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La culture : transmission et construction collective.


par Jean-Paul Simonnet




Au-delà de leurs différences individuelles, les membres d’un groupe ou d’une société ont des façons de penser, des manières de se comporter, des types de réactions qui présentent des similitudes. Ils ont des traits communs qui n’appartiennent qu’aux membres du groupe et qui les distinguent de tous ceux qui sont extérieurs au groupe ou à la société.
Chaque collectivité humaine forme un tout singulier, à nul autre pareil.

  La culture n’est pas seulement un stock de caractéristiques que nous posséderions à la manière d’une chose, c’est aussi un instrument, un outil, par lequel nous attribuons du sens à la réalité qui nous entoure, aux événements qui nous arrivent, aux relations que nous établissons avec les autres.

  Cette construction permanente de significations est à la fois :

  • répétition, car elle procède par la reproduction des façons d’agir et d’être qui ont été apprises

  • renouvellement, car elle intègre sans cesse de nouveaux éléments qui s’ajoutent ou remplacent les acquisitions antérieures. La culture se perpétue et se transforme.

A). La culture : unité et diversité culturelle

1). Essai de définition

  Le sens courant :

  Dans le sens courant, le terme de culture peut avoir plusieurs significations, cette notion étant utilisée dans différents contextes.

  • La culture peut ainsi désigner des activités créatives, des « œuvres de l’esprit » (littérature, musique, peinture...) ou un niveau de connaissances intellectuelles. Un homme cultivé est celui qui a de la culture, des connaissances. On peut alors l’opposer aux personnes incultes ou remarquer que tous les individus ne sont pas cultivés de la même manière, ce qui introduit l’idée d’une certaine hiérarchie.
      Ce sens courant est considéré comme chargé d’ethnocentrisme [1] parce que justement il introduit cette idée de hiérarchie entre les individus et même entre les sociétés de ces individus.


  Au sens anthropologique (ou ethnologique) et sociologique :

  En 1871 Edward Burnett Tylor, anthropologue britannique (1832-1917), donne la définition suivante : la culture est « un ensemble complexe qui comprend les connaissances, les croyances, l’art, le droit, la morale, les coutumes et toutes les autres aptitudes et habitudes qu’acquiert l’homme en tant que membre d’une société ».

  Cette définition est bien différente de celle du sens courant :

  • elle couvre un domaine bien plus vaste que les seules connaissances et englobe quasiment toutes les activités créées par l’homme, les façons de s’exprimer, de penser (« autres aptitudes et habitudes »)

  • elle permet d’affirmer que tous les individus, tous les peuples ont une culture, qu’elle que soit la société dans laquelle ils vivent, même la plus « primitive ». Cette définition ne renvoie pas à l’idée de hiérarchie des cultures.

Selon Ralph Linton (1893-1953) : « Une culture est la configuration des comportements appris et de leurs résultats, dont les éléments composants sont partagés et transmis par les membres d’une société donnée. » (1945)

Ou encore, selon Gustave-Nicolas Fischer (psychosociologue contemporain, Université de Metz) : « L’ensemble des normes, des valeurs, des comportements qui traduisent le mode de vie d’un groupe et d’une société. » (1991)

Une autres manière de construire une définition de la culture consiste à énumérer des caractéristiques qui permettent de la distinguer en tant qu’objet d’étude.

Caractéristiques de la culture

Elles sont inscrites dans les définitions précédentes :



  • Globale : la culture englobe tous les éléments qui caractérisent la vie d’une société

  • Partagée : Adhésion des individus d’un groupe social à un ensemble de valeurs et de normes en réponse aux problèmes que lui pose son environnement

  • Transmissible : éléments acquis transmissibles d’une génération à l’autre permettant d’assurer la continuité d’une culture dans le temps

  • Evolutive : la culture n’est pas statique, afin de préserver son adaptation au monde qui l’entoure ; elle peut ajouter, modifier ou éliminer des éléments qui la composent

  La culture est acquise et non innée, la notion de culture s’oppose par conséquent à celle de nature. L’homme n’agit pas de façon instinctive, il a essentiellement des comportements acquis, s’adapte à son environnement en fonction de ses apprentissages, de sa culture. L’individu intériorise ces éléments de sorte que la culture devient inconsciente, il vit avec sans s’en rendre compte. Cependant, chaque société a sa propre culture et donne des réponses différentes, spécifiques à des situations variées.

