Lettre ouverte au professeur Peter Trawny, éditeur des Réflexions II-XV (Cahiers noirs 1931-1941) de Martin Heidegger et auteur du livre Heidegger et l’antisémitisme








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Amputation du racé:
Ce concept n’apparaît jamais dans les Réflexions VII-XI, il apparaît 2 fois dans les Réflexions XII-XV c’est-à-dire dans la 38ème Réflexion (XII) que nous venons de citer dans son intégralité. Dans votre livre Heidegger et l’antisémitisme on peut lire le terme amputation du racé 11 fois, 2 fois dans la 38ème Réflexion que vous citez de façon très abrégée et 9 fois à 6 autres endroits ; autrement dit vous vous référez 6 fois à ce seul passage. (Pardonnez-moi ces comptes d’apothicaire – mais notre discussion se déroule dans la région d’essence de l’arraisonnement (Ge-Stell) !) Je souhaiterais répondre à 2 passages de votre livre :
Mais ce que la „machination“ manigance à travers cette concurrence cachée est, secrètement, selon Heidegger, une „déracialisation complète des peuples“. (…) Cependant, par là on n’a pas encore expliqué comment deux ennemis qui, chacun, suivent le principe racial, pourraient contribuer à une „déracialisation complète“.6
La „juiverie mondiale“ doit lui être apparue comme un peuple ou un groupe d’un peuple qui, dans la concentration sur soi la plus intense, ne poursuivait d’autre but que la désagrégation de tous les autres peuples: une „race“ qui œuvrait consciemment à la „déracialisation des peuples“.7
Avec la meilleure volonté du monde, je ne peux vous suivre dans cette interprétation selon laquelle Heidegger aurait pensé que non seulement les Nazis mais aussi les Juifs œuvraient à la déracialisation complète des peuples. Heidegger ne l’a même pas dit. Selon moi votre explication est en fait une insinuation, un procès d’intention. (Je vous prie de me pardonner ce reproche !) Les Juifs ont pendant plus de 2 millénaires vécu pacifiquement selon le principe racial – et survécu ! Ils n’ont jamais cherché à imposer ce principe à quiconque. Ils ont dû apprendre sans cesse au cours de leur histoire qu’une utilisation sans bornes de ce principe par d’autres était une menace pour leur existence (persécutions, pogromes). Ils ont dû compter en permanence avec les expulsions et les exterminations. Raison pour laquelle ils se sont aussi – comme l’écrit Heidegger – opposés avec la dernière véhémence à ce que ce principe soit appliqué sans restriction. Les Juifs ont vécu suivant le principe racial (biologique) – mais n’ont jamais été racistes (que ce soit au sens biologique de „racial“ ou au sens spirituel de „racé/non-racé“). Les Nazis au contraire ont complètement déchaîné ce principe en un court laps de temps – et cela consciemment, avec préméditation! Leur but était „une seule race pure“ grâce à l’extermination des autres „races“ – Ce sont les seuls qui aient appliqué le principe racial de manière déchaînée (sans aucune forme de restriction).
L’absence de monde du judaïsme
Une des figures les plus cachées du gigantesque et peut-être la plus ancienne est la tenace aptitude pour le calcul, le trafic et le mélange, ce qui fonde l’absence de monde du judaïsme.8
Ceci est la 5ème des Réflexions VIII. Elle est – pour autant que je sache – la seule qui traite exclusivement du judaïsme.
Votre interprétation de celle-ci :
Dans la seconde moitié des années trente, vers 1937 environ, dans les Réflexions VIII, les Juifs et la judéité font pour la première fois leur entrée abrupte comme acteurs du récit onto-historique. (…) Une variante supplémentaire vise le calcul tout court.9
Ma réponse:
Je considère cette réflexion comme un passage clef de la pensée du judaïsme chez Martin Heidegger. Pour la comprendre, il faut au préalable clarifier le concept d’absence de monde. Qu’entend par là Heidegger? Dans le cours du semestre d’hiver 1929/30 (Les concepts fondamentaux de la métaphysique), il fait la distinction entre les choses inertes, l’animal et l’homme. Sa thèse centrale est la suivante : la pierre (le matériel) est sans monde ; 2. l’animal est pauvre en monde ; 3. L’homme est configurateur de monde. Cela signifie-t-il que les Juifs pour lui ne sont pas des hommes ? En aucun cas ! Dans la pensée de l’histoire de l’être des années trente, „monde“ est pour Heidegger un membre du couple de contraires terre↔monde. Terre et monde sont en lutte l’un contre l’autre. Plus tard, au lieu de monde – reprenant encore la terminologie de Hölderlin – il dira ciel. (Le quadriparti : hommes↔dieux / ciel↔terre.) Nous nous rapprochons ainsi de ce qu’il faut entendre selon moi par „absence de monde“. Terre, le sol – un peuple qui n’a pas de sol à lui, en ce sens dénué de sol, rencontre des difficultés dans la lutte entre terre et monde. L’absence de monde est-elle à comprendre en ce sens? Ou bien un passage du chef-d’œuvre de la pensée de l’histoire de l’être (Apports à la philosophie) pourrait-il nous donner l’indication déterminante?
Le rythme dans lequel être-soi trouve l'ampleur de son battement, ce rythme prend mesure sur l'originalité dans laquelle est assumé l'être-propre; il prend ainsi donc mesure sur la vérité de l'estre. Expulsés que nous sommes hors de cette vérité, titubant au cœur de l'abandonnement de l'être, nous ne savons que peu de choses à propos de la pleine essence du soi, et des chemins qui mènent jusqu'au savoir authentique. Bien trop obstinée est la primauté de la conscience du “je”, d'autant plus que cette conscience arbore de nombreux masques derrière lesquels elle peut se cacher. Les plus dangereux sont ceux où un “je” privé de monde se renonce apparemment lui-même pour se sacrifier à quelque autre chose plus “grande” que lui, et à quoi il renvoie désormais à titre d'élément, voire même d'acteur. Dissoudre le “je” dans la “vie”, entendue comme “peuple” – voilà un dépassement du “je” qui délaisse d'emblée la toute première condition de sa réussite, à savoir de méditer le sens d'être-soi, en considérant comment être-soi déploie sa pleine essence – ce qui ne peut se déterminer qu'à partir de l'appropriation, pour autant qu'elle s'en remet elle-même à ce qui l’approprie.10
Heidegger parle ici du délaissement de la méditation du sens d’être-soi et de l’essence propre (qui suis-je ? qui sommes-nous ?) et de la primauté de la conscience du „je“ (que suis-je ? que sommes-nous ?).

