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Pouvoir économique et pouvoir politique

Ainsi, ene vision neuve des choses est en voie de construction. L´économie n´est pas une science qui doive fournir des instruments toujours plus sophistiqués d´analyse de conjoncture afin d´orienter les spéculateurs: elle doit à nouveau se concentrer sur les résultats – les «fins substantives» que nous voulons construire, portant surtout sur une société civile qui ne soit pas conçue seulement en termes économiques étroits mais aussi en termes sociaux et écologiques; le «nord» défini pour l´obtention de ces objectifs doit à son tour refonder la comptabilité économique, la manière dont nous calculons les résultats; c´est vers ces résultats, à leur tour, que doivent retourner les ressources engendrées par les épargnes des populations, les vrais propriétaires de ces épargnes mais dont l´usage a été exproprié. Cette expropriation, inutile de le dire, résulte des structures du pouvoir économique qui sont elles-mêmes en train de se modifier.
Retournons au texte de Celso Furtado: «Il importe de formuler la politique de développement sur la base d´une explicitation des fins substantives que nous désirons atteindre et non pas sur la base des moyens imposés par le processus d´accumulation commandé par les entreprises transnationales». Plus loin, Furtado commente que «le comportement de l´entreprise d´amplitude planétaire constitue une mutation majeure dans l´évolution du système capitaliste car elle détourne vers des positions subalternes les forces sociales qui étaient en ascension et modifient substantiellement le rôle de l´Etat national.61
David Korten est probablement aujourd´hui celui qui a fait preuve de plus d´application en ce qui concerne l´étude de l´organisation et l´articulation du pouvoir des grandes corporations. Auteur du livre,Quand les corportions gouvernent le monde ce paisible fonctionnaire de l´USAID, après des années de travail social en Asie, il a conclu que le conflit entre les objectifs déclarés – promouvoir le bien-être des populations – et les pratiques des entreprises, avait atteint sa limite, rendant par ailleurs peu significatif l´effort de promotion sociale qu´il réalisait dans les faits. Et il s´est décidé à montrer comment le système fonctionnait. 62
Le livre est devenu un classique. En partie pour l´excellent travail de systématisation d´informations et pour sa portée analytique, en partie pour avoir mis en évidence l´impressionant hiatus entre l´importance que les entreprises transnationales ont assumée dans la gestion économique – et, de façon croissante, politique – de la société, et le peu d´informations que nous possédons sur la manière dont elles fonctionnent. L´unique noyau effectif de recherche sur les entreprises transnationales, qui fonctionnait aux Nations Unies sous le nom de United Nations Center for Transnational Corporations – UNCTC, a été démantelé dans les années 1990.
Cette opacité programmée a été renforcée par le mécanisme qui soutient les mídias de par le monde. De nos jours, le compte publicitaire fait partie du prix que nous payons pour les produits en vente sur le marché. Cet impôt privé nous coûte, selon l´évaluation du PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) de 1998 près de 430 milliards de dollars et selon l´évaluation de Lawrence Lessig, de 2001, autour d´un billion de dollars. Comme cette publicité est financée essentiellement par de grandes corporations et constitue la base de survie économique des moyens d´informations dont nous disposons, ceux-ci ont tendance à présenter seulement des images sympathiques de qui achète leur espace publicitaire. Il en découle qu´au moment où éclatent des scandales comme ceux d´Enron, de WorldCom, de Parmalat, de Lehmann Brothers ou d´autres, nous tombons des nues.
