Collection Logiques Sociales








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Collection Logiques Sociales

Dir. Bruno Péquignot
Géographie socioculturelle
Yves Raibaud


Préface de Guy Di Méo
L’Harmattan – 2010

Ce livre résume les trois tomes du mémoire de l’habilitation à diriger les recherches, soutenue le 3 décembre 2009 à la Maison des Suds, Pessac (33), sous la présidence de Guy Di Méo, géographe, professeur des Universités, Bordeaux, et en présence de Jean-Pierre Augustin, géographe, professeur à l’université de Bordeaux, Sylvette Denèfle, sociologue, professeure à l’Université de Tours, Louis Dupont, géographe, professeur à l’Université de Paris Sorbonne, Raymonde Séchet, géographe, professeure à l’université de Rennes, Alain Vuilbeau, sociologue, professeur à l’université de Paris Ouest Nanterre La Défense.

Je remercie tout particulièrement Jean-Pierre Augustin pour son écoute et ses conseils, lui qui a su accompagner mon travail durant ces années de transition entre une première vie professionnelle et la carrière universitaire que je mène actuellement.


Crédit photos couverture et 4° de couverture : Yves Raibaud.

Préface
(Guy Di Méo)

Introduction
Géographe, enseignant dans un IUT Carrières sociales de l'Université de Bordeaux, je me suis souvent demandé si ce que j'y faisais était bien de la géographie. Certes j'ai obtenu une thèse et une habilitation à diriger des recherches dans cette discipline. Cependant, à la différence de la plupart de mes collègues, je ne suis arrivé à la géographie que tard, après un parcours professionnel varié dans le domaine de la culture (musicien, directeur d'un centre culturel puis d'une école municipale de musique et de danse) et du travail social (responsable d'un centre de formation, d'aide à l’emploi et d'insertion par l'économique). Mes objets de recherche sont donc apparus dans ma vie longtemps avant la géographie. Cela ne veut pas dire que je n'utilisais pas déjà, avec mes collègues engagés dans la vie locale, des références empruntées çà et là au langage de la géographie humaine, de l'aménagement du territoire ou de l'analyse spatiale. Comment ne pas parler de géographie lorsqu'on explique la musique irlandaise à un.e élève violoniste ou le chant gospel à une chorale ? Lorsqu'on essaie de convaincre les élu.e.s de l'intérêt d'un projet de pays en réinventant l'histoire régionale? Lorsqu'on travaille sur la mobilité de jeunes du milieu rural en les envoyant faire des stages professionnels à l'étranger grâce à des programmes européens?

Le décalage observé entre cette géographie "spontanée" et les représentations cartographiques sont toujours spectaculaires: la principale réalité géographique proposée pour l'Entre-deux-Mers bordelais où j'habitais n'était-elle pas un terroir viticole entre deux fleuves?... Au coeur d'une région Aquitaine partagée entre ruralité, tourisme et industrie de pointe ?... Dans une France tempérée, de culture majoritairement catholique ?... Au sein d'une Europe historique, s'arrêtant pile au Bosphore mais aux frontières floues du côté des plaines ukrainiennes ? Comment rendre compte d'un autre "réel" géographique, celui des associations et des petites entreprises, des migrant.e.s1, des bals et des fêtes, de la violence sur les terrains de foot, de la démocratie locale auquel nous nous confrontions tous les jours ? Tel Google Earth, fondant sur son objectif par le miracle d'un clic de souris, la toute puissance du "géographieur" est parfois accablante pour le "géographié", qui peut avoir le sentiment qu'on lui dénie la capacité de connaître "réellement" son environnement.

J'hébergeais pour quelques temps un camerounais de Yaoundé venu faire ses études en France. Ma fille de 7 ans était venue l'interroger un soir, un livre sur l'Afrique destiné aux enfants à la main. Ce livre finissait par un "quizz" qu'elle avait décidé de faire passer à notre ami, assurée que la couleur de sa peau lui vaudrait une performance exceptionnelle. Une des questions était: "Combien de temps faut-il chaque jour à une femme africaine pour rapporter l'eau à sa famille ?". Ce à quoi Jean-Marie répondit que pour avoir l'eau, sa mère tournait le robinet de son évier, comme le reste de la famille qui, pour cela, n'avait pas besoin d'elle. " Tu as faux", dit la petite, "c'est 3 heures qu'il fallait répondre". Il est vrai que Yaoundé n'est pas vraiment l'Afrique, puisqu'il n'y a ni lion, ni éléphant...

Plus qu'une autre façon de représenter l'espace, c'est donc d'une autre manière de faire la géographie qu'il s'agit. Peut-être cela commence-t-il par un soupçon: à qui profite la géographie ? Le monde qu'elle prétend décrire ne serait-il pas le monde qu'elle entend construire ? Bien sûr il ne faut pas abuser du complot, mais un peu de critique est toujours salutaire...

