Pour les amoureux et les combattants








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date de publication12.09.2017
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Pour les amoureux et les combattants

Par Dean Spade



Depuis ces cinq dernières années environ, de plus en plus de mes connaissances commencent à parler du polyamour et à le pratiquer. Dans les communautés auxquelles j’appartiens, les queers et les trans passent de plus en plus de temps à discuter ces idées ensemble et à produire des analyses à leur sujet. Beaucoup de personnes ressortent toujours le lieu commun « ça ne peux pas marcher », mais beaucoup d’entre nous vivent en permanence des identités et des pratiques dont on nous a dit toute notre vie qu’elles ne pouvaient pas marcher, et je vois des gens résister au « bon sens » de la monogamie comme nous résistons déjà au « bon sens » dont nous avons hérité culturellement à propos des races, des classes, du genre et de la sexualité.
Je ne pense pas qu’il soit exagéré de considérer que remettre en question les limites de la monogamie est compatible avec les idées politiques queer, trans, féministes, anticapitalistes et anti oppression sur lesquelles se centre l’essentiel de mes pratiques personnelles et politiques. Quand je réfléchi à ce sujet, je commence souvent par le féminisme, où tant de mes premières interrogations politiques ont débuté pendant mon adolescence. Penser à la propagande antiromantique du mouvement féministe des années 70 m’encourage toujours. Est-ce que vous en avez déjà vu ? Une des choses qui me vient à l’esprit est une affiche – une photo d’un homme et d’une femme qui marchent main dans la main dans un parc par un beau jour d’automne avec des tartes écrasées sur leurs visages – et un texte parlant de quelque chose comme tuer le mythe de la romance en dessous. J’ai plusieurs fibres romantiques très solides, mais j’ai toujours été enchanté par ces idées anti-romance (particulièrement en regard des récentes revendications d’accès à une structure familiale hétéro-normative et aux symboles et cérémonies traditionnels de « l’amour » hétérosexuel par les défenseurs du mariage gay).
Ça a été un soulagement pour moi de découvrir à mon adolescence qu’il y avait des féministes qui mettaient en œuvre une critique du romantisme. J’ai vu comment le mythe de l’histoire d’amour monogame hétéro s’arrangeait pour niquer les femmes – pour créer une incitation culturelle à entrer dans les rapports de propriété du mariage, pour placer les femmes dans une position subordonnée dans le couple amoureux, pour définir la valeur de la femme uniquement en termes de succès à trouver et garder une histoire d’amour, pour endoctriner les femmes à dépenser leur temps à se comparer à cette norme et à travailler à changer leur corps, leurs comportements et leurs activités dans l’unique but d’être attirantes pour les hommes et éligibles pour une histoire d’amour. Je considère ce mythe comme délétère pour les gens à titre personnel – parce que cela créé des attentes irréalistes vis-à-vis de nous et des autres et que cela provoque un état constant d’insécurité – mais aussi politiquement parce que ça nous distrait énormément de notre résistance et que ça nous divise (en particulier à cause de ce foutu stéréotype auto-réalisateur selon lequel les femmes sont en compétition les unes contre les autres). Malheureusement, même si les clichés habituels sont centrés sur l’histoire d’amour hétérosexuelle, une bonne part a été également récupérée par les communautés queer et encerclent notre approche du sexe, de l’amour, et de l’histoire d’amour à différents degrés. Il est important d’avoir une critique du romantisme qui examine en quoi c’est préjudiciable pour nous dans nos vies personnelles, et en quoi c’est construit pour alimenter les structures sociales, codifiées par la loi, qui ont été inventées pour dominer les femmes et en faire la propriété des hommes.
