pensées, y’a rien que vous pouvez faire ?

Je vous promets, je vous jure, de devenir quelqu’un d’exceptionnel, de prier, de faire CE QUE VOUS VOULEZ, si seulement vous me sortez de là….

Je vous en supplie !

Je veux juste avoir l’œil ouvert, seulement cligner des yeux et ainsi pouvoir être compris.

Ce n’est pas beaucoup de choses, je vous demande juste un petit geste….

Vous ne voulez pas, j’ai pigé ?

Qu’est ce que j’ai fais de mal ?

Dites le moi…pas assez prié, j’ai fauté, j’ai commis un sacrilège, un péché, une faute grave ?

Juste un signe, pas besoin de mots, faites moi revivre ce que j’ai fais et qui vous a déplu….

….

Non ? Le silence, c’est votre dernier mot ?

Bah vous savez quoi ?

Encullllllééééééééééééééééééé !!!!!

Dieu, si vous existez, je vous emmerde, je vous chie dessus, me laisser comme une momie, sans raison, sans but, sans avenir, sans espoir, vous ne valez vraiment rien pour me faire vivre un tel isolement. Même la prison, je m’en serai contenté, au moins on peut s’y activer, s’occuper l’esprit un minimum.

Vivre ce que je vis, c’est inhumain ! C’est le diable qui me fait connaître l’enfer, cette noirceur sans limite, sans frontière, sans goût, sans rien, vide, le néant.

Je ne suis plus rien.

Vide.

J’ai mal.

Non, je suis plein de cette souffrance. Je ne peux pas la retenir. Elle m’oblige à gueuler, à l’évacuer.

« Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhhhhhhhh !!!! »

Ce cri, je l’ai poussé tellement souvent par le passé.

D’abord à ma naissance.

Puis quand j’ai connu mon père inconnu.

Quand je posais la question « qui est mon père ? », ma mère, ma grand-mère, et ma sœur me répondait invariablement « ton père est mort ».

Pas plus de précision.

Je n’ai pas posé plus de questions, me contentant de cette réponse parcellaire.

Jusqu’à l’entrée en CP.

Il fallait faire remplir pour le lendemain de la rentrée des classes la fameuse fiche de renseignement pour le professeur. Comme toutes les fiches, elle comportait deux colonnes, l’une pour la mère, l’autre pour le père.

A « mère », tout fut rempli. A « père », toutes les informations restèrent vides.

Le matin où tout le monde ramena sa fiche, tout le monde comparait les réponses. « Comment elle s’appelle ta mère ? Quel age elle a ? T’as combien de frères ? », Etc.

Pas besoin de savoir lire pour voir que l’une de mes deux colonnes ne comportait aucune réponse. J’attirais donc la curiosité des autres, qui me harcelèrent de questions pourtant légitimes.

« Mais s’il est mort, y’a au moins une tombe !

  • Euh…sûrement….

  • Et puis y’a bien une photo, ou au moins un nom, un prénom, ma grand-mère est morte, je connais son prénom, je sais à quoi elle ressemblait. »

Ces questions ont eu le mérite d’éveiller ma logique. Ils avaient raison, il avait un prénom, une vie, un physique, tant pis s’il était mort, j’aurai mes réponses.

Ce fut à mon tour d’assaillir ma mère de questions.

Et qu’a-t-elle répondu ?

« Ton père, en fait, il est vivant...

  • Quoi ? Mais...

  • Je t’ai menti, en réalité il est vivant, il s’appelle Maximilien.

  • Pourquoi tu m’as menti ? Pourquoi il ne veut pas me rencontrer ? Je…

  • Ca arrivera bientôt, je te le promets.

Entre temps, elle l’a appelé, et il n’a pas voulu me rencontrer. Je n’en ai rien su de cet appel.

Le lendemain soir, elle me prit encore au dépourvu. Elle me raconta qu’il était bel et bien mort, que ma sœur n’était pas ma sœur mais ma demi-sœur, mais que cela ne faisait aucune différence, car nous avions simplement un père diffèrent. Elle m’expliqua que mon père et elle étaient collègues, et que quand elle est tombée enceinte, elle est partie, et il est mort d’un accident de voiture.

