Voyage au centre de la Terre’’








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date de publication07.01.2017
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André Durand présente
‘’Voyage au centre de la Terre’’

(1864)
roman de Jules VERNE

pour lequel on trouve un résumé
puis successivement l’examen de :
l’intérêt de l’action (page 3)
l’intérêt littéraire (page 4)
l’intérêt documentaire (page 5)
l’intérêt psychologique (page 9)
l’intérêt philosophique (page 10)
la destinée de l’œuvre (page 10)

Bonne lecture !


À Hambourg, au numéro 19 de la Königstrasse, habite le professeur Otto Lidenbrock, géologue et minéralogiste, qui enseigne au Johannaeum. Amateur de vieux livres, il a acheté le manuscrit original d'une saga islandaise, ‘’Heimskringla’’, écrite par Snorri Sturluson au XIIe siècle. «Le 24 mai 1863, un dimanche», son neveu, Axel, qui l’aide dans ses travaux et aime en secret sa pupille, la douce Graüben, y découvre un parchemin codé, rédigé en caractères runiques par un alchimiste islandais du XVIe siècle. L’oncle et son neveu se passionnent pour ce cryptogramme, qu’ils finissent par déchiffrer : «Descends dans le cratère du Yocul de Sneffels que l'ombre du Scartaris vient caresser avant les calendes de juillet, voyageur audacieux, et tu parviendras au centre de la Terre. Ce que j'ai fait. Arne Saknussemm.» (chapitres I à IV).

Aussitôt, le professeur, qui est enthousiaste et impulsif, décide de partir dès le lendemain pour l’Islande, en emmenant avec lui son neveu, qui est beaucoup plus réticent : «Il n'y avait plus à en douter. Mon oncle venait d'employer son après-midi à se procurer une partie des objets nécessaires à son voyage...» Il met sur pied une expédition, personne ne doutant qu’elle sera couronnée par un succès : «Ce sera là un beau voyage», dit Graüben à Axel. (chapitres V à VIII). 

Le 2 juin, ils arrivent à Copenhague, et, le 4, partent pour Reykjavik où ils sont le 16. Ils traversent l'Islande jusqu'au Sneffels, voyant de nombreux épanchements volcaniques, une rivière d’eau chaude sortant sur un glacier. Mais ils traversent aussi les marécages de Gardar. Ils passent la nuit dans la maison d’un paysan. Ils rencontrent un lépreux, ce qui accentue I'attente angoissée d’Axel. (chapitres IX à XVI).

Ils prennent pour guide un chasseur d’eiders nommé Hans Bjelke, qui est aussi flegmatique que son nouveau maître est bouillant. Les trois hommes se rendent au pied du volcan Sneffels, et en font l’ascension, parvenant au sommet le 28 juin : «Le véritable voyage commençait» (chapitre XVII).

Ils descendent dans le cratère éteint où se présentent trois cheminées. Ils observent des laves issues de l'éruption de 1229. Le soleil apparaît pour la dernière fois, et permet de trouver le bon chemin car, selon les instructions du cryptogramme, la cheminée où se trouve le passage vers le centre de la Terre est effleurée par l’ombre portée d’un haut pic, le Scartaris, qui agit à la manière d'un cadran solaire, «avant les calendes de juillet», c’est-à-dire dans les derniers jours de juin. Le 1er juillet, ils s'engouffrent dans les entrailles du globe (chapitre XVIII).

Le voyage leur fait connaître d'émouvantes péripéties. Entre deux galeries qu’ils éclairent vaguement de leurs torches, ils font d’abord un mauvais choix et doivent revenir au point de jonction. À sept lieues (une lieue = quatre kilomètres) sous terre, à cinquante lieues du Sneffels, ils découvrent une vaste caverne. Ils souffrent de la soif. Le 9 juillet, à trente lieues sous terre, à environ deux cents lieues de l'Islande, alors qu'il ouvrait la marche, Axel se perd, se retrouve seul dans une grotte, ses tentatives pour revenir sur ses pas, pour retrouver son oncle et Hans s'avérant infructueuses. Dans sa précipitation, il fait une chute qui endommage sa lampe. L'obscurité totale vient alors s'ajouter à la solitude et à la peur de mourir de soif. Mais il débouche soudain, à sept lieues sous terre, sur une mer souterraine éclairée, et retrouve les autres. (chapitres XIX à XXVI).

Cette mer souterraine, qu’Axel appelle «Méditerranée» car elle est bien, en effet, au milieu des terres, mais qui reçoit le nom de «mer Lidenbrock», est éclairée par un phénomène électrique inconnu. Ils s’y engagent sur un radeau. Ils voient que, sur les rivages, prospèrent des herbes géantes des époques secondaires que paissent des monstres, mammouths, dinosaures, etc.. Progressant rapidement, ils sont, le 13 juillet, à cinquante lieues du Sneffels, «sous la pleine mer», le 15 juillet, à trois cent cinquante lieues : «Ainsi, dis-je en considérant la carte, la partie montagneuse de l'Écosse est au-dessus de nous, et, là, les monts Grampians élèvent à une prodigieuse hauteur leur cime couverte de neige.» (chapitres XXVII à XXXII).

Le jeudi 20 juillet, à deux cent soixante-dix lieues de la côte, soit environ à six cents lieues de l'Islande, sous la ville de Hambourg où Graüben attend son futur mari, ils atteignent un îlot qui est appelé «îlot Axel». Ils y assistent à la lutte mortelle entre deux animaux de l'ère secondaire,  un ichtyosaure et un plésiosaure. Ils y entrevoient le profil d’un homme fossile de l'époque quaternaire, et le professeur fait une docte conférence devant un Johanneum imaginaire. Ils font face à une tempête et à un naufrage (chapitres XXXIII à XXXVI).