Si ces phrases en un sens valent pour les Allemands sous le national-socialisme entendu comme phénomène de masse (Les plus dangereux sont ceux où un „je” privé de monde se renonce apparemment lui-même pour se sacrifier à quelque autre chose plus „grande” que lui, et à quoi il renvoie désormais à titre d'élément, voire même d'acteur. Dissoudre le „je” dans la „vie”, entendue comme „peuple”, ...), alors ce passage des Apports est en un autre sens la clef pour comprendre l’usage que fait Heidegger du concept d’absence de monde à propos du judaïsme.
Mais je voudrais ici prendre un autre angle d’attaque: écoutons un long extrait d’une interview que la philosophe Hanna Arendt, amante et élève de Heidegger pendant ses études, a donnée à Günter Gaus. Elle fut diffusée le 28 octobre 1964 à la télévision allemande. Dans cet extrait, Arendt se met elle aussi à parler de l’absence de monde des Juifs :
Gaus : Je voudrais toujours à ce propos revenir une fois de plus sur un témoignage que avez donné vous même. Vous avez dit : „Je n’ai jamais aimé dans ma vie, quelque peuple ou collectivité que ce soit, qu’il s’agisse des Allemands, des Français ou des Américains, voire même de la classe ouvrière ou quelque autre que ce soit. En fait, je n’aime que mes amis et je suis absolument incapable de toute autre forme d’amour. Mais, compte tenu du fait que je suis juive, c’est avant tout cet amour des Juifs qui m’apparaîtrait suspect.“

Puis-je vous poser la question suivante : l’homme, en tant qu’il est un être ayant une action politique, n’a-t-il pas besoin d’un lien qui le rattache à un groupe, et d’un lien qui soit tel qu’il puisse être appelé, jusqu’à un certain point, amour ? Ne craignez-vous pas que votre attitude puisse être politiquement stérile ?

