Correspondances intellectuelles 1990-2010








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mort temporaire, de certains oeufs et larves de crevettes, les crevettes fossiles des marres d’eau douce qui

existent inchangées depuis 250 millions d’année et qui rentrent dans une authentique cessation de vie pour

ensuite y revenir. Là encore on doit plutôt dire qu’il s’agit d’êtres vivants qui ne subissent pas

provisoirement de processus interne de dégénérescence. Ceci dit tous les animaux supérieurs véritablement

individués et sexués sont mortels par eux-mêmes. La biologie contemporaine rejoint ici paradoxalement

mais nécessairement la pensée spéculative qui voit dans la mort une production de la vie. L’affirmation

d’une asymétrie entre la vie et la mort est le résultat de cette compréhension. On verra néanmoins qu’elle

peut être surmontée.

4. La mort de Dieu, son cadavre et le vide.

Là tu vas fort, mais après tout pourquoi pas; seulement le faire jouir en plus, cela me pose

quelque problèmes logiques. Le Dieu vivant de Spinoza et Hegel évite cela. Mais bon, le

Dieu mort, l’univers cadavre de Dieu, j’aime assez et je crois effectivement que c’est au

profond de la mythologie chrétienne. L’espace-temps de Newton sensorium dei, l’espacetemps

de Hegel comme la médiation absolue, me paraissent finalement encore voisiner.

Pour ma part j’ai tendance à haïr et bannir le nom de Dieu. Je préfère le vide des

bouddhistes. A ce propos il y a tout de même une différence fondamentale entre

l’ontologie bouddhiste et l’ontologie hégélienne. La première pose que soit il existe une

différence d’états -l’étant se distingue du non être- soit il n’y en a pas- le néant ne se

distingue de rien. Soit donc il y a une différence donnée avec le dasein (au sens ontique).

Soit il n’y en a pas. Ce qui se traduit ici par l’asymétrie entre les formes simples de la

forme : l’une est non duale (l’indéterminé ou le vide), l’autre l’est (le déterminé, l’être-là

qui s’oppose au néant). La vérité ultime de la forme est la non-forme : la forme est sans

forme. C’est grâce à cette asymétrie entre les deux formes simples de la forme, soit l’être

là qui comporte une différence avec le néant, et le vide, qui n’en contient aucune, que

l’ontologie bouddhiste dit quelque chose d’original. On a vu que l’étant, ou le vivant,

porte avec lui la différence d’avec le non être et d’avec la mort. Et le néant, comme la

mort, ne se distingue de rien. Mais voilà, si ce que j’ai dit de la singularité est juste, alors

on retrouve l’absence d’asymétrie mais à un niveau supérieur : la singularité signe le fait

que la non vie est à son tour en opposition au vivant! Donc on revient à Hegel, mais pas

au niveau de l’être de l’étant et du non être! Mais sur le fond de la vie et de la non vie et

de l’eidos du singulier, l’hecceitas de Duns Scot, auquel Marx rend un hommage certain

dans la Sainte Famille, en voyant en lui le véritable père du matérialisme.

5. « Ici il n’y a ni vie ni mort ».

Un officier japonais partant à la guerre, la seconde, va se recueillir dans un temple zen. Il

demande à voir le maître. Celui-ci le reçoit. L’officier lui dit : « voilà je pars à la guerre

et je vais sans doute mourir. Alors je suis venu vous voir pour que vous m’aidiez à

affronter la mort ». Le maître, aussi sec, frappe le sol de son bâton et lui crie : « Ici, il n’y

a ni vie ni mort ». La tradition zen se distingue en effet du reste de la tradition du

bouddhisme par cette compréhension très spéciale de la singularité. Et c’est pour cela

qu’il n’y a plus pour elle de différence entre la vie et la mort : chaque instant passé, le

passé de ma vie, est déjà ma mort; il ne reviendra plus. Seule la possibilité d’exister

demeure accrochée à chaque instant de ma vie tandis que l’impossibilité d’exister dans le

monde demeurera attachée à chaque instant de ma non vie. Mais pour celui qui vivrait

vraiment et pleinement l’instant, complètement, alors la possibilité et l’impossibilité

d’exister deviennent les deux formes de la singularité. C’est seulement en ce point

qu’elles se confondent : elle est sans forme même si elle est la forme.

