Au delà de Paris et Nancy, «l’Ecole de Charles Richet» selon Pierre Janet : son impact et ses réseaux, ses membres et son hétérodoxie de l’appel à un congrès








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Au delà de Paris et Nancy, « l’Ecole de Charles Richet » selon Pierre Janet : son impact et ses réseaux, ses membres et son hétérodoxie de l’appel à un congrès international de psychologie (1881) à la fondation d’un Institut Psychique (1900).

Introduction


D’après les souvenirs de Pierre Janet sur la querelle franco-française concernant l’hypnose et l’hystérie dans le dernier quart du XIXe siècle1  « il ne faut pas croire que pendant cette période toutes les études sur l’hypnotisme aient toujours été faites au point de vue strictement et immédiatement thérapeutique et que tous les observateurs aient été forcés de se rattacher aveuglément soit à l’Ecole de la Salpêtrière, soit à l’Ecole de Nancy. J’ai déjà signalé vers 1880 les débuts d’une troisième école que l’on pourrait appeler l’Ecole de Charles Richet si ses membres n’avaient pas eu toujours autant d’indépendance. Ces observateurs voulaient à l’exemple de ce maître étudier et comprendre en eux-mêmes la suggestion et l’hypnotisme et en découvrir les lois psychologiques. L’histoire de cette école appartient plus à l’histoire de la psychologie qu’à l’histoire de la psychothérapie, mais elle aura plus tard avec la médecine des relations étroites car l’application de l’hypnotisme au traitement des maladies ne pourra se faire plus tard avec quelque précision que grâce aux travaux des psychologues. On peut rattacher à cette école les noms de Myers, de Gurney, de Stanley Hall, de Moebius, d’Ochorowicz, de Forel, de Beaunis, de Binet, de Féré. C’est à ce groupe que je demande la permission de rattacher mes propres études publiées dans la Revue Philosophique depuis 1886 et résumées dans mes livres sur « l’Automatisme psychologique », 1889, et sur « l’Etat mental des hystériques », 18922 ». Ces mémoires de Pierre Janet sont à comparer à ceux d’un autre membre aussi hétérodoxe affilié par Janet à « l’Ecole Charles Richet », Henri Beaunis : « il n’y a pas eu d’école de Nancy à proprement parler, car le mot Ecole implique un corps de doctrine cohérent et coordonné dans lequel tout se tient en collectivité en un mot dans laquelle tous les membres partagent les mêmes idées. Or il n’y a rien de semblable » précisait Beaunis dans ses Mémoires dactylographiés après 19143.

Qui étaient les membres de cette « troisième école » au cours des années 1880-1890 ? Pourquoi ces savants ont-ils été rattaché par Pierre Janet à Charles Richet alors directeur de la Revue Scientifique depuis 1882 ? Pourquoi cette hypothétique école a-t-elle pu être justement évoquée par Pierre Janet au delà de celles de Charcot et Bernheim fixée à la Salpêtrière et à Nancy? Quels étaient ses réseaux ? Quel fut son impact4 ? Pourquoi Pierre Janet a-t-il choisi de ne citer que neuf membres de ce « groupe » en dehors de Charles Richet qualifié de « maître » : six étrangers (Myers, Gurney, Stanley Hall, Moebius, Ochorowicz et Forel) et trois français (Beaunis, Binet et Féré) ? Sans doute pour bien signifier qu’elle fut internationale (à la différence de celles de Nancy et Paris) mais aussi pour bien montrer qu’elle semble avoir été restreinte et largement hétérodoxe. Cet article tente de rassembler les principaux éléments sur l’impact, les réseaux et les membres de « l’Ecole Charles Richet » en prenant pour fil conducteur les neuf noms évoqués par Pierre Janet dans l’extrait cité ci-dessus des Médications Psychologiques. Nous verrons dans un premier temps les réseaux et l’impact de l‘hypothétique « Ecole Charles Richet » puis dans un second, ses membres et leur hétérodoxie.
I-Les réseaux et l’impact de « l’Ecole Charles Richet » du début des années 1880 à l’année 1900.

