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Financiérisation de la science économique

Un autre axe d´analyses cherche à comprendre ce qui advient des intermédiations financières. Les recherches théoriques dominantes ne s´occupent pas, curieusement, de rendre nos épargnes plus productives par des investissements engendrant plus de richesse et d´emplois, mais d´inventer des procédés plus avancés pour gagner de l´argent avec des applications financières. Ainsi la sphère des finances a commencé à être analysée de façon isolée de ses conséquences et de son utilité économique et la spéculation financière a acquis dans les sciences économiques un rôle central, comme si échanger des papiers contre d´autres papiers augmentait magiquement la qualité de la santé ou la production des aliments.
En ce domaine le livre de Joel Kurtzman, La mort de l´argent. continue à être très actuel. Comme l´argent est devenu une annotation électronique qui voyage à la vitesse de la lumières sur les ondes de la virtualité, le monde s´est transformé en un casino global. Ce qui nous importe ici: le bénéfice et le pouvoir engendrés par la spéculation financière ont fait que la science économique se concentre de manière obsessive dans cette sphère. La liste des prix Nobel d´économie constitue essentiellement, avec de rarissimes exceptions comme Amartya Sen, une liste de spécialistes en comportement du marché financier.
La situation s´aggrave du fait que le prix Nobel d´économie ne constitue pas réellement un prix Nobel, mais un prix de la banque de Suède. Peter Nobel, petit-fils d´Alfred Nobel qui a institué le prix, explicite la confusion volontaire établie par un segment spécifique d´économistes: «Jamais dans la correspondance d´Alfred Nobel il y a eu une mention quelconque à un Prix Nobel d´économie. La Banque Royale de Suède a deposé son oeuf dans le nid d´un autre oiseau plus respectable et enfreint ainsi la «marque registrée» Nobel. Deux tiers des prix de la Banque de Suède ont été attribués à des économistes américains de l´École de Chicago dont les modèles mathématiques servent à la spéculation sur le marché des actions – dans le sens opposé aux intentions d´Alfred Nobel, qui comprenait mieux la condition humaine.» Ainsi l´argent ne provient pas du fond Nobel et les critères d´attribution du prix partent de la sphère financière elle-même qui s´est approprié ainsi d´une respectabilité qu´elle ne possède pas grâce à un processus frauduleux. Le fait que la sphère financière ait réussi à ce que le prix soit attribué pendant la même cérémonie contribue à la confusion mais fait douter de l´éthique du procédé.36
Une autre démonstration de force de ce segment de l´économie renvoie au pouvoir des agences d´évaluation de risque. Tous nos jornaux font parade de la dernière cote du . «risque Brésil». Le très conservateur The Economist en arrive à s´indigner du poids qu´a acquis l´oligopole des trois entreprises – Moody´s, Standard & Poor (S&P) et Fitch – qui «font face à de sévères critiques ces dernières années, pour s´être trompées face à des crises comme celles d´Enron, de WorldCom et de Parmalat. Ces erreurs, l´importance croissante des agences, le manque de compétitions entre elles et l´absence de scrutin externe commencent à rendre certaines personnes nerveuses». L´Economist argumente aussi que les agences d´évaluation sont payés par ceux qui émettent des titres, et non par les investisseurs, ce qui indique d´évidents conflits d´intérêts. Il en découle que la «plus puissante forçe des marchés de capitaux se trouve dépourvue de toute régularisation significative». 37
L´essentiel de la spéculation financière consiste à accumuler des richesses sans avoir besoin de produire la richesse correspondente. En termes pratiques, il s´agit de gens qui vivent de l´effort des autres, quand le gain des uns correspond aux pertes des autres. Joseph Stiglitz a compris cela et a écrit un livre marquant et de lecture simple, Globalization and its discontents,38 en montrant comment les pays en difficulté ont besoin de plus de capital pour se rééquilibrer, justement au moment où les capitaux spéculatifs fuient, ruinant le pays. Stiglitz illustre sa vision du rôle de la libéralisation des capitaux par le cas du Sudeste Asiatique, mais le même raisonnement s´applique par exemple à l´Argentine au moment du «corralito».39
La théorie officielle du Fond Monétaire International, largement dominante même si elle fait face à un scepticisme croissant, ne peut que sembler cynique devant ces nouvelles dynamiques. «Les bénéfices fondamentaux de la globalisation financière sont bien connus: en canalisant des fonds vers leurs usages les plus productifs, elle peut aider tant les pays développés que ceux en voie de développement à atteindre des niveaux de vie plus élevés.»40
Le processus réel fonctionne à l´inverse. Le secteur productif, l´État, les communautés et le consommateur se décapitalisent. La libéralisation des flux de capitaux qui devrait théoriquement «canaliser les fonds vers leurs usages les plus productifs» amène au contraire au drainage des ressources à des fins spéculatives et force les entreprises à chercer à s´autofinancer, engendrant un feudalisme financier où chacun cherche l´autosuffisance; c´est ici justement que se perd la capacité que les épargnes d´aucuns ont d´irriguer les investissements des autres. L´effet est rigoureusement inverse à celui qui était prévu ou imaginé par le Fond, mais rigoureusement cohérent en termes économiques effectifs.
