Les bases de l’anthropologie culturelle








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La discussion précédente montre clairement que l'attention portée au problème de l'individu dans sa culture représente un grand progrès dans l'étude de l'homme. Mais il est clair aussi que dans ce domaine le travail n'en est qu'à ses débuts et que les mé­tho­­des, comme la documentation, en sont aux balbutiements. Résumons briève­ment ce qui a été fait, signalant ce qu'il reste à faire et notons les précautions à pren­dre quand l'anthropologue progresse à grand. peine vers cet aspect de l'étude de l'homme.
Que le problème ait été bien posé et son importance reconnue, représente déjà en soi un grand progrès pour l'anthropologie. Le fait que la vie de l'homme est unique, que la « culture » est une création de l'esprit qui dépeint les modes semblables de conduite de ceux qui composent une société donnée, que, en dernière analyse, le com­­portement est toujours le comportement d'individus, quoiqu'on puisse le résumer en termes généralisés, tels sont quelques-uns des faits qui concrétisent ces travaux. L'étude de la culture s'avère ainsi plus complexe que ne l'avaient indiqué les recher­ches antérieures. Cette seule constatation nous indique que nous avons fait un pas vers la réalité.


COMPOSANTES DE LA PERSONNALITÉ

Détermi­nantes

Universelles

Communes

Rôle

Idrosyncrasiques




Naissance, mort, faim, soif, élimination, etc.

Traits « raciaux », niveau d'alimentation, maladies endémiques, etc.

Différences d'âge et de sexe, castes, etc.

Particularités de stature, physiognomonie, système glandulaire, etc.
















Dues au milieu physique

Gravité, température, temps, etc.

Climat, topographie, ressources naturelles, etc.,

Différences d'accès aux biens matériels, etc.

Événements uniques et « ac­cidents », comme d'être frappé par la foudre, etc,
















Sociales

Soins aux enfants, vie de groupe, etc.

Grandeur, densité et distribution de la population, etc.

Cliques, hommes « en marge », etc,

« Accidents » sociaux comme la mort d'un parent, l'adoption, rencontre avec des gens particuliers, etc.
















Culturelles

Symbolisme, tabou de l'inceste et du meurtre à l'intérieur du groupe, etc.

Traditions, règles de conduite et manières, habileté, savoir, etc.

Rôles culturellement différenciés.

Folklore concernant les acci­dents et le « destin », etc.

















Autre progrès : le problème a été abordé par plusieurs méthodes et l'exposé et la terminologie se perfectionnent sans cesse. En attribuant des types de personnalité à des cultures données, on a provoqué l'étude de la gamme des personnalités dans une société. Le concept de personnalité de base est devenu celui de personnalité modale. Et on a encore reconnu que, même dans une culture, les sous-types caractéristiques de la personnalité peuvent se développer à partir de différentes situations de la vie de personnes jouant des rôles différents dans un groupe donné. C'est ce que Linton ap­pel­le personnalités statutaires, définies comme étant des comportements-types qui découlent de la position sociale des individus.
On aperçoit le perfectionnement de la terminologie et de la méthode en consultant le schéma conceptuel dressé par Kluckhohm et Mowrer pour l'étude de l'individu dans la culture. Ces chercheurs distinguent d'abord des déterminantes du comporte­ment dans la structure biologique de l'individu, son milieu physique, son cadre social et la culture dont il fait partie. Ces déterminantes, disent nos auteurs, sont toujours présentes dans l'expérience humaine et toutes les structures de la personnalité doivent leur correspondre. Cependant d'autres facteurs entrent en jeu. Ceux-ci comprennent d'abord des phénomènes universels comme la naissance, la mort et la lutte pour la vie dans une unité sociale, qui donnent à la personnalité humaine ses traits principaux. En outre, tout individu est membre d'une collectivité, de là proviennent les composantes communes de sa personnalité. Il joue un rôle dans sa société conformément à son sta­tut qui crée le facteur « rôle ». Enfin, il n'est semblable à aucun autre membre de sa société, ou même peut-être à aucun être humain, il a donc des idiosyncrasies qui le distinguent de tous les autres individus. Le tableau exposé à la page suivante, dressé par ces savants, illustre la complexité du problème et en élargit la conception et la terminologie.
Ce tableau démontre cependant la nécessité d'étudier l'individu dans la culture par d'autres méthodes, outre les techniques psychiatriques et psychanalytiques utilisées dans la plupart des travaux. On a indiqué le grand progrès accompli par les concepts et les méthodes de la psychiatrie et de la psychanalyse; toutefois, il serait osé de ne pas admettre que ce sont des techniques destinées à être appliquées à des individus, et cela à des fins thérapeutiques. Les appliquer à l'étude des sociétés composées aussi bien d'individus bien adaptés que d'inadaptés suppose une réorientation qui est loin d'être atteinte. On saisit la nécessité de cette réorientation dans la classification de cultures entières en termes psychopa­tho­lo­giques, tels que paranoïde et schizoïde. On la voit aussi dans la description des règles du comportement en termes dérivés de l'étude des états névrotiques. On la voit encore dans l'importance donnée à l'analyse des cultures selon les frustrations qu'elles imposent, et dans le dédain correspondant pour les moyens d'adaptation qu'offre tout mode de vie.
Un classement des degrés d'adaptation dans un groupe non européen, fourni par Hallowell pour ses sujets Saulteaux sur la base des protocoles de Rorschach, vient pré­­ci­sément concrétiser la question que nous venons d'aborder. Chez ces peuples qui doivent faire des efforts extrêmement sérieux d'adaptation, à cause des frustrations nées du contact avec les blancs, les pourcentages se présentaient ainsi :

