Bernard Andrieu ó Histoire des sciences de la vie et ÈpistÈmologie†: rÈductions et rÈductionnismes 5








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« la politesse de l’esprit scientifique ».
« La méthode ne saurait être une routine » rappelle Bachelard.2
Face aux révolutions de la physique du XXe siècle, il faut désormais élargir le champ méthodologique, concevoir la diversité des méthodes dans les différents secteurs de la science, et surtout revoir les représentations et les concepts de base.

C’est en effet principalement au niveau des concepts les plus classiques que le cartésianisme manifeste son impuissance à rendre compte des efforts rationalisants de la science moderne.
« Notre esprit a une irrésistible tendance à considérer comme plus claire l’idée qui lui sert le plus souvent », nous dit Bergson.)’;1\i .
C’est justement sur ces idées claires, habituelles et faussement évidentes que l’épistémologie .)’:non-cartésien;non-cartésienne fait porter tout le poids de sa critique.

Premier exemple : la fusion mathématique de l’espace et du temps. — Cette notion relativiste a tout contre elle : notre imagination, notre vie sensorielle, nos représentations communes, nos habitudes mentales.
« Mais l’espace-temps a pour lui son algèbre »2 :
il possède cette implacable nécessité des phénomènes théorisés, mathématisés, rationalisés. Les notions classiques — .)’:newtonien;newtoniennes ou cartésiennes — d’espace et de temps sont peut-être plus adaptées aux pratiques quotidiennes et banales de l’entendement. Mais elles sont en physique actuelle des erreurs grossières dont le scientifique doit se libérer.

Autre exemple : les notions de corps, de matière, de chose, de choc. — Ces représentations si « naturelles », si évidentes, sont impuissantes à rendre compte de la physique des particules. Bachelard rappelle en effet plusieurs particularités du corpuscule :

— il n’est pas un petit corps, un fragment de substance. Un corpuscule électrique n’est pas un petit corps chargé d’électricité. Il ne faut donc plus dire que la matière a de l’énergie, mais que la matière est de l’énergie.

— il n’a pas de dimensions absolues assignables, mais une zone d’influence dans laquelle il agit.

— corrélativement, il n’a pas de forme assignable, pas de géométrie, ce qui est aux antipodes de la physique cartésienne (qui assimilait la matière à l’étendue géométrique).

— on ne peut donc pas davantage lui attribuer une place très précise. En vertu du principe d’indétermination de Heisenberg.);, nous assistons ainsi à « une rupture totale avec l’imagination cartésienne ».

— de même on peut affirmer que dans plusieurs circonstances le corpuscule perd son identité.

— il est par conséquent quelque chose, mais il n’est pas une chose.

— enfin il faut reconnaître que la notion de choc est « une monstruosité épistémologique ».

En rompant avec la tradition représentative cartésienne, il est donc indispensable de refaire à neuf le paysage épistémologique. La pensée doit
« rompre ses propres cadres »1,
échapper au fixisme rationaliste qui persiste à croire en une raison immuable et achevée.

Ceci revient finalement à reprendre le projet .)’;c\r "bk0" artésien, pour le perfectionner, le redynamiser, le rendre encore plus rigoureux et méthodique. Bachelard remarque d’ailleurs que :
« En changeant de méthodes, la science devient de plus en plus méthodique »2.
L’ensemble de l’œuvre philosophique de Bachelard incite la science moderne à se doter de méthodologies remaniées et évolutives, à mettre au clair ses présupposés métaphysiques parfois contradictoires, à pratiquer un rationalisme appliqué et ouvert, bref, à « reconstruire sa raison ». L’édification d’une épistémologie digne des révolutions scientifiques actuelles est à ce prix.

petite critique de la modélisation
Après l’étude de cet alliage épistémologique, on peut alors poser la question de la modélisation du réel ; la science, en découpant le réel selon ses propres modèles d’explication, ne fait peut-être que projeter ses concepts, et ne connaît en fait que ce qu’elle a elle-même construit. Bachelard.)’; lui-même a laissé une porte entrebâillée pour cette interrogation critique : si la science effectue une rationalisation cognitive du réel, si les phénomènes expérimentaux portent de part en part la marque théorique, qui nous garantit que le monde décrit n’est pas en partie factice?

