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Démocratie Économique

«L`évolution des structures du pouvoir dans le capitalisme avancé échappe aux schémas théoriques que nous avons hérités du passé». C.Furtado, À larecherche d´un nouveau modèle- Paz e Terra, 2002, p. 9

«If economists could manage to get themselves thought of as humble, competent people, on a level with dentists, that would be splendid » . Economic Possibilities for our Grandchildren, 1930 6

La réalité économique et sociale est en train de changer profondément. D´où il devient naturel que change un instrument important de son interprétation, la science économique. Les règles du jeu étaient différentes dans les sociétés agraires où la référence principale était le controle de la terre, ou bien dans la société industrielle où l´axe de la discussion était la propriété des moyens de production. Et quand la connaissance, les serviçes sociaux et autres « intangibles » deviennent centraux dans l´économie, pouvon-nous conserver les mêmes référentiels d´analyse ?
Lisant recemment un petit livre, extrémement enrichissant, de Celso Furtado, Em busca de Novo Modelo (A la recherche d´un nouveau modèle), j´ai compris à quel point les référentiels ont changé, à quel point nous avons besoin d´autres concepts, d´un regard renouvelé. Il m´est venu alors l´idée de faire une espèce de revision de la littérature économique récente, cherchant à répondre à une question fondamentale : y aurait-il une nouvelle science économique mieux accordée avec les problématiques actuelles, plus proche des nécessités de la société en général ?
Il ne peut s´agir, évidemment, de naviguer par l´immense univers de la littérature économique en général. Les malabarismes théoriques et économétriques qui s´essaient à justifier la fortune des riches, à passer sur la pauvreté des pauvres ou à rendre triviale la tragédie de l´environnement qui ronde la planète ne nous intéressent pas, tout simplement. Avant tout parce que leur effort est essentiellement superficiel, s´essayant à adoucir une potion dont le goût amer est chaque fois plus évident. Ce qui nous intéresse en revanche, ce sont les propositions qui cherchent des alternatives réalistes et décentes au scandale économique présent.
Dialogant avec quelques idées centrales de Celso Furtado et revisant une série d´études que l´on voit surgir dans la littérature économique internationale, j´ai trouvé intéressant de travailler sur l´hypothèse que quelque chose de nouveau est en train de se dessiner à l´horizon des théorie, une vision qui ne serait plus une version raccordée des théories au pouvoir interprétatif déclinant et qui réponde de manière plus réaliste à des défis históriques nouveaux.
Cette perspective, dans son ensemble, peut être résumée par le concept de démocratie économique. La démocratie politique, l´idée que le pouvoir d´agir sur la réalité doit être exercée selon un pacte social et de façon démocratique a constitué une avancée impressionante, du moins si nous considérons la proximité historique relativement récente de monarques qui exercèrent le pouvoir par « droit divin », des empires coloniaux qui datent de peu de décennies ou des diverses formes de dictatures qui subsistent.
En contrepartie, la démocratie économique nous paraît encore un concept peu familier. Bertrand Russell, pourtant, décrivait dans les années 1940 ce paradoxe : nous prenons comme dépassé l´ambition d´une famille royale voulant dominer un pays ou voulant faire don d´une région à un neveu, avec ses habitants et tout, mais nous trouvons normal qu´une famille – les milliardaires de la planète par exemple – dispose du pouvoir économique et politique dont elle use, puisse acheter ou vendre des entreprises avec ses travailleurs et tout, comme s´il s´agissait d´un fief personnel. De nos jours, considérant que 435 familles au monde manient à leur bon plaisir des ressources supérieures au revenu de la moitié la plus pauvre de la population mondiale et entraînent la planète sur des voies chaque fois plus irresponsables, il devient légitime d´amplier l´intuition de Russell et d´amener à la discussion un thème central : l´économie demande à être démocratisée.7