Le plus intéressant pour nous réside en ce que nous n´avons pas affaire à des mécanismes objectifs, du genre «réactions de marché»: il s´agit dans ce cas d´un montage conscient de processus de déstabilisation économique et financière, qui embrasse de gigantesques pots-de-vin et l´articulation d´un réseau d´amitié auprès du gouvernement américain, líé à Wall Street, à des organisations financières multilatérales et à de grandes entreprises. Tout cela constitue des procédés volontaires qui n´obéissent pas aux fins déclarées et moins encore à des mécanismes de marché, dans le sens de libre concurrence et de liberté économique. En réalité, il s´agit de mécanismes de manipulation politico-financière qu´on ne trouve pas dans les traités traditionnels et que des auteurs comme ceux que nous avons cités «démontent» graduellement», selon une manière d´ingénierie à l´envers, en explicitant «comment fonctionne» un segment déterminé d´activités économiques à partir d´exemples témoignés et vécus.
On trouvera impressionant le niveau de méconnaissance quant au fait si simple que les applications financières, que les banquiers aiment tant désigner sous le nom d´investissements, amènent à l´enrichissement d´intermédiaires sans engendrer d´actifs nouveaux et que cet enrichissement sans production correspondante – provenant ainsi de l´appropriation de la production de tierce personne – se réalise avec notre argent, et non pas avec l´argent des intermédiaires eux-mêmes.41
La science économique que nous enseignons ne nous enseigne pas l´essentiel, qui consisterait à savoir comment construire les objectifs du développement dans le nouveau contexte de changement technologique, de dérégulation et de changements institutionnels. Ces trois catégories de changement intègrent les analyses du FMI, qui commence, après les sévères critiques reçues, à se montrer un peu plus prudent dans ses certitudes: «Bien qu´il soi difficile d´être catégorique au sujet d´une chose aussi complexe que le système finacier moderne, il est possible que ces développements soient en train de créer plus de mouvement de «procyclicality» que dans le passé. Il est aussi possible qu´ils soient en voie d´engendrer une probabilité plus grande (même si elle reste réduite) d´une catastrophe (catastrophic meltdown)».42
Le casino financier international (avec sa dimension nationale) engendre ainsi un processus de décapitalisation de l´économie, amenant à sous-utiliser très fortement l´un des principaux facteurs d´avancée économique que constituent nos épargnes. Et nous disons bien ici nos épargnes, car le casino joue avec l´argent des fonds de pension, des petites économies familiales, de nos dépôts.
En réalité, une culture sectorielle toute spécifique s´est engendrée. Le domaine des cartes de crédit constitue une illustration curieuse de la manière dont on nous dépouille en nous montrant en même temps notre importance lorsque nous payons avec une «carte vip» le dîner de notre petite-amie. La carte de crédit permet tout simplement de taxer toutes nos transactions, percevant autant des commerçants que des consommateurs, par le biais de la taxe d´utilisation, du crédit implicite et des intérêts sur les retards des paiements, sans parler du loyer des équipements. La General Electric, par exemple, a déjà émis 68 millions de cartes dont 40% dans des pays en développement. Voici une entreprise de plus qui a découvert qu´on gagne plus en jouant avec l´argent des autres qu´en affrontant les exigences des processus liées à la production. L´américain moyen arbore orgueilleusement une moyenne de 8 cartes de crédit, et vit endetté.