Ils découvrent un ossuaire gigantesque, et leur apparaissent les restes d’un «berger antédiluvien». Mais, dans les taillis d’une forêt, ils voient un troupeau de mastodontes dont le pâtre géant est un singe ou un être humain ! (chapitres XXXVII à XXXIX).

Ils trouvent un poignard rouillé, des initiales gravées dans la roche qui montrent encore le chemin suivi par Saknüssemm. Mais il a été barré par un séisme ; ils minent I'obstacle, et I'explosion, attendue au large sur le radeau («Nous allons devenir le jouet des phénomènes de Ia terre.»), déclenche un cataclysme. Ils font une effroyable chute dans des abîmes tourbillonnants et mugissants, après laquelle l'eau élève le radeau dans un tunnel vertical, puis disparaît évaporée par la chaleur des matières éruptives qui la poussent : c'est au milieu des terrifiants phénomèmes d'une éruption que les explorateurs sont, le 29 juillet, expulsés par le cratère en pleine activité du Stromboli. Axel s’écrie : «Ah ! quel voyage ! quel merveilleux voyage ! Entrés par un volcan, nous étions sortis par un autre, et cet autre était situé à plus de douze cents lieues du Sneffels, de cet aride pays de l'Islande jeté aux confins du monde ! Les hasards de cette expédition nous avaient transportés au sein des plus harmonieuses contrées de la Terre. Nous avions abandonné la région des neiges éternelles pour celles de la verdure infinie, et laissé au-dessus de nos têtes le brouillard grisâtre des zones glacées pour revenir au ciel azuré de la Sicile !» (chapitres XL à XLIII).

Ils descendent en passant par des vignes gardées par un enfant gardien, sont reçus par des pêcheurs, partent pour Messine, puis pour Marseille et enfin Hambourg où ils arrivent le 9 août ! Pour le professeur Lidenbrock, c’est la consécration : «Mon oncle fut le plus heureux des savants [...], membre correspondant de toutes les sociétés scientifiques, géographiques et minéralogiques des cinq parties du monde.» (chapitre XLV).
Analyse

(la pagination est celle de l’édition du Livre de poche)
Intérêt de l’action
Toute la structure de ce roman d’aventures s'apparente à celle du conte. Nous retrouvons, en effet, la plupart des séquences fondamentales : équilibre initial, fracture, départ et quête du héros, rencontre de I'auxiliaire magique (Hans), épreuves, combat, victoire et retour du héros qui accède à un nouveau statut. Et cette fiction met en scène, un peu comme le conte, des désirs et des craintes enracinés dans la psyché.

Le roman est un bon exemple de la conciliation que tenta toujours Jules Verne entre volonté de réalisme et puissance extravagante de l'imagination. Son argument : explorer le centre de la Terre sur la foi d'un message codé, découvert par hasard, dont I'auteur serait un alchimiste du XVIe siècle, est en soi pure chimère.

Cependant, le voyage sous la Terre est précédé par un premier voyage qui consiste à se rendre en Islande, et plus exactement vers le cratère du Sneffels, point de départ prévu par le document d'Arne Saknussemm, et qui occupe 145 pages.

Le voyage dans les entrailles de la Terre, qui est l'essentiel du roman, est habillement dramatisé, ponctué d’aventures trépidantes, Jules Verne ayant le chic pour placer ses personnages dans des situations extrêmes, des ruptures de rythme étant ménagées pour soutenir la fascination du lecteur.

À partir de la découverte de la mer, le récit prend une orientation plus fantastique, puisqu’elle est éclairée par un phénomène électrique inconnu, qu’elle est surplombée d'un «ciel intérieur» («La voûte suspendue au-dessus de ma tête, le ciel, si I'on veut, semblait faite de grands nuages, vapeurs mobiles et changeantes, qui, par l'effet de la condensation, devaient, à de certains jours, se résoudre en pluies torrentielles.» «Je me souvins alors de cette théorie d'un capitaine anglais qui assimilait la Terre à une vaste sphère creuse, à I'intérieur de laquelle I'air se maintenait lumineux par suite de sa pression, tandis que deux astres, Pluton et Proserpine, y traçaient leurs mystérieuses orbites.»), qu’elle permet une succession de découvertes d’étonnants vestiges des temps passés, d’un monde parallèle, l'écriture démentant cependant ses propres audaces : «Nos sens ont été abusés, nos yeux n'ont pas vu ce qu'ils voyaient !» (page 320).

Alors que l'incertitude concernant l'aboutissement du voyage demeure, les derniers chapitres offrent la vision d'une véritable apocalypse, d'une lutte entre l'eau et le feu qui s'achève par une éruption volcanique dont les héros sortent indemnes mais entièrement dépouillés, cette «nudité» imposant une interprétation symbolique. Toute la prudence avec laquelle Jules Verne enfermait l'imaginaire dans le strict cadre du scientisme était donc abolie. L'irréalisme foncier de la situation (naviguer sur un raz de marée puis sur un fleuve de lave) élargit soudain le récit aux dimensions du mythe. Il faut remarquer que les volcans, ces cheminées naturelles reliant la surface de la Terre au magma bouillonnant dans ses entrailles, revinrent fréquernment dans ‘’Les voyages extraordinaires’’.

