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La mesure des résultats
Si nous désirons orienter l´économie, canaliser rationnellement les efforts productifs pour arriver aux résultats voulus, nous devons construire les instruments d´évaluation de ces résultats. Celso Furtado utilise le concept de «rentabilité sociale», concept qui dit l´essentiel mais qui peut amener à confondre la visée de productivité macroéconomique avec la productivité des secteurs que nous identifions normalement avec le «social», comme l´éducation, la santé, etc. Le concept de productivité systémique peut-être sera-t-il plus explicite.19
La logique de base est simple: quand un grand producteur de soja expulse les agriculteurs vers les périphéries urbaines de la région, on peut éventuellement dire que la production de grains a augmenté par hectare: un gain de productivité dû à l´entreprise rurale. L´entrepreneur dira qu´il a enrichi la commune. Cependant, si l´on calcule les coûts engendrés par la société conséquemment aux bidonvilles créés et suite à la contamination de l´eau, par exemple, ou le malheur même des familles expulsées de leur terre, sans compter les effets dus au chômage, le compte est différent. En calculant l´accroissement de la production de soja, mais en soustrayant les coûts indirects engendrés pour la société et les impacts sur l´environnement, le bilan systémique sera plus complet et techniquement correct. Autrement dit, il faut évoluer vers une comptabilité qui explicite les résultats en termes de qualité de vie, de progrès social réel, pour obtenir ainsi une vision systématique et à long terme.
De façon similaire, quand un pays vend ses ressources naturelles, ceci apparaît dans nos comptes comme une augmentation du PIB, quand en réalité le pays se voit en cours de vendre des produits naturels hérités, qu´il n´a pas eu à produire et qu´il ne pourra pas replacer; il est ainsi en voie de se décapitaliser, augmentant une richesse immédiate aux dépens de difficultés futures.
L´héritage que nous recevons, en termes de méthodologie, renvoie au système de comptes nationaux élaboré déjà dans les années 1950 dans le cadre des Nations Unies à partir des études de Kuznets, avec quelques adaptations en 1993, qui nous fournit le fameux PIB, somme des valeurs et des coûts de production de biens et services, restreinte ainsi à la sphère des activités mercantiles. Nous n´allons pas faire ici une description de plus des limites de cette méthodologie devenue aujourd´hui suffisamment évidente.20 L´essentiel reste qu´à partir de 1990, avec les aperçus d´Amartya Sen21 et la méthodologie des indicateurs du développement humain (IDH), une inversion radicale a eu lieu: l´être humain a cessé d´être considéré comme un instrument juste bon à servir les entreprises, – à l´époque la Banque Mondiale disait que l´éducation était utile parce qu´elle augmentait la productivité des entreprises. En d´autres termes, le social cesse d´être un moyen d´assurer des objectifs économiques; à l´inverse, la dimension économique est en voie d´être considérée comme un moyen d´améliorer la qualité de vie des personnes. Une vie vouée à la santé, à l´éducation, à la culture, au loisir, à la sécurité, voilà la vie que nous voulons. Et l´économie doit se mettre au service de ces objetifs sociaux, de la prosaïque qualité de vie.
La qualité de vie est évidemment plus difficile à mesurer que la valeur des ventes d´une entreprise ou que le coût du fonctionnement d´une école publique, sans parler d´économie du volontariat et du travail féminin à domicile. Mais la réalité est que tant que nous n´aurons pas adopté des formes consensuelles et géneralisées de mesurer la valeur finale – les résultats – de nos activités, nous ne saurons comment évaluer ni les politiques publiques ni les politiques privées. Aujourd´hui, en profitant et en surpassant les méthodologies de l´IDH, on a déjà beaucoup avancé. Le livre de Jean Gadrey et de Florence Jany-Catrice, Les nouveaux indicateurs de richesse, présente une systématisation extremement bien organisée du nouveau cadre conceptuel des comptes nationaux qui est en train de se dessiner.22
Aussi a-t-on entrepris d´établir la différence entre la prise en compte de la production (outputs) et des résultats effectifs en termes de valeurs sociales (outcomes); les indicateurs économiques, sociaux et ceux liés à l´environnement; les indicateurs objectifs (taxe de mortalité infantile, par exemple) et les subjectifs (satisfaction obtenue); les résultats monétaires (valeur de production) et non monétaires (le tonnage du produit). C´est ainsi que plusieurs méthodologies ont été construites, sur des bases solidement assurées, tel que l´indice du bien-être économique d`Osberg et Sharpe, l´indice de bien-être economique durable (IBED), l´indicateur du progrès réel (IPV), l´indicateur d´épargne réel (genuine savings) de la Banque Mondiale, le Happy Planet Index britannique, le Bonheur Interne Brut de Bhoutan et d´autres encore.