Il s´agit, comme on dit dans la région de Celso Furtado, «de fête tapée dans les poches des autres.» Celso Furtado, d´ailleurs, aime être clair: «Personne n´ignore plus la fantastique concentration de pouvoir qui se manifeste aujourd´hui sur les marchés financiers dominés par les activités de change spéculatives ».43
Mais si personne n´ignore plus ces données, le fait est que nous savons tous comment se structure l´industrie automobile mondiale mais nous ignorons comment sont structurés et comment s´organise le pouvoir politique et économique des groupes qui s´approprient des épargnes. Des pages paraissent dans tous les journaux présentant des cotations de toute sorte, mais rien sur la façon dont le processus est articulé. Un peu de démocratie, si ce n´est de mesures de contrôle, au moins quant à l´information, ne serait-il pas le bienvenu?
Il est frappant de constater que ce n´est qu´en 2011 qu´apparaît la première recherche globale sur le contrôle corporatif des processus financiers. Les chercheurs de l´Institut Fédéral Suisse de Recherche Technologique de Zurich (ETH de la sigle en allemand) ont selectionné 43 mille des principales corporations mondiales et ont analysé le rendement opérationnel, la valeur économique des corporations et les prises de participations croisées en actions (mutualcross-shareholdings) identifiant ainsi les unités les plus fortement connectées du réseau. «Nous n´avons rencontré que 737 des principaux acteurs (top-holders) accumulant 80% du contrôle sur la valeur de toutes les entreprises transnationales (ETN)... Cela signifie que le contrôle en réseau (network control) est distribué de maniére plus inégale que la richesse. En particulier, les acteurs du sommet détiennent un contrôle dix fois plus grand qu´on ne pouvait l´attendre fondé sur la richesse.»
En anlysant le noyau des 737 corporations lui-même, les chercheurs ont identifíé un noyau central d´acteurs au sommet (top ranked actors) avec leurs interconnections.«Nous avons relevé que, malgré sa petite dimension, le noyau détient collectivement une ample fraction du contrôle total du réseau. En détail, presque 4/10 du contrôle sur la valeur économique des ETNs du monde, par le moyen d´un tissu compliqué de relations de propriété, se trouve dans les mains d´un groupe de 147 ETNs du noyau total, qui possède quasiment un plein contrôle sur soi-même. Les acteurs du sommet à l´intérieur du noyau peuvent ainsi être considérés comme une «super-entité» dans le réseau global des corporations. Un fait aditionnel significatif sur ce point est que les ¾ du noyau central sont des intermédiaires financiers.»44

Les chiffres impressionnent par eux-mêmes et suscite un certain impact dans le monde scientifique qui répercutera inévitablement sur le monde politique. Les données confirment et aggravent même les affirmations des mouvements de protestations contre les 1% qui jouent avec l´argent des autres 99%. Le New Scientist reproduit le commentaire d´un des chercheurs, Glattfelder, qui résume la question: « En effet, moins de 1% des entreprises arrive à contrôler 40% de tout le réseau ». Et la majorité sont des institutions financières, entre lesquelles la Barclays Bank, JPMorgan Chase&Co, Goldman Sachs et similaires.45
A partir de la crise de 2008, les drames se déroulent de façon continue. Les pertes provoquées par les spéculateurs qui avaient émis des flots de papiers financiers sans la couverture correspondante à des fins spéculatives ont été couvertes généreusement par les ressources publiques des pays les plus affectés. Les mesures ont sauvé les banques mais n´ont fait que transférer le déficit aux coffres publics. Le chaos privé est devenu chaos public. En 2012, des mesures de régulation tant soit peu significatives n´avaient pas encore été prises. Sous les effets d´ une précarité croissante, le casino continue. 46
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De la spéculation à l´investissement social utile

Curieusement, la réalité pathologique des sphères financières crée ses antidotes. Tandis que le courant théorique dominant – et le gros des ressources – renforce les activités spéculatives et le financement des corporations, un autre courant est en voie de se construire, répondant aux nécessités prosaiques de financement de la petite et moyenne entreprise, de l´agriculture familiale, des organisations de la société civile. On connaît les travaux de Muhamad Yunus au Bangladesh mais il vaut toujours la peine de souligner que beaucoup d´argent dans la main de quelques élus engendre le chaos, alors qu´un peu d´argent dans la main du plus grand nombre engendre des résultats frappants en termes de progrès économique et social.47 D´un point de vue strictement économique, pour qui ne possède pratiquement rien, un peu d´argent fait une énorme différence, en termes de santé, des conditions d´études infantiles, de meilleures conditions de production.