  On peut illustrer ces caractéristiques à partir d’exemples de "diversité culturelle" entre différentes Sociétés :

  • Pour satisfaire le besoin de se nourrir, on peut, selon les cultures, manger avec les doigts, avec des baguettes ou des couverts, manger par terre, sur une natte ou sur une table, manger dans des assiettes individuelles ou dans un plat commun, à des heures régulières ou à n’importe quelle heure... Mais manger avec une fourchette ou des baguettes par exemple ne va pas de soi, n’est pas inné (on ne sait pas manger avec une fourchette en naissant), cela s’apprend lors du processus de socialisation. Et dans tous les cas les manières de faire sont acquises : là on ne mettra pas les coudes sur la table, ailleurs on ne mangera pas avec la main gauche... On peut aussi ajouter que la pratique de manger avec une fourchette n’a été rapportée et introduite dans la noblesse française qu’au 16eme siècle et son usage n’a sûrement été généralisé que bien plus tard. Aujourd’hui, la consommation française de sandwich est telle que se tient en 2003 le salon du sandwich : il se mange à toutes les sauces mais avec les mains... ce qui montre bien que la culture évolue dans le temps et l’espace.

  • L’idée que l’homme est un être de culture peut être illustrée aussi à travers la perception des couleurs qu’ont différentes sociétés et la signification associée aux couleurs. Certaines cultures africaines ne distinguent pas le rouge, le orange et le jaune nommées indistinctement « claires » ; d’autres ne distinguent pas le noir, le vert et le brun ; par contre, le blanc livide est distingué du très blanc... La couleur du deuil est le blanc dans de nombreuses cultures africaines, le rouge est la couleur du sang donc de la vie...

  • Dans chaque culture, les relations interpersonnelles sont organisées par des rituels d’interaction (usages, coutumes, codes de politesse...) qui structurent et facilitent les échanges. Ces rites, qui ne font le plus souvent l’objet que d’une codification implicite et qui sont profondément intériorisés, échappent à l’étranger ; celui-ci apparaîtra alors bizarre, gauche, désinvolte ou franchement impoli. Son comportement sera réinterprétré à partir d’un code qu’il ignore et qu’on le soupçonnera de violer intentionnellement.

  • Les codes conversationnels diffèrent aussi selon les cultures : les Français ont plutôt l’habitude, par exemple, lorsqu’ils traitent une affaire, de commencer l’échange par quelques propos banaux ou amicaux. Cette habitude irrite les Américains qui ont le réflexe inverse : d’abord parler "des affaires" pour ensuite discuter aimablement. De même, la gestion du silence dans la communication n’est pas du tout la même selon les civilisations : en Asie, on tolère très bien des temps de silence dans une discussion (signe de réflexion), alors que dans les civilisations occidentales, le silence est source de malaise, les interlocuteurs tentent de l’éviter.

  • En Corée, la timidité fait l’objet de valorisation sociale. Ainsi, les enfants et les adolescents doivent être timides pour témoigner de leurs bonnes manières. Au contraire, en France, la timidité est une faiblesse, voire un défaut, dont on cherche à se corriger car elle fait l’objet d’une certaine dévalorisation sociale. L’empreinte de la timidité reste forte chez les Coréens même lorsqu’ils prennent de l’âge et de l’autorité. L’affirmation ostentatoire de soi n’est jamais perçue comme un signe de qualité humaine même chez les dirigeants. Au contraire, un décideur français doit s’affirmer avec force et clarté pour donner une bonne image de lui-même.
    Lors d’un premier entretien, en particulier avec un étranger, les Coréens ont besoin d’un moment pour s’adapter à leur interlocuteur et surmonter leur propre timidité. Le Français, au contraire, aura à cœur de donner une image d’aisance, de sincérité et de force dès le premier instant du rendez-vous. On en déduit les difficultés et les déséquilibres d’une telle rencontre.