J’y pense aussi en termes de capitalisme, dans le sens où le capitalisme nous pousse tout le temps à la perfection, créant des idées sur la bonne façon d’être un homme ou une femme ou une mère ou un partenaire amoureux ou quoi que ce soit d’inatteignable. Le but est que nous soyons constamment en recherche et que nous achetions des choses pour remplir ce trou béant d’insécurité. On est jamais trop riche ou mince (avarice) ou assez riche ou mince (insécurité). Le capitalisme est fondamentalement envahi par la notion de rareté, il encourage les gens à penser que l’on n’a jamais assez pour nous faire agir avec avidité, thésauriser et nous focaliser sur l’accumulation. En effet, le mythe de l’amour est centré sur la rareté : Il n’y a qu’une personne pour vous ! Vous devez trouver quelqu’un à épouser avant d’être trop âgé(e) !!! La règle de l’exclusivité sexuelle est fondée sur la rareté également : Chaque personne n’a qu’une certaine quantité d’attention, ou d’attirance, ou d’amour, ou d’intérêt, et si une part de cela va à quelqu’un d’autre que leur partenaire, celui-ci y perd forcément. On n’applique en général pas cette règle aux autres relations – on ne suppose pas qu’avoir deux enfants signifie qu’on aime moins ou pas du tout le premier, ou qu’avoir plus d’un ami signifie être un mauvais ou un faux ami, ou qu’on s’intéresse moins à ses autres amis. Nous appliquons cette définition particulière de la rareté au romantisme et à l’amour, et la plupart d’entre nous ont profondément internalisé ce sentiment de rareté.
Ce qui m’amène à un autre point central pour moi. Une des choses que je me vois faire quand je pense à ce truc est de constater à quel point beaucoup de personnes que je connais sont vraiment formidables, mais montrent leur pire coté, leurs pires comportements, à la personne avec qui ils sortent. Avec cette personne ils vont être super demandeur ou dépendant, dominant, possessif, jaloux, méchant, irrespectueux ou inconsidéré. J’ai constaté cette tendance chez moi aussi. Ce n’est pas dénué de sens. Le mythe romantique est lardé de tellement d’insécurités et la sexualité est ensevelie sous la pudibonderie : nous pouvons devenir notre double monstrueux dans ce type de relations. J’ai aussi vu des gens accorder la priorité à ces relations au détriment de tout le reste – laissant tomber leurs amis, mettant tous leurs œufs émotionnels dans le même panier, et créant une dynamique malsaine avec les personnes avec lesquelles ils sortent à cause de ça. Ça devient simultanément la relation la plus importante, et celle où les gens agissent avec le moins de confiance en eux.
Un de mes buts, quand je pense à la redéfinition de la façon dont nous envisageons les relations entre les gens, est d’essayer de davantage traiter les personnes avec qui je sors comme je traite mes amis – être respectueux et prévenant, respecter leur limites et avoir des attentes réalistes – et d’essayer de davantage traiter mes amis comme je traite les personnes avec qui je sors – leur accorder une attention spéciale, tenir mes engagements à leur égard, être loyal, et m’investir profondément dans notre futur commun. Dans les communautés queer auxquelles j’appartiens, accorder de la valeur à l’amitié est très important, en grande partie parce que beaucoup d’entre nous n’ont pas de support familial et ont créé de solides structures de support avec les autres queers. Il est de notre intérêt de résister à la structure familiale hétéro-normative où on attend des gens qu’ils forment un couple, se marient, aient des gosses, et trouvent tous leurs besoins satisfaits à l’intérieur de la structure familiale. Beaucoup d’entre nous trouvent cela malsain, une nouvelle technologie du capitalisme post-industriel tardif qui participe à l’éloignement des gens de leur communauté et les pousse à penser en terme d’individualité, à valoriser la petite unité de la famille nucléaire au détriment de la famille étendue. En conséquence, remettre en question la différence de statut de nos amis et de nos partenaires et nos comportements vis-à-vis d’eux, et essayer de rétablir l’équilibre, est un premier pas dans notre travail de création de familles choisies et de résistance à l’annihilation des communautés que vise le capitalisme.