La réorientation désirée exige que les ressources financières puissent tout simplement servir à notre développement. Stiglitz renvoie à bon droit au Community Reinvestment Act – CRA – de 1977, aux États Unis, qui oblige les institutions d´intermédiation financière à appliquer une partie au moins de leurs ressources au développement des communautés qui, en fin de compte, sont propriétaires de ces ressources. Le Federal Register du 19 juillet 2001 explicite l´objectif de s´assurer que les ressources financières « assurent leurs engagements de manière continue et positive afin de contribuer à la satisfaction des nécessités de crédit des communautés locales où les applications sont autorisées. Au surplus, le Congrès a instruit les agences à évaluer l´accomplissement des tâches exigées de la part des institutions (financières) correspondant aux nécessités de crédit de toute la communauté ».48 Avec ce genre « d´engagements » et d´actions « affirmatives », nous sommes loin de la spéculation pure et simples permise aux intermédiaires financiers disposant de l´argent de tiers. Il importe de mettre les ressources de la communauté à la disposition de la communauté elle-même.49
Stiglitz présente aussi l´importance du système chinois : « Les villes et les villages canalisaient leurs précieuses ressources visant la création de richesse et il se développait une forte compétition en vue du succès. Les habitants des villes et des villages pouvaient vérifier ce qu´il advenait de leurs fonds. Ils savaient s´il y avait création d´emplois et si la rente augmentait. Peut-être n´y avait-il pas démocratie mais il y avait mise en responsabilité. De nouvelles industries ont été localisées en zones rurales, ce qui a aidé à reduire la tension sociale accompagnant inévitablement l´industrialisation. Voici la Chine qui a lancé les fondations d´une Nouvelle Économie suppléant les institutions existentes, maintenant et fortifiant son capital social, alors qu´en Russie il se voyait dilapidé. »50

L´Allemagne offre un autre exemple intéressant que nous avons déjà commenté. L´énorme masse d´épargnes familiales du pays n´est pas confiée à ceux qu´on nomme les « investisseurs institutionnels » afin qu´ils spéculent. Elle est gérée par de petites caisses d´épargne qui existent en chaque ville ou village. L´Economist informe que plus de la moitié de l´épargne allemande est administrée de cette façon. La revue considère, naturellement, qu´il y a là un facteur de retard, car l´argent serait appliqué de manière plus dynamique si l´épargne était administrée par quelques groupes financiers internationaux. Ce sont ces groupes, pourtant, qui ont engendré la débacle financière de 2008.51
C´est ne pas voir l ´immense gamme de petites initiatives que des localités bien capitalisées peuvent prendre, comme la création de petites entreprises, restaurants typiques, transformations de produits agricoles locaux - tout ne doit pas nécessairement aller à Mcdonald ou au réseau d´hypermarchés – selon un processus qui n´est pas seulement économique mais culturel et associatif. Il rend à une région la « possession » de son territoire ouvert à des initiatives autonomes et créatrices. Il n´est pas inutile de rappeler que 54% des entreprises aux États-Unis emploient jusqu´à 5 personnes et que le pays possède 26 millions de micro et petites entreprises. Il y a ici un grand hiatus dans la théorie économique qui ne considère productive la petite entreprise que quand elle est réduite au rôle de sous-traitant d´un géant corporatif.
Si la théorie laisse en blanc l´écrasement de l´initiative économique individuelle et associative dans le capitalisme globalisé, sur le plan de l´économie appliquée surgissent des choses très intéressantes. Le livre Les placements éthiques constitue un genre de petit manuel pour qui veut faire des choses utiles avec son argent au lieu de le mettre à la banque.52 Sans trop théoriser, le livre part du principe que les personnes en chair et en os prétendent équilibrer des intérêts variés, tel qu´obtenir une rémuneration raisonable pour leur argent mais acquérir aussi une certaine sécurité, des liquidités au cas où elles se feraient nécessaires de manière urgente et, enfin, avoir le sentiment que leur argent sert utilement. Les placements financiers utiles présentés dans le livre se réfèrent concrètement à la France mais ouvrent des perspectives générales.
Pour son usage pratique, il y va d´un petit manuel où à chaque page apparaît un propos éthique, avec des indications sur la taxe moyenne de rémunération du placement, sur les liquidités (certains fonds exigent une certaine durée de placement), concernant aussi la sécurité (on va des placements garantis par l´État jusqu´aux placements de risque tels que sur le marché des actions), sans oublier la «plus-value éthique» qui décrit en détail le type d´activité socialement utile concerné, touchant aussi à l´environnement. Le processus s´est établi aussi en France parce que, outre l´intérêt de la population, les banques locales – communautaires ou d´État – ont commencé à garantir les placements engagés sous initiatives de l´économie solidaire, engendrant un processus parfaitement sûr em termes financiers et de productivité systémique élevée.