Une définition fonctionnelle

  La culture permet à l’individu de s’adapter à son environnement mais aussi d’adapter son milieu à ses propres projets et besoins. Elle est de ce point de vue, un "processus de socialisation"

On peut adopter la définition synthétique suivante : la culture en sociologie est définie comme l’ensemble des valeurs, normes, pratiques de la vie quotidienne acquises et partagées par un groupe de personnes.

Il existe donc différentes "aires culturelles" : la culture peut donc concerner une société globale (la culture de la société française par exemple) ou être celle d’un groupe social inclus dans la société globale (on retiendra alors la notion de sous-culture pour désigner la culture ouvrière ou la culture bourgeoise, la culture corse par exemple) ou encore être celle d’un ensemble plus vaste (la culture occidentale par exemple).

2). La conception de la culture a évolué

  Depuis la définition donnée par Tylor en 1871, la notion de culture a subi bien des transformations. On peut en retenir deux visions fort différentes : la conception du culturalisme [2] et des conceptions interactionnistes. [3]

  La "conception culturaliste" ou "culturalisme" regroupe des approches qui font de la culture une entité résistante au changement, autonome, qui ne dépend pas des autres cultures pour se définir. La culture représente ainsi l’ensemble des comportements partagés par les membres de la société.

  • L’anthropologue Ruth Benedict (1887-1948) présente dans les années 1930 l’idée que la culture véhicule des modèles de pensée et d’action des patterns of cultur qui forgent à la fois une vision du monde et un style de comportement particulier. La culture est ici présentée comme un patrimoine transmis de génération en génération, de sorte qu’on peut parler d’hérédité culturelle et aussi de déterminisme culturel.

  • Ralph Linton (1893-1953) introduit la notion de personnalité de base. Les culturalistes essaient de mettre en évidence la façon dont les institutions et les règles sociales agissent sur cette personnalité de base et comment les individus interprètent la culture de façon différente, au delà de cette personnalité déterminée.

  • Margaret Mead (1901-1978), observant les rapports entre les sexes dans trois sociétés traditionnelles d’Océanie dans les années 30, montre que les traits de caractère dits masculins ou féminins sont différents selon les ethnies. La personnalité dépend donc des rôles imposés aux hommes et aux femmes dans la société où ils vivent, donc des modèles culturels qui façonnent peu à peu les individus de sorte qu’adultes, ils se conforment à ces modèles (pattern) sans en être conscients.

  Les critiques du "culturalisme" : cependant, si l’on considère que la culture d’un pays est composée de sous-cultures, il faut admettre l’existence de plusieurs personnalités de base. L’une des insuffisances de cette approche culturaliste peut être l’insuffisante prise en compte des particularités régionales, ou encore des particularités des divers groupes sociaux présents dans cette nation. On a pu aussi lui reprocher le risque d’induire des stéréotypes.

  Les conceptions "interactionnistes" : à la culture résistante au changement s’oppose désormais l’idée que les cultures sont en remaniement constant, en fonction des circonstances et des interactions du moment.
  La culture ne se résume donc pas à un héritage, elle est plutôt perçue comme une ressource nécessaire à la fabrication de références collectives comme James Clifford et George Marcus s’efforcent de le montrer dans The Predicament of culture en 1988.
  La culture s’élabore chaque jour en fonction d’interactions diverses et apparaît donc comme un ensemble dynamique. Elle est le produit d’interactions individuelles et collectives. Les individus entretiennent des rapports sociaux, qui sont fréquemment des rapports de domination et ces rapports influent sur la culture, la font évoluer.