Arendt : Non. Je dirais même que c’est l’autre attitude qui est politiquement stérile. L’appartenance à un groupe est d’emblée une donnée de fait naturelle : vous appartenez toujours à un groupe quelconque de par votre naissance. Mais, appartenir à un groupe au second sens où vous l’entendez, à savoir, s’organiser, c’est tout autre chose. Cette organisation s’accomplit toujours au sein d’un rapport au monde. C’est-à-dire que ce qui est commun à ceux qui s’organisent ainsi, c’est ce qu’on appelle d’ordinaire des intérêts. Le rapport direct et personnel où l’on peut parler d’amour existe naturellement de la manière la plus intense dans l’amour effectif et également, en un certain sens, dans l’amitié. Là, la personne est abordée directement et indépendamment du rapport au monde. C’est ainsi que des individus appartenant aux organisations les plus différentes peuvent toujours entretenir des liens personnels d’amitié. Mais si l’on confond ces choses, autrement dit si l’on met l’amour sur le tapis, pour m’exprimer ici grossièrement, je considère que c’est désastreux.

Gaus : Vous pensez que c’est apolitique ?

Arendt : Je considère que c’est apolitique et acosmique (Weltlos) et je pense en fait que c’est là un grand malheur. Je concède néanmoins que le peuple juif est un exemple type de formation populaire acosmique (Weltlos) se maintenant depuis des millénaires.

Gaus : „Cosmos“, „Monde“, dans votre terminologie, signifient l’espace de la politique…

Arendt : Effectivement.

Gaus : Et par conséquent le peuple juif était un peuple apolitique ?

Arendt : je n’irais pas jusqu’à dire cela car les communautés étaient également politiques jusqu’à un certain point. La religion juive est une religion nationale. Mais le concept du politique ne valait cependant qu'avec de grandes restrictions. Cette perte du monde que le peuple juif a subie dans la dispersion et qui, comme chez tous les peuples parias, a engendré une chaleur très particulière parmi tous ses membres, c’est tout cela qui a été modifié au moment de la fondation de l’Etat d’Israël.

Gaus : Est-ce que quelque chose a été perdu par là dont vous déplorez la perte ?

Arendt : Oui, la liberté se paie cher. L’humanité juive spécifique, sous le signe de la perte du monde, était quelque chose de très beau. Vous êtes trop jeune pour avoir connu cela. C’était quelque chose de très beau que de pouvoir se tenir-en-dehors-de-toute-liaison-sociale, de même que cette absence totale de préjugé dont je fis l’expérience de façon très intense, précisément auprès de ma mère qui la pratiquait également vis-à-vis de la société juive. C’est tout cela qui a naturellement subi des préjudices extrêmement graves. On paie pour la libération. J’ai dit un jour dans mon „Discours sur Lessing“…

Gaus : … à Hambourg en 1959 …

Arendt : C’est exact. J’ai donc dit : „Cette humanité ne survit pas au jour de la libération, ne survit pas cinq minutes à la liberté.“ Voyez-vous, c’est ce qui s’est également produit chez nous.
Plus tard dans l’interview elle dira:
Voyez-vous, l’attitude qui consiste à se borner à travailler et à consommer est très importante parce qu’elle dessine les contours d’un nouvel acosmisme (Weltlosigkeit) : savoir quel est le visage du monde n’importe plus à qui que ce soit.11
Arendt a ainsi donné une définition de l’absence de monde qui, appliquée à la réflexion heideggérienne mentionnée plus haut, la rend maintenant cohérente en elle-même et logique quant à notre sujet. – Absence de monde : „savoir quel est le visage du monde n’importe plus à qui que ce soit.“ Mais comment Arendt fonde et explique-t-elle cette absence de monde qu’elle attribue aux Juifs ? Selon elle la perte de monde du peuple juif s’explique par la Diaspora qui commença bien avec la première conquête par Babylone du royaume de Juda en 597 av. JC. L’„absence de sol“ (sol au sens de zone de peuplement) qui a conduit à l’absence de monde de la société juive, au „se tenir-en-dehors-de-toute-liaison-sociale“, s’avère pourtant avoir aussi des effets positifs : une absence totale de préjugé et une chaleur parmi les membres de la société. Les relations personnelles et humaines ont la priorité sur le politique. Avec la fondation de l’Etat d’Israël, ce peuple a retrouvé après deux mille ans son „sol“ avec toutes les conséquences positives et négatives que cela implique. (Remarque : permettez-moi à ce sujet une réflexion personnelle : je considère la critique européenne et surtout allemande envers Israël – sur la question de la Palestine par exemple – comme l’antisémitisme de la fin du XXe et du XXIe siècle commençant. Comme, depuis la Shoah, on ne peut plus se permettre de critiquer les Juifs en tant que Juifs, on critique l’Etat d’Israël avec la conviction inébranlable d’en avoir le droit moral.)