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Une vision plus vaste

Un des legs les plus importants de Celso Furtado consiste en son effort pour que la théorie « colle » à la réalité. La citation qui ouvre le présent essai le montre aussi bien que l´évaluation directe de ce qu´apprend l´étudiant d´économie: «Il aura lu de manière assystématique beaucoup de matériaux sur le développement économique, sans rencontrer pourtant toujours des liens clairs entre ces lectures et la réalité».8 «Sans...toujours» constitue une pure gentillesse de l´économiste: nous ressentons tous la brèche croissante entre ce que nous étudions, ou enseignons, et les dynamiques sociales. La théorie n´illumine plus de manière adéquate le chemin, quant à ce point il reste peu de doutes. Des contributions nouvelles surgissent pourtant, et répondant au défi de Celso Furtado, nous optons pour systématiser quelques apports récents, considérant ce qui surgit à l´horizon des théories économiques en divers pays pour nous concentrer d´une certaine maniére autour d´auteurs qui à leur façon s´essaient à combler la brèche.
Tânia Bacelar présente Celso Furtado comme un «keynésien de gauche», Ricardo Bielschowsky évalue sa méthode comme étant de nature « historico-structurelle ».9 Les deux attributs sont sans doute corrects, mais n´épuisent pas la vision de cet homme qui alliait les inquiétudes sociales, la posture éthique et une ouverture théorique l´amenant à utiliser des concepts provenant des courants et des sphères scientifiques les plus variés. L´important pour lui, c´était de comprendre le monde et de proposer des alternatives. L´un des traits, peut-être le plus significatif que Celso Furtado nous laisse en termes d´héritage théorique, est ce refus de forcer la réalité de manière à la faire coincider avec des théories préconçues. La visée réside dans la réalité, avec toute sa richesse et sa complexité, perçue sur le tableau de fond des valeurs essentielles de justice sociale, de viabilité économique et, surtout dans les ouvrages les plus récents, de durabilité de l´environnement et de richesse culturelle. La théorie, en ce sens, redevient un instrument au service du progrès humain, laissant derrière elle l´archipel des refuges théoriques académiciens et des blocages idéologiques. Il s´agit d´un processus permanent de reconstruction théorique afin d´accompagner l´évolution de la réalité.
Une manière d´affronter le «décollage» théorique mentionné consiste à essayer de systématiser et d´évaluer l´évolution des différents courants théoriques traditionnels. C´est ce que fait, par exemple, un numéro spécial de la publication française «Alternatives Économiques»10 qui montre l´évolution des keynésiens vers le neo-keynésianisme, des libéraux vers le néo-libéralisme, du courant de l´économie institutionnelle vers le néo-institucionnalisme. Le préfixe « néo » constitue fréquemment ce que les digressions théoriques présentent de plus nouveau. C´est commode, puisque cela permet de lancer une passerelle entre l´héritage théorique et une réalité qui s´obstine à suivre un chemin théoriquement imprévisible. Mais cela donne également une sensation de raccomodages où, peut-être, des approches nouvelles se feraient nécessaires. Le fait est que de «néo» en «pos» nous avons construit quelque chose qui ressemble beaucoup à du patch-work; reste que les aperçus traditionnels peuvent emprisonner le nouveau sous le poids historique qu´ils comportent.
Une autre perspective consiste à tenter de nous pencher sans trop d´embarras vers les données de base de la réalité économique et sociale elle même, sans oublier celles rapportées à l´environnement, de remettre en valeur l´approche empirique et d´essayer d´exposer de la manière la plus claire possible les diverses transformations qui se manifestent, les vecteurs du changement comme par exemple la prépondérance des dynamiques financières, laissant pour plus tard de plus amples mises en théorie et d´eventuels étiquetages.