3). "Sous-culture" et "contre-culture"

A chaque société globale correspond un type de culture. Mais toute nation est multiculturelle, le problème politique est de savoir si la diversité culturelle, en termes de religion, de différences sociales, d’appartenance nationale, est susceptible d’être dépassé par le projet commun car la culture est une force d’homogénéisation. Mais elle est aussi une force de différenciation par les sous-cultures et d’opposition par les contre-cultures.

  On appelle "sous-culture" le système des modèles, rôles, sanctions, valeurs et symboles par lesquels se distingue, au sein d’une société globale, un groupe particulier présentant une identité collective propre. Par rapport à la culture de la société globale, la sous-culture d’un tel groupe manifeste sa capacité de résistance à l’intégration ; par rapport aux membres de ce groupe, elle manifeste sa puissance intégrative. Ses expressions de variance ou de déviance par rapport aux normes et codes de la culture "dominante" traduisent les facteurs d’inégalité et de conflits qui structurent l’ordre hiérarchique de la société globale. La persistance ou le regain des sous-cultures d’identité régionale comme le Pays-Basque ou la Corse, longtemps "étouffées" dans le processus historique de construction de l’identité nationale française, illustrent ce phénomène. Il existe aussi des sous-cultures de classe sociale (ouvrière, bourgeoise), des sous-cultures de classe d’âge (adolescente, senior...) ou des sous-cultures religieuses (protestante, juive...).

  Lorsque le contenu de la sous-culture s’oppose à la culture dans laquelle elle s’insère, on parle alors de "contre-culture":

  Quand un groupe social intègre ses membres par la seule sous-culture, celle-ci tend à devenir une contre-culture, rejetant la culture de la société englobante et se définissant parfois en inversant celle-ci. Les contre-cultures n’en jouent pas moins un rôle dans l’évolution de la culture dominante et dans le changement social : tel élément contre-culturel aujourd’hui se diffusera et deviendra un élément de la culture globale d’un groupe social ou d’une société.

  Une sous-culture peut donc s’ériger en contre-culture lorsque ses éléments de différenciation ou d’opposition par rapport à la culture dominante l’emportent sur ses éléments d’intégration à celle-ci.

Rupture et retour aux traditions ou nouveau tribalisme



  Une contre-culture désigne ainsi l’ensemble des valeurs et des modèles qui s’opposent à la culture officielle dominante. Ainsi, par certains aspects, mai 1968 apparaît comme un phénomène contre-culturel dont les caractéristiques peuvent être résumées ainsi :




Modèles de la culture dominante

Modèles de la contre-culture
soixante-huitarde


Type de culture

Unificatrice

Eloge de la diversité

Valeurs

Progrès économique et social

Hédonisme
"le plaisir tout de suite"


Rapports entre les générations

Autoritaires

Complices

Rapports entre les sexes

Homme dominant

Egalitaires

Amour physique

Dans le mariage

"Amour libre"

Organisation de la société

Centralisée, technocratique

Décentralisée, autogestionnaire
(tradition du socialisme utopique)


4). Application : unité et diversité culturelle en France

  Il ne s’agit pas ici de présenter une liste (exhaustive ou non) des éléments culturels français mais seulement d’illustrer la notion de culture et d’en mieux appréhender différents aspects.

  L’unité culturelle française est le résultat d’un processus dans lequel l’État a certainement un rôle essentiel. Cette unité culturelle peut s’observer à travers l’usage de la langue, les valeurs ou encore diverses pratiques sociales des français. Cependant, derrière cette apparente unité subsistent des spécificités régionales ou locales ou encore des traits culturels propres aux groupes sociaux.