On peut toujours se tirer partiellement d’affaire en convoquant le criticisme .)’:kantien;kantien — et on n’aura pas nécessairement tort, tant il est vrai que le noumène demeure et demeurera terra incognita. Si toute connaissance est une relation, il faut admettre que toute connaissance est relative aux capacités cognitives du sujet connaissant.

Toutefois, pour faire sentir l’acuité du problème aux élèves, j’utilise parfois un autre procédé, empruntant à Michel Serres.); certaines de ses remarques3. Il est en effet possible de présenter la démarche scientifique comme une triple opération :

— l’analyse du réel en unités basiques, en éléments sémantiques : les concepts de base ;

— l’établissement des « lois » de combinaison, d’assemblage et de désassemblage de ces unités : la grammaire ;

— la synthèse artificielle du réel par combinaison des unités, jusqu’à la vision globale de l’Unité de la réalité ainsi rationalisée ; le langage parfait.

Or ce fonctionnement prête le flanc à bien des critiques. Pensons au nominalisme, évidemment ; sans oublier qu’un exemple peut nous éclairer : celui de l’homme amoureux, dont le comportement demeure étranger et non conforme au traitement théorique que la démarche « biologisante » voudrait lui faire subir :

— découper (conceptuellement) un être humain en ses composantes irréductibles (disons les cellules au niveau cérébral, ou encore les molécules d’ADN) correspond à l’opération analytique ;

— établir les lois de combinaison de ces unités de base est l’objet de tentations tenant à un biologisme réducteur : bâtir une biologie des passions, une typologie des sentiments, une mécanisation des affects, dresser « des constellations » au cœur des humains ; réduire la liberté humaine à des échanges électriques ou à des réactions chimiques ; ne voir que tropismes là où le poète s’enivre des termes du langage amoureux ;

— il resterait à synthétiser, à reconstruire sur le papier le fonctionnement de l’homme amoureux.

Mais, justement, le triple mouvement d’analyse conceptuelle, de combinatoire rationnelle et de synthèse globalisante ne débouche jamais sur l’homme amoureux. Ce dernier, en ses moindres sentiments, réactions, actions, décisions, demeure au-delà du modèle scientifique. La synthèse échoue, il nous reste deux êtres irréconciliables, comme étrangers l’un à l’autre : l’homme amoureux et l’homme modélisé. J’ose dire que la liberté du premier fait obstacle à l’impérialisme cognitif du second et de ses créateurs. De toute façon Aristote rappelait — rappelle — qu’il n’est pas d’un homme cultivé de demander partout des explications...

Autrement dit :
« nous ne pouvons comprendre d’autre monde que celui que nous avons fait nous-mêmes ».)’;.)’;1.
Peut-on en conclure que l’esprit humain, pour tenter de connaître la réalité, doit y injecter ses propres concepts, ce qui fait qu’il ne voit cette même réalité que selon ses propres modèles, aussi élaborés soient-ils? S’introduire dans le réel, même avec des méthodes exploratoires rationnelles, c’est mettre entre la réalité et soi la distance du concept, l’obstacle du mot, de la démarche, du modèle, etc.