Au cours de ses premières années au Havre Pierre Janet a pu assimiler l’œuvre de Charles Richet diffusée entre 1875 et 1883 et rassemblé en partie dans son ouvrage publié en 1884 « L’homme et l’intelligence. Fragments de physiologie et de psychologie5 ». Selon Janet « ces études de M. Ch. Richet sont le point de départ d’un ensemble de travaux sur l’hypnotisme, les plus intéressants à mon avis, qui ont étudié le somnanbulisme provoqué sans idée préconçue en se plaçant au point de vue de l’analyse psychologique de toutes ses manifestations. Une école psychologique de l’hypnotisme doit se rattacher à M. Ch. Richet, nous la retrouverons plus tard ; mais pour le moment elle se dissimule, effacée par le développement de deux autres écoles moins intéressantes, mais bien plus bruyantes6 ».

Médecin et fils de chirurgien, Charles Richet fut reçu à l’internat des hôpitaux de Paris avant de s’orienter vers la chirurgie qu’il abandonna pour la physiologie7. Il fut reçu à l’agrégation de médecine en 1878 et obtint la chaire de physiologie en 1887. Il s’était passionné très tôt pour tout ce qui touchait à l’hypnotisme et aux suggestions à distance. Il fut un des premiers médecins français à adopter une approche scientifique des « phénomènes parapsychologiques » plusieurs années avant la réhabilitation de l’hypnose par Charcot autour de 1878. Charles Richet fut secrétaire général de la Société de Biologie pour l’année 1882-1883 puis vice-président pour l’année 1891. Au début des années 1880 la position rigoureusement positiviste de Charles Richet permettait des innovations méthodologiques majeures comme l’utilisation de la statistique et du calcul des probabilités pour évaluer le rôle du hasard au cours des expériences de « télépathies » menées sur des « médiums »8.


Charles Richet
Les expériences d’hypnose à distance sur Léonie, une havraise aux « personnalités multiples », tenues au Havre entre septembre 1885 et décembre 1886 furent un événement majeur pour les membres de « l’Ecole Charles Richet ». Elles furent d’ailleurs principalement organisées par Pierre Janet avec l’appui des médecins locaux9. Elles furent surtout marquées par la venue au Havre d’une délégation étrangère conséquente formée notamment de Julian Ochorowicz et Frédérick Myers le 21 avril 1886 accompagnés de plusieurs membres de la famille Janet (l’oncle Paul et le frère Jules). D’autres séries d’expériences, avec ou sans Pierre Janet, auront lieu à Paris entre 1887 et 1889 puis à Cambridge en 188910. Hormis les expériences sur Léonie, « ce qui surpris d’avantage Janet, c’est de voir avec quelle crédulité de graves personnages venant soit de Londres, Myers, soit de Paris, Paul et Jules Janet, Charles Richet, entérinaient des expériences discutables et revenant chacun chez soi, chantaient les louanges du jeune philosophe 11».