Les placements concernent typiquement des entreprises d´économie solidaire – par exemple votre argent sera appliqué dans une petite entreprise qui organise le transport pour personnes handicapées de la ville, initiative trop ponctuelle pour intéresser des groupes d´entrepreneurs traditionnels - ou d´entreprises traditionnelles qui passent par le crible d´une série de critères comme l´observation des normes du droit du travail, le respect du consommateur et ainsi de suite. Il existe aussi des fonds qui, outre tout cela, excluent un ensemble d´entreprises notoirement anti-sociales comme celles qui produisent des armes, des cigarettes ou des boissons alcooliques.
Cela implique à son tour un ensemble de critères d´évaluation des activités d´entreprises qui vise bien au delà du profit et surgissent ainsi diverses institutions qui accompagnent de manière systématique divers secteurs d´activités et d´entreprises, de telle manière que la personne qui applique dans un fond puisse connaître effectivement l´usage final de son argent. Nous sommes tous habitués à l´indicateur du «risque Brésil», qui présente le risque qu´un pays déterminé ou une entreprise déterminée représente pour les agents financiers, mais les indicateurs de l´utilité sociale des entreprises n´apparaissent pratiquement pas, et jamais celui du risque pour le Brésil, par exemple, celui d´activités spéculatives. Dans notre cas, ce concept est de grande importance, car là où prédominent de petites banques municipales et où la population peut dans une bonne mesure accompagner ce qui est fait de son argent, les mécanismes de marché fonctionnent ainsi qu´un minimum de concurrence. Dans le cas brésilien, s´agisssant de conglomerats, nous n´avons normalement aucune idée de ce qu´il arrive dans le secteur privé, encore moins que dans le secteur public.53
Le système monté en France est mûr et assez sophistiqué. Il touche à une législation permettant que certaines applications financières soient traitées de manière différenciée par le fisc, à un système d´appréciation des entreprises par les institutions d´évaluation, à une forte participation d´organisations de la société civile, de syndicats ou de pouvoirs locaux et renvoie à un système régulier d´information à l´actionnaire et à l´agent financier désireux d´appliquer. Le système s´étend à un rythme de 20% par an. Il existe des organisations de la société civile qui administrent déjà plus de 800 millions d´euros, près de 2 milliards de reais. Pour leur part, elles ne jouent pas au casino international.
En termes théoriques, le succès des expériences de ce type est d´importance majeure, car il implique qu´enfin de compte les gens ne veulent pas simplement atteindre au maximum du rendement ou à garantir la sécurité de leur argent. Les gens veulent au contraire réaliser des choses socialement utiles s´ils en ont l´occasion, et cette occasion s´organise. Une note introductive d´Henri Rouillé d´Orfeuil donne le ton:«Les objectifs sont clairs. Il s´agit d´introduire la solidarité, soit un souci du bien commun, au coeur même de l´économie pour que la croissance amène au progrès social et au développement durable, pour que les entreprises deviennent socialement et écologiquement responsables».54
Le pivot alternatif de la médiation financière constitue la cible d´attaques des grands groupes spéculateurs et se voit ridiculiser par le «mainstream» de la science économique. Et pourtant, quand Hazel Henderson et d´autres ont créé l´«ethical market place», littéralement «marché des placements éthiques», ils ont surpris un immense intérêt social, qui se matérialise par un flux impressionant de ressources. De nos jours les groupes financiers spéculateurs et les grandes banques ouvrent des créneaux d´activité socialemente responsables, ne serait-ce que pour préserver leur image.55
Il est instigant de voir (et nous sommes tous concernés) que, tandis que les mécanismes du marché sont en cours de se voir entravés par les géants transnationaux ou nationaux qui monopolisent d´amples secteurs économiques, manipulent les flux et restreignent l´accès aux informations, engendrant déséquilibres et crises, des formes alternatives de régulation économique surgissent, fondées sur des valeurs et sur la participation directe du citoyen.
