Le projet aliéniste, la nosologie et la décomposition des fonctions mentales








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Le projet aliéniste, la nosologie et la décomposition des fonctions mentales.
Philippe Huneman (IHPST (CNRS/ Université Paris I Sorbonne)

--Introduction. Normes et fonctions.

Les énoncés fonctionnels en biologie et en psychologie ont par définition une dimension normative. Dire qu’un trait ou un processus a une fonction implique que certaines de ses occurrences peuvent toujours ne pas fonctionner : il doit toujours être possible de dire « le rein a la fonction d’éliminer les toxines mais ce rein-ci fonctionne mal. » Toute attribution de fonction instaure donc une dichotomie entre activité normale – qui accomplit correctement la fonction – et activité anormale – qui manque à l’accomplir. Cette particularité du concept de fonction, sur laquelle la philosophe analytique s’est récemment penchée avec insistance (Neander 89, Millikan, 89, Dretske 89, etc.) justifie le rôle fondamental que joue l’étude de l’anomalie dans les sciences biologiques comme psychologiques. En effet, l’envers de la relation évoquée entre fonction et norme, c’est que la mise en évidence d’une anomalie permet de préciser ce qui est la fonction normale. D’où l’intérêt majeur du pathologique pour l’étude du normal – du physiologique, du psychologique, du développemental, etc. La psychopathologie aide à éclairer les fonctions mentales de la même manière que la tératologie offre des aperçus précieux sur ce qu’est une embryogenèse normale.

Plus précisément, cette relation selon laquelle l’anormal s’avère la ratio cognoscendi de la fonction peut prendre deux grandes formes alternatives. Selon la première, que j’appellerai « anomalie amplifiante », l’anormal est comme un grossissement du normal. Basée sur le principe de Broussais – « le pathologique est une modification quantitative du physiologique » – que reprit Claude Bernard et que critiqua longuement Canguilhem à ses débuts, cette approche correspond à la métaphore du cristal employé par Freud : de même qu’en se cassant, le cristal révèle ses lignes de force, de même, les mécanismes psychopathologiques ne sont jamais que l’exagération de mécanismes usuels de l’appareil psychique – comme l’illustre la relation entre rêve et névrose.

L’autre approche, que j’appelle « anomalie analytique », au contraire est exemplairement représentée par les recherches en génétique moléculaire : lorsque les spécialistes du développement ont remarqué qu’en neutralisant un certain gène, et ses homologues dans plusieurs espèces, ils bloquaient le développement de l’œil, ils ont assigné à ce gène la fonction de promouvoir le développement de l’œil et l’ont appelé eyeless (Gilbert X, Gerhardt Y). Ici, l’anomalie révèle donc la fonction normale par un effet de contraste. Le travail de Goldstein sur les cérébrolésés (Goldstein 1940), ou bien plus généralement maintenant l’investigation des localisations cérébrales à partir de l’étude de ces mêmes patients, relève entièrement de cette approche : en substance, si le sujet, privé de l’aire du cerveau Y, n’arrive plus à faire la tâche X (que l’on pouvait croire confondue ou imbriquée dans de nombreuses tâches usuelles plus complexes) alors la fonction de la zone Y est de faire X.

En psychologie, donc, ces deux approches coexistent. L’objet du présent article est d’étudier comment l’étude des malades mentaux dans la psychiatrie naissante, soit ici l’aliénisme de Pinel, s’articule sur le projet d’une décomposition des fonctions naturelles de l’esprit humain. Je soutiendrai ici que la perspective de Pinel relève de la seconde approche évoquée.

Après avoir retracé dans ses grandes lignes le projet pinellien (lequel bénéficie aujourd’hui d’une large couverture historiographique, suffisante pour ne pas trop s’étendre ici1), j’examinerai le rôle de la décomposition des fonctions mentales dans la nosologie aliéniste. Je terminerai par une analyse du statut de l’anormal telle qu’il se dessine dans l’aliénisme, conçue dans l’entremêlement du psychologique et du psychopathologique, au croisement de perspectives politiques et théoriques – conception dont les images ultérieures de la folie ont hérité.
1. Le projet pinellien
L’histoire a retenu de Pinel le Traité médico-philosophique de l’aliénation mentale ou la manie (1802, 2nd éd. 1809) et le geste célèbre, immortalisé par une peinture illustre, de la libération des aliénés. Michel Foucault, puis Gladys Swain définitivement, ont épuisé le sens historique de ce geste et de sa représentation légendaire2. Mais le Traité lui-même s’inscrit dans un contexte médical et politique riche, difficilement négligeable.