Ainsi sur les neuf membres cités par Pierre Janet de l’hypothétique « Ecole Charles Richet », six étaient membres de la Société de Psychologie Physiologique12. Cette société avait été fondée en 1885. On y trouvait parmi les membres du bureau : Charles Richet, secrétaire général et Charles Féré, un des deux secrétaires adjoints. Henri Beaunis et Alfred Binet étaient membres titulaires, Pierre Janet, membre associé, Edmund Gurney, Frédérick Myers et Julian Ochorowicz, membres correspondants étrangers. En 1886, Charles Féré ne sera plus secrétaire mais deviendra membre titulaire ce qui pouvait témoigner de dissensions internes à la société concernant ses objectifs. Dans De la suggestion Mentale Julian Ochorowicz rapporta qu’ « au mois de novembre 1885, M. Paul Janet, de l’Institut, lut à la Société de psychologie physiologique une communication de son neveu, M. Pierre Janet, professeur de philosophie au Lycée du Havre : « Sur quelques phénomènes de somnanbulisme ». Ce titre, prudemment vague, cachait des révélations tout à fait extraordinaires » selon Ochorowicz13. Mais ce fut surtout en mai 1888 que le frère de Frédérick Myers expliqua les liens qui s‘étaient noués entre la Society For Psychical Research sur laquelle nous reviendrons, et la Société de Psychologie Physiologique : « in 1885 the Société de Psychologie Physiologique was founded in Paris and now includes the names of some of those most distinguished in letters as well as in medical Science in France ». Il poursuivait son intervention ainsi : « two years ago, by the courtesy of some of the members of that society, we were given the rare opportunity at Havre of close observation of a most remarkable case of hypnotic action […]14 ». De plus quelques cinq années avant les expériences du Havre, en 1881, Julian Ochorowicz, physiologiste polonais, professeur de psychologie à l’Université de Lemberg, avait fait paraître dans la Revue de la France et de l’Etranger le « Projet d’un congrès international de psychologie15 ». A posteriori, et pour résumer, on peut dire que les quatre premiers congrès internationaux de psychologie tenus entre 1889 et 1900 s’organisèrent à la suite de cet appel.
-à Paris en août 1889, le Congrès international de psychologie physiologique : le secrétaire du comité d’organisation du congrès, Charles Richet, était le principal animateur des séances de discussion. Le Congrès installa un comité permanent international de 26 membres auquel appartenaient Henri Beaunis, Charles Richet, Frédérick Myers, Julian Ochorowicz et Auguste Forel. Dix pour cent des congressistes appartenaient à la Société de Psychologie Physiologique16.

-à Londres en 1892

-à Munich en 1896.

