Correspondances intellectuelles 1990-2010








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M. Béja ?
Cher Monsieur,
le Monde Diplo me communique votre lettre. Permettez-moi d’y réagir.

Je note qu’au fond vous êtes d’accord avec moi sur les jeux vidéo, le binarisme, les arbres décisionnels, la mise aux normes. Enfin, l’essentiel de l’article.

Reste le complot : où avez vous été cherché cela ? Pour moi, le complot est simplement le désir collectif et diffus de nous tous, membres de l’actuelle civilisation “en marche”, de devenir éléments d’un grand Tout fusionnel. Ce désir (fort heureusement contrebalancé par d’autres) a toujours été présent dans l’humanité, mais les techniques actuelles, à la lisière de l’artificiel et du mental, lui donne une énergie nouvelle. Là est le risque, bien pire que s’il s’agissait seulement de “manipulateurs”, plus ou moins toujours dérisoires dans leurs volontés de pouvoir.
Arrêter de dénoncer ? Je suis d’accord avec vous : surtout si l’on s’en tient au sens strict de ce mot, qui s’accorde avec “délation”. Quand on dénonce, c’est à la police, et il s’agit de personnes. Je n’utilise donc pas ce mot quand il s’agit d’analyser un “système”, ou une grande tendance sociétale. Bien au contraire, cette analyse, dans la mesure où elle s’oppose à la “collaboration” de chacun à l’idéologie de masse du moment, s’accorde plutôt avec la résistance, et non avec la dénonciation. De ce point de vue, je ne me situe pas dans une “élite d’extrême gauche”, ou nulle part ailleurs dans l’échiquier superficiel où les abjections propres à chaque penchant se rejoignent souvent dans l’usure du pouvoir (Voir la belle pièce de Vinaver “les Huissiers”, au théâtre de la Colline, sur l’abjection du pouvoir “rose” pendant la guerre d’Algérie). J’essaie de m’en tenir au poste d’intellectuel, lequel, selon moi, tient tout entier à la vigilance contre les dérives globales, et non contre les actes individuels.

Si la collaboration “positive” à l’alliance entre mercantilisme et narcotisme individuel vous semble à promouvoir dans le Monde Diplo, c’est que vous souhaitez, de fait, voir toute critique de fond disparaître de la scène médiatique, car, le moins qu’on puisse dire, c’est que ce collaborationnisme “optimiste” dispose aujourd’hui de l’immense majorité des médias pour convaincre et faire vendre. Faudrait-il qu’un des derniers lieux possibles pour une expression franchement à contre-courant disparaisse ? Posons la question autrement : qu’est-ce qui vous retient encore dans votre fidélité “agacée” au monde Diplo ? N’est-ce pas en soi-même que se pose le choix douloureux entre une acceptation du “réel” (là où se prennent nos intérêts professionnels, par exemple) et une critique de l’aliénation où ce “réel” est irrémédiablement attaché ? Toute la question est de savoir comment, dans de tels choix, trancher, alors que nous préférerions carrément oublier le dilemme et le refouler.

Quant au délire, puisque vous invoquez ce concept de la clinique psychiatrique (laquelle s’applique, là encore, à traiter les individus, et notamment ceux que l’on “signale”, et certainement pas à nommer de grands emportements collectifs), vous savez sans doute qu’il répond à un besoin de projection sur autrui, de ce qui est difficile à supporter en soi. Je vous renverrai donc la question : qu’est-ce qui, en vous, en moi, en n’importe quel membre de cette société, est si difficile à suppporter qu’on soit obligé d’imaginer des comploteurs, voire de les inventer dans un article du monde diplo en mettant cette invention pure et simple à la charge de l’auteur ? Pourtant, vous l’avez vous même noté, le chapeau de l’article en question désigne très nettement son objet d’étude : la propension à l’idéal médiateur qui existe en chacun de nous (ce que j’ai appelé ailleurs “la folie-Leibniz”). Pourquoi n’avoir donc pas accepté ce prémisse pour vrai, quant au sens de l’article ? Pourquoi l’avoir écarté pour y faire ressurgir les fantômes d’obscurs décideurs, puisque je dis, à tous les stades de ce que vous refusez d’appeler un “argumentaire” (et qui en est pourtant un), que tout ce montage binaire-technique-norme ne tient que sur le désir de tous (ce pourquoi il est en effet devenu “réel”) ?