Des éléments de la culture française

  Selon une enquête BVA réalisée en mars 2000 auprès des français, l’honnêteté, la justice, l’amitié, l’égalité, la famille ou encore le respect de l’environnement et la liberté seraient les valeurs d’une société où ils aimeraient vivre (25% au moins des personnes interrogées ayant cité ces valeurs) loin devant le patriotisme ou la réussite matérielle (5% ou moins des personnes interrogées ayant cité ces valeurs).
  De cette même enquête, il ressort que respectivement 44% et 42% des personnes interrogées regrettent le déclin des normes de politesse et celui de l’honnêteté au cours des 20 dernières années ou encore que 6% des personnes interrogées regrettent l’affaiblissement du patriotisme...

  Les français tendent à renouveler chaque saison leur garde-robe et à privilégier de plus en plus des vêtements tels polos, baskets, pantalons pour les femmes, survêtements en toutes circonstances... Confort et liberté de mouvement mais aussi l’apparence « jeune » priment désormais.
  La consommation effective en soins de beauté et entretien corporel tend à augmenter montrant l’importance accordée au corps et à l’apparence physique aujourd’hui.
  Les pratiques sportives (tennis, jogging...), les thérapies du corps (cures, yoga, sophrologie...) se développent pour entretenir le corps.
  La minceur est devenue une valeur, un idéal et pas seulement une norme, le muscle est valorisé aussi, tant chez les femmes que les hommes, jeunesse et séduction du corps sont recherchées justifiant de nouvelles pratiques : le sport, mais aussi l’usage de la balance, le calcul des calories et les régimes, le recours aux produits de beauté et à la chirurgie esthétique...
  Les pratiques alimentaires des français nous révèlent qu’ils privilégient des repas rapides, simples et économiques au quotidien et des repas traditionnels, des plats exotiques et étrangers pour les week-end et les vacances. Loin du modèle américain, les français considèrent que la préparation des repas et les repas sont des moments importants qui réunissent tous les membres de la famille et 80% des provinciaux déjeunent à la maison. La cuisine est d’ailleurs devenue une pièce commune, de convivialité et la créativité culinaire un moyen d’expression...

  L’observation de l’emploi du temps des français à travers l’enquête Emploi du temps 1998-99 réalisée par l’INSEE montre que l’essentiel du temps est consacré au temps physiologique (12 heures 4 minutes en moyenne par jour en 1999 selon cette enquête, le temps physiologique comprenant en particulier le sommeil mais aussi la toilette, les repas).



Le temps restant, non physiologique, est partagé entre temps professionnel et de formation (3 heures 23 en moyenne par jour, y compris les trajets entre le domicile et le travail), temps domestique (3 heures 26 en moyenne par jour, comprenant le temps consacré aux tâches ménagères, aux soins aux personnes, au bricolage, jardinage et soins aux animaux ),temps libre (4 heures 31 en moyenne par jour, comprenant temps de loisirs et de sociabilité hors repas) et transport hors domicile-travail(0 heure 35 en moyenne par jour).
  Mais l’emploi du temps, l’usage du temps varient selon le sexe et le statut d’occupation. Les hommes font un usage plus professionnel et moins domestique de leur temps que les femmes, ils ont aussi plus de temps libre, notamment de loisirs que les femmes en 1999. Les inactifs ont plus de temps domestique et plus de temps libre que les actifs en 1999. A l’intérieur de ce temps les activités apparaissent fortement sexuées, on peut d’ailleurs faire la même observation pour les différences de diplômes. Il suffit pour être convaincu de consulter le document joint élaboré à partir des enquètes emploi du temps de 1974 et 1998.
  Le temps libre des français est principalement consacré à la TV (2 heures 07 en moyenne chaque jour sur un temps de loisirs quotidien de 3 heures 35 en moyenne), la lecture venant en seconde position avec un temps moyen de 25 minutes en 1999.

La sous-culture ouvrière :

  La culture ouvrière est faite de valeurs, modes de vie, pratiques qui ont pu être décrites ou filmées (« Ressources humaines », « La vie est un long fleuve tranquille »...) parmi lesquels :

  • Le travail, plus précisément le travail manuel est une valeur ; d’ailleurs, après le travail (salarié), l’ouvrier occupe largement son temps libre au bricolage, jardinage...