Avant de proposer quelques pistes de réflexion sur le projet de "géographie socioculturelle", finalité de ce livre, il sera nécessaire de faire un retour sur l'histoire récente de la géographie. Alors qu'elle était en plein développement dans les années 1980, la géographie sociale (l'aile gauche de la géographie française de l'après 1968, adversaire autant d'une géographie "régionale" d'inspiration vidalienne que d'une modélisation excessive dans l'analyse spatiale des grands ensembles politiques et économiques) semble aujourd'hui marquer le pas. Victime de son succès, dû en grande partie aux nouveaux objets qu'elle y avait introduits (la pauvreté, l'école, les élections, les déchets), se serait-elle dissoute dans la géographie ? Aurait-elle été victime d'un "tournant culturel" de celle-ci ? Mais peut-être est-ce le monde qui change et pas seulement la façon de faire la géographie ?

Je me propose donc d’interroger ces courants dominants de la géographie française et étrangère (en particulier anglosaxonne) à partir de thèmes de recherche qui m’ont accompagné dans ma transition professionnelle vers l'université : la musique, le genre (les rapports de sexe), l’ethnicité. Ces sujets ne semblent pas relever d'emblée du domaine de la géographie, même sociale. Il est pourtant aisé de comprendre le rapport entre la production musicale de masse et la mondialisation ou entre le flamenco et les projets de développement local en Andalousie. Il n'est pas impossible d'imaginer une carte du monde des législations plus ou moins tolérantes à l'égard du mariage homosexuel ou l'avortement; de concevoir que la couleur de la peau, la barbe ou le voile continuent de créer des frontières au coeur des villes du XXIème siècle. Mais ces sujets ont aussi l'avantage d'introduire une autre façon d'aborder la géographie, celle qui s'intéresse aux sens, à l'émotion, à l'intime, à l'identité. Les trajectoires des individus dans l'espace et les places qu'ils occupent sont orientées par des affects autant que par des contraintes extérieures, sociales, culturelles ou économiques. Quels sont les rêves des migrants qui s'embarquent vers l'Europe sur de fragiles embarcations ? Quelles peurs empêchent les femmes de circuler à partir d'une certaine heure dans les rues des grandes villes? Quels désirs poussent les vacanciers vers les plages, les jeunes mélomanes vers les festivals d'été ?

Redonner sa place à la "personne" dans ce projet géographique ne signifie pas refuser de comprendre comment les individus s'agrègent pour faire société et occuper collectivement l'espace. C'est donner acte à chacun de sa capacité à ressentir, comprendre et parfois choisir sa place dans le monde. C'est aussi instruire le procès d'une géographie surplombante et déterministe qui naturalise l'organisation de l'espace et ne considère l'individu que comme le produit du contexte et de l'environnement au sein desquels il évolue.

N'oublions pas le lourd passif de la géographie: science des conquêtes militaires, de la colonisation, de la mondialisation des modèles économiques, de l'aménagement du territoire "par le haut". Introduire de nouveaux objets dans la logique d'une science sérieuse, cartésienne, dominatrice, dont les objets centraux ont été et sont encore les grandes zones industrielles, la géopolitique, le climat, la démographie, participe du principe de sérendipité (Merton, 1949) : il s’agit de stimuler la créativité en poursuivant des objectifs qui semblent étrangers au champ scientifique initial. Cela permet tout d'abord de discuter le tri qui écarte de la recherche universitaire certains objets au profit d'autres qui apparaissent plus importants. Mais c'est se donner également la possibilité de revenir à ces objets "importants", "sérieux" avec d'autres modèles. La gigantesque réalité économique de la fête de Noël (des millions de sapin coupés, de dindes sacrifiées, des usines de jouets fonctionnant nuit et jour en Chine, des contrats de travail pour des milliers de pères Noëls intermittents du spectacle) ne peut pas faire l'économie de la légende qui la précède: un Saint Nicolas barbu qui apportait des friandises aux petits bavarois du 19° siècle, devenu plus tard un père Noël américain aux couleurs de Coca-Cola... (Thrift et Olds, 2007).

Je montrerai également comment ces objets classés comme culturels (par exemple la création artistique, la sexualité, l'identité) se matérialisent sous des formes envisagées classiquement par la géographie sociale (l’inégalité de l’accès aux biens culturels, les violences conjugales, les discriminations ethniques). Cela nécessite d'interroger l'articulation théorique entre une "géographie de l'individu" et une "géographie du social". Il faudra pour cela faire un retour sur la question de la culture dans les sciences sociales et sur les interprétations contradictoires qu'elles en donnent, entre anthropologie, sociologie de la culture, cultural studies... Les géographes ne choisiraient-ils pas la définition de la culture qui les arrange, en fonction de leur objet d’étude ? Mélangeons les cartes : que se passe-t-il si l'on aborde l'aménagement du territoire avec les outils de l'anthropologie culturelle, les pratiques sportives à partir des études de genre, la géographie « tropicale » sous l'angle de la sociologie de la qualification et du bien culturel ?

Grâce à ces apports, j’expliquerai le choix du terme géographie socioculturelle. Celle-ci peut représenter une entrée intermédiaire (certes connotée, mais cela aussi se défend et s’explique) entre une géographie sociale s’intéressant aux faits de culture et une géographie culturelle expliquant par la culture les faits sociaux. Le rapport entre social et culturel est tout sauf dialectique, les objets géographiques présentés en exemple montrent une superposition constante des approches. On privilégiera donc une approche microgéographique et la description fine des objets et des faits observés plutôt que leur inscription préalable dans les "allants de soi" que représentent les théories en usage dans les sciences sociales ou la cartographie traditionnelle.

