Préface : L’idéal éducatif du collégien








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QU’apprend-ON AU COLLÈGE ?
Cahier des exigences pour le collégien

Pour comprendre

ce que nos enfants apprennent


Préface : L’idéal éducatif du collégien




Qu’apprend-on au collège ? Avant tout, et comme un principe absolu, je répondrai : la langue française. Un enfant qui, hors toute considération de culture, n’a pas accès à notre maison commune, la langue nationale, est un enfant mutilé. Voilà la première des exclusions, et celle-là comme les autres nourrira un jour la violence.
La langue française donne accès à la communication et à la culture, mais aussi aux autres langages, et pour commencer aux langages mathématiques, scientifiques, techniques. Au travers d’étapes qui vont de la maternelle à l’Université, l’enseignement est un tout et la langue française sa source. En retour, chaque matière est un affluent qui vient alimenter le fleuve principal de la langue telle qu’on l’utilise dans le calcul, l’histoire, la physique…
Les linguistes savent que la condition de l’apprentissage d’une langue écrite, c’est que les enfants puissent disposer d’une expression orale riche, articulée, vivante. Nous avons donc commencé dès l’école maternelle, avec de nouveaux programmes qui favorisent l’expression orale, et un système de repérage pour repêcher, épauler, aider ceux qui peinent ou qui perdent pied. Il n’est pas tolérable que 5 à 10 % des enfants qui arrivent en 6e éprouvent encore de graves difficultés à lire et à écrire.

Nous poursuivons l’effort au collège, comme vous pourrez le voir dans les pages qui suivent.
Là encore, l’enseignement de la langue française tient un rôle central. Nous veillons à l’harmonisation des mots et des terminologies : des enfants butent souvent sur les mathématiques tout simplement parce qu’ils ne comprennent pas la formulation des problèmes.
Quelles sont nos espérances ? Que tout enfant entrant en 6e parle correctement le français et qu’il ait déjà la pratique d’une langue vivante. Nous savons que dans sa prime jeunesse l’oreille musicale est au maximum de ses capacités : quel gâchis si l’on n’en profitait pas ! Dans trois ans, l’élève de 6e apprendra deux langues étrangères, l’une déjà enseignée à l’école, l’autre qu’il commencera en arrivant au collège.
Les nouveaux programmes du primaire accordent une grande place aux arts et à l’éveil artistique. Ils s’adressent à la fois au cerveau rationnel et au cerveau sensible : le jeu théâtral, la récitation, la lecture, la musique, poussent l’enfant à s’approprier la langue. Le collège doit continuer dans cette voie-là.
Les sciences : pour le primaire, nous avons profondément renouvelé la leçon de choses d’antan. En inventant et en réalisant lui-même les expériences, l’écolier, puis le collégien, trouve un intérêt et une motivation. La langue y joue tout son rôle : l’élève tient le cahier de ses expériences, transcrit les observations par des mots, cherche son vocabulaire, construit ses phrases. Au collège, la science et la technologie développent les capacités d’observation, le goût de l’expérimentation et de la formulation des hypothèses.
En quittant le primaire, l’enfant quitte le maître unique pour une organisation nouvelle avec des professeurs différents selon les matières. Depuis cette année, nous consacrons plusieurs semaines à faciliter l’intégration des enfants en classe de 6e.
à partir de là, fallait-il restaurer des filières dès la 5e, qui auraient séparé ceux qui ont des capacités plus techniques de ceux qui ont des capacités plus intellectuelles ? On se souvient du débat : collège unique ou pas ? Nous voyons bien par expérience que certains enfants sont plus à l’aise dans l’enseignement pratique, d’autres dans l’apprentissage des concepts. Mais nous savons aussi que cette distinction peut cacher, parfois involontairement, une ségrégation sociale et culturelle. J’ai tranché en décidant que la France était un pays assez prospère et assez instruit pour que tous ses enfants, dans le cadre de la scolarité obligatoire jusqu’à seize ans, puissent vivre sous un toit unique. Ce collège pour tous offre à ses élèves une culture commune que doit partager l’ensemble des citoyens et des futurs citoyens.
Mais – et c’est l’originalité de notre projet – ce collège pour tous doit être aussi un collège pour chacun.
Il doit réduire les distances sociales, non limiter la diversité des esprits. à travers une solide culture de base, le collège doit permettre à l’élève de révéler à lui-même et aux autres ses propres capacités, qu’elles soient littéraires, scientifiques, techniques, artistiques, pratiques. L’éducation doit mettre en lumière les points forts d’un enfant : mieux vaut s’appuyer sur ceux-là et donner ainsi confiance en elle-même à cette personnalité qui se forme. Culture commune et liberté des talents : ce n’est pas contradictoire, plutôt complémentaire.
Nous avons refusé les filières fermées, ces voies séparées qui tranchent un destin dès l’adolescence et qui abandonnent l’individu mal orienté en chemin. Mais nous voulons, dans le cadre du collège unique, élargir les possibilités de choix, motiver par là l’élève et attiser son intérêt. L’esprit d’initiative, donc, mais sans oublier l’esprit d’équipe ; l’esprit conceptuel, mais aussi l’esprit concret et sensible. De là, nous l’avons vu, l’expérimentation en sciences comme l’introduction des arts dans l’enseignement.
Nous retrouvons cette intention profonde jusque dans l’Université : la part de la culture générale augmente, qui avait reculé depuis des années ; la pluridisciplinarité se développe. On le voit en première année de médecine, où nous avons limité la spécialisation et une poussée excessive des mathématiques. En encourageant les travaux interdisciplinaires qu’exige le monde moderne, nous permettons également aux jeunes gens qui ne réussissent pas dans une branche de rejoindre d’autres disciplines sans perdre une année.