-à Paris en août 1900 (Frédérick Myers en fut un des huit présidents d’honneur)
Lors de ce IVe congrès International de Psychologie tenu à Paris Julian Ochorowicz fut aussi celui qui annonça la création d’« un centre international permanent pour toutes sortes de recherches psychologiques (sans exclure celles qui ne sont pas encore entrées dans le domaine officiel de la psychologie)17 ». Il y reçut l’appui explicite du psychologue suisse Théodore Flournoy (1854-1920), créateur du Laboratoire de psychologie expérimentale de Genève: « plusieurs membres de ce congrès m’ont paru craindre que l’épithète psychique ne trahit quelque secrète et coupable inclination du futur institut pour ce genre d’études que nos amis d’outre-manche et d’outre-mer désignent par le terme de « psychical research » […]. Bien loin de redouter que l’Institut s’occupe de spiritisme et d’occultisme, j’estime que c’est justement ce domaine, adoré des uns et honni des autres, qui doit constituer l’objet par excellence de ses investigations impartiales et le but principal de tous ses efforts. Introduire les rigoureuses méthodes expérimentales dans l’étude des phénomènes prétendus paranormaux18 ». L’Institut Psychique venait d’être créé le 30 juin 190019. En 1901 la Société Internationale de l’Institut Psychique installera son siège social 19 rue de l’Université à Paris. Puis il sera déplacé avec l’ensemble de ses services au 14 rue de Condé toujours à Paris à partir de 1903. Après dix huit mois d’activité l’Institut Psychique International, rapidement renommé Institut Psychologique International, comptabilisait plus de 400 membres scientifiques, philosophes, psychologues, hommes politiques, diplomates français et étrangers. Il était alors principalement impulsé par Charles Richet, Julian Ochorowicz et Pierre Janet avec l’appui de plusieurs mécènes russes et anglais. Les réunions de l’Institut étaient mensuelles. Elles réuniront de nombreuses commissions et des groupes de travail ( psychologie collective, psychologie zoologique, phénomènes psychiques, psychologie morale et criminelle…) jusqu’entre les deux guerres mondiales. En mars 1901 la Société de psychologie de Paris était aussi créée par Pierre Janet. Mais elle ne se réunira dans les locaux de l’Institut que jusqu’en 1906, année où elle se séparera définitivement de l’Institut pour assumer tout à fait son indépendance. D’ailleurs Charles Richet et l’étude des phénomènes paranormaux en seront tout à fait écarté car de plus en plus déconsidérés par ses membres. Pourtant Pierre Janet avait dirigé pendant quelques mois auparavant le comité exécutif de l’Institut Psychologique International avec Charles Richet. Le témoignage d’un pur « psychiste » sur les querelles qui avaient alors minées les relations auparavant fructueuses entre Charles Richet et Pierre Janet fut alors assez édifiant car il portait toute son acrimonie sur Pierre Janet : « on débarqua vilainement tous les psychistes auxquels on avait fait appel avant tous les autres […]. Quand enfin, il ne resta plus que les purs et les durs, académiciens ou académisables, chacun essaya de tirer la couverture à soi. Janet fonda une société de psychologie avec l’arrière-pensée mal déguisée qu’elle finirait par supplanter tout le reste […] » expliquait un proche de Richet20. L’épisode montrait surtout le divorce intervenu entre Pierre Janet et Charles Richet alors que les relations antérieures avaient été prolifiques. Désormais, pour Charles Richet, la Métapsychique était la science qui avait « pour objet des phénomènes mécaniques ou psychologiques, dus à des forces qui semblent intelligentes ou à des puissances inconnues latentes dans l’intelligence humaine21 ». Or une telle « science » aux contours aussi flous ne pouvait qu’éloigner les projets de Pierre Janet de ceux de Charles Richet. Les dissensions nées au moment de la création de l’Institut Psychique provoquèrent alors une nette séparation entre les deux hommes. Charles Richet commença à se « fourvoyer » en cautionnant de sa notoriété scientifique une pseudo-science des « fantômes » et des enquêtes de médiumnité qui pouvaient occuper une partie des séances de l’Institut Général psychologique en 1905-190622. Pierre Janet, à la différence de Richet, avait depuis longtemps, tout comme Myers et Flournoy, prouvé et analysé la désagrégation psychologique des personnalités « médiums » et « somnanbules ». A contrario de Pierre Janet, Julian Ochorowicz faisait partie du comité de rédaction des Annales des sciences psychiques fondés par Charles Richet en 1891. Mais l’agnostique Charles Richet était-il réellement passé du côté du « spiritisme » ? Ce dernier défendait désormais l’idée selon laquelle les recherches métapsychiques devaient toujours faire partie de la nouvelle psychologie à la différence de Pierre Janet devenu plus réticent sur ses sujets au tournant des XIXe-XXe siècle.

II-Les membres hypothétiques de « l’Ecole Charles Richet » selon Pierre Janet et leur hétérodoxie.
Sur les neuf membres cités par Pierre Janet de « l’Ecole Charles Richet » quatre appartenaient à la Society For Psychical Research de Londres (S.P.R.)23. Charles Richet en deviendra président. en 1905. Issue d’un courant intellectuel né à l’Université de Cambridge dans les années 1870, la S.P.R. de Londres voulait étudier scientifiquement les phénomènes paranormaux (clairvoyance, prédiction de l’avenir, communications avec les morts, pratiques des devins et médiums, écriture automatique). Elle fut fondée en 1882 entre autres par Frédérick Myers, maître de conférences en psychologie à l’Université de Cambridge et le psychologue Edmund Gurney24. Une American Society For Psychical Research fut aussi fondée en 1884. La S.P.R. de Londres allait organiser des enquêtes et des expériences de psychologie et de parapsychologie dans toute l’Europe. A l’origine la Société se composait d’un courant spirite et d’une tendance plus scientifique. Progressivement les spirites allaient être mis en minorité à l’intérieur même de la Société alors que les principaux animateurs de la S.P.R., comme Myers et Gurney, demandaient une clarification et une rationalisation profonde des phénomènes décrits par les magnétiseurs et les spirites. La S.P.R. devait inaugurer en quelque sorte une « parapsychologie scientifique25 ». Dans ses Souvenirs d’un physiologiste, Charles Richet indiquait : « à cette époque se fondait en Angleterre une société psychique qui devient bientôt, grâce aux personnes éminentes qui la constituaient, la plus importante société psychologique du monde. J’entrai en étroites relations avec les savants fondateurs de la société nouvelle : Gurney, Myers […]26 ».