La géographie socioculturelle peut intégrer la prise en compte d’une géographie de l’individu tout en conservant l’héritage critique de la géographie sociale. Je m'intéresserai donc prioritairement au "milieu du champ" que représentent les processus d'agrégation des individus (couples, paires, familles, bandes, associations, petites entreprises, communes, réseaux...) et comment ils interviennent dans la "lutte des places" qui se joue dans un quartier, sur une plage, dans une rue commerçante. Entre individualisme méthodologique et constructivisme, cette posture pragmatique peut donner toute sa valeur aux phénomènes culturels sans les essentialiser. De cette façon je présenterai ce que l’approche socioculturelle en géographie induit comme méthode d’appréhension des objets et de construction-déconstruction des savoirs, mais aussi de pédagogie et de rapports avec l’action.

On peut souhaiter qu'une telle géographie socioculturelle, capable de proposer des méthodes d'analyse et des explications renouvelées aux événements "saillants" qui s'imposent et ponctuent l'histoire quotidienne des hommes et des femmes, contribue aussi à renouveller les modèles d’expertise pour une géographie opérationnelle. J'évoquerai ces possibilités à partir de mon expérience dans la recherche, l'expertise et la formation. L'approche socioculturelle des phénomènes spatiaux peut être une entrée concrète pour renouveler l’ingénierie des projets d’aménagement, d'animation et de développement durable des territoires.

Première partie : les métamorphoses de la géographie sociale



  1. Genèse, questions, hypothèses




  1. Dans la tradition de la géographie sociale


Le terme de géographie sociale apparaît pour la première fois sous la plume d’un sociologue (P. de Rousier) pour désigner l’œuvre d’Elisée Reclus (L. Cailly, in J. Lévy et M. Lussault, 2003). Le géographe girondin y est présenté par ses contemporains comme « empiriste » et « évolutionniste », il considère que la lutte des classes est une des lois du monde (les deux autres sont la recherche de l’équilibre et la souveraineté des individus). Il est un des premiers à s’intéresser à l’évolution des villes. Son œuvre s’oppose à la géographie de Paul Vidal de La Blache (plutôt science de lieux que sciences de hommes) et il n’est pas anodin qu’il soit réhabilité dans les années 1970 en pleine contestation de la géographie académique vidalienne. Historiquement la géographie sociale se définit en opposition aux autres écoles géographiques. Le principal reproche qui est fait à la géographie académique est d’avoir engagé la discipline « sur la voie du naturalisme et de la dénégation du social (…) pour affirmer sa singularité face à la sociologie et à toutes les autres sciences sociales » (L.Cailly in J. Lévy et M. Lussault, 2003, p. 853).

Genèse et déclin de la géographie sociale française 1970-2008,

(Guy Di Méo, 23/05/08) 2.

« Des auteurs tels que Sion ou Brunhes commencent à placer les sociétés avant les milieux, Georges propose une géographie sociale du monde, Rochefort couple une analyse sociologique du travail avec une situation géographique particulière (le travail en Sicile). Claval au début des années 1970 propose un ouvrage de géographie sociale qui n’est pas construit sur une base marxiste (c'est-à-dire sur une confrontation des groupes sociaux ou dans une perspective de lutte) mais à partir d’une réflexion sur les distances. Dans la France de l’Ouest, et notamment à Caen une école de géographie sociale se développe, puis se diffuse vers le Sud-Ouest, la région lyonnaise et la région parisienne. Il s’agit d’enraciner le propos géographique dans les sciences de l’homme et de la société en s’attachant à la dimension spatiale de faits sociaux « importants », notamment ceux qui révèlent des inégalités (accès à l’école, quartiers défavorisés et phénomènes de banlieue, exclusion). Armand Frémont propose une nouvelle entrée structuraliste corrélant les rapports sociaux et les rapports spatiaux avec le concept d’espace vécu : l’espace se construit à travers les rapports sociaux, spatiaux, les pratiques et les représentations ».

« D’après le répertoire des géographes de langue française il existait en 1989 130 géographes se réclamant de la géographie sociale (10 % des géographes français). En 2002, 127 géographes sociaux mais seulement 6,5% des géographes. En 2007 : 59 géographes et 3 % des géographes français. Pour la géographie culturelle, c’est l’inverse : en 1989 une cinquantaine de géographes se réclament de la géographie culturelle (4% des géographes français). En 2007 : 264 géographes et 10 % des géographes français, et 23 géographes (1%) qui se réclament des deux disciplines ».

Une des cibles favorites des nouveaux géographes de ce qu’il est coutume aujourd’hui d’appeler « l’après 1968 » est Paul Vidal de La Blache dont on exhume certains textes anachroniques afin de bien montrer comment la géographie académique peut aboutir à des hypothèses géographiques délirantes : tels ces « 
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