Je pense que le polyamour est devenu un sujet de discussion et d’analyse de plus en plus important dans les communautés trans dont je fais partie ces dernières années. En un sens, c’est logique que ça soit un domaine de pratiques de résistance émergentes dans des communautés qui résistent aux normes de genre et brisent les règles du genre. En relâchant nos liens à la binarité de genre, nos idées sur ce que c’est d’être un homme ou une femme convenable se relâchent aussi. Alors que nos idées auparavant strictes sur nos propres genres dégringolent, nous devenons souvent, par la même occasion, plus expérimentaux avec le genre et l’orientation sexuelle. Des gens qui se sont toujours vus dans un rôle très particulier, comme disons, lesbienne butch, et qui maintenant remettent en cause cette association de genre et commencent à déconnecter la biologie et le genre et à penser l’expression de genre de façon plus fluide, peuvent se retrouver intéressés par des expérimentations sexuelles avec des personnes de genres différents également. J’ai vu de nombreuses personnes transitionner de l’identité lesbienne à celle d’homme trans, ou trans masculin, vouloir expérimenter l’identité pédé, ou baiser d’autres personnes trans ou des hommes non trans. Il s’agit en partie de commencer à ressentir de nouveaux points de résistance dans le sexe queer d’une nouvelle façon – voir son corps d’une nouvelle façon et sentir qu’on peut faire plus de choses avec et donc décider ce que ces nouvelles choses signifient pour vous. Ce n’est certainement pas vrai pour toutes les personnes trans, mais je l’ai souvent vu.
Pour les gens vivant à la périphérie du genre traditionnel, être perçu dans différents genres à différents moments et finir par comprendre à quel point l’assignement de genre est subjectif, et à quel point l’appartenance à n’importe quel rôle de genre peut être fugace, peut générer de nouvelles envies d’expérimentation et augmenter l’indépendance et le plaisir. Tout d’un coup, cette chose qui a toujours été considérée comme acquise dans notre culture – que tout le monde est soit homme, soit femme toute la vie, et que cette différence est inscrite « naturellement » dans nos gènes – s’écroule quand certains vous perçoivent comme une femme et d’autres comme un homme, quand le genre commence à tomber en morceaux : poils, torse, vêtements, démarche, voix, gestes, etc. Même pour les personnes trans qui finissent par rejoindre une identité masculine ou féminine stable qui correspond aux normes de genre traditionnelles, beaucoup ont leur image de la stabilité du genre profondément perturbée par le fait de changer de genre et de voir le monde d’un nouveau point de vue. D’autres, comme moi, qui continuent à occuper une position qui défie les attentes traditionnelles vis-à-vis du genre et qui, donc, sont perçus de tout un tas de manières pour tout un tas de raisons, font l’expérience constante de l’instabilité du genre, et ont en général de nombreuses histoires drôles et effrayantes à raconter à propos de la fluidité de la perception.
Pour certaines personnes le sexe est l’endroit où se confirment les rôles de genre, et avoir des relations sexuelles avec des gens qui vous perçoivent et vous traitent en fonction du genre que vous exprimez peut être une expérience vraiment merveilleuse et émancipatrice. Quand j’ai commencé à être out en tant que trans, c’était primordial pour moi de pouvoir explorer mon genre en ayant des relations sexuelles avec des gens qui voulaient jouer avec le genre et qui me voyaient respectueusement comme je me voyais moi-même. Pour les gens qui expérimentent avec le genre, ce qu’ils pensent de leur genre ou la façon dont ils l’expriment, vouloir avoir différentes sortes de relations sexuelles avec différentes sortes de gens peut constituer une part importante de ce processus d’exploration.