Un autre témoignage était celui de Charles Féré et Alfred Binet dans leur ouvrage Le magnétisme animal terminé en décembre 1886. Ils écrivaient « en même temps que M. Richet, et après lui M. Pierre Janet et quelques autres poursuivaient des expériences en France, il se fondait en Angleterre une Société qui s’intitule Society For Psychical Research, et qui étudie également la transmission de pensée. Cette coïncidence prouve que la question est « dans l’air »27 ». En effet depuis octobre 1885 Charles Féré était devenu membre correspondant de la S.P.R. sur la proposition de Frédérick Myers lors d’un meeting à Londres28. De plus dès mars 1887 des relations officielles s’y étaient organisées en son sein entre Pierre Janet, Charles Richet, Henri Beaunis et Charles Féré puisqu’ils y avaient tous été admis à cette date membres correspondants français29.

A l’issue du Premier Congrès Internationale de Psychologie tenu à Paris en 1889 un comité de correspondants français avait été initialisé pour suivre les expériences menées par la S .P.R. en France. Ce comité devait participer à la diffusion des Phantasms of the living parus à Londres en 188630. Cet ouvrage était en fait un vaste recensement qui analysait notamment à l’aide du calcul des probabilités près de 2000 cas de télépathies effectués dans des conditions scientifiques jugées suffisamment rigoureuses par les observateurs. L’enquête fut largement discutée en France avant la publication de sa première version française abrégée en 189131. Parmi les sept membres du comité des experts français se trouvaient Charles Richet, Henri Beaunis, Charles Féré et Pierre Janet.
Pierre Janet n’a visiblement décidé de ne citer que trois français pour illustrer ce que pouvait être les travaux de « l’Ecole Charles Richet » au cours des années 1880 en France :
*Henri Beaunis (1830-1921):
Henri Beaunis fut le créateur du premier laboratoire français de psychologie physiologique ouvert à la Sorbonne en 1889 (rattaché à l’E.P.H.E. par décret du 23 juin 1889 à la section des sciences naturelles et implanté dans la nouvelle Sorbonne le 14 février 188932). Il était l’initiateur des Bulletins des travaux du laboratoire entre 1893 et 1894. Il avait été auparavant considéré comme un des piliers de « l’Ecole de Nancy », lorsqu’il était professeur de physiologie à la Faculté de médecine de cette ville, mais plutôt à son corps défendant d’après ses mémoires dactylographiés après 1914. Beaunis était membre correspondant de la S.P.R depuis novembre 188633.
*Alfred Binet (1857-1911):
Alfred Binet était préparateur au Laboratoire de psychologie physiologique créé par Henri Beaunis à la Sorbonne. Il fut nommé directeur-adjoint en 1892, puis directeur en 1894 en remplacement de Beaunis parti à la retraite34. Il avait fondé avec ce dernier l’Année Psychologique fin 1894 qui deviendra l’organe officiel des travaux du laboratoire de la Sorbonne à partir de 1895. Son principal collaborateur avant sa nomination au Laboratoire de psychologie physiologique était Charles Féré avec lequel il cosigna plusieurs articles notamment sur les « paralysies par suggestion » et le « transfert psychique35 ». Il lui dédicaça son ouvrage sur la Psychologie du raisonnement. Recherches expérimentales sur l’hypnotisme paru en 188636.