Quant aux idéologues anglo-saxons (et autres) qui ont exprimé cette idéologie faite réalité, ils sont parfaitement connus, et je les cite. Si vous souhaitez des détails, reportez vous aux oeuvres de Wiener, de Von Neumann, etc. et dites moi, en toute honnêteté intellectuelle, si vous n’y voyez pas, sous le génie, la folie à l’oeuvre (la leur : donc la nôtre).

Ce que vous me reprochez au fond est moins un délire qu’un procédé assez répandu, consistant à illustrer une thèse par les exemples qui la soutiennent, sans citer ceux qui s’y opposent. La double page est certes vaste, mais, à ce degré de généralité, ce n’est tout de même pas assez long pour exposer un propos et son contraire. De plus, et c’est plus important, il me semble que, si tout a été en effet dit des aspects négatifs de l’informatisation, il n’avait pas encore été analysé comment, depuis une dizaine d’années, convergaient -spécialement dans le monde de l’entreprise- normativité moraliste, contrôle technique et binarisation de la pensée. Cette convergence, pour ne pas avoir d’auteurs identifiables, n’en est pas moins réelle, mais sa relative nouveauté la rend encore peu évidente. Il y a là tout un terrain d’enquêtes à conduire, tout en sachant qu’il ne s’agit pas de “signes” pour le jeu du paranoïaque, mais bien de faits criants, de souffrances patentes, de témoignages multiples qui ne demandent qu’à s’exprimer (et dont j’ai d’ailleurs donné à entendre quelques échos directs, en exergue de plusieurs paragraphes de l’article). En cela, je crois bien qu’il s’agit de “sociologie proprement dite”, comme vous dites en prenant de gentilles pincettes.
Par ailleurs, petit détail, vous vous proclamez généreusement en faveur de la créativité et de l’originalité, mais vous me reprochez de “forger” des mots (comme info-anthrope). Peut-être pourrait-il vous venir à l’esprit qu’il n’y a pas que les délirants qui “forgent” des néologismes (comme on dirait qu’on “forge” des mensonges), mais aussi les chercheurs, les intellectuels dont le métier est de décrire ce qui est en train d’émerger, et qui n’a donc pas encore de mot pour se dire.

Je sens donc, pour tout dire, beaucoup de haine rentrée dans votre lettre, qui cherche sa catégorie d’assouvissement (intelligentsia, gauchisme, dénonciation, délire, jargon, idéologie du refus, etc.). Et je la comprends : nous “avons la haine”, mais d’abord contre nous-mêmes. C’est là qu’il faut chercher, je crois, à la fois l’appel de cette drogue intime qu’est la maîtrise binaire, et la rage de s’y sentir lié. Analyser ce double aspect, ce n’est pas, je crois, “refuser”. En tout cas si une haine comme la vôtre, ce sentiment d’insupportable qui vous prend à la gorge en lisant mon article, trouvait son débouché, je préférerais que ce soit dans l’analyse de ce qui nous arrive, plutôt que dans la dénonciation du jargon (?) délirant (?) et narcissique (?) d’un auteur supposé “gauchiste”. Peut être votre propre créativité y trouverait-elle à prendre son essor, y compris pendant et après l’enfouissement jouissif dans un labyrinthe de jeu vidéo.

En un sens, votre agressivité me réjouit : elle indique que j’ai touché juste. En un autre, elle m’attriste : pourquoi est-il si difficile à certains d’entre nous (voir à beaucoup) d’admettre que le “réel” est, chez l’homme, étroitement lié à ses rêves, et que ceux-ci ne sont pas nécessairement de “gentils animateurs” d’un avenir radieux, mais aussi souvent de sombres anges du pouvoir et de la mort ?