Médicalement parlant, Philippe Pinel est l’auteur déjà célèbre de la Nosographie philosophique. L’époque est à un tournant entre les grands systèmes de médecine nosologique (Sydenham, Boissier de Sauvages, Hunter, etc.), dont le but est de classifier les entités morbides, et la médecine clinique (Corvisart, Laennec, Broussais), qui déchiffre les signes témoignant à la surface des lésions organiques et fonctionnelles des corps, et à cette fin invente aussi bien un langage qu’un ensemble de techniques (auscultation, percussion, etc.) (Foucault, Naissance de la clinique, Ackerknecht, Paris Medicine, Albury, Lesch) Pinel est le dernier des systématiciens, et en même temps, proche des cliniciens, puisque l’un des principes peu exploité du livre est de classer les inflammations selon les tissus qu’elles affectent, principe que Bichat – un temps son élève - systématisera pour en faire l’anatomie pathologique, laquelle sera appelée à jouer un rôle central dans la médecine clinique.

Philosophiquement parlant, la France de la fin XVIIIème est marquée par Condillac et Locke, par l’empirisme (et donc la méfiance envers les « systèmes »), et se prépare à faire triompher les Idéologues, dont Pinel sera très proche (Rosen, * ; Granger, *). Pour ces Idéologues, à la suite de Condillac, la science est avant tout une langue bien faite ; cette rectitude de la langue repose sur la nomination adéquate des entités élémentaires, lesquelles composent ensuite les entités complexes. Le projet classificatoire – tel que l’illustre parfaitement la nosologie médicale – est donc essentiel dans cette vison de la science. Inversement, une nosologie doit reposer sur l’identification des éléments simples, à partir desquels les entités que l’on rencontre dans le concret sont composées. La révolution de la science dans cette France prérévolutionnaire se fait sous l’enseigne de cette revendication condillacienne : Lavoisier identifie les corps purs à la base de toute chimie, Bichat construit son anatomie générale sur l’identification des 21 tissus élémentaires dont les diverses compositions constituent ces organes que la physiologie ancienne avait toujours et erronément pris pour ses objets ; enfin Pinel identifie les entités pathologiques essentielles dont sont composées les maladies. Le projet du Traité s’inscrit dans cette veine : la folie aussi a ses variéiés, comme l’a toujours pressenti la tradition psychiatrique qui identifiait depuis longtemps la bipolarité mélancolie-fureur (Jackson, *), les diverses démences, etc. – mais il s’agit maintenant d’identifier les espèces élémentaires de folie, celles dont se composent toutes les autres.

En ce sens, le Traité se place exactement entre la nosologie médicale et le projet des plus psychologues des Idéologues, projet d’identifier les fonctions élémentaires de l’esprit – à la suite de Condillac qui, dans son Traité des sensations entre autres avait cru discerner par une genèse fictionnée de l’esprit total un moyen d’en disséquer les diverses fonctions. Comprendre comment le Traité de l’aliéniste rend possible une décomposition fonctionnelle, revient alors à spécifier la place de la psychiatrie entre ces deux projets de retour à l’élémentaire et de décomposition en entités élémentaires – d’analyse, finalement – que sont la psychologie post-condillacienne et la nosographie médicale selon Pinel.

L’autre élément majeur du contexte du Traité, c’est la médicalisation de l‘hôpital (Foucault X, Weiner, Y) : la seconde moitié du siècle voit un mouvement général de transformation des hôpitaux, lieux de secours religieux à la misère sanitaire et morale, en hôpitaux, lieux de guérison médicalement investis. Le pouvoir central délègue plusieurs rapporteurs pour visiter des hôpitaux pour envisager cette transformation possible – ce sera le fameux mémoire de Tenon de 1780 – et localement des conflits de pouvoir se déchaînent entre bonnes sœurs, curés et médecins dans les institutions hospitalières (Gelfand, *). C’est ce mouvement qui propulse Pinel directeur de la Bicêtre en 1790, et le met en position de voir la spécificité des fous – leur différence avec des criminels dangereux, des monstres, etc. – ainsi que de recueillir le sens de la pratique de communication avec eux (on n’ose pas dire de « gestion des fous » - Rey *, Scull, *, qui développent cette dimension) élaborée par ceux qui, non médecins, étaient à leur contact quotidien, comme le surveillant Pussin.

Pinel part donc du constat d’un écart : il y a des pratiques, qui sont dans certains cas efficaces, mais que l’on ne thématise pas, et que parfois l’on garde secrètes : c’est selon lui le tort des Anglais qui, avec l’asile quaker de La retraite à York, fondé par William Tuke, ou bien avec le célèbre Bedlam réformé par Haslan, ont rencontré de vifs succès thérapeutiques ; d’un autre côté on trouve chez les grands médecins, Sydenham, Willis, John Hunter ou Boissier de Sauvages -pour ne citer que les auteurs récents qui consacrèrent un ou deux volumes aux maladies mentales dans leur nosologie – une vision systématique de la folie qui ne correspond pas avec ces pratiques. Il s’agit donc pour Pinel de systématiser les pratiques elles-mêmes à partie d’une compréhension analytique de la folie qui leur soit adéquate – d’où l’ambition philosophique, soulignée dans le titre, comme étaient « philosophiques » car systématiques ses nosographies médicales antérieures.