Sans doute nous sentons-nous un peu comme des orphelins. Non pas orphelins de valeurs, car la quête de ce que Paulo Freire appelait candidement une «société moins méchante» continue à nous mouvoir à tous qui n´avons pas oublié. Mais bien orphelins d´une génération de penseurs disparue, emmenant Celso Furtado, mais aussi Paulo Freire, lui-même, Florestan Fernandes, Darcy Ribeiro, Milton Santos et d´autres géants qui constituèrent nos références. En l´absence des grands maîtres et face aux défis chaque fois plus dramatiques qui affleurent, nous nous voyons obligés de poursuivre la reconstruction permanente de notre capacité de comprendre le monde et de trouver des alternatives viables.
Au vingtième siècle les choses semblaient plus simples. Fussions-nous de droite ou de gauche, il y avait un «chemin» relativement droit, des avenues théoriques qu´il suffisait de suivre. À gauche, le chemin à suivre était l´étatisation des moyens de production, la planification centrale et une classe rédemptrice, le prolétariat. À droite, un autre chemin droit passant par la propriété privée, les mécanismes de marché et une autre classe rédemptrice, la bourgeoisie. C´est ainsi que se définissaient, symétriquement, le jalon institutionnel de la propriété, le mécanisme dominant de régulation et la base sociale du pouvoir. Devamt la société complexe qui nous fait front, ces modèles ont dépéri. L´étatisme de gauche est tout simplement sorti d´horizon, même si nous considérons que le mouvement pendulaire vers la droite a fragilisé l´État de manière inquiètante, originant des tendances chaotiques croissantes. Et la vision privatisante de droite, résumée dans l´équivalent capitaliste du Petit Livre Rouge, le Consensus de Washington, s´est maintenue jusqu´à la crise de 2008 non pas pour sa crédibilité théorique mais pour servir des intérêts dominants.
Le fait est que, suite à l´échauffement global, l´érosion des sols, la destruction de la biodiversité, la liquidation de la vie dans les mers, la polarisation généralisée entre riches et pauvres et la perte progressive de capacité gouvernementale – et ainsi de la capacité même d´ordonner les choses – nous sommes entraînés vers des impasses structuraux dramatiques au sens littéral et sans exagération théâtrale Seuls ceux qui se trouvent mal informés ou confus et les privilégiés du processus laissent de percevoir l´enjeu.
L´idée que nous soutenons ici consiste à dire que de nombreuses analyses ponctuelles de processus concrets de changements contribuent à l´ébauche d´une nouvelle configuration théorique ; nous n´avons pas affaire ici à une macrothéorie comme fut celle de Marx pour la seconde moitié du XIX ème siècle, mais d´un ensemble d´études qui partent du réel, et qui contribuent graduellement à construire une autre vision du monde, encore peu définie, dont les lignes maîtresses commencent à peine à apparaître. Il s´agit sans doute de théories qui surgissent dans la sphère d´une gauche traditionnelle ayant su dépasser son ancien simplisme. Mais il s´agit aussi d´un nombre croissant de théoriciens du « système » abandonnant le navire que les menait au succès lorsqu´ils se rendent compte des absurdités engendrées sur la planète. Il ne s´agit plus d´un «néo», mais de contributions qui, bien que dispersées et ponctuelles, appartiennent à la construction d´une architecture scientifique différente.11
La crise financière de 2008 a provoqué indiscutablement un saut, ou mieux, un réveil des rénovations théoriques. Face au chaos engendré par le système financier international et la désorganisation générale des économies qui se présentaient exemplairement au monde, les consensus traditionnels ont vieilli. La quête de chemins nouveaux ne relève plus de théoriciens aventureux, c´est pure nécessité. Comme le dit Ignacy Sachs, «nous sommes condamnés à inventer », car nous sommes «assis sur les ruines de deux paradigmes en faillite».12
Chacun de nous possède un univers différencié de lectures. Tout en sachant qu´il est rigoureusement impossible d´accompagner toute la production scientifique publiée même en des domaines relativement limités, nous avons essayé ici d´identifier quelques points de repère. Nous sommes, d´une certaine façon, condamnés à une méthode par ébauches, impressioniste pouvons- nous dire. Comme dans une peinture de Renoir, de près nous voyons d´innombrables taches qui n´acquièrent pas de sens, mais. si nous nous éloignons du tableau, une forme surgit. La perspective qui la supporte est à peine en train d´émerger.