Mais je ne veux pas vous convaincre de relire Freud...
Cela dit, vous avez le droit d’être optimiste !
Denis Duclos
16 janvier 1999

Denis Duclos, directeur de recherche au CNRS,

Groupe de recherche “Psychanalyse et pratiques sociales.”

Membre de l’école doctorale de l’UFR de philosophie de l’Université de Paris-I (Panthéon-Sorbonne),

option “anthropologie des techniques”.

Membre de l’école doctorale de l’UFR de sciences humaines cliniques de l’Université Denis Diderot Paris VII.

2 mai 2001. Soutien à la candidature de Susan Hogan

- A commentary on “Healing Arts, the History of Art Therapy”, a book by Susan Hogan

This book is a very interesting and helpful “sum” on a somehow still mysterious phenomenon : how work and creation might heal authors in general, and more specifically those who are socially labelled as ill or mad. Of course, many interpretations of this strange process have been given, interfering with it and with its outputs. Susan Hogan gives a brilliant analysis of this diversity, and shows how it appears and develops itself on the historical stages. A number of questions raised by Susan Hogan might be shared by several researchers of the the “french school”, notably those who work along the path opened by Michel Foucault. I am thinking of the work of Frederic Gros on the artistical productions of people confined in parisian psychatric institutions (in XIX and early XXe centuries). One interesting point, very clearly underlined by Hogan, is that Art practice is a cross-roads-concept which obliges therapists themselves to reconsider their own preconceptions about the Self of the patient. It is probably as much useful because of its healing effect on the therapist, as it may affect the patient. At the same time, it helps “healing concepts”used by medical authorities to shift to more sociological, cultural and political points of view, and then to change from period to period . Today, Art therapy remains a main experience field for psychologists and psychiatrists trying to handle “chronic” situations, as an alternative for purely neurological treatments. This is not without taking institutionnal risks, precisely because of the “opening effect” of the art problematics on the “total institution”.

The precise historical landscape that Hogan is proposing us in the british context might be an important step in comparing different western approaches, cultural and national main trends being frequently more tightly related with a theoretical model. Strangely enough, as the author shows it very well, the “discovery of the curative power of art” has much more be put at work in healing individuals and sometimes groups, than in analysing societal pathologies, art itself being possibly one of the more fascinating expressions of such pathologies. In further debates, I would like ask Suzan Hogan how so-called “patients” (word which means at the same time “enduring” or “suffering” and... “waiting”) might be, on their turn, actively healing “artists”. That might be the subject of another book : “healing the therapists and the artists : a history of madness as social mean of questionning normality” !
The excellent and very documented work of Susan Hogan prepares us to such artistical opening, even if her preference for a distinctly assumed position in the psychological field, is a necessary basis for constructing a comprehensible (and thus “controversible”) world around this issue.

Denis Duclos

Denis Duclos le 23 Juin 2002

Directeur de recherche au CNRS

(Centre National de la Recherche Scientifique)

16 rue Moreau, 75012 Paris.

Tel : 33 1 43 43 45 75. Fax : 33 1 49 28 04 78. e. mail : dduclos@altern.com

to : FBI, New York Field Office.
-Object : interviews with FBI Officers dealing with “hate crimes”.
Dear Mr and Ms

I am a sociologist, director of research in the CNRS in France, my research unity working on “psychoanalysis and social pathologies”. My current field of research is hatred as a social (and international) phenomenon. I have already conducted studies on criminal violence in american culture (a book -already published in France since two years- being on the verge to be published in the US : “the Werewolfe’s complex : the fascination of violence in the american culture”, Berg International, Oxford/UK-New York., to be published in late 1997).

I am presently focusing on the concept of “hate crime”, which, I know, represents a significant category in american crime statistics and I would like to meet a number of persons involved in this difficult task, both at a conceptual and at a practical level. .
-Being based in Montreal (Quebec) during July, I plan to go to New-York and Washington in order to meet FBI persons working on that subject (preferably from july 19 to 24). I would be delighted if you could allow me to contact persons who might be interested by some fax conversation on that topic and, if possible, might accept an interwiew . It would be very nice if I could meet not only persons working at the statistical level, but also investigators dealing with practical problems related with hate crimes (for example in New York city, and in northeastern states.)
During the interviews, I would like to pose 2 sets of questions around the topic of hate crime :
1. questions of opinion.