Particulièrement intéressante se montre la méthodologie adoptée par le Calvert-Henderson Quality of Life Indicators: a new tool for assessing national trends23, un authentique bilan des comptes nationaux appliqué aux États Unis. Au lieu de se contenter de la somme du produit monétaire, la recherche distribue les comptes en 12 domaines, incluant le revenu mais aussi les droits humains, la sécurité publique, la qualité de l´environnement et ainsi de suite. Il en résulte que pour la première fois les américains ont un instrument d´évaluation de la façon et des sphères par où le pays avance (ou empire). Le plus intéressant, c´est qu´il n´a pas été nécessaire de construire de nouveaux indicateurs ou de réaliser de nouvelles recherches: les auteurs sont partis des données existantes, ont sélectionné les plus confiables et les ont simplement croisées de manière perspicace selon les grands axes des résultats pratiques attendus par la population.
La Banque Nationale elle-même repense finalement ses méthodologies statistiques. Pour le World Development Indicators 200324, au tableau 3.15 qui évalue les épargnes, la Banque s´est mis à comptabiliser la déforestation, par exemple, non pas comme un chiffre positif (augmentation du PIB), mais comme décapitalisation du pays. Dans la même logique, des pays qui exportent le pétrole sont maintenant considérés comme des dissipateurs de leur capital naturel, présentant des taxes d´épargne négatives. S´agissant de la production d´automobiles elle-même, on déduit maintenant, dans les calculs, les dépenses supplémentaires en santé causées par la pollution. Comme les méthodologies de la Banque Mondiale ont un fort pouvoir d´induction, cette ouverture est la bienvenue et va influencer les comptes nationaux en de nombreux pays.
À partir de 2009, à la demande du gouvernement Sarkosy, une commission dirigée par Amartya Sen, Joseph Stiglitz et Jean Paul Fitoussi a élaboré un ensemble de propositions qui présentent aussi bien les possibilités de reformuler le PIB dans le cadre des comptes existants actuellement que de suggérer aussi de nouveaux indicateurs à adopter. Sur le plan international ainsi, le débat sur la réformulation des comptes nationaux est posé. Ce qui apparaît comme la tendance la plus probable n´est pas la disparition du calcul du PIB comme tel, mais son complément par un ensemble diversifíé des données les plus significatives. Essayer de réduire l´évaluation d´une économie complexe moderne à un seul chiffre n´a plus de sens.25
Il y a également des solutions créatives de caractère tout pratique concernant les villes. Le Réseau Notre São Paulo ( Rede Nossa São Paulo) a elaboré le IRBEM, indicateurs du bien-être de la métropole, avec 100 indicateurs de base choisis à partir de réunions avec les communautés, visant à répondre aux priorités réelles de la population. Aujourd´hui des dizaines de villes adoptent la méthodologie, s´assurant une appropriation graduelle des processus politiques. Ainsi, les gens peuvent orienter leur vote selon les résultats effectifs concernant leur vie, et non selon la distribution de broutilles, comme il arrive au Brésil durant les périodes électorales. L´innovation n´a pas exigé de grands calculs économétriques, car les données existent, mais a signifié un changement politique extrêmement important : l´information est organisée pour la population, et les données relevées sont celles qui concernent de plus près la qualité de vie de la population et les initiatives des divers acteurs publics et privés seront évaluées en termes de résultats finals pour la société, du moins dans l´entourage le plus proche, là où les gens peuvent participer plus facilement des processus de décision.