Alfred Binet

*Charles Féré (1852-1907):
Charles Féré était un des principaux internes rattaché à la Salpêtrière en 188137. Il y devint chef des travaux anatomo-pathologiste et secrétaire particulier de Charcot à partir de 1882. Il y rapporta notamment les leçons du « maître » sur l’aphasie mais aussi ses propres travaux sur les troubles de l’usage des signes, les « hypnotiques hystériques comme sujets d’expérimentation en médecine mentale » et la « médecine d’imagination » entre 1883 et 1886. En 1887 il fut nommé médecin en chef au laboratoire de Bicêtre.


Charles Féré
Curieusement Pierre Janet a essentiellement choisi dans l’extrait précité en introduction des Médications Psychologiques de nommer des chercheurs étrangers notamment les six qui pouvaient, selon lui, se rattacher à une hypothétique « Ecole Charles Richet »
*Stanley Hall (1844-1924):
L’américain Granville Stanley Hall fut le créateur du premier laboratoire de psychologie de l’Université John Hopkins aux Etats-Unis en 1883. Promoteur de la psychologie fonctionnelle américaine, il fut le fondateur du The American Journal of Psychology en 188738.


Granville Stanley Hall
*Auguste Forel (1848-1931):
Le suisse protestant Auguste Forel était neuro-anatomiste, entomologiste, hygiéniste fondateur d’une ligue anti-alcoolique et sexologue39. Il s’était aussi spécialisé dans l’étude des fourmies. Il devint professeur de psychiatrie à Munich , puis directeur de l’asile cantonal de Burghölzli en 1879 où il eut pour élève Eugène Bleuler (1857-1939) qui lui succéda en 1898. Il y formulera une théorie du neurone dès 1887 quatre ans avant Wilheim Von Waldeyer. Forel tentera de transformer la vision conformiste de la folie et de l’internement. Très attentif à la qualité des relations entre le médecin et les internés, Forel s’intéressait à l’hypnose et rendra visite à Berhneim à Nancy en 1887 avant d’introduire sa pratique à Zurich. Il expérimente alors dans des consultations internes et externes y compris sur le personnel soignant. En 1889 Bernheim fera un compte-rendu des écrits de Forel sur l’Hypnotisme avant de fonder avec lui à Berlin le Zeitschrift für Hypnotismus. ). Auguste Forel publia Der Hypnotismus en 1908. Il semble avoir été un des premiers utilisateurs du terme psychopathologie notamment dans un article paru dans la Chronique Médicale à propos du cas Thérèse Humbert en 1903.


Auguste Forel

*Paul Moebius (1853-1907):
Paul Moebius fit ses études de théologie et philosophie à Leipzig, Iena et Marburg avant de passer un doctorat en philosophie puis un second doctorat en médecine en 1876 à Iena et Marburg. Il devient Privatdocent de Neurologie en 1883, spécialiste de neuro-anatomie, du système nerveux et des céphalés. Il traduit alors les Leçons cliniques de Magnan en 1891 puis étudie, avec un caractère assez mysogine, ce qu’il appelle les déficiences mentales de la femme dans son Traité de la débilité intellectuelle physiologique de la femme paru en 1901. Moebius publia sur l’hystérie et la nervosité notamment sa Théorie de la nervosité paru à Leipzig en 1898. Il remit alors fortement en cause les ambitions de toute psychologie pathologique dans Du caractère désespéré de toute psychologie.


Paul Moebius

*Julian Ochorowicz (1850-1917):
Le russe polonais Julian Ochorowicz était psychologue, philosophe et physicien40. Il fut le premier professeur en psychologie nommé à l’Université de Lemberg en 1875. Puis à partir de 1882, il s’installa à Paris pendant dix années peu après avoir lancé son appel solennel pour la tenue d’un Congrès International de Psychologie en 1881. Il inventa l’hypnoscope, un court aimant cylindrique, pour mesurer le degré de sensiblité d’un individu à l’hypnose. Julian Ochorowicz défendait une idée plutôt empirique des mécanismes de la suggestion mentale. Admiratif de Mesmer, Julian Ochorowicz concevait la « force psychique » comme « un transfert d’énergie par des voies encore inconnues de la science officielle41 ». Il fut un des principaux membres du comité de patronage de l’Institut Psychologique Général avec Charles Richet.