Bien adaptés 10,7 %

Adaptés 33,3 %.

Peu adaptés 44,1 %

Inadaptés 11,7 %


En comparaison, cinquante pour cent des Indiens do l'intérieur, qui avaient ou très peu de contacts avec les blancs, entrèrent dans les catégories des « adaptés » et des « bien adaptés ». Parmi ceux qui avaient eu le plus de contacts, soixante pour cent étaient peu adaptés ou mal adaptés, et ce groupe comprenait aussi les cas les plus extrêmes de résistance à l'adaptation. En ce qui concerne le problème de l'interaction de l'individu et de tout son milieu, il est aussi essentiel d'étudier les processus d'adap­tation que de découvrir les circonstances qui provoquent une adaptation défectueuse.

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On s'est beaucoup demandé si l'anthropologue pouvait étudier le problème de la personnalité dans les sociétés primitives sans avoir été lui-même psychanalysé. Mais on s'est moins demandé si le psychanalyste s'occupant d'études culturelles devait avoir des renseignements de première main sur des sociétés où les sanctions, les buts, les systèmes de motivation et de contrôle sont complètement différents des siens. Le fait est qu'un petit nombre seulement des psychanalystes s'intéressant aux implica­tions théoriques de ces problèmes ont eux-mêmes dirigé des recherches sur le terrain pour vérifier leur hypothèse dans des groupes en dehors de la sphère de culture euro­amé­ricaine. Cola est à peu près aussi vrai des savants qui abordent la psychologie de la culture à l'aide de la psychologie académique, que de ceux qui utilisent les techni­ques et les concepts de l'école analytique.
La solution à une difficulté inhérente à un problème qui couvre largement deux domaines de la science consisterait à trouver une sorte de compromis, dans lequel anthropologues et psychologues chercheraient à apprendre le plus possible les uns des autres et définiraient en commun accord quelques problèmes et méthodes. Dans la mesure où certains anthropologues ont travaillé dans des laboratoires de psychologie ou ont subi des analyses, et où certains psychologues ont vérifié leurs hypothèses sur le terrain, on n'est pas très loin de ce « compromis immédiat ». On pourrait en citer des exemples, telles les études de Dennis sur les enfants Hopi, ou de Campbell sur les nègres des îles de la Vierge. Mais il faudrait encore beaucoup plus de contre-recher­ches de ce genre ou d'autres, comme l'indique une liste donnée par les psychologues Goodenough et Anderson.
Combien fécondes sont les expériences sur le terrain, on peut en juger par le texte suivant, extrait du rapport d'un psychanalyste sur sa première expérience avec une tribu indienne : « Lorsque je demandai à F... de me dire comment elle était devenue un shaman (c'est-à-dire un guérisseur usant de forces surnaturelles), elle dit immé­diatement d'un ton très sérieux : « Ça coûte deux fois un dollar. » Quiconque est non prévenu sur la mentalité Yurok pourrait facilement prendre cette requête pour ce qu'elle signifierait dans d'autres tribus indiennes, à savoir une tentative de gagner de l'argent en profitant de la curiosité du blanc. Mais ici, on a l'impression d'une avidité supra-individuelle, un désir non d'argent mais d'établir une certaine atmosphère rituelle. Comme toutes les activités importantes, la médecine est très bien payée chez les Yurok : en argent américain, F... reçoit autant qu'un psychiatre (mais doit rem­bour­ser ses honoraires en cas d'insuccès). Le caractère sacré de la situation une fois établi, des aspects plus profonds de la psychologie Yurok furent dévoilés : l'intérêt apparent de F... pour l'argent se changea brusquement à notre surprise en « pitié et terreur ». Bientôt elle versa des larmes en racontant comment elle avait été forcée de devenir shaman. Toutefois, nous faisons bien de contenir notre sympathie jusqu'à ce que nous comprenions mieux la fonction magique des larmes dans la culture Yurok. »