Du reste, ce que nous voulons souligner, c´est que le changement de perspective des comptes économiques est essentiel. Une banque qui dévie nos épargnes vers des applications financières spéculatives et présente des bénéfices élevés augmente le PIB, mais réduit notre productivité systémique en décapitalisant les communautés, en réduisant l´usage productif de nos épargnes. Le système allemand d´intermédiation financière, basé sur de petites caisses économiques municipales, ne présente pas de grands bénéfices mais canalise les épargnes vers les investissements socialement utiles, engendrant de meilleures conditions de vie pour tous.26 Le bénéfice, dans cette perspective, doit être social et la productivité doit être systémique. Le fait que la science économique évolue vers cette comptabilité intégrale et ne se réduise pas à une somme grossière de résultats micro-économiques constitue un progrès important.27
De manière générale, une avancée importante pour les sciences économiques renvoie au changement radical quant à la façon dont nous organisons l´information quant aux résultats obtenus. Tant que la mensuration se résumait à la somme de la valeur de la production des entreprises et des coûts des services publics, nous avions tendance à trouver que le progrès ne se donnait qu´à travers le bénéfice de l´entreprise, et nous pensions même que les services publics représentaient un préjudice, un « coût ». Or quand nous nous mettons à évaluer de manière systémique les résultats pour la société dans son ensemble, nous pouvons obtenir une vision lucide du progrès réel obtenu. La construction de systèmes plus réalistes d´évaluation de notre avance économique et social vient corriger une déficience structurelle de la science économique.
Une grande partie de notre sentiment d´impuissance face aux dynamiques économiques provient simplement du fait que nous n´avons pas d´instrument pour savoir quelle contribution les diverses activités économiques apportent à notre bien-être. La clameur quasi hystérique des médias pour quelque points supplémentaires en

accompagnent de manière systématique divers secteurs d´activités et d´entreprises, de telle manière que la personne qui applique dans un fond puisse connaître effectivement l´usage final de son argent. Nous sommes tous habitués à l´indicateur du «risque Brésil», qui présente le risque qu´un pays déterminé ou une entreprise déterminée représente pour les agents financiers, mais les indicateurs de l´utilité sociale des entreprises n´apparaissent pratiquement pas, et jamais celui du risque pour le Brésil, par exemple, celui d´activités spéculatives. Dans notre cas, ce concept est de grande importance, car là où prédominent de petites banques municipales et où la population peut dans une bonne mesure accompagner ce qui est fait de son argent, les mécanismes de marché fonctionnent ainsi qu´un minimum de concurrence. Dans le cas brésilien, s´agisssant de conglomerats, nous n´avons normalement aucune idée de ce qu´il arrive dans le secteur privé, encore moins que dans le secteur public.28
Le système monté en France est mûr et assez sophistiqué. Il touche à une législation permettant que certaines applications financières soient traitées de manière différenciée par le fisc, à un système d´appréciation des entreprises par les institutions d´évaluation, à une forte participation d´organisations de la société civile, de syndicats ou de pouvoirs locaux et renvoie à un système régulier d´information à l´actionnaire et à l´agent financier désireux d´appliquer. Le système s´étend à un rythme de 20% par an. Il existe des organisations de la société civile qui administrent déjà plus de 800 millions d´euros, près de 2 milliards de reais. Pour leur part, elles ne jouent pas au casino international.
En termes théoriques, le succès des expériences de ce type est d´importance majeure, car il implique qu´enfin de compte les gens ne veulent pas simplement atteindre au maximum du rendement ou à garantir la sécurité de leur argent. Les gens veulent au contraire réaliser des choses socialement utiles s´ils en ont l´occasion, et cette occasion s´organise. Une note introductive d´Henri Rouillé d´Orfeuil donne le ton:«Les objectifs sont clairs. Il s´agit d´introduire la solidarité, soit un souci du bien commun, au coeur même de l´économie pour que la croissance amène au progrès social et au développement durable, pour que les entreprises deviennent socialement et écologiquement responsables».29
Le pivot alternatif de la médiation financière constitue la cible d´attaques des grands groupes spéculateurs et se voit ridiculiser par le «mainstream» de la science économique. Et pourtant, quand Hazel Henderson et d´autres ont créé l´«ethical market place», littéralement «marché des placements éthiques», ils ont surpris un immense intérêt social, qui se matérialise par un flux impressionant de ressources. De nos jours les groupes financiers spéculateurs et les grandes banques ouvrent des créneaux d´activité socialemente responsables, ne serait-ce que pour préserver leur image.30
Il est instigant de voir (et nous sommes tous concernés) que, tandis que les mécanismes du marché sont en cours de se voir entravés par les géants transnationaux ou nationaux qui monopolisent d´amples secteurs économiques, manipulent les flux et restreignent l´accès aux informations, engendrant déséquilibres et crises, des formes alternatives de régulation économique surgissent, fondées sur des valeurs et sur la participation directe du citoyen.