Quel chamboulement dans le cœur d’un enfant ! Je n’y comprenais plus rien, mon père mort ressuscitait, pour mourir de nouveau. Quelle histoire de mort-vivant, je ne savais plus que croire ! Mort, vraiment ? Ou alors en vie, qui ne voulait pas me voir ? J’ai douté pour la première fois de ma mère, elle qui ne mentait jamais, était un modèle d’honnêteté et de tact, elle venait de révéler son coté maladroit.

Tombée de son piédestal ? La suite devait en prouver la véracité.

Quelques jours après, le téléphone sonna.

C’est, hélas, oh grand hélas, moi qui répondit.

Il devait s’attendre à tomber sur ma mère, pour s’excuser, et proposer de me voir, mais il tomba sur moi, directement.

Aussi gaffeur et maladroit que ma mère, décidemment.

Transcription :

« Allo ?

  • Bon...bonjour...C’est toi Magnus ?

  • Ou...oui...pourquoi ? Qui êtes vous ?

  • Je suis ton père.

  • Heuuuu...Quoi ? Mon père il est mort, alors je sais pas ce que vous voulez, mais mon père il est dans une tombe je sais pas dans quel endroit, j’ai même pas de photo de lui, alors si ça vous amuse, pas moi, AU REVOIR ! »

Et j’ai raccroché.

Avec l’impression d’avoir parlé à un mort-vivant, d’être brisé, cassé en mille morceaux. J’étais déstabilisé, anéanti, je ne comprenait plus rien de rien, qui mentait, qui disait la vérité, qui était ce monsieur, qui était mon père ?

Je sortis dans la cour, et je poussais un grand cri.

« Aaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh !!!! »

Comme les effets de la dernière dose qu’ils m’ont injecté ne semblent pas encore se dissiper, j’en profite, chère conscience, pour continuer à te livrer mes pensées.

Je ne sais pas pourquoi je te dis tout cela. Me trouves tu impudique ? Je veux peut être que toutes ces pensées servent à quelqu’un, si seulement une personne dans l’univers peut entendre mes pensées et pourquoi pas pratiquer la télépathie.

Toi, interlocuteur que je ne connais pas, si tu lis mes pensées ici présentes, je ne sais pas ce que tu en penses, j’espère que je ne t’ennuie pas.

Car moi, je m’emmerde.

Tout juste bon à me remémorer mon passé.

Ca en valait la peine, dix-sept ans de bonheurs et de peines, pour finir cloué sur un lit, sans autre possibilité à faire que penser. Comment font les gens dans le coma ? Ils ont probablement encore moins de chance que moi, car eux ne font que dormir, ne sont pas conscients de ce qui leur arrive ou de leur environnement.

Et encore, n’est ce pas meilleur que ma situation, de passer son temps à rêver ?

Moi, il y a longtemps que je ne rêve plus.

Car quand la réalité est là…

Le rêve s’est arrêté avec la réalité, si froide et si dure.

Ma mère est revenue à la maison, je lui ai expliqué complètement paniqué l’appel que j’avais reçu.

Elle, ma sœur, et ma grand-mère, ont taché de me rassurer.

Elles m’ont encore donné des explications tarabiscotées, du genre « ce n’était peut être qu’un plaisantin » ma mère a donné un coup de fil à mon père, histoire de savoir le fin mot de l’histoire.

Il lui a dit qu’il voulait me voir, et s’est montré surpris qu’elle l’ait fait passer pour mort, il n’espérait pas qu’elle me dise la vérité, mais au moins un moins énorme mensonge.

J’imagine son choc, apprendre qu’il était aux yeux de son fils un homme mort.

La vérité ?

Je ne l’ai su que bien plus tard, de la bouche de ma mamie.

Voici l’histoire d’amour de mes parents.

Enfin, amour...

Ils étaient collègues.

Elle : Eléonore, 30 ans, devenue fonctionnaire comme guide à la Conciergerie de Paris. Une grande brune au regard énigmatique.

Lui : Maximilien, 30 ans aussi, devenu fonctionnaire 3 ans avant elle. Un grand homme au visage fade, que je décrirai comme le sosie presque parfait de Philippe de Villiers.

Qu’est ce qui a réuni ces deux personnes ? L’amour de l’histoire, probablement, il est un fana d’histoire, et plus particulièrement de la révolution française. C’est sa religion.