  • L’ouvrier est fier de son travail et de son savoir-faire qui lui permet de réaliser entièrement une production concrète. Il valorise sa relation avec la machine qu’il maîtrise bien.

  • Le travail se fait essentiellement à l’usine, et l’attachement à l’usine des ouvriers est fort.

  • La solidarité, la lutte collective sont aussi des valeurs qui justifient le militantisme et le syndicalisme ouvrier. Les ouvriers se reconnaissent dans des syndicats ouvriers, la Confédération Générale du Travail (C.G.T.) notamment, et des partis politiques tels le Parti Communiste. Le vocabulaire qui y est employé (« camarades » par exemple) illustre sans doute cet idéal. La solidarité s’exerce aussi avec le voisinage, lieu privilégié de sociabilité.

  • Les rôles des hommes et des femmes sont différenciés et renvoient aux rôles traditionnels (l’homme travaille à l’extérieur, la femme s’occupe du foyer...)

  • La famille, la vie en famille sont très importantes

  • Les loisirs des hommes sont des activités manuelles de bricolage, jardinage notamment ; On peut voir dans l’importance accordée au jardin ouvrier l’attachement à la terre des ouvriers.

  • Les jeunes privilégient le foot et la fréquentation des cafés... Le café est d’ailleurs un lieu de rencontre privilégié et souvent quotidien, où circule l’information locale.

  La culture ouvrière est une sous-culture, celle d’un groupe social (les ouvriers) dans une société globale (la société française). Elle comporte des traits culturels spécifiques au groupe social des ouvriers mais ces traits ne s’opposent pas radicalement à la culture de la société française. Les ouvriers partagent les valeurs de la société française dans son ensemble : le travail, la famille et même l’individualisme sont des valeurs de la société française que l’on retrouve chez les ouvriers. Mais ils partagent aussi des pratiques qui leur sont propres...

  On peut s’interroger aujourd’hui sur la permanence de la culture ouvrière ainsi décrite : existe-t-elle encore ?

  • La diversité du groupe social des ouvriers (ouvriers agricoles, de l’artisanat et de l’indus, ouvriers qualifiés et non qualifiés, chauffeurs...) et la diversité de leurs origines (ouvriers fils d’ouvriers et ouvriers fils d’agriculteurs) conduisent à se demander s’il faut parler d’un ou de milieu(x) ouvrier(s). Avec la multiplication des emplois précaires depuis les années 80 (CDD, intérims...) et donc des statuts ouvriers, on peut même envisager l’éclatement de cette culture ouvrière.

  • Les mutations du travail (introduction du progrès technique, tertiairisation, hausse des qualifications...) ont conduit au déclin des ouvriers, en particulier des ouvriers non qualifiés et à la disparition progressive de quartiers et villes ouvriers mais aussi au chômage et à la précarisation de la population ouvrière.

  • Le syndicalisme connaît une crise d’adhésion et de mobilisation mais aussi une crise de confiance. La base des syndicats -les ouvriers- ne semble plus se reconnaître dans les discours des dirigeants.

  • Les partis politiques « ouvriers » déclinent et le vote ouvrier se diversifie depuis les années 80 et même se tourne vers l’extrême- droite.

  • La croissance économique a contribué sur le long terme au rapprochement des modes de vie des français. Les ouvriers perdent ainsi leurs spécificités.

  • L’école (grâce à la massification et la démocratisation de l’enseignement)a rendu possible l’ascension sociale, du moins en théorie...