Dans les communautés dans lesquelles je suis, ça a donné lieux à plein de discussions intéressantes. Pour les couples où une personnes commence à s’identifier comme trans, ça peut vouloir dire reconnaître que les deux membres du couple peuvent avoir une orientation sexuelle qui ne dépend pas du genre de l’autre – par exemple un couple où la femme non trans s’identifie comme lesbienne et fem et son petit ami trans s’identifie comme pédé. Ça a aussi encouragé certaines personnes à ouvrir leur relation pour que les deux membres puissent faire les expériences qu’ils veulent en leur laissant la possibilité de rester ensemble d’une façon qui fonctionne et qu’ils aiment vraiment. Pour d’autres personnes que je connais et qui n’ont pas de partenaire principal, le polyamour les autorise à être coquin et cochon avec toutes les personnes qui les attirent sans être jugé ou considérés comme infidèle ou menteur. Pour les personnes socialisées en tant que femme, ça peut être extrêmement important. Nous sommes élevés dans l’idée que le plaisir sexuel n’est pas pour nous, que rechercher du plaisir c’est être une salope, que nous devons être moins sexuel(le)s que les hommes, que le sexe est un service que l’on fournis pour obtenir engagement et structure familiale de la part des hommes. Aller au delà de ça, prendre possession de son plaisir sexuel et être autorisé à le poursuivre est un acte radical pour tout le monde dans notre culture pudibonde, mais particulièrement pour les personnes élevées en tant que femmes, à qui l’ont dit d’être sexy (pour la consommation des autres) sans rechercher de plaisir. Les féministes radicales pro-sexe ont forgées ces idées dans les années 80 et j’en vois l’écho dans le désir des communautés dans lesquelles je suis de saisir à bras le corps la liberté sexuelle et l’expérimentation.

Le problème de l’expérimentation et des différentes sortes d’affirmations qui viennent du sexe concerne aussi nos idées sur l’identité. La culture libérale merdique nous dit d’être aveugle aux différences, et les stupides mythes romantiques que l’amour est aveugle. Mais les radicaux qui reconnaissent que l’identité est un vecteur majeur de privilège et d’oppression savent que l’amour, le sexe et la culture ne sont pas aveugles à la différence, mais plutôt que la différence joue un rôle majeur dans le sexe, les histoires d’amour et la structure familiale. Nous comprenons aussi qu’expérimenter et reconnaître les identités dans lesquelles nous vivons ou sommes perçus est important, et que trouver une communauté de personnes comme nous peut être émancipateur et salutaire. Pour cette raison, beaucoup d’entre nous peuvent vouloir aussi expérimenter dans ces voies. Par exemple, on peut être dans une relation dans laquelle on est super investi, mais quand même avoir une expérience en dehors de cette relation avec quelqu’un qui partage avec nous une caractéristique que ne possède pas notre partenaire, que ce soit la race, la langue, l’âge, la classe sociale, l’aptitude, la transidentité, ou autre chose. Notre radicalisme nous dit que nous n’avons pas à faire comme si ces choses n’avait pas d’importance, et que nous pouvons faire honneur aux diverses connections, basées sur des identités partagées ou différentes, que nous avons avec les gens. Si nous aimons nos partenaires et nos amis, il est normal de vouloir qu’ils aient des expériences qui leur permettent de s’affirmer ou qui sont importantes pour eux, et de ne pas laisser les règles de l’exclusivité sexuelle faire de nous des obstacles pour notre développement personnel mutuel.
La notion de base qu’il y a derrière une grande partie des choses que j’écris ici c’est : qu’est-ce signifie pour nous d’aimer d’autres gens ? Est-ce les posséder, trouver auprès d’eux la sécurité ou la satisfaction de tous nos besoins, les traiter n’importe comment en sachant qu’ils seront toujours là ? Je n’espère pas. Ce que j’espère que l’amour soit – qu’il soit platonique, romantique, familial ou communautaire – c’est le désir sincère que l’autre ai ce dont il a besoin pour être complet et développer au mieux ses capacités au bonheur ou quoique ce soit qu’il se soit fixé comme but.