Je tente maintenant une nouvelle approche de la réflexion 5. Les Juifs de la Diaspora, à cause de la menace constante que fait peser l’éparpillement – sans espace de peuplement à soi et sans unité politique dotée d’un commandement fort – ont toujours dû s’attendre à être refoulés, déplacés, détruits et mélangés. Ils ont dû dans ces conditions développer une contre-stratégie efficace avec une compétence bien précise pour pouvoir espérer survivre ne serait-ce qu’en tant que peuple. Et cette compétence ne pouvait être que: la tenace aptitude pour le calcul, le trafic et le mélange.
Le gigantesque et la tenace aptitude pour le calcul, le trafic et le mélange :
Cependant Heidegger dans cette 5ème réflexion ne fonde pas l’absence de monde du judaïsme sur la Diaspora, la dispersion dans laquelle le peuple juif a dû vivre pendant des siècles, mais sur la tenace aptitude pour le calcul, le trafic et le mélange en tant que figure du gigantesque. Comment en vient-il à cette conclusion?
Prenons pour nous aider la 4ème réflexion. C’est la première où Heidegger – même si ce n’est que brièvement à la fin de la réflexion – parle du judaïsme. Il parle de l’homme occidental, de l’homme d’aujourd’hui, qui se connaît comme sujet. Il y parle aussi du gigantesque. Et il attribue au judaïsme la plus grande absence de sol :
Ce qui arrive maintenant, c’est la fin de l’histoire historiale du grand commencement de l’homme occidental, commencement dans lequel l’homme fut appelé à la prise en garde de l’estre, pour aussitôt convertir cette vocation en exigence de re-présentation de l’étant dans l’inessence qu’est la fabrication.

La fin de ce premier commencement n’est cependant pas un arrêt, mais une manière propre de débuter ; manière qui pourtant lui reste dérobée en sa vérité parce qu’il lui faut tout organiser de telle sorte que tout soit uniquement superficiel ; car l’homme d’aujourd’hui ne peut plus s’affirmer tel qu’il se connaît (comme sujet) que par l’aménagement de la surface et en dansant sur cette surface. Mais s’il a besoin de s’affirmer, c’est parce qu’il a depuis longtemps abandonné le risque de l’estre et s’est reposé sur l’élevage et le calcul à partir de l’étant-là-devant. C’est pourquoi le savoir de ce qui arrive maintenant comme fin est refusé d’abord et pour toujours à ceux qui sont destinés à entamer cette fin dans ses formes les plus finies (c’est-à-dire celles du gigantesque) et, sous le masque de l’historique, faire passer ce qui est sans histoire pour „l’“ histoire vraie. De là il n’y a pas de passage vers l’autre commencement. Le passage doit reconnaître ce qui est sans histoire comme étant l’écume grise la plus affleurante d’une histoire historiale oubliée, pour qu’il sauve les hommes grâce à un saut qui devance en questionnant dans l’histoire vraie. Dans le sans-histoire ne parvient que ce qui en soi fait partie d’elle, et au mieux en l’unité qu’est le complet mélange ; paraître édifier et rénover, complètement détruire – les deux sont la même chose – privés de sol – dévalés auprès de ce qui n’est qu’étant, devenus étrangers à l’estre; construire et rénover en apparence et détruire complètement – c’est la même chose – ce qui est privé de sol – dévalé dans le seulement étant et étranger à l’estre. Sitôt que ce qui est sans histoire s’est „imposé“, débute la licence de l’„historicisme“ –; ce qui est dénué de sol sous les traits les plus divers et les plus opposés – sans se reconnaître de pareille inessence – sombre dans l’hostilité et la soif de destruction extrêmes.