La thèse du Traité est alors triple, il suffit de considérer la nouveauté de son titre pour en avoir un aperçu. Dans l’Encyclopédie, soit 40 avant à peu près, « Folie » bénéficie de deux articles, « Folie (morale) » (par d’Aumont) et « Folie (médecine) » par Ménuret de Chambaud, célèbre et important médecin vitaliste. L’ouvrage de Pinel est « médico-philosophique » : la morale n’y a plus de place, la folie relève intégralement de la médecine. Elle ne s’appelle d’ailleurs plus « folie » mais aliénation, afin d’éviter les connotations morales ordinaires, qui font qu’on peut parler des petites folies de tout un chacun, de la folie du monde, etc (TMP, p.*).

Triple revendication du Traité, donc : la folie est une maladie ; elle comprend une classe de maladies curables (parce qu’elle n’est pas réductible à un unique type d’affection du cerveau : souvent l’anatomopathologie ne décèle pas chez les aliénés de lésion cérébrale notable) ; elle se soigne à l’hôpital, par un type de médecin spécifique, l’aliéniste (sur cette différence spécifique, cf. Huneman 2006) ; enfin, cette cure s’appelle « traitement moral » (mais ne consiste pas à « faire la morale » : c’est bien une technique thérapeutique, qui requiert un savoir particulier, comme un dispositif de relation spécifique, uniquement procuré à l’asile).

Ce nouveau médecin, qu’a-t-il à dire de neuf sur les fonctions mentales ?
2. La distribution des fonctions

Le Traité est parfois d’un lecture étrange car, à rebours de son ambition systématique, il ressemble à une suite de vignettes cliniques entrecoupées de considérations théoriques récurrentes. La raison en serait que la folie, la « manie », est au carrefour de plusieurs disciplines : « Peu d’objets en médecine sont aussi féconds que la manie, en points de contact nombreux, en rapprochement nécessaires entre cette science, la philosophie morale et l’histoire de l’entendement humain » (p.3) Plus que la médecine ordinaire, la médecine aliéniste noue des liens serrés avec la psychologie, entendue selon une définition lockéenne ou condillacienne, comme « historie de l’entendement humain ». Histoire signifie aussi bien la description raisonnée du développement du mental, que le recensement systématique d’espèces au sens de l’histoire naturelle de Linné. En ce sens, on ne s’étonnera pas que l’enquête théorique de Pinel use des mêmes méthodes que l’histoire naturelle, soit le recueillement de faits, la comparaison afin de faire ressortir les variables élémentaires, et enfin l’établissement d’une taxonomie : « La marche imposante qu’ont communiquée dans ce siècle à l’histoire naturelle l’esprit d’observation, un langage aphoristique et des méthodes de classification, ne doit-elle point servir d’exemple en médecine, et chaque objet nouveau de recherche n’en montre-t-il pas la nécessité ? » (TMP 1). La méthode de l’histoire naturelle implique alors la reconnaissance d’entités élémentaires stables qui composent le complexe – et ceci à deux niveaux : les espèces composent les genres, les individus complexes se décomposent en parties simples. « Je pris donc pour guide la méthode qui réussit constamment dans toutes les parties de l’histoire naturelle (…) d’abord recensement général de tous les aliénés de l’hospice, avec une examen successif de l’état de chacun d’eux, pour reconnaître la nature de leurs écarts ; dans le cours de l’année, notes historiques sur les nouveaux venus, et journaux d’observation sur les uns et les autres, relativement aux changements qu’ils éprouvent suivant les diverses saisons, attachement à la méthode descriptive. » (TMP, 2)

Pinel présente son traité comme l’imposition progressive de l’ordre du langage et de la science sur un double chaos : chaos des discours antérieurs sur la folie, où les diverses systèmes brouillent les faits, et chaos de l’hospice lui-même, lorsqu’il y fait face pour la première fois à Bicêtre : « Tout m’offrit l’image de la confusion et du chaos : là c’étaient des aliénés sombres et silencieux, ici des furieux aux yeux hagards dans un continuel délire, etc. » (TMP 1) L’analyse de la folie, selon cette méthode de l’histoire naturelle déjà représentée en psychologie par « l’histoire de l’entendement humain » selon Locke ou Condillac, est signifiante aussi bien sur le plan théorique que sur le plan de la thérapeutique et de la politique de la folie : en distinguant les diverses espèces d’aliénation, on pourra à la fois diversifier le traitement médical, et mieux penser la répartition des aliénés dans les hospices, soit établir la « police des hôpitaux » : « C’est un terme heureux que celui d’aliénation mentale, pour exprimer dans toute leur latitude les diverses lésions de l’entendement ; mais il importe d’autant plus d’analyser ses diverses espèces, et de les considérer séparément et d’en déduire ensuite les règles du traitement médical et celles de la police intérieure à suivre dans les hospices. » (14)