Étant quelqu’un de jaloux, ça m’intéresse d’établir des relations d’amour et de confiance qui ne dépendent pas de l’exclusivité sexuelle avec des gens, parce qu’une part de ma jalousie, et peut être une partie de la jalousie dans le drame culturel constamment représenté à la télé de « L’Autre femme », « L’Aventure » et le sentiment de totale trahison attaché au sexe en dehors d’une relation, est que le désir excède toujours son contenant – nous savons tous ça par l’expérience de notre propre désir. Peu importe combien nous aimons et voulons et adorons et bandons pour nos partenaires, nous ressentons aussi du désir en dehors du couple, et le mythe romantique (une personne pour chacun, trouvez là, aimez la, achetez des choses avec elle et vous serez heureux pour toujours), qui nous est enfoncé dans le crâne de notre naissance à notre mort, rend cette vérité terriblement menaçante. Donc le but, pour moi, est de commencer à reconnaître que l’engagement, l’amour et l’intérêt pour le bien-être de quelqu’un d’autre n’implique pas forcément la mort de tout désir sexuel pour d’autres personnes ; ou d’essayer de désapprendre que ce soit le cas. Le but pour moi est de créer des relations basées sur une notion de confiance plus profonde et réelle. De cette façon l’amour n’est plus défini par l’exclusivité sexuelle, mais par du respect, de la prévenance, l’engagement à agir avec de bonnes intentions, la prise de responsabilité pour ses actions, et un désir de développement réciproque.
Pourtant, malgré tout ce que j’ai exprimé ici, j’ai aussi de sérieuses inquiétudes vis-à-vis de la pression en faveur du polyamour parmi mes amis. Parfois, je le vois émerger comme une nouvelle norme sexuelle, et une base de jugement et de coercition. Dans certains cercles dans lesquels je suis, c’est devenue la seule façon « radicale » d’être sexuel. Ceux qui sont en couple monogame, ou dont c’est pas tellement le truc, sont jugés. Je vois aussi, peut être plus souvent, la norme poly pousser les gens à se juger durement quand ils ressentent de la jalousie. Avoir la moindre émotion, et plus encore l’admettre, est vraiment découragé dans notre culture. Nous sommes encouragés à prendre de la distance avec nous même et les autres, à nous guérir de nos mauvaises émotions par les médicaments ou l’achat compulsif, et on nous fait croire que la perfection et le bonheur total sont la norme et que si on s’en éloigne, cela tiens de l’échec personnel ou d’un déséquilibre chimique. Ce qui a pour résultat beaucoup de refoulement. Beaucoup de gens, dans les communautés dans lesquelles je suis, particulièrement ceux qui ont subit des violences sexuelles ou qui ont été élevés en tant que femmes dans notre culture de viol, ont suffisamment de mal à identifier ce qui est ok pour eux au niveau sexuel – ce qu’ils veulent, ce qui va trop loin, ce qu’ils ressentent réellement – et à se sentir le droit de l’exprimer. Nous n’avons certainement pas besoin de davantage de messages qui nous disent que ce que nous ressentons au sujet du sexe et de la sécurité est mauvais.
Ça m’a dérangé de voir apparaître une dynamique dans laquelle des gens créaient la nouvelle norme poly pour ensuite se détester s’ils n’arrivaient pas à s’y tenir. S’ils ne sont pas parfaitement non-jaloux, non-menacés, et immédiatement et totalement enthousiasmés par les exploits de leur partenaires, c’est qu’ils ont quelque part échoués. J’ai ressenti ça moi-même. Frustré du fait que bien que mon intellect adopte cette approche du sexe, ma réaction émotionnelle était parfois très importante et indéniablement négative. A un moment, c’était devenu la nouvelle perfection inatteignable que j’utilisais pour me torturer, j’étais tellement embarrassé que je ne pouvais même pas admettre devant mes amis à quel point je me sentais mal quand j’étais submergé par la jalousie, et je devenais de plus en plus distant avec mes partenaires au fur et à mesure que j’essayais de cacher ces sentiments honteux et envahissants.