Nous avons affaire, toutefois, à des procédés courants, où des cadres supérieurs, pris sur le tas après quelque méfait rendu public, haussent les épaules et commentent que «tout le monde fait la même chose». John Perkins montre, dans son Confessions of an Economic Hitman, comment on monte, litteralement, la dette des pays politiquement fragiles. Principal économiste de la Main (Chas. T. Main Inc., entreprise consultante spécialisée en infrastructures conseillant des firmes telles que Enron, Bechtel Halliburton et d´autres aussi notoires), il signe une prévision sciemment exagérée de la croissance économique au cas où un pays investirait de grandes sommes en infrastructures-, ce stratagème a été appliqué en Arabie Saoudite, Équateur et bien d´autres. Avec ce rapport, et face aux prévisions frauduleuses de croissance qui rendent plausibles le payement postérieur de prêts, les entreprises négocient avec la Banque Mondial et d´autres agences financières les prêts correspondants et les contrats d´exécution sont naturellement alloués aux entreprises qui ont contribué aux pressions visant à l´obtention du prêt, comme celles qui ont été mentionnées plus haut. Les entreprises s´enrichissent sous l´effet des contrats, la croissance n´a pas lieu (il n´y a pas de miracle) et le pays dépasse sa capacité d´endettement. Vient alors le second stratagème, qui consiste en la renégociation de contrats d´exploitation du pétrole et autres richesses, profitant de la fragilité financière engendrée. Tout ce mécanisme est habituellement présenté comme assistance aux pays pauvres et ceux-ci n´ont pas d´habitude la liberté de refuser l´embrassade d´amis de telle sorte.63
Une autre étude très intéressante nous est offerte par Joel Bakan, The Corporation: the pathological pursuit of profit and power.64 L´auteur part d´une évidence un peu oubliée: la loi qui crée la «personne juridique» se destinait à protéger les personnes, mais a été étendue aux entreprises qui acquérirent ainsi des droits, comme si elles étaient proprement humaines. Évidemment, comme dit l´auteur, alors qu´une personne physique peut être mise derrière les barreaux, cela ne peut arriver à une personne juridique. Et une personne juridique, avec beaucoup d´argent, d´innombrables avocats, le contrôle des médias et un autofinacement permanent, – au moyen de ce que nous payons en achetant ses produits, en payant ses intérêts ou en utilisant ses sofwares – acquiert graduellement un grand pouvoir. Mais alors qu´une personne physique possède divers facettes, des intérêts diversifiés, des préoccupations éthiques, par loi la corporation n´a pour seuleobligation que le maximum de rentabilité, satisfaisant ainsi ses actionnaires.65
Ainsi se crée une pseudo-personne, doué de zéro de scrupule et d´un immense pouvoir. Les façons dont les corporations apprennent à nous dominer sont examinées selon les mêmes critères que ceux des spécialistes de la santé pour classifier les psycopathes: absence d´intérêt envers la société, absence de sentiments éthiques et ainsi de suite. Un groupe de personnes a eu l´idée de faire de ce livre un film, ce qui constitue une innovation méthodologique intéressante: au lieu de parcourir, dans des paragraphes mis entre guillemets, ce que Peter Drucker, le grand théoricien de l´administration globalisée, a à dire sur un problème déterminé la citation devient audiovisuelle et nous voyons l´auteur expliquer son opinion sur l´écran. L´ensemble de ces opinions, groupé par «chapitres» cinématographiques, finit par constituer un excellent document scientifique sur le comportement des corporations. Les arguments se racontent par images et par paroles, et non par pages. Le résultat est convaincant – ce sont des personnes de chair et de sang qui sont lá devant vous et vous parlent – et renvoie à une forme plus dynamique et vivante que l´écriture de nos lourdes et lassantes oeuvres de science économique.66

Malgré le harcèlement publicitaire continu des grandes corporations, la dimension illégale des activités corporatives monte graduellement à la surface. Une lecture intéressante de cet aspect renvoie à L´économie citoyenne, de Henri Rouillé D´Orfeuil: «Paradis fiscaux qui jouent le double rôle de cachette légale pour les capitaux qui essaient de se soustraire aux obligations fiscales et sociales et se placent en interface avec l´économie du crime, dont le «produit annuel brut» est évalué à un billion de dollars par le FMI, de 2 à 5% du PIB de la planète – les évaluations sont difficiles-, cet argent passant ainsi aux mains des agents qui blanchissent l´argent. François-Xavier Vershave, qui a étudié certains de ces circuits, aiment à déclarer que «dans peu, seuls les pauvres et les imbéciles paieront des impôts»... Le magistrat Jean de Maillard émet aussi un jugement clair et limpide: «Cette globalisation de l´économie criminelle s´accompagne d´une criminalisation de l´économie mondiale, et les deux tendances se rapportent aujourd´hui à une logique commune. La fusion entre l économie légale et l´économie criminelle paraît, ainsi, actuellement réalisée´».67
David Korten, Joel Bakan, John Perkins – entre tant d´autres – sont des auteurs qui étudient le pouvoir des entreprises transnationales mais n´élaborent pas de théories générales: ils étudient les faits et leur articulation, enrichissant la base de l´information avec des données empiriques. Graduellement, apparaissent des régularités, des contradictions et des tendances. C´est ainsi que s´ébauchent des théories qui devront être confrontées avec d´autres études empiriques, d´autres analyses par secteurs.