Alors, la question du découpage authentique en fonctions mentales sera au cœur de cette articulation méthodologique entre aliénisme et « histoire naturelle de l’entendement humain ». Sans ce découpage, au fond, pas d’analyse de l’aliénation (en ses diverses espèces) ; et il n’était pas possible avant la psychologie empiriste moderne. « L’histoire (..) de la manie considérée sous ses diverses formes se trouve très incomplète dans les écrits des anciens ; et ses symptômes d’ailleurs peuvent-ils être saisis et tracés avec exactitude, si on n’a pour terme de comparaison l’analyse des fonctions de l’entendement humain. Il fallut donc revenir sur mes pas et faire entrer dans l’ordre de mes études les écrits de nos psychologistes modernes, Locke, Harris, Condillac, Smith, Stewart, etc., pour saisir et tracer toutes les variétés comprises dans la dénomination générique d’aliénation de l’esprit. Ce n’est d’ailleurs qu’après avoir acquis ces connaissances préliminaires que j’ai pu maintenant établir sur une base solide la distinction des espèces. » (TMP 136) La possibilité de la médecine aliéniste joint donc à l’inspiration médicale elle-même, qui dé-moralise la folie, la connaissance établie par la psychologie, parce que chaque variété d’aliénation est l’atteinte d’une fonction de l’entendement (au sens large ; on verra qu’en fait il s’agit généralement des fonctions de l’esprit), et qu’on ne saurait l’identifier si l’on n’a pas une idée du découpage fonctionnel adéquat. « On ne voit que confusion et désordre, on ne saisit que des traits fugitifs qui n’éclairent un moment que pour laisser ensuite dans une obscurité plus profonde, si on ne part pas comme d’un terme fixe de l’analyse des fonctions de l’entendement humain ». La métaphore est claire : l’analyse psychologique est pour l’aliénisme le levier d’Archimède. (intro, 51) La psychologie moderne est méthodologiquement essentielle parce que, encore une fois, les folies sont des altérations des fonctions de l’entendement ou de l’esprit – ici encore, le diagnostic foucaldien, certes très général, s’avère juste : l’expérience de la folie n’est plus celle d’un Autre absolu de la rationalité, nommé par lui « déraison », mais elle est la pathologie, toujours localisée, de certaines fonction de l’esprit. Il n’est plus question d’une dénaturation de l’humain (dont la rationalité depuis Aristote vaut pour l’essence), mais bien d’un dommage fonctionnel, soit d’une maladie – ce qui suppose que d’autres fonctions sont toujours intactes, donc que, comme y a longuement insisté Gladys Swain (Swain 80, Swain & Gauchet 86) le fou n’est jamais totalement fou, toujours encore assez non-fou pour qu’on puisse communiquer avec lui et tenter de le guérir, ambition qu’incarnera l’idée même de « traitement moral » élaborée par Pinel. Si l’aliéniste est encore philosophe, ce n’est plus un moraliste, mais un épistémologue : « Pourra-t-il tracer toutes les altérations ou les perversions des fonctions de l’entendement humain s’il n’a profondément médité les écrits de Locke et de Condillac, et s’il ne s’est rendu familiers leurs principes ? » (TMP, 45) Ailleurs, Pinel précise quelle doctrine propose la connaissance requise des fonctions : il s’agit bien des « idéologistes français et anglais », soit Condillac et Locke relus par les Idéologues, parce que ceux-ci poussent à son comble l’évacuation de toute métaphysique hors de la psychologie – Idéologie comme étude des diverses idées de notre entendement, avec rejet radical de toute velléité de parler d'une quelconque substance « âme ». Inversement, les « éléments » idéels doivent être corrélés à leurs signes physiques, de même qu’une bonne classification naturaliste dispose de critères pour identifier les espèces élémentaires. « Mes premières recherches furent d’abord dirigées au hasard. Je ne pouvais ni distinguer avec précision les diverses aberrations des fonctions de l’entendement, ni m’élever à un langage propre à les rendre ; l’étude des idéologistes français et anglais me fut donc nécessaire pour partir d’un terme fixe , et pour exprimer le caractère distinctif des diverses espèces d’aliénés, en écartant d’ailleurs tout objet contesté, toute discussion métaphysique : la marche suivie dans toutes le parties de l’histoire naturelle me servit de guide, et je m’attachai aux signes extérieurs, aux changements physiques qui pouvaient correspondre à des lésions des fonctions intellectuelles ou affectives ; c’est ainsi qu’ont été décrits les traits du visage, le gestes, les mouvements qui font présager l’explosion prochaine d’un accès de manie ; l’expression de la physionomie, qui caractérise l’accès dans son plus haut période, ou dans son déclin, n’a point été omise, non plus que les diverses formes du crâne relative aux lésions des sens internes. » (intro, 55) Idéologue, l’aliéniste recherche les fonctions de l’esprit lésées en chaque genre de folie ; clinicien, il saura identifier ces lésions par leurs symptômes. Le vocabulaire des fonctions, ici, est plus précis que celui des « facultés morales » ; surtout, il témoigne de ce changement dans le type de philosophie attachée à l’approche médicale de la folie : non plus la morale et la métaphysique, mais l’idéologie et l’épistémologie.