La sous-culture bourgeoise :

  La grande bourgeoisie est caractérisée par l’importance de son capital économique, culturel, social et familial, et symbolique.
En effet, les grands bourgeois possèdent beaucoup de biens, un patrimoine vraiment très important qui peut prendre la forme de valeurs mobilières, résidences secondaires, biens à l’étranger...Ce patrimoine aussi à l’impôt solidarité sur la fortune (ISF) payé par les grands bourgeois.
  Les grands bourgeois accèdent aux grandes écoles (ENA, Polytechnique...) et acquièrent ainsi des diplômes de niveau élevé qui mènent aux grands corps d’Etat, ils ont des connaissances culturelles approfondies, fréquentent souvent les théâtres, concerts, opéras, parlent plusieurs langues étrangères...
  Leur capital social est très dense. Ils connaissent la lignée familiale et la fréquentent, assistent à des dîners pour nouer et entretenir des relations, mobiliser leurs relations existantes et élargir leurs relations... Leur capital symbolique peut être fait de noms de famille illustres, de membre décoré de la Légion d’Honneur...


  Parmi les éléments caractéristiques de la culture bourgeoise, citons :

  • l’importance de la famille, des lignées et le choix crucial des alliances pour la constituer

  • l’ « esprit de famille » que l’on maintient en recevant dans la maison de famille les différents membres de la famille, en exerçant une solidarité familiale, en transmettant la mémoire familiale

  • l’importance des relations à l’intérieur de ce groupe, ce qui conduit d’ailleurs à la constitution des quartiers « chics », à la diffusion et à l’usage des Bottin mondains (sorte d’annuaires réservés à ce milieu fermé où chacun se reconnaît intuitivement comme faisant partie du milieu)

  • le rôle des mères notamment dans l’éducation des enfants et la formation de leur capital social. Elles organisent des rallyes, c’est-à-dire des rencontres entre jeunes bourgeois afin que ceux-ci se connaissent et apprennent à s’apprécier... car s’il n’y a plus de mariages sur présentation ou de mariages d’affaires, l’homogamie sociale est la règle. Par ailleurs, le divorce n’est pas totalement admis et le concubinage encore moins.

  • l’usage des bonnes manières soit la distinction dans la nuance, la courtoisie, la maîtrise des sentiments, la discrétion, une certaine distance...Ces bonnes manières sont bien sûr acquises dès l’enfance lors de la socialisation mais une des caractéristiques de la sous-culture bourgeoise est de leur attribuer un caractère inné. Dans le milieu bourgeois, les bonnes manières ne sont pas apprises sous la contrainte ni même expliquées, elles sont intériorisées comme par osmose et l’exemple y tient un rôle important. Elles deviennent inconscientes au point qu’on pourrait (peut-être) les croire innées.

Le charme discret de la bourgeoisie vu par Luis Bunuel.



  Famille, sérieux, effort, devoir, justice, honnêteté, sobriété, mesure, tolérance, respect des libertés sont des valeurs des bourgeois. Elles peuvent paraître semblables à celles de l’ensemble des français mais l’ordre et le sens des valeurs peut différer entre le milieu bourgeois et la société française.
  De même, la notion de « bonnes manières » est présente dans la société française mais les bonnes manières bourgeoises ne sont pas les bonnes manières des milieux populaires. La notion de bonnes manières est donc relative à un milieu social donné.
  On peut aussi ajouter que les valeurs et normes (« bonnes manières ») bourgeoises cherchent à être imitées par les autres milieux.
  On peut donc conclure à l’existence d’une sous-culture bourgeoise.


Suite vers la deuxième partie



[1] L’ethnocentrisme est une attitude consistant à considérer les faits sociaux à partir d’une référence absolue, la société dans laquelle vit l’individu qui adopte cette attitude. Toute la réalité sociale observée est analysée à partir d’un modèle explicatif unique supposé être universel.

[2] Le culturalisme est un courant anthropologique américain qui regroupe des anthropologues, psychologues et psychanalystes ; parmi eux Ruth Benedict, Margaret Mead, Ralph Linton ...)

[3] L’interactionnisme est un courant de la sociologie relevant largement de l’individualisme méthodologique. Appliqué à la culture, l’interactionnisme fait de cette dernière le résultat des interactions entre les individus d’un même groupe social.





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