Nous pensons, oui, nous pensons beaucoup ; mais touchons-nous le monde, pour reprendre une interrogation .)’:bergsonien;bergsonienne? Le réel synthétique a-t-il le même goût, le même aspect, les mêmes attraits mystérieux que le réel « naturel »?

tentative de clôture béate
Se quitter fâchés n’est jamais souhaitable. Si le discours de la philosophie a pu marquer sa place par rapport à la science, et aux éventuels scientistes primaires, il est possible de conclure, de manière consensuelle, en rappelant qu’il y a finalement moins de différence entre les deux types de sciences qu’entre science et préjugé. Et qu’en ce domaine, la philosophie et la science peuvent s’entendre sur un programme commun de résistance « anti-doxique », notamment quand l’opinion porte atteinte à l’humanité.

J’aime assez placer ici une référence au racisme, en indiquant benoîtement que la biologie, parce qu’elle a montré la vacuité du concept de « race » humaine, et la philosophie, parce que très majoritairement elle a affirmé l’inviolabilité du respect de l’humanité, peuvent et doivent unir leurs efforts pour refuser droit de cité au naturalisme raciste, qui hélas est toujours vivace. Scientifiquement absurde et philosophiquement inacceptable, ce dernier doit recevoir les coups conjugués de la science et de la philosophie, ce qui montre que les querelles épistémologiques ne sont sans doute pas l’essentiel du débat. L’essentiel, c’est l’homme, voilà.

Jean-François Dupeyron

Lycée Victor Duruy, Mont de Marsan



INDEX NOMINUM

Les numéros en italique renvoient aux pages dans lesquelles les auteurs sont cités.



A

Althusser (L.) 14, 38

Andrieu (B.) 12, 25, 28

Aristote 49

B

Bachelard (G.) 25, 26, 38, 45, 48

bachelardien 33

Badinter (….) 17, 18, 19, 20, 21

Beauvoir (S. de) 20

Bergson (H.) 47

bergsonien 50

Bernard (Cl.) 43

Blanckaert (C.) 7

Boudon (R.) 33

Buscaglia (M.) 9

C

Camerico (G.) 20

Canguilhem (G.) 5, 6, 7, 10, 11

Changeux (J.-P.) 12

ChrÈtien (Cl.) 35

Churchland (P.S.) 23

D

Darwin (Ch.) 16

darwinien 16

darwinisme 16

nÈo-darwinien 16

Defert (D.) 22

Delpech (M.) 9

Descartes (R.) 10, 12, 41, 48

non-cartÈsien 41, 46, 47

Dilthey W.) 5

E

Einstein (A.) 34, 41

Engel (P.) 28

F

Feyerabend (P.K.) 23

Fischer (J.-L.) 7

G

Granel (G.) 10

Granger (G.-G.) 13

Grmek (M.D.) 7

Gúthe (W.) 41

H

Halley (Ed.) 36

Hamer (D.) 21

Heidegger (M.) 1

Heisenberg (W.) 47

J

Jacob (O.) 25

Jost (A.) 19

K

Kant (E.) 34

kantien 48

Kovalesky (V.) 16

KoyrÈ (A.) 41

L

Lamarck (J.-B. De Monet, chevalier de)

nÈo-lamarckien 16

Larbi-Bouguera (M.) 11

Latour (B.) 22

Launay (J.) 49

Le Vay (S.) 21

Lecourt (D.) 13, 15, 16, 17, 24

LÈger (G.) 5

Lyssenko (T. D.) 16

Lyssenko (T.D.) 15, 17

lyssenkisme 17

M

Malthus (Th. R.)