Le contresens serait pourtant de faire de la folie une affaire purement intellectuelle, soit de l’entendement. On retomberait alors dans la vieille conception qui fait de la folie une forme très profonde d’erreur – vision de Descartes, qu’on retrouve jusque chez Boissier de Sauvages ou Hunter (cit.) C’est pourquoi dans le passage cité Pinel précise : « fonctions intellectuelles ou affectives ». Lorsqu’il dit « fonction de l’entendement », c’est bien sûr un raccourci pour ce que l’on nommera quelques décennies plus tard« fonctions psychologiques ».

Pinel développe alors l’esquisse de taxonomie que fournit d’emblée une telle analyse idéologique : « Quelque fois c’est la perception ou l’imagination qui éprouvent une altération manifeste, sans aucune émotion intérieure ; d’autres fois les fonctions de l’entendement se conservent dans leur intégrité, et l’homme est impérieusement dominé par une activité turbulente ou forcenée. Plusieurs maniaques joignent un délire périodique ou continu à des actes d’extravagance ou de fureur. » (136). On voit ici que la folie peut avoir lieu sans toucher l’entendement – ceci sera même exemplaire lors des cas de « manie sans délire »3, ces cas scientifiquement précieux pour Pinel (Swain, 94) car ils permettent de désolidariser l’idée de folie et l’idée de perception faussée ou de jugement faussé, la folie laissant intactes, justement, les fonctions de perception ou de jugement. Voilà un cas stratégiquement essentiel, car il légitime l’idée que la folie ne se « voit » pas, qu’il faut souvent le regard d’un clinicien spécialiste – l’aliéniste – et donc que le simple médecin ne saurait être aliéniste.

Cette profonde variété de l’aliénation explique alors que toute spécification de celle-ci en termes organiques comme si l’essence de la manie était un trouble fonctionnel ou une lésion organique identifiable, est ipso facto invalide. Le vocabulaire même des esprits animaux, si efficaces pour parler des rapports de l’âme et du corps et donc de la folie depuis le XVIIème siècle, depuis Boerhaave et Willis, doit être congédié : « On doit espérer que la médecine philosophique fera désormais proscrire ces expressions vagues et inexactes d’images tracées dans le cerveau, d’impulsion inégale du sang dans les différentes parties de ce viscère, du mouvement irrégulier des esprits animaux, etc., expressions qu’on trouve encore dans les meilleurs ouvrages sur l’entendement humain et qui ne peuvent s’accorder avec l’origine, les causes et l’histoire des accès de manie. » (TMP I, §IX, p.25)

Mais ces considérations sont loin d’épuiser les rapports entre psychologie et aliénisme, et il serait faux de considérer celui-là comme une simple application de celle-ci. Pinel consacre en effet paragraphe aux « lésions des fonctions de l’entendement », paragraphe destiné à préciser les conséquences des découvertes des aliénistes sur la philosophie de l’esprit. Je cite intégralement ce paragraphe, car il présente maintenant un lien inverse de la classification des troubles mentaux à la décomposition des fonctions.
On sait que Condillac, pour mieux remonter,
par l' analyse, à l' origine de nos connaissances, suppose une
statue animée, et successivement douée des fonctions de l' odorat
, du goût, de l' ouïe, de la vue et du tact, et c' est ainsi qu'
il parvient à indiquer les idées qui doivent être rapportées à
des impressions diverses. N' importe-t-il point de même à l'
histoire de l' entendement humain de pouvoir considérer d' une
manière isolée ses diverses fonctions, comme l' attention, la
comparaison, le jugement, la réflexion, l' imagination, la
mémoire et le raisonnement, avec les altérations dont ces
fonctions sont susceptibles ? Or un accès de manie offre toutes
les variétés qu' on pourroit rechercher par voie d' abstraction.

Ici, la référence à Condillac est précieuse. Ce théoricien pur établissait une théorie de la sensation, par enrichissement progressif du supposé minima de la perception, le toucher : l’abstraction était au fond affaire de raisonnement pur. Mais l’étude de la manie est comme l’occasion d’une abstraction incarnée. Là où le pur théoricien arrive à – en toute bonne doctrine empiriste – faire remonter les « idées » aux « impressions » qui leur correspondent, l’aliéniste lui, dispose d’un accès aux fonctions mentales mêmes par lesquelles l’esprit manipule et produit ces idées : mémoire, jugement, etc. L’ « accès de manie » présente in vivo des abstractions, c’est-à-dire des esprits pour lesquels les fonctions élémentaires sont soit isolées les unes des autres, de sorte qu’une fonction qui, concrètement pour les hommes sains est toujours exécutée en combinaison avec d’autres, se révèle ici élémentaire – soit sujettes à un fonctionnement exagéré, de sorte que le psychologue pourrait mieux en saisir les mécanismes, et ainsi de suite…
Tantôt ces fonctions sont toutes ensembles abolies, affoiblies,
ou vivement excitées pendant les accès ; tantôt cette altération
ou perversion ne tombe que sur une seule ou plusieurs d' entre
elles, pendant que d' autres ont acquis un nouveau dégré de
développement et d' activité qui semblent exclure toute idée d'aliénation de l' entendement.
La considération des diverses espèces de manie joue donc à la fois, pour le mental, le rôle d’un microscope, agrandissant ce qui, dans la vie normale passe inaperçu, comme, dans l’exemple qui suit, l’« attention » ou la « comparaison » - et le rôle d’un solvant ou d’un réactif chimique, susceptible d’isoler ce qui, naturellement ou normalement, va en combinaison.
Il n' est pas rare de voir quelques aliénés plongés, pendant