Sur les mystiques alors là chapeau. Je n’ai plus d’objection. Je choisis de me taire et de

relire Musil.

Amitiés.

Olivier


1que je te renvoie par un autre courrier, vu que je ne suis pas à Paris.

2sur Hécube, C.Wolf n'est pas tendre: c'est elle qui énonce "la plus horrible malédiction qui fut proférée depuis l'aube de l'humanité", (p 21). Elle est par ailleurs "inflexible", (p 30), "dominant ceux qu'on peut dominer", à commencer par son mari, simple "époux de la reine idéale" (pp 24 et 30), poussant Cassandre à son sacrifice comme prêtresse et divinatrice (p 33), " moqueuse" et "froide" (p 42), "sévère", (p 63) dénigrant le père auprès de sa fille ( p 46). Refusant l'homme, elle se pétrifie à l'approche d'Eumelos, p 59 à la voix pourtant "pénétrante"),. P 111 l'auteur lui fait dire: (s'adressant à Penthésilée, l'idéal de la femme sans homme: Enfant, tu veux que tout s'arrête!". N'est-ce pas là, le message inversé que C. Wolf-Cassandre adresse à sa propre mère: Maman, tu veux que j'arrête tout!".

3en relisant Papy Lacan, je m'aperçois que c'est justement ce qu'il reproche à la justice actuelle : non pas de ne pas mettre les prévenus à la question, mais de ne pas avoir le respect de la capacité d'engagement du sujet que supposait cette souffrance prescrite : d'ailleurs ne m'as-tu pas toi même quelquefois prescrit de souffrir dans le tripalium (de mes rapports de recherche) pour avoir droit au poids de la parole?

4de ce point de vue, je reconnais à B. Latour d'avoir consacré une longue période au même sujet: ce qui le sauve, d'après moi, de la papilliomanie d'un M. Serres, ou de son homologue chez les sociologues: E. Morin.

5"l'extraordinaire originalité" d'Heidegger n'est elle pas en partie symptôme? est-ce qu'on ne se trompe pas sur ce qu'il "veut" dire dans ce développement fantastique du "vécu" du parler de l'être qu'il instaure? N'est-il pas en fait toujours dans l'imaginaire en proposant une "accoutumance", une "habituation" à demeurer dans la "maison de l'être"? Et Hegel aurait-il été ce qu'il fût, s'il ne s'était pas pris pour la femme de Napoléon? Finalement je crois que ce qui interroge tellement les philosophes chez Lacan, c'est que c'est peut-être l'un des rares à ne pas faire symptôme de son propre discours. Mais n'aie crainte, ils n'auront de cesse qu'ils ne l'aient digéré! A moins que ce soit eux qui se fassent bouffer comme l'auteur de cet hilarant "Lacan, le Maître absolu" (Mikkel Borch-Jakobsen, Critiques Flammarion) qui, pour avoir voulu prouver que Lacan n'était qu'un plagiaire de génie, finit lui-même par ne pouvoir s'empêcher de substituer des pages entières de citations lacaniennes à son propre dict, et de finir, comme l'évoque très bien son dernier mot, d'être bouffé, comme Actéon, par les chiens de Diane ! attenti al (la) cane, il mord encore!

6 Ce texte est tiré d’une première communication donnée le 17 Février 2006 devant les membres du C.A.F.C.A à l’U.Q.A.M et il a servi de base à la conférence d’Olivier Clain du 5 avril 2007, prononcée dans le cadre d’une journée d’étude sur « Marx philosophe. Perspectives et actualité » qui se tenait à l’Université Laval. Ce jour là, seules l’introduction et la première section ont pu faire l’objet d’un exposé oral.


7 Ce texte est tiré d’une première communication donnée le 17 Février 2006 devant les membres du C.A.F.C.A à l’U.Q.A.M et il a servi de base à la conférence d’Olivier Clain du 5 avril 2007, prononcée dans le cadre d’une journée d’étude sur « Marx philosophe. Perspectives et actualité » qui se tenait à l’Université Laval. Ce jour là, seules l’introduction et la première section ont pu faire l’objet d’un exposé oral.

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