Mais le livre se clôt sur le bonheur bourgeois de la maison de la Königstrasse, ‘’Voyage au centre de la Terre’’ étant, comme beaucoup d’autres ‘’Voyages extraordinaires’’, un périple qui ramène les personnages à leur point de départ.
Dans les scènes d’épreuves qui se multiplient, est employée une technique du gros plan, avec recours au monologue intérieur, aux répétitions des repères temporels qui accentuent I'impression de ralentissement du temps, de coïncidence du temps de l'écriture et du temps de I'action. Au chapitre XXX, la pause descriptive sur «la vaste nappe d'eau» reconduit I'effet d'attente : «L'effet en était triste, souverainement mélancolique» (page 236). Il faut également souligner les procédés d'anticipation, comme si d'une certaine manière nommer faisait apparaître : «Peut-être rencontrerons-nous quelques-uns de ces sauriens que la science a su refaire...» (page 259), ce qui contribue à donner un caractère fatal au récit.
De la narration, faite a posteriori par Axel, qui est donc alors un narrateur qui en sait plus que le héros (bien qu'il soit ce héros), on passe parfois au journal de bord qui, «notes quotidiennes écrites pour ainsi dire sous la dictée des événements, afin de donner un récit plus exact» (page 256), lui confère une crédibilité tout à fait honnête, même si parfois la retranscription précise des lieux visités ainsi que des différentes observations correspondantes (dates, sites, situations, etc...) manque de cohérence et de réalisme par rapport à l'ensemble du texte. Ce double regard narratif préserve le caractère «scientifique» du récit.
Intérêt littéraire
Les mouvements de composition et les jeux narratifs prouvent un réel travail d'écriture, et le roman a une tenue littéraire remarquable.

Jules Verne s’est complu à l’emploi d’un vocabulaire scientifique, qui étala dans de longs développements, l’énumération étant un procédé qui lui était cher car il contribue à donner du poids et de la réalité à l’aventure. Il goûtait l’exotisme sonore des noms géologiques, zoologiques ou botaniques : «Lorsqu'on se trouve en présence des cristallisations rhomboédriques, des résines rétinasphaltes, des ghélénites, des fangasites, des molybdates de plomb, des tungstates de manganèse et titianites de zircone, il est permis à la langue la plus adroite de fourcher.» Il les associa à des hyperboles : «Des lycopodes hauts de cent pieds [...], monstrueuses plantes grasses», recourut à des néologismes pour évoquer ce nouveau monde : «nature terrestrielle» car «À des sensations nouvelles, il fallait des mots nouveaux» (page 238), utilisa des comparaisons et métaphores, qui reprennent des éléments des sciences de la terre (et de la vie, et plus particulièrement la vulcanologie) : «imagination volcanique».

Il donna indéniablement de la poésie à ses descriptions :

- la caverne maritime (page 233) en est un exemple avec les alliances de mots («murmure sonore»), la réactivation de métaphores lexicalisées (le jeu sur l'étymologie de «Méditerranée» [page 245]), les assonances et allitérations qui créent des rimes intérieures («rivages», «ondulations» ; «coquillages», «création»), voire la suspension du langage : le vide du texte a alors un effet de litote : «Les mots de la langue humaine ne peuvent suffire...» (page 237) ;

- la remontée de la cheminée du volcan, qui est une des grandes scènes de Jules Verne.

Son art du dialogue lui permit de rompre les descriptions tout en soulignant les effets poétiques ou dramatiques par des modalités de phrase (pages 242, 318, 331).
Intérêt documentaire
On peut considérer ‘’Voyage au centre de la Terre’’, ouvrage de pure fiction où des hypothèses scientifiques furent exploitées, qui est à la fois un parcours géographique (sous la Terre) et un parcours temporel (à travers les ères géologiques qu’elle a connues) comme un roman scientifique. À son habitude, Jules Verne procéda à un habile mélange d'aventures, de données scientifiques (qui crédibilisent le voyage et pour lesquelles il s’appuya sur une documentation relativement sérieuse) et d'extrapolations osées, car on peut noter les divergences entre les interprétations de l'époque et celles couramment admises aujourd'hui. Il se fit l'écho des diverses découvertes et querelles scientifiques de son temps, fidèle en cela à son désir d'instruire sans ennuyer.

