Nanomonde et maxitrouille








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date de publication20.11.2017
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Nanomonde et maxitrouille

Nous sommes en 2015. Scénario catastrophe : une usine de fabrication de nanotubes de carbone a explosé en Corée du Sud libérant dans l’atmosphère des dizaines de tonnes de nanoparticules.

Ce scénario est l’un des trois scénarios d’anticipation qui sont ressortis d’une étude de dix-huit mois de l’Union Européenne sur les implications sociétales, éthiques et légales des nanosciences et nanotechnologies. Ce scénario est, bien entendu, le plus catastrophique, celui où personne ne régule quoi que ce soit.

Mais il n’est pas irréaliste.

En 2006, « magic nano » sème la panique en Allemagne.

En l’espace de trois jours, 97 consommateurs ont connu des problèmes respiratoires après avoir utilisé un de ces nouveaux produits pour sanitaires. Très vite, on pointe du doigt les nano. Au final, plus de peur que de mal. Car, de nano, le Magic Nano n’en avait que le nom !

Le bruit qu’a provoqué cette affaire est révélateur des inquiétudes, voire des dérives, que peuvent susciter les nanosciences et les nanotechnologies.

Mais la peur des nanos ne date pas d’hier.

C’est dans les années 80 que naissent les nanotechnologies, en même temps que les premières inquiétudes. C’est Eric Drexler lui même, le « pape » des nanotechnologies, qui fait rêver le monde entier en popularisant ses idées futuristes, développe parallèlement une théorie cauchemardesque : notre monde, suite à un emballement de nano-machines, se transformerait en une immense « gelée grise».

Bref, entre inconnus de l’infiniment petit, de l’invisible, et fantasmes post-futuristes ; entre le fantasme ultime de la « gelée grise » et les manipulations génétiques ; il y a toujours de quoi se faire peur.

Conséquence : au début des années 2000, le débat se focalise autour des pros et des antis.

D’un côté, les archi-contres qui craignent la destruction de l’humain, voire de l’espèce humaine, et de l’autre, les archi-pour qui prêchent la création de l’homme nouveau.

Depuis, le débat s’est élargi.

Les nanoparticules sont-elles dangereuses pour la santé ? Comment évalue-t-on leur toxicité et peut-on la mesurer ?

Quelles sont les caractéristiques propres des nanoparticules et quelles difficultés cela induit-il ?

Que se passe-t-il si l’homme ingère, respire, ou absorbe par contact avec la peau des nanoparticules ? Est-ce dangereux ? Comment fait-on pour le savoir ?

Les scientifiques, bien qu’incapables de quantifier précisément ces risques et les impacts sur la santé, s’accordent néanmoins sur l’existence réelle de ce risque.

En Europe, les industriels et les scientifiques se sont alliés au sein du réseau Nanosafe. Nanosafe a pour but de développer l’évaluation des risques et l’encadrement pour une production industrielle de nanoparticules sûre.

Au delà des problèmes immédiats de toxicité pour l’homme, il faut être tout aussi vigilant en terme de protection de l’environnement.

Exemple avec les membranes de nano filtration pour le traitement des eaux qui sont capables d’arrêter la grande majorité des agents pathogènes : métaux toxiques, bactéries, mais aussi les virus. Pourtant la question des agrégats de déchets qui en résultent reste entière. Que deviennent ces déchets? La plupart vont rester dans le sol, et les nanoparticules seront digérées par les bactéries.

Si ces problématiques semblent bien prises en compte finalement en Europe, il n’en est pas forcément de même dans le reste du monde.

Un marché colossal est en train de se dessiner, dopé par la diversité des applications possibles des nanosciences et des nanotechnologies. Et puis il y a la pression des marchés.

L’investissement doit être rentable, et plus les investissements sont importants, plus la rentabilité doit être rapide. Les spécialistes des semi-conducteurs (Intel, Sony, Toshiba…) sont bien sûr sur le pied de guerre, mais tous les secteurs sont intéressés : Michelin étudie l'introduction de nano charges dans ses pneus pour limiter l'usure et le bruit, Bayer veut mettre des nanotubes dans ses plastiques, et même Ikea utilise des revêtements nano technologiques pour ses tables de cuisine.