Dans les collèges à partir de la rentrée 2002, les adolescents de 5e et de 4e pourront opter entre différents itinéraires de découverte, deux heures hebdomadaires, dans les grands domaines où se croisent plusieurs disciplines : nature et corps humain, arts et humanités, langues et civilisations, sciences et techniques. En 3e, toujours à côté du tronc commun, les élèves trouveront des enseignements choisis qui leur permettront d’acquérir un savoir et de préparer, hors de tout enfermement, leur orientation. Il ne s’agit pas d’options facultatives ou secondaires : ces travaux seront jugés avec la même rigueur que les autres, plus encore peut-être puisqu’ils auront été préférés.
C’est une pédagogie : l’itinéraire de découverte doit servir la pluridisciplinarité. Pour parler comme Edgar Morin, nous tentons de réunifier le monde, en tout cas d’en comprendre la complexité et d’enjamber les frontières qui séparent les savoirs : la tâche n’est pas facile.
Un enfant épanoui est celui qui, à travers le langage commun et ses propres choix, découvre peu à peu sa personnalité, ses volontés, la vie collective et les voies de son avenir : il a le sentiment de jouer pleinement sa partition.
Le collège a trop longtemps souffert d’une crise d’identité, à l’image des adolescents eux-mêmes. Comprendre leur imaginaire : c’est essentiel à condition de ne pas s’y soumettre, mais d’y déceler les aspirations, les aptitudes, et les compétences. Nul n’a jamais dit, sauf les juges d’Athènes, que Socrate se trompait en partant de la personne de son interlocuteur pour lui faire accoucher le meilleur de lui-même. La maïeutique n’est pas une méthode d’abaissement de l’enseignement mais d’élévation de l’individu.
Creuset social et culturel, le collège ne transmet pas seulement des connaissances : il sert aussi à forger un caractère. Pour cela – à l’inverse des tendances de notre époque –, je dirais que le maître doit d’abord être un maître, avec une autorité restaurée et reconnue. Il doit enseigner les notions indispensables, la grammaire, les mathématiques, la géographie, les sciences… De classe en classe, il ne doit pas hésiter à répéter, et l’élève avec lui. Le musicien ne craint pas de faire des gammes, encore et encore : c’est en faisant des exercices fréquents qu’il développera son talent.
Au-delà de cette répétition nécessaire, l’école doit créer l’envie d’apprendre. Le maître n’y parviendra que par la passion, l’amour des savoirs. La langue française, ancrée dans sa grammaire, ne séduira que par le contact avec les textes contemporains et classiques. Il est bon parfois de débuter par les œuvres d’aujourd’hui pour remonter dans l’histoire et, par exemple, d’étudier en lycée L’Amant de Marguerite Duras avant d’accéder à Bérénice. Dans certaines 6e, on donne déjà à lire La Gloire de mon père de Pagnol en même temps que Molière.
C’est une fausse idée d’opposer le maître à l’ancienne – celui qui dicte le savoir – à un professeur contemporain qui serait dépassé par les libertés de sa pédagogie. Le savoir permet la liberté, et réciproquement : la grammaire donne les bases de l’écriture, mais on l’apprend aussi, par nécessité, en se mettant à écrire. Et comment mieux conforter la pratique de l’anglais qu’en jouant Shakespeare ? Ne jamais sacrifier les apprentissages de base, au contraire les renforcer : ils donneront aussi toute leur place à l’imagination et à la créativité.
Enfin – on oublie trop cette évidence – le collège est une découverte de la vie en commun. On doit y apprendre le respect : le respect de son corps, le respect de la règle, une règle éventuellement discutée, mais acceptée, le respect des personnes, le respect des biens, la place de l’individu dans une équipe et dans la collectivité. La prévention de la violence passe par là.
L’enfant a besoin de tuteurs. Le maître n’y suffira pas si les familles renoncent elles-mêmes à cette exigence. Nous devons les aider à restaurer, quand il le faut, leur autorité morale dans le même temps où l’enseignement doit manifester la sienne.

Qu’apprend-on au collège ? se fonde sur des programmes déjà en vigueur. Nous allons annoncer prochainement ce que seront la nouvelle 5e, la nouvelle 4e. Bientôt, les années de collège se termineront sur un nouveau brevet d’études fondamentales, obligatoire, et qui sera tout autre chose que notre vieux brevet : une sorte de baccalauréat de fin de 3e, véritable examen qui aura sa valeur et son rôle.
Dans une deuxième étape, il nous faudra travailler sur les programmes. Après une large consultation des maîtres, nous avons déjà modifié ceux du primaire. Je souhaite une évolution comparable pour le collège.
L’immobilisme reste inconcevable. Pour les sciences, c’est une évidence. Leur enseignement à l’école n’est déjà plus le même : celui du collège, et donc les programmes, en seront à terme modifiés d’autant. Même chose pour les langues : les programmes changeront parce que bientôt les élèves, arrivant en 6e, auront déjà quatre ou cinq ans d’apprentissage et de pratique.
Comme aujourd’hui, nous publierons le contenu de ces programmes afin que les parents puissent clairement savoir ce qu’apprennent leurs enfants. Les familles ne donnent leur confiance à l’école que si elles comprennent ce qui s’y passe. Dans cette intention, ce livre est une première étape.


Jack Lang,

ministre de l’Éducation nationale

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