Maximilien Robespierre est son Dieu. Il tient de lui son prénom. Son propre père est un franc-maçon, un des plus importants de la France, il a déjà écrit un livre sur le sujet, et conçoit une fascination pour ce personnage tout droit issu d’une loge maçonnique. Il a transmis à la perfection l’amour de cette période et du personnage, de la haine de la royauté, de la beauté de l’Etre Suprême. Mon père est il maçon également ? Comme cette chose ne se dit pas, surtout à un non initié, je n’en sais rien. Ses ex portent toutes des noms révolutionnaires, de Charlotte à Marie-Antoinette, toute sa vie tourne autour de ces quatre années d’histoire. Chez lui, les portraits de Robespierre et autres bustes l’emportent sur ceux de Danton, Marat, saint-Just.

Qui a dit que le fils était devenu plus névrosé que le père ?

A-t-elle été fascinée par cet homme qui se prendrait volontiers pour la réincarnation du regretté dictateur, n’ayant pas hésité à envoyer des milliers de gens à la guillotine sur la base de rumeurs ?

Je ne sais pas ce qui l’a attiré en lui. Alors je ne peux que fondre des hypothèses.

Promiscuité du boulot, dialogues intellectuels, passions communes parfois, tout ces facteurs ont du jouer.

Ma demi-sœur, elle, a tout fait pour que leur relation cesse.

En débutant par casser l’argenterie d’époque révolution française quand ils sont allés la présenter à sa mère (beaucoup moins allumée), puis par les empêcher de dormir ensemble (elle avait dix ans, était donc au fait du sujet), faisant scandale sur scandale, crise sur crise, demandant à ma mère de ne plus sortir avec lui, de ne surtout pas l’épouser.

Mais aveuglée par l’amour, elle ne l’écoutait pas.

Et malgré ma sœur, ils ont quand même réussi, heureusement pour moi, à me concevoir.

Tombée enceinte, elle s’est trouvée dans un dilemme.

A cette époque, les fonctionnaires n’avaient pas le droit de fricotter ensemble, tout manquement signifiait le renvoi des deux personnes. Et sa grossesse et leur amour ne risqueraient pas moins que se faire voir, faire douter les autres tôt ou tard.

Elle a donc dit à mon père qu’elle allait demander sa mutation, changer de monument, pour éviter ce risque, et donc d’élever leur enfant sereinement.

Il l’a refusé.

Non, pas la mutation !

Il a demandé à ce qu’elle avorte. C’étaient les débuts de l’avortement légal, il n’y avait plus de mal à le pratiquer.

« C’est lui ou moi ! »

Chantage classique des mecs, mais normal de son point de vue, Robespierre, déjà, n’a probablement jamais connu de femmes, est certainement mort vierge, donc à fortiori n’a jamais eu d’enfant. Dans son entreprise de mimétisme, rien ne collait. J’étais l’erreur inacceptable.

Encore une fois, heureusement pour moi, le plus chanceux de tous les fœtus, elle m’a choisi MOI, et elle a ouvert les yeux, et a écouté ma demi-sœur, Estelle, qui elle le voyait tel qu’il était, et l’a envoyé se faire foutre.

De plus, elle l’a envoyé chier, mais a demandé sa mutation. Puisqu’il disait être incapable de s’occuper d’un enfant, elle l’élèverait entre femmes.

Effrayé par la possibilité de s’occuper d’un bébé, il a accepté, elle est partie, et ne lui a jamais donné de nouvelle, et lui non plus, d’ailleurs.

Jusqu’à ce jour, à mes sept ans.

Dix ans plus tard, je dois ma vie à ce refus, mais comment profiter de la vie dans mon état actuel ?

Tu parles, elle aurait mieux fait de se faire avorter.

Tiens, il y a de l’agitation dans l’air, autour de moi.

OH !

On me soulève !

On me porte !

Je suis mis sur ce qui semble être une chaise roulante.

Ou m’emmène t’on ?

Je suis toujours aussi groggy, KO, mais j’entends plus distinctement ce qui se dit.

On m’emmène dans une salle, me colle les yeux contre deux grands appareils que je sens au toucher, et enfin, une voix se fait entendre.

« OUVRE LES YEUX ! »

Comme si mes paupières pesaient des tonnes, je lutte, mais j’y parviens, j’ouvre enfin les yeux...

Pour ne RIEN voir.