Julian Ochorowicz

*Frédérick Myers (1843-1901) et Edmund Gurney (1847-1888):
Les anglais Frederick Myers42 et Edmund Gurney, étaient les principaux animateurs de la Society For psychical Research de Londres. Frédérick Myers devint président de la S.P.R. en 1900. « The Edmund Gurney librairy » recommandait à la fin des années 1880 la lecture de plusieurs ouvrages de Charles Féré, Alfred Binet, Pierre Janet et Auguste Forel43.

Selon l‘historien britannique J.-P. Williams « Myers and Gurney came to develop their view of conditions of altered consciousness ». « Myers developed a theory of the “subliminal self”, a part of the personality normally submerged beneath the threshold of consciouness, which makes him part of the history of “the discovery of the unconscious” in the late nineteenth century. The isolation of Myers and Gurney in adopting their psychological approach illustrastes how British medical psychology was dominated by physiological approaches –the acquisition of scientific status through a basis in physiological science having been a long-standing preoccupation in both medicine and psychology. More generally, the interest of Myers and Gurney in problems of the mind is an example of responses to the Victorian crisis of faith or “the rise of scientific naturalism” ».



Frederick Myers
Les premières études scientifiques de la S.P.R. sur le « parapsychologique » avaient inspiré ceux de Pierre Janet et cela fut réciproque par la suite. Frédérick Myers a été un des premiers à introduire les notions de « subconscient » et de « double conscience » à travers l’écriture automatique et l’étude des personnalités multiples dès le milieu des années 188044. Il vulgarisa directement les travaux de Pierre Janet lorsque ce dernier était en train de rédiger sa thèse sur L’automatisme psychologique. Le 16 juillet 1888, il fit par exemple une relation détaillée des expériences de Pierre Janet sur Léonie lors d’un meeting tenu par la S.P.R. à la Westminster Town Hall. En voici l’essentiel45 :
«Mr. F. H. Myers then read a paper on “French Experiments on Strata of Personality”, reviewing especially certain recent experiments of Professor Pierre Janet’s with Madame B., the hypnotic subject already so often referred to, and into certain other subjects.

The method adopted by Professor Janet has been to observe the unconscious actions which the subject performs, in any phase of personality, and to try to discover whether these unconscious actions are recollected by her in any other phase of personality. Thus it is now a familiar fact that actions which are performed in the waking state, but in obedience to a post-hypnotic suggestion, are apt to be forgotten in the waking state, and remembered only when the subject re-enters the hypnotic state. Madame B. is for convenience sake styled Léonie in her waking state, and Léontine in her hypnotic state. As we should expect, therefore, Léontine has a chain of memories which Léonie does not share. And these memories cover so large a part of Madame B.’s life, owing to the frequency of her hypnotic trances, that by this time Léontine almost rivals the “second state” of the celebrated Felida X. But there are some unconscious actions of Léonie’s which Léontine does not remember. And there are uncouscious actions of Léontine’s also, none of wich are remembered by Léonie. It is found that by prolonging the process of hypnotisation, Madame B. is brought into a third state, to which the name of Léonore has been given, in which all the unconscious actions, both of Léonie and of Léontine, are fully remembered. And Léonore again performs certain unconscious actions which neither Léonie nor Léontine remember, but which Léonore herself remembers when, as occasionally happens, she enters a state of apparent ecstasy. From this and similar cases it was argued that the most significant indication of differences in various hypnotic states is to be found in differences of the range of memory, and that the state in which the range of memory is the most extensive, -the state which includes the memories of other states, but is not included by them - has a primâ facie claim to be considered as the profoundest state of the subject, though it may not be the state best suited for the ordinary business of life.

The paper was illustrated by a diagram of Madame B.’s several states of personality.

A discussion followed, in which several members took part, turning mainly on the differences of character observable in the different states, and the relation of each state to the complete individual ».


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