On peut faire le relevé des divers sujets qu’il a touchés :
La cryptologie : On éprouvait à la fin du XIXe siècle un grand engouement pour ce qui était une science jeune, à laquelle Edgar Poe avait déjà sacrifié dans sa nouvelle ‘’Le scarabée d'or’’. Jules Verne, qui avait un goût prononcé pour les jeux, énigmes, logogriphes et autres cryptogrammes, auxquels il s'adonnait régulièrement comme passe-temps, choisit la nécessité du déchiffrement de runes pour pouvoir aller au centre de la Terre. Comme l'explique le professeur à Axel, les runes «étaient des caractères d'écriture usités autrefois en Islande, et, suivant la tradition, ils furent inventés par Odin lui-même !» ll ajoute : «Mais regarde donc, admire donc, impie, ces types qui sont sortis de I'imagination d'un dieu !» Ce manuscrit, rédigé dans la «langue d'Odin», se révèle être crypté, éveillant ainsi la curiosité du professeur Lidenbrock : «C'est ce que nous appelons un cryptogramme, disait-il, dans lequel le sens est caché sous des lettres brouillées à dessein, et qui convenablement disposées formeraient une phrase intelligible. Quand je pense qu'il y a là peut-être I'explication ou l'indication d'une grande découverte !» L'ancienneté et le cryptage du message dénotent bien son caractère ésotérique, d'autant plus qu'il est signé du nom d'un célèbre, bien qu'imaginaire, alchimiste du XVIe siècle : Arne Saknussemm ! L’invite de l'alchimiste semble inspirée de la célèbre formule «V.I.T.R.I.O.L.», chère aux alchimistes, qui est formée des initiales de la phrase latine : «Visita Interiorem Terrae Rectificando Invenies Operae Lapidem», à savoir : «Descends dans les entrailles de la Terre, en distillant tu trouveras la pierre de I'oeuvre.» Cette formule, résumant le processus du Grand Oeuvre alchimique et la recherche de la pierre philosophale, a également une dimension initiatique renvoyant à un travail de changement et de mutation intérieurs.
L'Islande choisie comme point de départ : Jules Verne n’avait évidemment jamais mis les pieds dans «cet aride pays de l'Islande jeté aux confins du monde», cette «région des neiges éternelles». Mais il se documenta et put donc tout de même, des pauses descriptives ponctuant la traversée de l'île jusqu'au Sneffels, décrire ce pays froid, son paysage lunaire, ses lichens : «Le paysage devenait profondément triste ; les dernières touffes d’herbes venaient mourir sous nos pieds. Pas un arbre, si ce n’est quelques bouquets de bouleaux nains semblables à des broussailles. Pas un animal, sinon quelques chevaux, de ceux que leur maître ne pouvait nourrir, et qui erraient sur les mornes plaines. Parfois un faucon planait dans les nuages gris et s’enfuyait à tire-d’aile vers les contrées du sud ; je me laissais aller à la mélancolie de cette nature sauvage, et mes souvenirs me ramenaient à mon pays natal.» Ce voyage est lent à cause des moyens de transport de l'époque. S’y manifeste la supériorité (bien vite agaçante pour nous) avec laquelle les habitants de la vieille Europe toisaient les autochtones des autres pays du monde ; en fait ces «indigènes» et leur progéniture, cette «guirlande d'anges insuffisamment débarbouillés», possédaient des homologues en France, en Angleterre et en Allemagne. Son introduction d’un lépreux, victime de «cette horrible affection de la lèpre assez commune en Islande ; elle n’est pas contagieuse, mais héréditaire ; aussi le mariage est-il interdit à ces misérables.» pourrait passer pour un élément fantastique, ce mot seul produisant un effet répulsif ; mais c’était une réelle affection cutanée, une sorte d’ulcération avec prurit et production d’écailles que le malade se plaisait à racler et détacher avec des plumes de faucon, qui aurait été due à l’usage immodéré du poisson, et d’un poisson corrompu.

Surtout, Jules Verne avait appris que, d'un point de vue géologique, l'île est l’une des parties émergées de la dorsale médio-atlantique de part et d'autre de laquelle les continents (Europe et Amérique) s'éloignent selon ce qu'on appelle la tectonique des plaques. Il fit faire à Axel un exposé relativement détaillé (et probable) de l'origine de l’île ; il pense que «la succession des phénomènes qui constituèrent l'Islande provenaient de l'action des feux intérieurs». (page 145) ; en effet, tirent leurs origines de cette dorsale (où des remontées de magma s'effectuent) les geysers et les volcans islandais. Il se pourrait donc que l’activité volcanique y ouvre l’accès à un monde souterrain, que la cheminée d’un volcan conduise au centre de la Terre. Le Sneffels est un volcan situé au nord-ouest de Reykjavik et éteint depuis 1219. Au passage, Jules Verne indique que la houille serait la source d’énergie de l’avenir pour les Islandais ; en fait, aujourd’hui, ils utilisent plutôt la géothermie.
La spéléologie, c’est-à-dire l’exploration des profondeurs de la Terre qui n’a lieu qu’après que ce soit déroulé le débat, qui était vif en cette deuxième moitié du XIXe siècle, sur la nature de l'intérieur de la planète (pages 47-51), à l’affrontement entre différentes théories. Pour certains géologues, la Terre contenait une boule de gaz incandescent sous pression (ce que défend Axel qui, de ce fait, croit l’entreprise impraticable), tandis que d'autres soupçonnaient déjà l'existence de plusieurs enveloppes renfermant des matériaux distincts (théorie de Davy et Poisson défendue par Lidenbrock qui pense qu'il existe peut-être des seuils, des discontinuités, permettant ainsi la réalisation de l'entreprise, et qui déclare à son neveu : «Ni toi ni personne ne sait d'une façon certaine ce qui se passe à l'intérieur du globe, attendu qu'on connaît à peine la douze-millième partie de son rayon ; c'est que la science est éminemment perfectible, et que chaque théorie est incessamment détruite par une théorie nouvelle»). Plus d'un siècle plus tard, on a peu de preuves supplémentaires à porter au crédit de l’analyse par Jules Verne de la constitution de la Terre, et l'essentiel de notre connaissance ne vient pas de forages, mais de l'étude des ondes sismiques engendrées par les secousses telluriques. Mais, à propos de la chaleur centrale, il ne montra guère de consistance, puisque, alors qu’à seize lieues (soixante-quatre kilomètres) sous terre, ses voyageurs auraient dû subir une chaleur de 1500° C., elle n’est pour eux que de 27,6° C. ! Et, évidemment, le titre du roman est une fausse annonce : le centre de la Terre n’est pas atteint, ne peut être atteint ! Toutefois, si la science physique et géologique de la fin du XIXe siècle ne permettait pas de préciser exactement la structure interne du globe, aujourd’hui encore elle n'est réellement connue que sur une quinzaine de kilomètres de profondeur, le reste n'étant qu'extrapolations et suppositions de la part des géologues et des géophysiciens, par des forages et l'étude de la propagation des ondes sismiques. Bien qu'ils fassent figure d'égratignures, comparés aux quatre mille kilomètres du rayon terrestre, les forages ont montré que la température s'élève avec la profondeur (elle peut atteindre quarante-neuf degrés Celsius, par exemple, dans certaines mines d'or) et fournit des indices concernant la nature de l'intérieur du globe. Or la théorie défendue par Lidenbrock présente l'avantage de rendre la descente possible, même à une profondeur relativement peu importante, ce que ne permet pas la théorie d'Axel. Jules Verne ne prit d'ailleurs pas de risques. Dans la conclusion, Axel continue à soutenir qu'il y a une chaleur centrale. De toute façon, ils ne sont pas parvenus au centre, et par un tour de passe-passe qui lui est coutumier, l’auteur fit dire à Axel : «Mais j'avoue que certaines circonstances encore mal définies peuvent modifier cette loi sous l'action de phénomènes naturels». Il est clair aujourd'hui que, pour comprendre l'intérieur du globe terrestre, il faut en fait concilier ces deux théories qui ne sont pas si contradictoires, ce qui est souvent le cas avec les innombrables théories que l’être humain a pu élaborer depuis longtemps et à propos de tout.