Les nanotechnologies risquent de bouleverser des équilibres dans notre société ; depuis le quotidien de tout un chacun jusqu’aux problématiques géostratégiques et d’économie internationale...

Si les nanotechnologies permettent d’envisager de créer sans matières premières, cela pourrait représenter un immense avantage pour certains, et une catastrophe économique pour d’autres.

Souvenez-vous de ce qui s’est passé lorsque les scientifiques ont inventé le caoutchouc de synthèse dans les années 1930. Des économies de pays entiers ont été totalement ruinées. Ce fut le cas par exemple au Brésil qui en porte encore aujourd’hui les stigmates...

Mais au-delà de cette fracture Nord – Sud, certains soulignent également l’apparition d’une fracture Sud - Sud. Car, pour reprendre le cas du Brésil, mais aussi de pays comme la Chine, l’Inde, ou le Mexique, ces pays ont acquis grâce à leur position de sous traitants ces 25 dernières années un savoir-faire technologique et une réserve de capitaux suffisants pour encourager la recherche et le développement dans leur pays. Mais tandis qu’ils se lancent dans la course technologique, d’autres comme les pays sub-sahariens et le Moyen-Orient restent définitivement en retard.

Mais le danger peut aussi venir du côté des applications potentielles.

Les puces que l’on implante aujourd’hui à nos chats et à nos chiens pourraient nous faire tomber dans le monde de Big Brother. Aujourd’hui, il s’agit d’identifier des patients Alzheimer volontaires avec des puces de première génération. Pour l’instant, elles ne font que stocker des informations. La deuxième génération, qui est en préparation, sera capable de faire interagir l’environnement du porteur de la puce en fonction des informations dont elle disposera sur son «hôte ».

Les objets qui les porteront pourront transmettre du même coup des informations sur la personne qui les possèdent. Ce qui intéresse beaucoup les spécialistes du marketing…

Les inquiétudes concernent également le domaine militaire car les nanotechnologies, peuvent être un multiplicateur de force qui décuple la rapidité et la puissance sur le champ de bataille.

La création d’armes nouvelles, croisant l’informatique, la chimie et la biologie, envahissantes et difficiles à détecter, pourrait transformer radicalement les conflits et modifier des équilibres stratégiques aujourd’hui fondés sur la logique de la dissuasion de type nucléaire. La diffusion de techniques communes au civil et au domaine militaire risque de modifier cet équilibre.

Guerre ou pas guerre, l’espèce humaine a toujours envie d’inventer, d’aller de l’avant, elle a une confiance irrésistible dans ses capacités d’innovation.

Malheureusement, sur les 10 milliards de dollars qui ont été consacrés en 2005 au niveau mondial à la recherche et au développement dans le domaine des nanosciences, seuls 40 millions l'ont été à des fins de recherche sur les effets secondaires éventuels, soit en France, par exemple, seulement 0,4 % des investissements consacrés à la nano.

Les inquiétudes sont légitimes…

L’idée d’une convention internationale d’évaluation des nouvelles technologies est intéressante. Pas de moratoire sur la recherche, on n’arrête pas la recherche. Mais un moratoire sur les applications pourrait être une bonne direction.

Des accidents se sont toujours produits, pour chaque nouvelle avancée humaine. Pas question de le cacher.

Mais alors pourquoi continuer à travailler sur les nanotechnologies ?

Tout simplement parce qu’elles peuvent sauver des millions de vies, et améliorer la vie de toute l’humanité.

Une révolution qui fera faire à l’homme un immense pas en avant.

Alors oui, des dérives sont possibles. Des dérives sont toujours possibles. Et c’est pourquoi il faut à la fois poursuivre les recherches, et, dans le même temps, avoir constamment à l’esprit les risques.

 

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