leurs accès, dans une idée exclusive qui les absorbe tout entiers,

et qu' ils manifestent dans d' autres moments ; ils restent
immobiles et silencieux dans un coin de leur loge, repoussent
avec rudesse les services qu' on veut leur rendre, et n' offrent
que les dehors d' une stupeur sauvage. N' est-ce pas là porter l'attention

au plus haut degré, et la diriger avec la dernière vivacité sur un objet unique ? D' autre fois l'insensé, durant son accès, s' agite sans cesse ; il rit, il chante, il pleure
tour-à-tour, et montre la mobilité la plus versatile, sans que
rien puisse le fixer un seul moment. J' ai vu des aliénés refuser
d' abord avec la plus invincible obstination toute nourriture par
une suite de préjugés religieux, être ensuite fortement ébranlés
par le ton impérieux et menaçant du concierge, passer plusieurs
heures dans une sorte de lutte intérieure entre l' idée de se
rendre coupables envers la divinité, et celle de s' exposer à de
mauvais traitemens, céder enfin à la crainte, et se déterminer à
prendre des alimens ; n' est-ce point là comparer des idées après
les avoir fortement méditées ? D' autres fois l' aliéné paroît
incapable de cette comparaison, et il ne peut sortir de la sphère
circonscrite de son idée primitive.
Donnant à voir (par contraste) l’indépendance des fonctions, leur degré de cohésion dans la vie normale, éventuellement leur rapport à leurs bases physiques ou cérébrales, l’étude des aliénés permet aussi de mieux comprendre le degré de composition interne d’une même fonction, comme c’est le cas de la mémoire dans la fin du paragraphe :
Il y a de singulières variétés pour la mémoire, qui semble quelquefois être
entièrement abolie, en sorte que les aliénés, dans leurs
intervalles de calme, ne conservent aucun souvenir de leurs
écarts et de leurs actes d' extravagance ; mais certains d' entr'
eux se retracent vivement toutes les circonstances de l' accès,
tous les propos outrageans qu' ils ont tenus, tous les
emportemens où ils se sont livrés ; ils deviennent sombres et
taciturnes pendant plusieurs jours ; ils vivent retirés au fond
de leurs loges, et sont pénétrés de repentir, comme si on pouvoit
leur imputer ces écarts d' une fougue aveugle et irrésistible.
Enfin, considérer les aliénés, permet l’étude de fonctions isolées – ce qui n’arrive pas dans la vie normale – et ainsi, de comprendre des mécanismes qui ordinairement sont trop enchevêtrés, trop implicites pour être saisis, exactement comme ce qui a lieu dans un laboratoire de physiologie lorsqu’un organe ou un appareil exécute des opérations artificielles, certes, mais révélatrices de ses mécanismes internes. C’est ici le cas de la réflexion et du raisonnement :
La réflexion et le raisonnement sont visiblement lésés ou détruits
dans la plupart des accès de manie ; mais on en peut citer aussi
où l' une et l' autre fonction de l' entendement subsistent dans
toute leur énergie, ou se rétablissent promptement lorsqu' un
objet vient à fixer les insensés au milieu de leurs divagations
chimériques. J' engageai un jour un d' entre eux, d' un esprit
très-cultivé, à m' écrire une lettre au moment même où il tenoit
les propos les plus absurdes, et cependant cette lettre, que je
conserve encore, est pleine de sens et de raison.

Pinel clôt certes ce paragraphe en une confirmation de l’attaque contre la « métaphysique » menée par les empiristes, et surtout par les Idéologues : « Tout cet ensemble de faits peut-il se concilier avec l'opinion d' un siége ou principe unique et indivisible de l' entendement ? Que deviennent alors des milliers de volumes sur la métaphysique ? » Et certes, le principe et le siège de l’âme donnèrent lieu à de nombreuses controverses dans cette psychologie métaphysique en quelque sorte monadologique que Kant appelait « psychologie rationnelle », et qui voyait l’âme comme une substance dont les facultés étaient les attributs. L’aliénisme, de concert avec l’Idéologie, disqualifie cette vision au profit d’un esprit composé de fonctions parcellaires et spécialisées, certes travaillant en commun lorsque l’homme est sain, mais ayant chacune leur mécanisme, qui se révèle dès lors que la maladie mentale affecte le sujet et isole ou sépare les fonctions, ou du moins perturbe leur équilibre.