Ça ne ressemblait pas à la pratique radicale et révolutionnaire que j’espérais. En fait, c’était même très familier, comme les autres traumatismes de qui a grandis sous le capitalisme – perte de contact avec moi-même et les autres, insécurité constante, méfiance, peur, haine de soi, doute, sentiment d’infériorité. Je n’ai pas de réponse à ce problème. J’ai seulement de l’espoir, pour moi et les autres, et beaucoup de questions. Comment reconnaître l’inadéquation du mythe romantique tout en reconnaissant son influence profonde sur ma vie sentimentale ? Comment équilibrer ma compréhension intellectuelle avec mes habitudes et attentes émotionnelles les plus profondément ancrées ? Il me semble que la meilleure réponse à tout ça est d’avancer comme nous le faisons pour le reste de notre activisme, prudemment et lentement, en s’appuyant sur nos principes les plus limpides, avec confiance et de l’empressement à faire des erreurs. La difficulté d’avoir des relations ouvertes ne doit pas être une raison pour ne pas essayer, mais ça doit être une raison pour ne pas créer de nouvelles normes punitives dans nos communautés ou dans nos têtes. Nous avons déjà accomplis des choses difficiles. Nous nous battons contre des oppressions intériorisées, nous avons choisi de vivre nos vies d’une façon que nos familles considèrent comme impossible, idéaliste, ou dangereuse, et nous éprouvons de la joie à résister avec imagination aux limites de notre culture et de notre système politique, à la fois à l’extérieur et dans nos esprits.
Une chose que j’ai apprise ces dernières années c’est que c’est un processus assez long pour moi. A chaque fois que j’essaye de plonger dans le polyamour avec plusieurs partenaires rapidement, je me sens très mal et je fini par perdre ma capacité à être avec eux tellement je suis mal à cause de ma propre jalousie. Je déteste le sentiment d’avoir un double standard et d’être un monstre. Alors maintenant j’essaye de savoir comment je peux avoir des relations qui ne sont pas basées sur l’exclusivité sexuelle, mais où je puisse être suffisamment à l’aise pour admettre ce qui m’arrive et ne pas me pousser là où je ne veux pas être – aller assez lentement pour voir ce qui marche pour moi et ce qui ne marche pas. Ce n’est pas facile et toujours assez mystérieux pour moi.
Parfois quand je prend le métro j’essaye de regarder chaque personne et d’imaginer à quoi elle ressemblerai pour quelqu’un qui serai complètement amoureux d’elle. Je pense que tout le monde a quelqu’un qui le regarde comme ça, que ce soit un amant, un parent, ou un ami, qu’on le sache ou non. C’est une chose merveilleuse, de regarder quelqu’un qui ne m’attirera jamais et de penser à ce que cela peut faire de le regarder pour une personne qui dévore chaque parcelle de son image, qui a d’invisibles fils connectés à toutes les parties de son corps. Je trouve que ce passe-temps amusant est un moyen de cultiver la compassion. C’est agréable de penser aux gens de cette façon, et d’utiliser cette part de mon esprit qui est traditionnellement réservée à une petite partie des gens que je rencontrerai dans ma vie pour apprécier la population générale. J’aimerai penser aux gens de cette façon plus souvent. Je pense que c’est le contraire de ce que notre culture nous enseigne. Nous préférons examiner les gens pour découvrir leurs défauts. Cultiver ces sentiments d’amour et d’appréciation pour des gens au hasard, et même pour des gens que je n’aime pas, me rend plus indulgent et reconnaissant envers moi même et les personnes que j’aime. Et puis c’est aussi vraiment un très bon passe-temps.
Je n’ai pas de recette pour avoir des relations réussies, et je ne pense pas que l’on doive en avoir. Le but d’une grande partie de mon travail est d’éliminer les mécanismes coercitifs qui forcent les gens à se soumettre aux normes familiales et de genre hétéro-centrées. Souvent les gens se trompent et pensent que moi et les autres activistes trans essayons d’effacer le genre et de rendre tout le monde androgyne. En fait, ça me semble un peu ennuyeux. Ce que je voudrai voir, c’est un monde dans lequel les gens ne seraient pas criminalisés, bannis de leur famille, privés d’aide sociale, harcelés sexuellement à l’école, soumis à une psychiatrisation forcée ou empêchés de se loger parce qu’ils organisent leur genre, leur désir ou leur structure familiale d’une façon qui enfreint la norme. J’espère que nous pourrons construire cette vision en la mettant en pratique dans nos propres communautés queers et activistes et dans notre approche de nous-même. Soyons doux avec nous-même et entre nous et féroces quand nous combattons l’oppression.

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