Les opinions, une fois de plus, seront contradictoires: les capitaines de corporation mettront l´accent sur les technologies, l´efficacité, le pouvoir créateur auxquels ils prétendent participer. D´autres désigneront plutôt les désastres écologiques, la concentration de la rente, le chômage, la manipulation de l´information, le pouvoir destructif de la spéculation. La contradiction ne se résoud pas à l´intérieur de la sphère économique mais conduit à une perspective plus ample: tout pouvoir non contrôlé tend à dégénérer. La science économique doit se comprendre comme une pierre supplémentaire dans une mosaïque qui ne devient compréhensible que dans sa dimension élargie. L´argument de base, dans l´ensemble, est clair: un ample pouvoir politique a surgi mais sous un visage économique et, donc, soustrait à des contrôles politiques, soit disant soumis aux «forces du marché». En réalité, il n´en est rien. Démocratie, disent ces entreprises, seulement au dehors de leurs murs. La démocratie doit s´arrêter à la porte de l´entreprise?

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La théorie de la consommation

Revenons à l´axe méthologique que nous sert de guide dans ce petit essai. Il ne s´agit pas d´une révision théorique cherchant à analyser les grandes écoles de pensée et de voir comment la réalité y trouve encore un potentiel explicatif. Il s´agit plutôt de partir des vecteurs de plus grand impact structurel, comme le pouvoir des entreprises transnationales ou la financiarisation des économies et ainsi de suite, pour, tout en suivant librement les fils que nous suggèrent la lecture de Celso Furtado, en particulier son essai À la recherche d´un nouveau modèle, nous mettre en condition d´identifier les axes d´analyses qui se dessinent dans la littérature économique.
Il n´est pas question de sous-estimer les classiques. Ceux-ci méritent d´être étudiés, mais dans le quadre de référence qui leur a donné vie, ce qui exige une bonne connaissance historique de la réalité qu´ils ont cherchée à expliquer. Aller chercher des citations de grands auteurs, sans se donner le travail de démontrer à quel point une idée continue à être valable dans le contexte actuel, constitue seulement un argument d´autorité. «Comme le comportement des variables économiques dépend en grande mesure de ces paramètres (non-économiques) qui se définissent et évoluent dans un contexte historique, il n´est pas possible d´isoler l´étude des phénomènes économiques de leur cadre historique».68
La science économique, dans un contexte qui se transforme, doit se transformer. « La valeur du travail d´un économiste, comme de reste de n´importe quel chercheur», écrit Celso Furtado, «résulte de la combinaison de deux ingrédients: l´imagination et le courage de prendre des risques dans une quête incertaine». En prenant ses distances du consensus, l´économiste se rendra compte que les chemins déjà parcourus par d´autres n´ont pas grande valeur», et «perdra en peu de temps la révérence devant ce qui est établi et mis en traité.»69