-How the persons are analysing the current trends in hate crimes figures ? Do they forecast increase or decrease, changes in the profiles of offenders and victims ?

-Do they think changes in economic and social situation have some influence upon “hate” criminality ?

-What perspectives do they foresee on the long term ?

-how far public opinion, advocacy and lobbying are successful in channelling main justice activities around certain types of hate crimes, excluding or marginalizing others from the main public and administrative concerns ?

-is there no backlash effect related with the mediatization of “hate crime” : promoting race, group or community as targets for more visible acts ?
2. Pratical and problematic issues.

-Can the persons give me examples of processes of classification which lead to select an act as a “hate crime” ?

- What are the problems encountered when using this category ? How far does it fit with real cases ? (for example, as a majority of reported incidents are against Black people, how is it possible to clearly dicriminate it from other crimes happening in the black community) ?

-Are the selected biases for hate crime (ethnicity, religion, race, gender, sexuality) really (our enough) relevant ? Are they no other targets for hatred (government, federal authorities, alleged “satanism”, etc..) ?

-as a majority of reported incidents are not murders or very severe crimes, how being certain of the homogeneity of forensic definitions ? Are the acts, bearing the same label, really similar from one location to another, one trial to another, etc. ?

-Is “hate crime” a useful concept for investigation ? Hatred being obviously a part of a number of criminal acts (if not all), how do you discriminate it as a significant feature (alleged participation of “hate groups”, “modus operandi” showing a heineous intention, “signature” and comment left by the criminal, claiming to share a certain social, religious, racial identity, etc.) ?

-What is the difference between “simple” terrorism and hate crime (in the case of Oklahoma City Bombing, for example, or the Unabomber case : hatred against certain groups seem to go along focalizing angry against federal agencies, etc.) ?

-Is it always easy to separate “profit” crimes (racketting, etc.) and hate crimes ? Could hate crime can be detected as a source of gangsterism... or an effect of it ?

With the permission of the interviewed persons, I shall incorporate some of their testimonies and comments in a book I am preparing on “hatred, as a world issue”. I may also use some direct (or indirect) quotations as materials for an article to be published in the french monthly paper “Le Monde Diplomatique” in next October about “hate crimes.”
Many thanks for helping.

Yours,

Denis Duclos

PS : don’t rely too much on my e.mail address. Fax in Paris would be safer, at any time.
-my phone in Montreal will be : C.O Professor Olivier Clain, 5219 Jeanne Mance, 514 279 00 70

I might also be contacted through Pr. Olivier Clain or Pr. Gilles Gagné, Département de sociologie

Université Laval, Sainte Foy, Québec G1K 7P4, Canada

fax : 418 656 21 14, tel fac : 656 51 26.

Dear Dean Fletcher
thank you again for your nice (and probably costly) contribution to the global village communication. Unfortunately, I was too impressed by the technological prouesse for being able to conduct a full lenghth and responsible interview. (I told you I was better at meeting people !). But the full disaster came with my old tape recorder which chose precisely this special circumstance to betray me, staying desperately mute. That simply outraged me but sollicited my stubborness : I decided to count on my own memory and intuition at reconstituting the lost (short but interesting) conversation with Suzanne Beillière and Jim (Nolan?).

Anyway I should have been obliged to condense what they said. So, I propose you to submit them the two following short texts (in my own approximative and idiosyncretic english) in regard with their french translation (better shaped, I hope).

I would like to tell them to feel free to complete or to change the sentences I am attributing to them (don’t pay too much attention to grammatical or style correctness, because it will anyway be translated)

The first text will take place in an “encadré” in the Monde Diplomatique, in an article about hate crime in the United States. The second will be inserted in my book on “extreme acts” in a chapter dedicated to crimes related with “collective accusations”.
Many, many thanks again to fax me their answers, and let us keep in touch . It was a pleasure to work with you.
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