Sinon une soupe, de couleurs et de lumière, comme si l’intérieur de mes yeux avaient explosé, et que je ne voyais que tout sous forme de soupe, comme regarder une déchetterie, on en distingue rien de particulier, tout est éparpillé, impossible à définir, c’est du n’importe quoi.

Je ne vois rien, sinon cette « soupe », j’entends les médecins se décrire mes déchirures à l’intérieur des yeux, j’entends l’un en train de faire un dessin, de mes yeux j’en suis certain.

Décollement de la rétine, déchirement de ceci, d&calage de cela, je ne me rappelle plus la longue liste de tout ce qui était cassé dans mes yeux.

Et je l’entends.

Ma mère est là, elle leur pose des questions.

« Comment est ce que c’est arrivé ?

  • Normalement, de telles choses ne proviennent qu’à la vieillesse, après 75 ans, et à la suite d’un énorme traumatisme. Un cas comme celui-ci est très rare, il combine les facteurs de... »

J’ai du mal à assimiler la suite, cela doit faire tellement longtemps que je n’ai rien entendu, j’ai comme du mal à exercer cette capacité naturelle.

Combien de temps s’est écoulé depuis que je suis à l’hôpital ? Quelques jours, une semaine ? Le temps me semble tellement étiré, dans mon état, je n’ai plus conscience du temps réel.

Avant qu’ils me ramènent dans ma chambre, j’entends la sentence finale, terrible.

« NORMALEMENT, UN TEL ACCIDENT DEVRAIT ETRE OPERE SINON LE JOUR MEME, AU PIRE LE LENDEMAIN, MAIS FAUTE DE PLACE ET DE CHIRURGIENS DISPONIBLES (NOUS NE SOMMES QUE 3 A POUVOIR L’OPERER), LA SEULE DATE DISPONIBLE EST DANS 3 SEMAINES. »

3 semaines pour un truc qui devrait être opéré en urgence ?

Connard ! Fils de pute ! Si je pouvais, je t’arracherai tes propres yeux de mes mains, et là il n’y aura pas de date disponible pour te les remettre ! Qui me soignera des séquelles, qui j’en suis persuadé ne tarderont pas, vu le temps d’attente ?

J’emmerde la médecine.

Je suis une victime désignée du manque de chirurgien qualifié dans les hôpitaux, des 35 heures, des congés, du manque de place disponible vu le nombre de gens à opérer, je suis sur liste d’attente, urgence ou pas, il y a d’autres urgents à opérer avant moi. Et la vue, ce n’est pas urgent ?

Bien sur, je suis égoïste, il doit y avoir beaucoup de petits vieux et de petites vieilles qui attendent depuis un temps identique une opération tout aussi urgente, si ce n’est plus.

Mais bon, ça m’énerve !

Qu’ai-je fais pour mériter pareil traitement ?

Oui, qu’ai-je fais...

Pour supporter pareil papa.

Les choses se sont arrangées, et un rendez-vous a été organisé, pour que je voie enfin mon père.

Comme tous les enfants, j’ai tenté de me rassurer jusqu’à l’échéance, en me disant qu’il n’était peut-être pas aussi nul, et qu’il rattraperait la temps perdu.

La veille de ce dimanche, jour J qui se faisait attendre, j’ai enchaîné sur la vision de « Un nouvel espoir » et « L’empire contre-attaque », les deux premiers volets de Star Wars.

Je suis tombé sur la fameuse scène, culte, de la trilogie, quand Dark Vador annonce à Luke qu’il est son père, ce dernier se lamente, et préfère se jeter dans le vide au lieu de rejoindre le coté obscur.

Quand il a assené la fameuse phrase, j’ai tremblé, c’était au mot près identique à ce coup de téléphone qui m’a marqué.

J’ai compris le signe, que je serai déçu.

Je n’ai pas été déçu.

J’ai été ENORMEMENT déçu.

Ma mère me dit « Il arrive ! »

A ce moment là, je souris encore, je suis encore le petit enfant innocent et pur.

Ce sourire s’est vite effacé.

Je l’ai vu arriver, et si j’avais pu décrocher la mâchoire par terre d’hébétude, de dépit, de désarroi, de déception.

Il n’était pas du tout comme je l’avais imaginé.

Un homme guindé, coincé, dans son costume usé, cheveux gras, peau grêlée par les cicatrices d’acné juvénile.

Vous voyez De Villiers, sa manière de se tenir, de parler, de regarder, d’agir ? Tout ce que je déteste, et c’est exactement ce que je trouvais chez lui.