Ce point étant éclairci, nous voulons aborder ici un autre «axe de réalité», que constitue la consommation. «Il n´échoit au consommateur, nous dit Furtado, qu´un rôle essentiellement passif. Sa rationalité consiste à répondre «correctement» à chaque stimulus auquel il est soumis...L´individu peut réunir autour de soi une myriade d´objets sans avoir contribué en rien à leur création. L´invention de tels objets est subordonné au processus d´accumulation, qui trouve dans l´homogénéisation des modèles de consommation un puissant levier». Il en découle que l´homme cesse d´être sujet du processus; dans le cadre de la «rationalité instrumentale», «l´homme est ici identifié à un objet susceptible d´être analysé et programmé».70

L´anti-texte à ce sujet est évidemment l´ouvrage de Milton Friedman, de l´école de Chicago, qui avec l´audace de qui n´a pas de compte à rendre à la réalité, seulement à la corporation, a écrit, avec l´aimable collaboration de son épouse Rose, le classique Free to Choose, un tribut à la liberté de choix du système. J´ai toujours pensé que Friedman devait sa renommée et son pseudo-nobel beaucoup moins à la cohérence de sa pensée qu´au fait de divulguer des idées qui défendent le système. Le système peut-être généreux.71
John K. Galbraith n´appartient sûrement pas au système. Outre cela, il écrit magistralement. Autrefois, ce magistralement impliquerait des phrases complexes et des expressions recherchées. Dans le désert stylistique de la science économique contemporaine, cela implique surtout d´écrire de manière simple et directe. À la lecture de L´économie des Fraudes innocentes, nous ressentons clairement le plaisir qu´à eu Galbraith à écrire. C´est le plaisir d´aligner des idées claires et distinctes, du même genre que produit un travail bien fait.
Le pouvoir corporatif se vêtit de façon respectable. La corporation cesse d´être un monopole ou un oligopole capitaliste et en vient à reçevoir le nom de «marché».72 La version officielle qui s´est construite autour de ce marché, selon Galbraith, tient en un paragraphe: «Dans le système de marché, on prétend que le pouvoir de dernière instance, répétons-le, est placé dans les mains de ceux qui achètent ou décident de ne pas acheter; ainsi, sous quelques réserves, le pouvoir de dernière instance appartient au consommateur. Le choix du consommateur donne forme à la courbe de la demande. De la même manière que le vote apporte une autorité au citoyen dans la vie économique la courbe de la demande conférerait de l´autorité au consommateur». Le mécanisme est très clair, mais il a le défaut de ne pas correspondre au réel».73
La réalité consiste en ce que Galbraith dénomme «système corporatif» qui s´appuie sur le monopole ou l´oligopole et centralise de façon dramatique le pouvoir économique dans le monde de la grande entreprise, rongeant l´espace de la concurrence, laissant le consommateur sans options. Au surplus, le gigantesque système de manipulation du consommateur au moyen de la publicité amène à ce que ce soit le système corporatif lui-même qui définisse le profil de la demande. À l´intérieur de la corporation, en outre, le pouvoir n´est pas dilué entre un grand nombre d´actionnaires, mais concentré dans la burocratie corporative, mise en évidence entre autre par les rémunérations astronomiques qu´ils s´attribuent les uns les autres. Comme la structure oligopoliste croissante permet de manipuler les prix, on y incorpore les coûts de fabrication de la marque et de l´image corporative, ainsi se ferme le cercle. Le mécanisme de libre concurrence a été substitué par un mécanisme de pouvoir.