Le centre de la Terre que nous décrit Jules Verne étant creux, le professeur Lidenbrock, qui fait une collection de géodes, peut estimer que la Terre est en fait une énorme géode, et prétendre, avec beaucoup d'imagination, la ranger dans sa collection !

Selon la thèse de Lidenbrock, la présence de la mer qui reçoit son nom est tout à fait plausible, mais est très hasardée l’idée qu’elle est éclairée d’une «lumière spéciale», d'origine électrique, semblable à «une aurore boréale, un phénomène cosmique continu, qui rernplissait cette caverne capable de contenir un océan.».
Pour l’exploration sont utilisées des piles portatives de Ruhmkorff (page 96), un manomètre, une boussole, un chronomètre (avec la précision : «un chronomètre de Boissonnas jeune de Genève, parfaitement réglé au méridien de Hambourg») qui va permettre de mesurer le temps réel (celui qui s'écoule à la surface de la Terre, alors que les voyageurs sont situés à l'intérieur, sans aucune référence comme le soleil, la lune, les étoiles ou les autres moyens d'apprécier l'heure qu'il est.

Dans cette exploration du septième continent qui existe sous la terre, les voyageurs ne manquent pas de nommer les différents éléments des décors. Cette dénomination des faits d'ordre naturel couronne en quelque sorte la «vieille géographie» du milieu du XIXe siècle où la géographie physique était prépondérante. Apparaissent dans le roman : «le ruisseau Hansbach» (page 194) - «la mer Lidenbrock» (page 233), mer intérieure qui est tout à fait plausible - «le port Graüben» (page 253) - «l'îlot Axel» (page 281) - «le cap Saknussemm» (page 326). Les principaux protagonistes prêtent ainsi leur nom à des éléments naturels. Ce principe qui consiste à nommer, à baptiser des éléments naturels procède de la démarche géographique qui permet ainsi une meilleure appropriation et une possession intellectuelle de l'espace qui est totalement inconnu aux explorateurs. Cela leur permet alors d'exorciser une forme d'angoisse liée à l'incertitude de l'aboutissement du voyage. Il s'agit, encore une fois, de dominer l'espace.
La géologie et la minéralogie : Ce sont les deux sciences dont le professeur Lidenbrock est un spécialiste. Au début, il est indiqué : «Il était professeur au Johannaeum et faisait un cours de minéralogie». Sont alignés des noms de savants et scientifiques qu’il connaît : «MM.  Humphry Davy, de Humboldt, les capitaines Franklin et Sabine […] MM. Becquerel, Ebelmen, Brewster, Dumas, Milne-Edwards, Sainte-Claire-Deville», ce qui accrédite la fiction. Il aurait fait paraître en 1853 un "Traité de cristallographie transcendante” ; toute sa collection de minéraux fait l'objet d'une classification rigoureuse, caractéristique d'un esprit positiviste, classificateur : «À la cassure, à l'aspect, à la dureté, à la fusibilité, au son, à l'odeur, au goût d'un minéral quelconque, il le classait sans hésiter parmi les six cents espèces que la science compte aujourd'hui» - «Tous les échantillons du règne minéral s'y trouvaient étiquetés avec l'ordre le plus parfait, suivant les trois grandes divisions des minéraux inflammables, métalliques et lithoïdes». Et Axel, son neveu, mordit «avec appétit aux sciences géologiques ; j'avais du sang de minéralogiste dans les veines, et je ne m'ennuyais jamais en compagnie de mes précieux cailloux».