Quelle horreur !

Quel...moche ? J’avais honte de le réaliser, mais oui, je le trouvais moche, laid, hideux. J’étais dépité, j’avais « mon » Dark Vador en face, certes il n’avait pas de masque, mais son visage, j’aurai vraiment préféré qu’il en porte un, pour cacher son maintien si gauche, ses gestes si maladroits, sa voix si insupportable. Rien pour lui « sauver la face ».

Je compris alors ma mère, pourquoi elle l’avait quitté, mais ce que je ne comprenais pas, c’est comment ils avaient pu s’aimer.

Son cadeau de bienvenue ?

J’avais sept ans, faites le calcul, nous étions donc en 1989, soit ni plus ni moins que le bicentenaire de la révolution française, de l’évènement le plus important de mon père ! Je ne pouvais pas le rencontrer à un pire moment, je l’aurai connu un an plus tard, je n’aurai pas tant souffert, c’est une évidence.

Que m’a-t-il offert, comme cadeau de bienvenue ? Un cadeau adapté à un enfant de sept ans ? Non, mesdames et messieurs, un livre d’Alain Decaux, « La révolution française racontée aux enfants ». J’en avais strictement rien à faire à mon age de cette période de l’histoire, mais comme ces choses avaient l’air de l’intéresser, le passionner, je l’ai écouté.

Croyez vous qu’il m’a parlé de lui, de sa famille ? Non, pas du tout, durant un après-midi interminable, il n’a fait que de me parler de Louis XVI, de Mirabeau, de guerre franco prussienne, de terreur, de Bastille, etc.

J’avais seulement sept ans, je ne pouvais pas lui dire « ta gueule ! », je ne pouvais pas lui dire « j’en ai rien à foutre ! », mais si j’avais pu, je n’aurai pas hésité.

Il a fini par enfin partir, me laissant avec mes désillusions.

« Mon père est une baltringue », voilà en mot d’adulte ce que je pensais, et donc par analogie, je devenais, puisque son fils, moi-même une baltringue.

Cette malheureuse rencontre aura des répercussions pendant des années. Un après-midi de rien du tout qui m’a pourri la vie.

Je n’aurai jamais voulu le rencontrer, je n’ai pas peur de le dire. J’aurai pu développer un manque, mais mieux vaut l’inconnu et ses mystères que la réalité et la désillusion.

Il n’a jamais compris l’importance de cet instant. Jamais, cet idiot, ce gauche, ce stupide, ce débile, ce Mister Bean, le roi des gaffeurs, le prince des Gastons, héros de la BD mais en plus vieux, et même pas drôle, mais pathétique.

J’avais été élevé par trois femmes, dans un monde de femmes, toutes les trois différentes car de générations opposées mais complémentaires. L’une était assez froide et droite (mamie), l’autre assez cool et zen (maman), la dernière un mélange des deux, n’ayant pas eu de père, elle a eu « la grand-mère comme figure paternelle » (sœur Estelle).

J’étais très heureux de ce monde de femmes, j’en ai acquis une sensibilité très féminine, je ne serais pas qui je suis si je n’avais pas été élevé de cette façon. Je les en remercie.

Il est venu tout gâcher. J’ai cherché une image paternelle pour contrebalancer le monde féminin dans lequel je baignais. Quel père aurai je du rencontrer ?

Tout simplement un homme, un vrai. Avec de la testostérone, de l’assurance, de l’autorité, un pilier sur qui on peut se reposer. Pas un Rambo ni un Rocky, mais quelqu’un qui se démerde, est sur de lui, quelqu’un qui peut assurer un avenir à sa famille et la défendre.

Tout le contraire de mon père !

Il était bien loin de l’homme en général, à croire que Robespierre avait emprunté une machine à voyager dans le temps, se retrouvant complètement décalé dans notre époque. C’est exactement lui. Ne lui parlez surtout pas de choses de notre temps, ils vous parlera Mozart, Beethoven, La Callas, Piaf, Brel, par rapport à son enfance, et enfin et surtout de la révolution, de ce blocage dans sa tête de 1789 à 1794, à croire que le temps et l’espace se sont figés ensuite.

N’essayez pas de le faire changer, il ne comprend rien au monde d’aujourd’hui, pour lui la France reste un pays d’ignares pour avoir osé, o sacrilège, faire guillotiner son Dieu Robespierre.