En ce sens, si « l’analyse des fonctions de l’entendement humain » - c’est-à-dire l’identification des fonctions mentales - que propose la psychologie empirique sert de fil directeur à la méthode nouvelle revendiquée par les aliénistes, inversement cet aliénisme fournit des outils d’abstraction, de dissection et finalement d’expérimentation inégalés pour comprendre le mécanisme même des fonctions et leurs corrélations, et pour identifier les fonctions élémentaires avec un grain plus fin – par exemple dans notre texte les sous-fonctions recouvertes par le terme générique de « mémoire ». Au tableau à large grain proposé par la psychologie observationnelle et a priori des idéologues après Condillac, et fournissant l’assise même de la classification psychiatrique, se rajoute alors, grâce à l’étude des diverses espèces de manies, une saisie à grain bien plus fin des fonctions élémentaires, de leurs mécanismes et de leurs connexions normales.
3. Conséquences sur l’idée même de normalité et le statut de la psychopathologie

La psychopathologie pénètre donc le tableau des fonctions mentales données par l’analyse, et les offre à l’investigation fine et à l’explication. Cela aura de lourdes conséquences sur le sens même de la normalité et de la folie. La psychologie connaît certes les affections de la volonté, lesquelles sont susceptibles d’une appréciation morale. C’est là où Condillac en reste, et c’est là aussi où Pinel revendique la supériorité de l’aliéniste, car celui-ci, grâce à des décompositions fonctionnelles à grain plus fin, peut faire entrer aussi bien les affections de la volonté que celles de l’entendement dans une considération théorique et non morale.

Lisons le § :






La folie, ici est « une lésion exclusive des fonctions de la volonté » ; mais cette volonté pervertie ne relève plus de la morale, elle est folie, elle est d’essence médicale. Lorsque la folie est pensée comme une forme de passion, ce qu'on trouve encore chez Boissier de Sauvages par exemple, ou dans l’Encyclopédie, elle relève finalement de la morale4. Ici, le raisonnement s’inverse : la folie est avant tout médicale, elle est ce que l’aliéniste peut saisir par son regard apte à saisir les altérations les plus fines des fonctions intellectuelles et affectives. En ce sens, ce qui relevait de la morale entre maintenant dans la médecine – y compris les passions, et on ne s’étonnera pas que la dissertation inaugurale de médecine d’Esquirol, celui-là même qui devait achever sur un plan systématique et institutionnel à la fois le travail de Pinel5, s’intitule Des passions

En ce sens aussi, à partir du moment où la folie n’est plus intégralement prise dans le registre de la passion, c’est-à-dire finalement de l’erreur ou de la volonté pervertie, les diverses espèces de folie peuvent ne plus être pensées comme des attitudes déraisonnables qui engagent le sujet tout entier. Gladys Swain l’a dit lapidairement : la découverte de Pinel c’est que nul n’est totalement fou ; certes, mais dans le contexte de notre question des décompositions fonctionnelles, le paragraphe à l’instant lu comporte en outre cet aperçu que structurellement la folie peut advenir comme un « combat intérieur » entre fonctions. L’idée a déjà été énoncée, on la trouve évidemment dans toutes les philosophies morales, on pense au problème classique de l’acrasie, etc. – mais ce qui est fondamental ici c’est que le « combat intérieur », lié à la contestation de la psychologie monadique, devient une catégorie opérationnelle en médecine mentale pour penser et traiter les troubles mentaux, comme d’ailleurs pour les systématiser et les classifier. Et ce rôle systématique thérapeutique nouveau du combat intérieur dans la psychiatrie nouvelle, découle en quelque sorte des rapports noués entre psychopathologie et psychologie (des Idéologues) quant à l’identification et l’explication des fonctions mentales. C’est parce que les folies sont des altérations de fonctions mentales – et non des perversions ou dénaturations de l’esprit total, des pertes de raison – que certaines espèces de folie peuvent être conçues comme des rapports d’opposition entre fonctions.

Le paragraphe ? examiné plus haut se concluait ainsi par un rejet de la psychologie du Moi, que même des empiristes tels que Locke ou Condillac souscrivaient. L’aliénisme, au fond, va presque aussi loin que Hume,dans la destruction de la substance « âme » ou « je », mais par des voies en quelque sorte expérimentales ou pratiques. Il n’est pas anodin de noter que la psychologie du siècle suivant en France, celle d’un Maine de Biran par exemple ou d’un Victor Cousin, imprégnées de l’héritage de l’Idéologie comme de l’aliénisme, prendra une position particulière par rapport à cette critique dont elle hérite. Certes, Maine de Biran comme on sait rétablira l’unité du Moi, à saisir dans l’unicité et la continuité de l’aperception de soi présente dans l’expérience de l’effort. Mais, sur un plan moins doctrinal et théorique, il faut mentionner que cet ensemble de théories et d’enseignements visait aussi, comme l’a brillamment montré Jan Goldstein dans un livre récent, à construire l’idée même du Soi, un Soi qui soit positivement en adéquation avec les institutions républicaines récentes – qui soit en quelque sorte la réalité métaphysique que postule politiquement l’idée républicaine de citoyen. On mesure ici combien ce projet théorico politique suppose la charge pinellienne, pour en quelque sorte l’intérioriser et la dépasser.