En une autre étude, Galbraith est encore plus explicite; il y commente que le capitalisme est passé de mode: «La référence consacre maintenant le système du marché» Au lieu de propriétaires de capital , «nous avons le personnage admirablement dénommé «forces du marché». Il serait difficile de trouver un changement de terminologie qui coincide avec les intérêts de ceux à qui le pouvoir donne de l´argent. Ils disposent maintenant d´un anonymat fonctionnel.»74
À l´avis de Galbraith, une autre fraude a lieu dans l´interprétation de la conjoncture macro-économique. «La réputation erronée et favorable de la Banque Centrale Américaine a de solides fondements: il y va du pouvoir et du prestige des banques et des banquiers, et du pouvoir magique qu´on attribue à la monnaie. Ils forment un groupe et ils appuient la Federal Reserve et ses membres, c´est-à-dire les banques qui leur appartiennent. En cas de récession, le taux des intérêts est réduit par la banque centrale, les banques-membres doivent repasser le taux réduit à leurs clients, les encourageant ainsi à faire des emprunts. Les entrepreneurs produiront alors des biens et des services, ils vont pouvoir acheter des plans industriels et des machineries avec lesquels ils gagneront de l´argent, et la consommation financée par des prêts à meilleure condition augmentera. L´économie répondra, la récession finira. Si alors se produit un «boom» avec menace d´inflation, un coût augmenté du crédit promu aussi par la Federal Reserve et imposé aux banques-membres élèvera les taux d´intérêts. Voilà qui restreindra l´optimisme excessif, équilibrera les prix, en nous protégeant de l´inflation».75 La difficulté, nous dit Galbraith, «est que ce processus hautement plausible, avec lequel on a tendance à tomber d´accord, n´existe que dans la foi économique bien ancrée, non pas dans la vie réelle».
« En réalité, nous dit l´auteur, les taux d´intérêts constituent un détail quand les ventes sont mauvaises. Les entreprises ne font pas d´emprunts et n´élargissent pas une production qui n´a plus comment être vendue [...]. Reste un fait: quand les temps sont favorables, des taux plus élevées d´intérêts ne réduisent pas l´investissement capitaliste. Ceux-ci ne comptent pas beaucoup: la perspective d´un profit plus élevé est ce qui compte. Et en récession ou en dépression, le facteur décisif est la perspective de bénéfices réduit.»76. Selon Galbraith, « l´unique remède totalement confiable contre la récession est un flux solide de la demande de la part du consommateur.»77 Et la meilleure manière d´assurer ce flux n´est pas de réduire les impôts des riches qui épargnent et spéculent, mais d´augmenter le revenu des pauvres qui consomment.
Nous vivons ainsi dans le règne de la fantaisie scientifique: «La science économique et les systèmes économiques et politiques plus amples cultivent leur propre version de la vérité». Cette dernière n´a pas nécessairement beaucoup à voir avec la réalité».78
Que reste-t-il de la théorie de la consommation, centrale dans la vision traditionnelle de la science économique, si le financement s´oriente par des critères spéculatifs et ne répond plus nécessairement à un élan économique, si les entreprises n´ont pas besoin de se faire concurrence par le biais des prix chaque fois plus administrés par des oligopoles, si le consommateur n´a pas d´information ou est trop débordé par l´excès de messages publicitaires pour avoir une notion de consommation rationnelle et, enfin, si la capacité régulatrice de l´État devient négligeable face au processus de globalisation? Peu de chose, à vrai dire, et le fait va se refléter dans la déformation absurde des priorités du développement économique.79
Le rapport sur le Développement Humain 1998 examine les problèmes de consommation sous l´optique des besoins des personnes, ce qui constitue une innovation osée. La vision qui se dégage constitue essentiellement un appel à la réalité: «Le monde possède des ressources plus que suffisantes pour accélérer le développement humain pour tous et entraîner l éradication des pires formes de pauvreté de la planète. Faire avancer le développement humain n´est pas une tâche exorbitante. Par exemple, on a estimé que le total aditionnel de l´investissement annuel nécessaire pour atteindre l´accès universel aux serviçes sociaux de base serait d´à peu près 40 milliards, 0,1% de la rente mondiale, un peu mieux qu´un arrondissement statistique. Cela couvrirait le compte de l´éducation de base, de santé, de nutrition, de santé reproductive, de planning familial, d´accès à l´eau et d´assainissement pour tous».80