malthusien 15

Malthus (Th.R.) 16

Marx (K.) 39, 40

marxiste 37

marxiste 39

Mendel (G.) 15

Mendel (J.G.) 16, 17

Metchinov (I.) 16

Moissonnier (M.) 39

Muglioni (J.) 32

Mullis (K.B.) 9

N

Newton (I.) 34

newtonien 47

Nietzsche (Fr.) 49

P

Pacherie (….) 23

Pichot (A.) 5

Planck (M.) 41

PoincarÈ (H.) 32

Popper (K.) 25

poppÈrien 36

Pracontal (M. de) 22

R

Reboul (J.) 1

Rey (R.) 5, 7

Roger (J.) 5, 7

Rorty (R.) 23

S

SÈris (J.-P.) 5

Serres (M.) 48

Setchenov (I.) 16

Seytre (B.) 11

Signoret (J.-L.) 5

Socrate 32

Stengers (I.) 13

Sullerot (….) 19

Swain (G.) 5

T

Taminiaux (J.) 1

Taylor (Fr. W.) 40

Tiberghien (G.) 11

Timiriazev (K.) 16

V

Veyne (P.) 38

Vincent (J.-D.) 6, 22

W

Weismann (A.) 15, 17

Z

Zola (….) 37




`

Ouvrage édité par Fabien Grandjean – PAU 1998

Est publié ici l’addendum aux actes du stage de formation en philosophie qui fut organisé par la M.A.F.P.E.N., en collaboration avec M. Christian Souchet, Inspecteur Pédagogique Régional, et l’Association Régionale des Professeurs de Philosophie de l’Enseignement Public, à Orthez les 16 novembre, 14 décembre 1994, 18 janvier et 14 février 1995. Ces journées ont porté sur le thème de l’Épistémologie et ont associé le travail en auto-formation de vingt Professeurs du Secondaire, des départements des Landes et des Pyrénées atlantiques, et l’intervention d’Universitaires, Elisabeth Rigal et Jean-Michel Roy.
Ont contribué à ce volume :


A. Andrieu — Histoire des sciences de la vie et épistémologie : réductions et réductionnismes
J.-F. Dupeyron — Scientificité, vous avez dit scientificité ?

Couverture : Puits antique à margelle basse, Néméa (Péloponnèse)

Photo Jean-Victor Vernhes

1 Cet article a été écrit au cours de la période qui a vu la disparition des historiens des sciences Jacques Roger (1920-1990), Roselyne Rey (1951-1995) ; Jean-Pierre Séris (1941-1994) ; Gladys Swain (1945-1993), Jean-Louis Signoret et Georgette Légée…*, afin de situer l’école française qui poursuit ses recherches en histoire des sciences par rapport à celles des épistémologues, philosophes des sciences, sociologues des sciences et vulgarisateurs scientifiques.

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*À ces noms est venu s’ajouter, depuis notre intervention à Orthez, celui de Georges Canguilhem.

2 L’eugénisme ou les généticiens saisis par la philanthropie, Parris, Hatier, 1995, p. 3.

1 J.-D. Vincent, La biologie des passions, Paris, O. Jacob, 1986, p. 117.

2 G. Canguilhem, « Objet de l’histoire des sciences », Études d’histoire et de philosophie des sciences, Paris, Vrin [1968], éd. 1982, p. 15.

3 Ibidem, p. 17.

1 Par exemple, la recherche de la sélection dans la transmission du patrimoine génétique présuppose l’idéologie de l’eugénisme.

2 Jacques Roger, « Pour une histoire historienne des sciences » [1984], in Pour une histoire des sciences à part entière, Paris, Albin Michel, 1995, p. 48.

3 Grmek (Mirko D.), « Quelques mythes méthodologiques en histoires des sciences », in Nature, Histoire, Société. Essais en hommage à J. Roger, éds. : C. Blanckaert, J.-L. Fischer, R. Rey, Paris, Klincksieck, 1995, p. 21-27.

1 Marino Buscaglia, « Pour une histoire spécifique de la méthode en biologie », Archives des sciences, Genève, vol. 47, fasc. 2, sept. 1994, p. 4.

2 P. C. R. : Polymerase Chain Reaction. Initialement mise au point en 1985 par K. B. Mullis et ses collaborateurs, de la société américaine Cetus à Emeryville, cette technique d’amplification in vitro de l’ADN permet d’obtenir en un bref laps de temps un très grand nombre de copies de la portion d’ADN que l’on désire étudier. Cf. M. Delpech, « Un nouvel outil pour le diagnostic médical »
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