La thèse de Lidenbrock s’avèrant, le voyage fut possible, et Jules Verne put faire preuve d'une connaissance solide et précise du vocabulaire géologique et minéralogique, les descriptions qu'il donna des roches et des minéraux (pages 165, 169, 172, 175), ses énumérations de types de cristallisation étant tout à fait conformes à la réalité. Il fit énumérer parfaitement par Axel les époques géologiques qui se sont succédé sur Terre sur trois cent trente millions d'années, l’expédition géographique étant donc aussi un formidable moyen de voyager dans le temps. On part des plus récentes vers les plus anciennes, selon le principe même de la stratigraphie : «pliocène, miocène, éocène, crétacé, jurassique, triasique, pernien, carbonifère, dévonien, silurien, primitif» (le «pernien» est plus connu actuellement sous le nom de «permien» ; certaines époques géologiques ne sont pas mentionnées, comme le cambrien et l'ordovicien [correspondant a priori ici au «primitif» : ère primaire] ainsi que le paléocène et l'oligocène [respectivement situés de part et d'autre de l'éocène ; ère tertiaire] ; le quaternaire fait ici partie intégrante de l'ère tertiaire).
La paléontologie : Elle se manifeste par la découverte, à environ cent vingt kilomètres sous terre, de tout un univers souterrain qui est celui des époques préhistoriques et antédiluviennes, la paléontologie étant liée à la géologie.

D’abord, Axel constate : «Depuis la veille, la création avait fait un progrès évident. Au lieu des trilobites rudimentaires, j'apercevais des débris d'un ordre plus parfait ; entre autres, des poissons Ganoïdes et ces Sauropteris dans lesquels l'œil du paléontologiste a su découvrir les premières formes du reptile. Les mers dévoniennes étaient habitées par un grand nombre d'animaux de cette espèce, et elles les déposèrent par milliers sur les roches de nouvelle formation. Il devenait évident que nous remontions l'échelle de la vie animale dont l'homme occupe le sommet».

Puis il déclare : «Voilà toute la flore de la seconde époque du monde, de l'époque de transition». Effectivement, quelques pages plus loin, et à propos du combat de deux animaux d'abord difficilement identifiables, le professeur Lidenbrock reconnaît un «ichtyosaurus» et un «plesiosaurus», dinosaures typiques de l'ère secondaire, et plus particulièrement du jurassique.

L'arrivée dans l'ère tertiaire se fait trente pages plus loin. Encore une fois, c'est par la paléontologie qu’est établie la datation des terrains environnants, puisqu'Axel fait référence à des carapaces de glyptodons gisant sur le sol : «J'apercevais aussi d'énormes carapaces dont le diamètre dépassait souvent quinze pieds. Elles avaient appartenu à ces gigantesques glyptodons de la période pliocène dont la tortue moderne n'est plus qu'une petite réduction». La période pliocène est clairement mentionnée ici, et la datation est correcte puisque le glyptodon appartient réellement à la période pliocène-pléistocène, le pléistocène correspondant à la période la plus ancienne du quaternaire, celle des principales glaciations.

Enfin, Jules Verne fait voyager quelques moments ses héros en pleine ère quaternaire : «Voilà la mâchoire inférieure du mastodonte, disais-je ; voilà les molaires du dinotherium ; voilà un fémur qui ne peut avoir appartenu qu'au plus grand de ces animaux, au megatherium». Ces dinosaures sont effectivement typiques de ces ères géologiques :

- Le mastodonte est un mammifère fossile de la fin du tertiaire et du début du quaternaire, voisin de l'éléphant, mais muni de molaires mamelonnées et parfois de deux paires de défenses.

- Le dinotherium est un mammifère fossile ayant vécu au miocène en Europe. De la taille des éléphants, il possédait à la mâchoire inférieure deux défenses recourbées vers le sol.

- Le megatherium est un grand mammifère fossile des terrains tertiaires et quaternaires d'Amérique du Sud, qui atteignait 4,5 mètres de long.

Quelques pages plus loin, c'est aux origines de l'Homme que nous assistons. En effet, à la page 305, le professeur Lidenbrock découvre une tête humaine, au milieu d'une mer d'ossements de toutes sortes. Par la nature des terrains environnants, il peut ainsi confirmer la théorie de MM. Milne-Edwards et de Quatrefages selon laquelle les origines de l'Homme remontent au quaternaire : «L'authenticité d'un fossile humain de l'époque quaternaire semblait donc incontestablement démontrée et admise». D'ailleurs, page 312, ce même professeur ne déclare-t-il pas : «C'est là un homme fossile, et contemporain des mastodontes dont les ossements emplissent cet amphithéâtre».

Finalement, Axel nous prouve que leur voyage est bien de ce voyage dans le temps auquel il aspirait depuis longtemps : «Ce rêve où j'avais vu renaître tout ce monde des temps anté-historiques, des époques ternaire et quaternaire, se réalisait donc enfin !»
L’Italie choisie comme point d’arrivée : Outre ce voyage au centre de la Terre qui emmène les voyageurs dans les entrailles du globe, Jules Verne fait faire à ses héros un autre type de voyage dans le temps, en donnant comme point de départ de l'aventure l'Islande, qui est un pays froid, neuf, vierge, le Sneffels qui est un volcan éteint, et comme point d'arrivée le Stromboli, qui est un volcan en activité, l'Italie, qui est un pays chaud, ancien, habité, qui est le berceau même de la civilisation gréco-romaine qui se croyait, il y a deux millénaires, au centre du monde et au centre de la Terre, ce géocentrisme étant flagrant dans les cartes du temps qui plaçaient le domaine méditerranéen au centre du monde, tel que conçu et imaginé par les érudits de l'époque. On passe d’un lépreux  à un enfant gardien des vignes ; de lichens  à des raisins. Le choix du volcan n’est pas dû à une simple nécessité d’issue finale. Pour bon nombre de scientifiques, l'apparition de la vie sur Terre serait due à la combinaison des éruptions volcaniques, de l'eau, des météores (d'origine extra-terrestre).
‘’Voyage au centre de la Terre’’ fut pour Jules Verne une autre occasion de faire l'apologie de la science, de satisfaire l'intérêt croissant du public pour elle. Mais, s’il exposa les hypothèses formulées à son époque sur la constitution du globe, les ères géologiques, les animaux préhistoriques, il ne les présenta pas sèchement, mais les fit intervenir à leur heure, comme des aventures qui maintiennent le «suspense» du récit.