Faire de la politique a toujours été considéré comme une activité très centrée sur le vote, le parti, le gouvernement. Mais récemment, des activités surgissent où la société civile organisée retrousse ses manches et prend sur soi une série d´activités. D´une manière chaque fois plus claire et significative l´action économique guidée par des valeurs, par des conceptions politiques dans le sens le plus large, prend forme. Les gens découvrent qu´on peut «voter avec son argent». D´autres activités ont surgi au Brésil, avec l´aide entre autres de Paul Singer, dans la ligne de l´Économie Solidaire. On ne compte plus les initiatives de microcrédit, de crédit solidaire, d´ONGs offrant des garantie de crédit.56
On se trouve dans un domaine où surgissent d´excellentes études descriptives du genre «voyons comment ça fontionne» sans grande ambition théorique. On voit surgir aussi dans la même sphère une pratique généralisée de séminaires et conférences où les personnes qui administrent les nouvelles formes de gestion de nos épargnes rencontrent des chercheurs en sciences sociales construisant ainsi des approches renouvelées.57
Une petite digression s´impose ici. Notre vision de l´économie continue à être centrée sur l´appréhension manufacturière héritée du XX siècle. Mais les secteurs émergents de l´économie ne sont pas les fabriques, ce sont les réseaux de santé, les systèmes réglés d´éducation, la recherche et l´organisation de la connaissance, les activités culturelles et ainsi de suite. Les gens s´étonnent du fait que les activités industrielles représentent aux États-Unis 14% du PIB et l0% de l´emploi, déclinant rapidement, alors que la santé représente déjà 17% du PIB. Si nous sommons éducation, culture, sécurité, nous atteignons à plus de 40% du PIB. L´économie est chaque fois moins basée sur le capital fixe (machines, équipements, constructions) et chaque fois plus sur l´organisation et la connaissance. En d´autres termes, l´économie qui surgit n´a pas besoin de gigantisme pour être efficace, au contraire. En réalité, le gigantisme dans ces domaines engendre des «déséconomies» d´échelle, en raison de la burocratisation et de la monopolisation du contrôle d´accès aux serviçes essentiels.58
En d´autres termes, il y a une convergence à construire entre le surgissement de nouveaux secteurs d´activité et les formes de financement qu´ils exigent. Quand les activités économiques du domaine social, tels que la santé, l´éducation, la culture et autres deviennent dominants dans notre mode de production, le concept de financement change aussi. Le système de concentration du financement peut se sentir à l´aise en compagnie des gigantesques entreprises d´assurance maladie: en ce cas nous sommes devant une alliance absurde d´intérêts spéculatifs avec l´industrie de la maladie. Mais si nous désirons une politique sociale qui obtienne des résultats portant sur la qualité de vie, les innovations de la gestion financière, dans la lignée des diverses formes de crédits qui surgissent, se montrent parfaitement cohérentes et économiquement beaucoup plus rentables. Ce sont des activités capillaires qui s´ajustent bien à des systèmes de fonctionnement en réseau.
Sous ses aspects financiers la logique en place est très ressemblante: réaliser des opérations planétaires avec des papiers financiers ou des spéculations avec des commodities et des marchés futurs peut permettre aux intermédiaires de gagner de l´argent, mais pour qu´il y ait investissements productifs, augmentation des emplois et richesse, il faut d´abord identifier de bons projets, connaître qui va investir, se familiariser avec le contexte économique local. Si c´est un bon projet, il rendra des bénéfices et permettra de payer des intérêts. Cela exige une certaine proximité, des systèmes décentralisés, une capacité d´évaluation et un accompagnement effectif. C´est bien plus laborieux. Et surtout, cela ne fonctionne pas à partir de lointains bureaux transnationaux. Le crédit comme incitation engendre de nouvelles richesses. La spéculation financière n´aboutit qu´à une chose: à ce que la richesse existente change simplement de mains.59
Ce que nous suggérons ici, c´est qu´il existe une nouvelle théorie en construction, sans que nous nous en apercevions tellement nous sommes occupés à réfuter les marginalistes ou la loi des avantages comparés de Ricardo. Il ne s´agit pas de procédés socialement charitables et économiquement secondaires. Il est question d´un espace important à occuper. Nous n´avons pas besoin d´un gouvernement qui nous plaise pour retirer l´argent de la banque et appliquer nos épargnes à des choses utiles. La reprise du contrôle sur nos épargnes émerge comme un axe structurant des dynamiques sociales; le droit à contrôler notre propre argent et à exiger que l´on nous rende des comptes quant à la manière dont il est appliqué est parfaitement démocratique.60
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