Faire de la politique a toujours été considéré comme une activité très centrée sur le vote, le parti, le gouvernement. Mais récemment, des activités surgissent où la société civile organisée retrousse ses manches et prend sur soi une série d´activités. D´une manière chaque fois plus claire et significative l´action économique guidée par des valeurs, par des conceptions politiques dans le sens le plus large, prend forme. Les gens découvrent qu´on peut «voter avec son argent». D´autres activités ont surgi au Brésil, avec l´aide entre autres de Paul Singer, dans la ligne de l´Économie Solidaire. On ne compte plus les initiatives de microcrédit, de crédit solidaire, d´ONGs offrant des garantie de crédit.31
On se trouve dans un domaine où surgissent d´excellentes études descriptives du genre «voyons comment ça fontionne» sans grande ambition théorique. On voit surgir aussi dans la même sphère une pratique généralisée de séminaires et conférences où les personnes qui administrent les nouvelles formes de gestion de nos épargnes rencontrent des chercheurs en sciences sociales construisant ainsi des approches renouvelées.32
Une petite digression s´impose ici. Notre vision de l´économie continue à être centrée sur l´appréhension manufacturière héritée du XX siècle. Mais les secteurs émergents de l´économie ne sont pas les fabriques, ce sont les réseaux de santé, les systèmes réglés d´éducation, la recherche et l´organisation de la connaissance, les activités culturelles et ainsi de suite. Les gens s´étonnent du fait que les activités industrielles représentent aux États-Unis 14% du PIB et l0% de l´emploi, déclinant rapidement, alors que la santé représente déjà 17% du PIB. Si nous sommons éducation, culture, sécurité, nous atteignons à plus de 40% du PIB. L´économie est chaque fois moins basée sur le capital fixe (machines, équipements, constructions) et chaque fois plus sur l´organisation et la connaissance. En d´autres termes, l´économie qui surgit n´a pas besoin de gigantisme pour être efficace, au contraire. En réalité, le gigantisme dans ces domaines engendre des «déséconomies» d´échelle, en raison de la burocratisation et de la monopolisation du contrôle d´accès aux serviçes essentiels.33
En d´autres termes, il y a une convergence à construire entre le surgissement de nouveaux secteurs d´activité et les formes de financement qu´ils exigent. Quand les activités économiques du domaine social, tels que la santé, l´éducation, la culture et autres deviennent dominants dans notre mode de production, le concept de financement change aussi. Le système de concentration du financement peut se sentir à l´aise en compagnie des gigantesques entreprises d´assurance maladie: en ce cas nous sommes devant une alliance absurde d´intérêts spéculatifs avec l´industrie de la maladie. Mais si nous désirons une politique sociale qui obtienne des résultats portant sur la qualité de vie, les innovations de la gestion financière, dans la lignée des diverses formes de crédits qui surgissent, se montrent parfaitement cohérentes et économiquement beaucoup plus rentables. Ce sont des activités capillaires qui s´ajustent bien à des systèmes de fonctionnement en réseau.
Sous ses aspects financiers la logique en place est très ressemblante: réaliser des opérations planétaires avec des papiers financiers ou des spéculations avec des commodities et des marchés futurs peut permettre aux intermédiaires de gagner de l´argent, mais pour qu´il y ait investissements productifs, augmentation des emplois et richesse, il faut d´abord identifier de bons projets, connaître qui va investir, se familiariser avec le contexte économique local. Si c´est un bon projet, il rendra des bénéfices et permettra de payer des intérêts. Cela exige une certaine proximité, des systèmes décentralisés, une capacité d´évaluation et un accompagnement effectif. C´est bien plus laborieux. Et surtout, cela ne fonctionne pas à partir de lointains bureaux transnationaux. Le crédit comme incitation engendre de nouvelles richesses. La spéculation financière n´aboutit qu´à une chose: à ce que la richesse existente change simplement de mains.34
Ce que nous suggérons ici, c´est qu´il existe une nouvelle théorie en construction, sans que nous nous en apercevions tellement nous sommes occupés à réfuter les marginalistes ou la loi des avantages comparés de Ricardo. Il ne s´agit pas de procédés socialement charitables et économiquement secondaires. Il est question d´un espace important à occuper. Nous n´avons pas besoin d´un gouvernement qui nous plaise pour retirer l´argent de la banque et appliquer nos épargnes à des choses utiles. La reprise du contrôle sur nos épargnes émerge comme un axe structurant des dynamiques sociales; le droit à contrôler notre propre argent et à exiger que l´on nous rende des comptes quant à la manière dont il est appliqué est parfaitement démocratique.35
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