Sous le titre «Les priorités du monde?», et à titre d´illustration, le Rapport compare les nécessités non couvertes par manque de ressources et les ressources de priorité douteuse. Par exemple, l´investissement annuel supplémentaire pour assurer l´éducation de base pour tous serait de 6 milliards de dollars, qu´on n´arrive pas à obtenir alors qu´on dépense 8 milliards de dollars en cosmétiques aux États-Unis; pour assurer l´eau potable et l´assainissement pour tous, 9 milliards seraient nécessaires et l´on dépense en Europe 11 milliards de dollars en glaces; la santé reproductive universalisée exigerait 12 milliards supplémentaires par an, la même quantité qu´on dépense en parfums en Europe et aux États-Unis; santé et nutrition de base pour tous exigerait 13 milliards de dollars supplémentaires par an et l´on dépense 17 milliards en ration pour animaux domestiques en Europe et aux Etats-Unis. Hors cela, on dépense 35 milliards de dollars en divertissement pour cadres au Japon, 50 milliards en cigarettes en Europe, 105 milliards en boisson alcoolique en Europe, 400 milliards en narcotiques dans le monde entier et 780 milliards en dépenses militaires par tous les continents .81
Ainsi la dégradation simultanée de la capacité régulatrice du marché (dans le sens de mécanismes effectifs de concurrence) et la réduction de la capacité de planification de l´État entraînent une déformation de la consommation. Et quand l´intérêt final du consommateur n´est plus déterminant, les processus productifs se déforment. Le monde que nous héritons de ce processus est chaque fois plus surréaliste. En fait, ce qui se passe, c´est que nous appliquons à une réalité nouvelle des systèmes de régulation dépassés. On explique par des mécanismes de marché, théoriquement objectifs et démocratiques, des dynamiques qui appartiennent à des mécanismes articulés de pouvoir, qui entraînent à leur tour une culture surréaliste de comportement économique sans rapport avec ce que nous désirons faire de notre vie.
Sur un plan autre, nos dépenses vont chaque fois moins à l´achat d´un produit et chaque fois plus à l´adhésion à un droit d´accès, - tels les plans de soins de santé, la téléphonie, la télé à cable, la copropriété et tant d´autres systèmes de consommation où notre choix est extrêmement limité.82 L´urbanisation a amené une expansion de la consommation collective qui n´apporte elle aussi que peu d´options. Nous sommes clients d´une banque parce que notre entreprise a établi l´accord de lui «fournir» un certain nombre de comptes de fonctionnaires et non parce que nous l´avons choisie; pour sa part, l´établissement des cartels entraîne des options en fait peu différenciées. La connaisssance constitue une marchandise entre guillemets car elle ne devient source de bénéfice que si une entreprises peut en limiter l´accès et percevoir un péage sur son usage. Ce sont des réalités nouvelles. Et qu´est-ce-que le capitalisme quand l´élément régulateur principal que serait la demande finale a cessé d´exercer ce rôle?
À mesure que les marchés – dans le sens original de mécanisme régulateur démocratique d´innombrables agents économiques – cesse d´opérer, le système évolue vers de sous-systèmes différenciés d´articulation organisée d´intérêts, variant selon les secteurs, les régions et les cultures économiques héritées. Et pour mieux comprendre ces sous-systèmes la necessité d´études empiriques innovatrices se fait sentir. Le marché approprié par les grands groupes est chaque fois moins démocratique, en fait chaque fois moins marché.
À l´ère des corporations, quand l´économie cesse d´être réglée par les lois de la concurrence du marché et n´est pas non plus réglée par les lois de la politique – la planification continue d´être considérée comme une «ingérence» dans le système privé – un espace hors de contrôle est engendré. Ajoutons que, lorqu´il y a planification, la société peut discuter les options, au lieu de supporter des faits consommés, condition de base de processus économiques plus démocratiques.
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