Et peut-être que „vainc“ dans ce „combat“ pour la pure et simple absence de but, et qui ne peut donc être qu’une caricature de „combat“, une plus grande absence de sol, celle qui n’est liée à rien, qui met tout à son service (le judaïsme). Mais la victoire authentique, la victoire de l’histoire historiale sur ce qui est sans histoire, n’est remportée que là où ce qui est dénué de sol s’exclut lui-même parce qu’il ne prend pas le risque de l’estre, mais ne compte toujours que sur l’étant et pose ses calculs comme ce qui est effectivement réel.12
Ce qui est sans histoire et n’a pas de sol apparaît sous les traits les plus divers et les plus contraires. Sous ces traits il n’est – plus ou moins – lié à rien et met – plus ou moins – tout à son service. Il est étranger à l’estre et dévalé dans l’étant. Et les nombreuses formes d’absence de sol sombrent dans la soif de destruction et l’hostilité extrêmes. Elles se lancent dans un combat les unes contre les autres dont l’enjeu est la pure et simple absence de but. Comme personne ne poursuit de but, ce combat ne peut être qu’une caricature de „combat authentique“. Il se peut, pense Heidegger, que le judaïsme sorte „vainqueur“ de ce combat pour rien, en raison de sa plus grande absence de sol. Mais cela n’est pas une victoire authentique sur soi-même. Car ce qui est dénué de sol ne compte toujours que sur l’étant, c’est-à-dire sur ce qu’il peut calculer. Seul le calculable compte pour lui comme effectivement réel – est pour lui la réalité.

Mais ici l’absence de sol n’est pas du tout vue comme le manque d’un Etat à soi et d’un espace de peuplement. Assurément pas ! Ce manque peut, associé à d’autres conditions, constituer cependant le „sol“ pour un accroissement de l’absence de sol qui est bien un phénomène humain général (Arendt: „se tenir-en-dehors-de-toute-liaison-sociale“). Ce qui est dénué de sol est ce qui a dévalé dans le seulement étant. Il peut se manifester par le fait d’édifier et rénover en apparence ou au contraire dans la plus grande destruction. Pour autant la forme de la destruction complète peut très bien ne pas être la plus grande absence de sol (l’absence de tout lien). On peut construire et rénover en apparence sur la base d’une plus grande absence de sol. En outre, le fait de construire et rénover en apparence peut signifier détruire complètement. – Et cela dans tous les domaines : architecture (rénover un temple d’après les dernières découvertes scientifiques et ainsi, sans le vouloir, détruire ce qui fait sa nature fondamentale), aménagement du territoire (destruction du bon voisinage par la construction de lotissements), agriculture (destruction de la paysannerie par l’agriculture moderne), art (baroquisation de cathédrales gothiques), nature (destruction des espaces de haute montagne par la construction de domaines skiables fermés, avec tout ce qu’il faut pour les touristes), environnement (destruction de la forêt vierge par le déboisement et la construction de surfaces agraires). Quelles sont les qualités requises par cette vaste entreprise de rénovation et construction ? L’aptitude pour le calcul, le trafic et le mélange. Soyons honnêtes : sans cette aptitude, plus rien ne fonctionne dans notre société moderne. Et tout fonctionne au mieux quand nous (les "sujets”) n’avons pas d’égards pour une entièreté supérieure et n’y avons pas d’attaches, quand nous ne nous identifions à rien d’autre qu’à nos “projets” personnels, qui ont notre intérêt exclusif. Et dans ce repli sur soi et cette indépendance il s’agit de surpasser tous les autres – toujours plus – plus rapide – plus efficace – plus grand – sans limite – poussé jusqu’au gigantesque. Je pense que c’est à ce type de gigantesque que pense Heidegger quand il écrit qu’„une des figures les plus cachées du gigantesque et peut-être la plus ancienne est la tenace aptitude pour le calcul, le trafic et le mélange (…)“.
C’est ainsi que j’interprète ces deux passages du tome 95 de l’Edition intégrale des œuvres de Heidegger dont vous avez la responsabilité en tant qu’éditeur. Le tome 95 fait plus de 400 pages. J’ai cité les deux passages où Heidegger parle des Juifs et du judaïsme dans leur intégralité (flexions VIII, n° 4 et 5).
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