De telles considérations indiquent que l’approche nouvelle de la maladie mentale par Pinel, lourde de conséquences théoriques en psychologie et en philosophie, est aussi un événement politique6. Outil théorique qui supplée le projet des Idéologues d’une science des fonctions élémentaires de l’esprit en donnant accès à une sorte d’abstraction incarnée de ces fonctions, de leurs mécanismes et de leurs instanciations, l’aliénisme est donc aussi un vecteur par lequel les projets politiques dont ont été porteurs ceux-là mêmes qui se voulaient rénover les sciences, ont trouvé certaines conditions de leur émergence.

Si maintenant on se concentre sur cet aspect social ou politique du projet aliéniste, on découvre une nouvelle dimension de la norme7. A propos de la démence – espèce de folie plus généralisée, moins curable que la manie ou la mélancolie – Pinel intitule un paragraphe « Les traits les plus saillants de la démence, observés quelques fois dans la société » (TMP 160) Il donne l’exemple suivant.


Le style de la vignette fait penser aux Caractères de La Bruyère, et de fait Pinel se réfère à Ménalque. Mais son commentaire général est que le « médecin observateur peut remarquer quelque fois dans la société ce premier degré de démence dont on trouve des modèles complets dans les hospices. » (161) Ici, donc, le regard assez perspicace pour saisir la folie dans le monde n’est plus celui du littérateur mais celui du médecin – parce que, même si elle n’est pas dans l’asile, la folie reste d’essence médicale. Mais ce passage est notable car ici le fou n’est pas celui dont l’altération ou l’absence d’une fonction mentale permet de l’identifier a contrario et d’étudier le fonctionnement des autres in abstracto, mais il réalise le « modèle complet » de folie qu'on trouve dans le monde, autrement dit d’individus socialement normaux. Ici, donc, l’anormal de l’aliéné est le grossissement de ce qui est normal en société. C’est donc le premier sens épistémologique de la norme qu’on trouve ici, celui qu’en introduction j’avais appelé « anomalie amplifiante », et opposé à « l’anomalie analytique » dont relève l’approche pinellienne commentée jusqu’ici. Cela signifie donc que les sens et les usages de l’anormal dans le Traité ne sont pas univoques. Une interprétation serait que dans ce cas, « l’anomalie amplifiante » vaut parce qu’on considère la norme au sens social, soit un partage entre anormal et normal qui consiste en ce que certains sont envoyés à l’asile tandis que d’autres sont tolérés en société. La norme au sens médical, elle, irait avec l’approche de type « anomalie analytique ». Mais ces suggestions requérraient plus ample démonstration.
Conclusion

Les fonctions mentales jouent en quelque sorte un rôle clé dans un dispositif circulaire qui lie aliénisme et psychologie, ou encore normes, anomalie et fonction. Brièvement dit, la psychologie propose une identification à gros traits des fonctions mentales qui permet de classifier les espèces d’aliénation, mais celles deviennent alors pour l’aliénisme un outil de dissection et d’analyse pour à la fois établir une description des fonctions à grains plus fin, et étudier le mécanisme de chacune des fonctions élémentaires ainsi que les types de liens qu’elles entretiennent nécessairement avec les autres. Relation circulaire, donc entre psychopathologie aliéniste et psychologie, par laquelle une connaissance de la nature et du fonctionnement même des fonctions mentales doit être possible. L’aliénisme permet une abstraction ; les espèces de folie sont comme la mise en évidence de fonctions élémentaires : on a là la seconde approche de la norme comme ratio cognoscendi telle que je l’esquissais en introduction. On ne s’étonnera pas que cette approche, instantiée par l’aliéniste pinellien, soit aussi celle qu’emploient de nos jours les recherches en neurosciences qui en appellent aux patients cérébrolésés ou à la neuroimagerie fonctionnelle.

Cette connaissance a pour corollaire bien entendu le rejet d’une psychologie monadologique des facultés mentales ; cela lui donne des dimensions politiques et philosophiques, que je n’ai fait qu’effleurer.

Mais la normativité pinellienne ne s’épuise pas dans cette approche « analytique ». Certaines pages du Traité, a fortiori lorsqu’il est question du malade mental en société, relève de l’approche « amplifiante » de la norme, ce qui laisse finalement penser que dès son origine le projet psychiatrique moderne porte en lui, articulé selon des nœuds complexes, les deux sens épistémologiques de la normativité.

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