Intérêt psychologique
À une première lecture, les personnages, même si Jules Verne prit soin d'insérer des pauses descriptives pour les présenter, n’ont que des traits caricaturaux, paraissent proches de la marionnette, sans épaisseur psychologique réelle, figés dans deux ou trois comportements types qui ponctuent le récit comme certaines formules lexicalisées des contes. Pourtant, les figures des trois héros sont parmi les mieux campées d’entre ses personnages, psychologiquement cohérentes, s’équilibrant avec bonheur dans une opposition pleine de mesure et d’humour.
Hans, figure quasi muette et tutélaire qui résout toutes les difficultés matérielles sans cesser de veiller sur Axel, est évidemment le moins actualisé, Jules Verne le présentant comme libre de tout affect : «Dans ce monde sa philosophie ne pouvait être ni étonnée ni troublée
Lidenbrock est le type du savant original, qui vit uniquement sur le mode de la connaissance intellectuelle, avec tous les clichés que suppose cette imagerie, physiquement et psychiquement : «nez aimanté [...], enjambements mathématiques» (pages 5-7), bégaiement qui trahit son inaptitude au contact direct avec I'autre, irascibilité. Durant tout Ie voyage, son comportement ne se dément jamais : sa passion scientifique s'exprime par un entêtement que seule I'affection pour son neveu vient parfois corriger : «Il fallait de telles épreuves pour provoquer chez le professeur un pareil épanchement». Pourtant, il dissimule sous les apparences d'un rat de bibliothèque un formidable aventurier rompu à toutes les performances physiques et prêt à toutes les audaces. Il manifeste aussi, avec une hâte toujours plus accentuée, une volonté de résistance et de domination : «Je ne céderai pas, je ne reculerai pas d'une ligne, et nous verrons qui I'emportera, de I'homme ou de la nature...» (page 299).
Axel est le personnage le plus riche, le plus ambigu. Comme il est le narrateur a posteriori de l'histoire, nous le voyons tantôt vivre I'aventure dans l'effroi et I'inconscience, tantôt avoir un regard «mûri» par les épreuves. Mais, s'il voit, nul ne le voit ; il n'est jamais décrit. Cependant, on constate que ce voyage est pour lui l’occasion d’une métamorphose psychologique. Dans les premières pages du roman, il se décrit comme un être dominé : «Mon oncle ne laissait pas d'être riche [...]. La maison lui appartenait, contenant et contenu. Le contenu, c'était [...] moi» (page 7). Il n'est encore qu'un enfant qui tremble devant la figure idéale du père qu'incarne pour lui Lidenbrock : «Il n'y avait qu'à obéir. Je me précipitai dans son cabinet.» (page 9). La descente dans les profondeurs, les épreuves solitaire du labyrinthe et de la grotte, de la solitude, du noir et de la mort, sont la traversée de tout un conglomérat d'instincts, d'émotions, de processus intérieurs inexploités, inconscients. Il fait une douloureuse expérience du moi dans la grotte : «Enfin une dernière lueur trembla dans la lampe. Je la suivis, je l'aspirai du regard, je concentrai sur elle toute la puissance de mes yeux, comme sur la dernière sensation de lumière qu'il leur fût donné d'éprouver, et je demeurai plongé dans les ténèbres immenses. Quel cri terrible m'échappa ! Sur terre, au milieu des plus profondes nuits, la lumière n'abandonne jamais entièrement ses droits ! Elle est diffuse, elle est subtile, mais, si peu qu'il en reste, la rétine de l'oeil finit par la percevoir ! lci, rien. L'ombre absolue faisait de moi un aveugle dans toute I'acception du mot.» Mais Axel survit à cette mort initiatique ; il quitte la grotte pour déboucher dans la lumière : «D'abord, je ne vis rien. Mes yeux déshabitués de la lumière se fermèrent brusquement. Lorsque je pus les rouvrir,je demeurai encore plus stupéfait qu'émerveillé. La mer ! m'écriai-je. […] On concevra sans peine qu'après un emprisonnement de quarante-sept jours dans une étroite galerie, c'était une jouissance infinie que d'aspirer cette brise chargée d'humides émanations salines. Aussi n'eus-je point à me repentir d'avoir quitté ma grotte obscure.» Après la mort symbolique, il connaît la guérison et la renaissance à une nouvelle vie, le sacrement du baptême en se baignant nu (ce que confirma l'illustration de Riou dans l'édition Hetzel) dans les eaux de cette mer : «Le lendemain, je me réveillai complètement guéri. Je pensai qu'un bain me serait très salutaire, et j'allai me plonger pendant quelques minutes dans les eaux de cette Méditerranée.» (page 245) Le bain est comme la poussée instinctive vers I'individuation : en se dépouillant de ses vêtements, il quitte le personnage public qu'on joue et qui recouvre une vérité nue plus mouvante. On retrouve cette nudité dans I'expulsion finale qui est la dernière épreuve. Il réalise alors ce qui avait été annoncé dès le début du roman par Graüben : «’’Au retour, Axel, tu seras un homme, son égal, libre de parler, libre d’agir, libre enfln de...’’ La jeune fille rougissante n'acheva pas.» (page 59). Ce personnage falot a donc connu, dans le ventre de la Terre, une seconde naissance qui fera de lui un compagnon digne de Graüben.
Intérêt philosophique

Dans ‘’Voyage au centre de la Terre’’, à travers la volonté du professeur Lidenbrock, l'expédition peut se lire comme une tentative d'appropriation et de consommation du monde. Il se livre à une mise en coupe de la nature, à un effort de réduction de la diversité naturelle. Toutes ses valeurs, travail, savoir, énergie et esprit d'entreprise, sont celles de la bourgeoisie, de l’impérialisme et du colonialisme du XIXe siècle. On a remarqué qu’il y a colonisation systématique des lieux ou des éléments vierges par la nomination.