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À la quête de résultats

À un niveau plus général, il y a une réhabilitation à obtenir de la science économique comme instrument d´orientation politique. Celso Furtado l´explicite de manière très claire: «Il s´impose de formuler une politique de développement établie sur une explicitation des fins substantives que nous désirons atteindre et non pas sur la base de la logique des moyens imposée par le processus d´accumulation commandé par les entreprises transnationales».13 En termes méthodologiques, ce point est central. Dernièrement nous nous sommes tournés vers l´économie seulement à partir du point de vue du rythme de croissance, en oubliant de considérer le quoi en croissance, pour qui, et avec quels impacts sur l´environnement. Ou bien, tout en proclamant une fausse objectivité, nous nous limitons à élaborer des modèles qui permettent de prévoir si le dollar est en hausse ou en baisse ou si la dernière bombe en Iraque va affecter le prix du pétrole. Nous devons sauvegarder un objet certain: l´économie est un moyen, qui doit servir au développement équilibré de l´humanité, en contribuant comme science à sélectionner les solutions les plus positives, à éviter les impasses les plus dangereuses.
Il convient ici de rappeler l´importance qu´a signifiée la parution, en 1990, du Rapport sur le Développement Humain des Nations Unies14, celui-ci suggère une formule simple mais puissante: nous devons assurer une société économiquement viable, socialement juste et durable en termes d´environnement. Dans la mesure où cette articulation d´objectifs se voit acceptée de façon généralisée, avec la mise à disposition annuelle d´un bilan mondial qui croise les trois vecteurs et compte tenu de toutes les limitations des études générales, nous avons ici une «boussole» de grande importance. À l´Université, d´autre part les difficultés persistent, car certaines disciplines scientifiques étudient le social, d´autres l´économique, d´autres encores l´environnement, alors que les iniciatives doivent être prises simultanément sous les trois angles. Cette segmentation se trouve chaque fois plus contestée car elle empêche la vision systémique du processus.
L´essentiel, cependant, est de surmonter une fausse objectivité de la science économique, comme si elle ne faisait que calculer, que «constater»: l´économie paraît si compliquée parce que divers courants servent tout simplement à divers intérêts; et nous nous trouvons devant des analyses contradictoires quand les intérêts le sont aussi. La Fédération des Banques prétend que le Brésil a un système d´intermédiation financier solide, à juger par les bénéfices. Elle ne dit pas que cette solidité se nourrit de la fragilité progressive des emprunteurs et en particulier du domaine productif de l´économie. Il arrive fréquemment que le lecteur ne voit qu´un chaos scientifique là où il n´y a rien de plus que la défense d´intérêts divergents et où chacune des parties se présente comme «scientifique». Il appartient à l´économiste qui ne représente pas un groupe particulier d´expliciter les intérêts et de projeter l´intérêt social.
Un panorama de ce retour de la science économique à une vision normative, centrée sur des objetifs qui nous intéressent en tant qu´humains, est le livre d´Herman Daly et de John Cobb Jr., For the Common Good: redirecting the economy toward community, the environment and a sustainable future.15 Nous devons, selon les auteurs, reconnaître les limites des mécanismes hérités: «Le changement embrassera des mesures correctives et expansives, une attitude plus empirique et historique, moins de prétention à être une «science» et la volonté de subordonner le marché à des objectifs qu´il n´est pas apte à déterminer». Ce changement résulterait de la perte autrefois constitutive du marché de sa capacité essentielle d´allouer des ressources insuffisantes entre des usages alternatifs: «Trois grandes catégories de problèmes dus au marché ont été identifiés par les économistes: (1) la tendance à l´auto-élimination de la compétiton (self-eliminating); (2) l´effet corrosif de l´auto-intérêt, que le marché implique, sur le climat moral de la communauté et (3) l´existence des biens publiques et des externalités».16
Cette perspective se matérialise par des recommandations récentes issues d´études des Nations-Unies: nous devons nous concentrer «sur des politiques explicites qui éviteront autant les effests négatifs de la globalisation sur le développement social que les nouvelles menaces apportées par des changements provenants du marché. Une action délibérée devra être entreprise pour garantir que les identités et les droits culturels, religieux et ethniques soient explicitement protégés par des accords internationaux et inscrits dans des législations nationales et régionales et que cette protection se traduise en un code de conduite effectif concernant les corporations nationales et transnationales aussi bien que les intérêts privés qui opèrent sous juridiction nationale».17
En ce qui concerne l´Amérique Latine, une excellente systématisation de l´économie comme instrument d´avancée équilibrée est trouvable dans la publication de la CEPAL, La hora de la igualdad, de 2010. Après l´ère Raúl Prebisch, le rôle de l´institution en tant qu´indicatrice théorique du développement de l´Amérique Latine s´était fragilisé. Au moment présent, avec Alícia Bárcena, nous en possédons non seulement les visées mais aussi les mécanismes de construction correspondants.18
Quand nous parlons «d´action délibérée» nous ne nous restreignons plus à obéir à des «mécanismes». En d´autres termes, il ne suffit pas de créer une ambiance favorable au marché, il est nécessaire d´orienter l´économie vers le désir de la société. Le «bien commun» semble constituer une bonne indication de ce que nous évoquons, car nous comprenons tous chaque jour mieux que diriger l´économie en fonction de minorités dominantes engendre des problèmes pour tous, y compris pour ces mêmes minorités. Cette optique, de sauvegarder la science économique comme instrument de construction du bien commun, aussi simple qu´elle paraisse, est importante. Reste à expliciter, évidemment, ce que nous entendons par «bien commun».

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