Je me disais que cette manie lui perdrait, qu’une fois passé 1989, la plus grande année de sa vie, il allait se calmer.

Que nenni, sacrilège, mensonge, tromperie !

Je me suis tapé les reportages télé, le défilé grandiose, les visites en long et en large des lieux révolutionnaires comme la Conciergerie, le Louvre, Versailles, l’exposition temporaire à la Concorde, porter la cocarde d’époque avec le fameux bonnet phrygien. J’ai encore les photos, quelle honte quand je me vois, d’ailleurs sur l’une d’elles, ont voit que j’ai les yeux larmoyants. Que n’ai-je enduré cette année ! Livres, expositions, monuments, concerts, je ne pensais plus qu’au 31 décembre, que cette année se termine et qu’on passe enfin à autre chose.

Mais non, je fantasmais.

C’était loin d’être fini.

Comme est loin d’être fini cette période de prison intérieure.

Ca fait combien d’années, trois semaines, en temps intérieur, étiré, et beaucoup plus long ?

Une éternité !

Oh lala ! Trois semaines à penser, c’est trop long.

Il faut que je fasse quelque chose.

Il doit SE PASSER QUELQUE CHOSE !

J’attends.

...

Bon alors je résume.

Je suis dans le noir.

Je ne vois rien, je n’entends rien, je ne sens rien.

Cet espace noir n’a aucune limite.

Illimité, infini, ce noir est rien, mais en ce sens, il est tout. Le noir que je vois n’est rien, mais il est tout ce que je vois. Le noir est illimité, infini.

Et là, les associations d’idées sont arrivés, rapides comme l’éclair.

Dieu est infini, illimité. Le noir autour de moi est infini, illimité. Donc Dieu est ce noir, donc je vois Dieu.

JE LE VOIS, MAIS JE SUIS AUSSI DEDANS !

Comme si une porte s’était ouverte, une immense vibration a emplit mon corps, et j’ai fais comme une plongée intérieure.

Les gens dans le coma racontent après s’être réveillés avoir ouvert la « boite noire », toutes leurs pensées inconscientes.

C’est plus ou moins se qui s’est passé. C’était comme si je tombais dans un puits sans fond, un noir terrible, effrayant, constitué de toutes mes pensées négatives, inconscientes, refoulés, secrètes.

Je me vis en train de frapper mon père, à sept ans. Je me vis le tuer. Je me sentis dire à ma mère que je la détestais pour m’avoir menti, que je ne l’avais jamais oublié, qu’elle n’aurait pas du jouer avec mes sentiments. Je me vis engueuler mon ex, lui dire tout le mal qu’elle méritait d’entendre pour m’avoir trompé et menti elle aussi. J’évacuais toute ma rage, ma haine, ma négativité, ce puits semblait ne pas avoir de fin.

Plongeais je en enfer ?

L’enfer des non-dits, des actes manqués, des lapsus, de la violence contenue, des fantasmes, des frustrations, de la violence, de la noirceur, le coté obscur de moi-même, vu enfin au grand jour, et plus seulement dans des cauchemars.

Je me voyais enfin totalement, tel que j’étais...

Non, je n’étais pas que tous ces aspects !

Il y avait aussi du bien en moi, je devais chasser cette boite noire, l’éclairer de ma propre lumière, et donc la faire disparaître ou la repousser le plus loin possible.

Et j’ai entendu, comme un « son sans son », une « voix sans voix », comme si quelqu’un avait parlé dans mon cœur et dans mon âme, qui l’entendaient sans que l’oreille ne le décrypte. Comme si je recevais le message électrique en forme brute et que je le comprenais, sans avoir besoin de mettre un bruit dessus par l’intermédiaire des oreilles.

Cette voix sans voix, m’a « dis sans le dire », de manière intérieure, innée, télépathique, comme si je recevais un fax :

« Je suis là ! »
« Qui est là ? », ai-je pensé.
Et au fond de ce puits noir, horrible, je vis une lumière, mais sans la voir, encore une fois. Une lumière qui illuminais ma propre lumière intérieure.

Je me rapproche de cette lumière, que je dois mettre avec un grand l, c’était LA Lumière, qui éclairait sans éclairer, qui me réchauffais sans réchauffer.
« Je suis. »
« Qui es tu ? »
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