Mais ‘’Voyage au centre de la Terre’’ est surtout une quête initiatique, celle que vit Axel. Pour Simone Vierne, dans son essai sur Jules Verne, c'est bien «d'une descente initiatique aux Enfers» qu'il s'agit, sur les traces d'Énée et de Virgile : «Axel, après bien des héros légendaires doit affronter le monde souterrain pour acquérir son statut de héros. Le symbolisme, plus peut-être que dans d'autres romans, domine de loin les références pédagogiques.» L’historien des religions Mircea Eliade nota de son côté, dans ‘’Fragments d'un journal’’ : «Je lis Ie ‘’Voyage au centre de la Terre’’ de Jules Verne, et je suis fasciné par la hardiesse des symboles, la précision et la richesse des images. L’aventure est proprement initiatique et, comme dans toute aventure de cet ordre, on retrouve les égarements dans le labyrinthe, la descente du monde souterrain, le passage du feu, la rencontre avec les monstres, l'épreuve de la solitude absolue et des ténèbres, enfin I'ascension triomphante qui n'est autre que l'apothéose de l’initié.» Le roman peut en effet se lire comme le récit d'une quête initiatique conduisant au noyau profond de l'être humain et à sa transformation en une personnalité nouvelle. Le périple souterrain d’Axel dans l'«axe» de la Terre est semé d'épreuves toutes plus dangereuses les unes que les autres. Mais l’initiation, comme le signala Marcel Brion, dans une étude sur ‘’Le voyage initiatique’’, «s'accomplit comme le veut la tradition, dans la grotte qui symbolisait, pour toutes les sociétés de mystères, la matrice, le "sein de la mère", au creux duquel s'élabore et se prépare à la naissance "l'homme nouveau". Tel était également la signification du Labyrinthe où Thésée, vieil homme rajeuni par le sang du taureau, comme dans la religion de Mithra, tue le Minotaure et, une fois sorti du dédale souterrain, éclôt à une vie nouvelle. Le voyage vers le centre de la Terre, même si le centre n'est pas atteint, constitue une initiation complète.» Le passage par I'ombre, la séquestration dans les ténèbres d'une cellule ou d'une tombe, étape obligée de tout cheminement initiatique, contraint en effet le novice à vivre une mort symbolique dont il se relèvera affranchi de sa dépouille de «vieil homme» pour renaître à une existence nouvelle. La vaste mer souterraine mais lumineuse apparaît comme le symbole de cette totalité harmonieuse vers laquelle peut tendre chaque conscience. Le jeune homme nouvellement initié renaît à un monde nouveau, mais intérieur et symbolique. À la fin, les trois héros jaillissent du centre de la Terre comme des nouveau-nés expulsés de la matrice maternelle, preuve, s'il en fallait, de leur nouvelle naissance au monde après cette gestation initiatique dans le ventre de la Terre.
Mélange astucieux d'aventures et d'éléments scientifiques, ce roman, où se manifesta tout le génie du Jules Verne, est peut-être le plus réussi de la série des ‘’Voyages extraordinaires’’.
Destinée de l’œuvre
Une première version parut en novembre 1864.

En 1873 parut une traduction en allemand : ‘’Die Reise zum Mittelpunkt der Erde’’.

En 1877 parut une traduction en anglais : ‘’Journey into the interior of the Earth’’.
La richesse visuelle du roman a inspiré de nombreux créateurs tout au long du XXe siècle.

En 1959, une adaptation cinématographique fut réalisée par Henry Levin.

En 1976 sortit ‘’Viaje al centro de la Tierra’’, film espagnol de Juan Piquer Simón, sur un scénario de lui-même, John Melson et Carlos Puerto.

En 1978, fut publiée une bande dessinée, ‘’Voyage au centre de la Terre’’, avec un texte de Roudolph et des dessins de Renato Polese.

En 1999 fut produit un feuilleton télévisé en deux parties, ‘’Journey to the center of the Earth’’, réalisé par George Miller, le scénario étant très éloigné aussi bien du roman de Jules Verne que de l'adaptation, déjà libre, qui en avait été faite en 1959.

En 2003 fut proposé ‘’Voyage au centre de la Terre’’, un jeu vidéo développé par Frogwares.

En 2008 sortit un film américain, ‘’Journey to the center of the Earth’’, réalisé par Eric Brevig, avec Brendan Fraser, Josh Hutcherson, Anita Briem ; cette adaptation se distingua par son recours à la 3D, une technique rarement employée de nos jours : chaussé de lunettes spéciales, le spectacteur participe à l’aventure des trois héros, ce qui réjouit et effraie les plus jeunes car le film, sommaire dans son traitement des personnages, manque trop d’ampleur visuelle et d’imagination pour rivaliser avec la version de Henry Levin.

En 2009, fut publiée une autre bande dessinée, ‘’Voyage au centre de la Terre’’, avec un texte de Patrice Cartier et des dessins d’Édouard Riou.
André Durand

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