Il est aussi important de ne pas négliger d'aborder, en premier lieu, l'étude de l'indi­­vidu dans la culture du point de vue de la configuration totale du corps de coutu­mes dans lequel il vit. Opler formule ainsi ce point de vue : « Deux types de problè­mes et d'intérêts se dégagent de tout travail sur le terrain. L'un traite des formes culturelles complètes, des rapports généralisés et inclusifs admis par tout membre du groupe, quels que soient son comportement et sa personnalité, comme représentant les traditions et les usages reconnus de son peuple. L'autre champ d'intérêt est celui qui... cherche à dé­cou­­vrir les rapports entre la forme de la culture et le monde des significations inti­mes, des attachements et modes de comportement que chaque indi­vidu se cons­truit pour lui-même. » L'étude de l'orientation culturelle est trop féconde pour être négligée au profit d'une analyse exclusive de l'individu.
C'est la compréhension de ces orientations qui nous révèle l'importance des conti­nuités et discontinuités sanctionnées culturelle,ment dans le phénomène de crois­sance. On pourrait en trouver un exemple chez nous dans le contraste entre la respon­sabilité de l'adulte et l'irresponsabilité de l'enfant, qui représente un type de disconti­nuité que l'on ne trouve pas dans toutes les cultures. Voilà qui est cause d'un ajuste­ment difficile pour chaque membre de notre société. De même, l'autorité du père sur ses enfants, qui est aussi de règle chez nous, contraste avec les institutions où le père et les enfants sont sur un plan d'égalité relative. La croissance dans le système de l'égalité père-enfant ne provoque pas la discontinuité qui naît de la situation de la pré­dominance du père. Nous nous attendons à ce que cette différence se reflète dans les personnalités de ceux qui vivent dans l'atmosphère psychologique de l'un des types de société par opposition à un autre.
L'étude du cadre culturel peut permettre de découvrir les mécanismes psycholo­giques qui dirigent le comportement individuel et canalisent l'agressivité dans des formes disciplinées d'expression. Le rite de l'apo pratiqué par les Ashanti du Ghana, en Afrique occidentale, en est un bon exemple. Pendant la cérémonie de l'apo, il est non seulement permis, mais prescrit que les chefs entendent les moqueries, reproches et imprécations de leurs sujets pour les injustices qu'ils ont commises. C'est une assurance, pensent les Ashanti, que les âmes des chefs ne souffriront aucun mal du mé­con­ten­tement réprimé de ceux qu'ils ont irrités, mécontentement qui en S'accu­mu­lant serait capable de les affaiblir et même de les tuer. La réalité de ce mécanisme éminemment freudien de relâchement des inhibitions n'appelle aucune interprétation. Il montre clairement comment les formes institutionnalisées du comportement corri­gent le déséquilibre dans le développement des personnalités individuelles.
De même, la conception du fiofio chez les nègres de la Guyane hollandaise révèle un type d'ajustement à certaines tensions provenant de la vie collective. Une querelle latente entre parents ou familiers exerce, dit-on, son influence longtemps après la accepte un cadeau ou une faveur de l'autre, la maladie ou un malheur frappera l'un ou les deux à la fois. C'est seulement lorsque, après consultation d'un devin, la cause a été révélée et que la cérémonie publique de rétractation appelée puru mofo (retrait de la bouche) a été accomplie, que le mal sera écarté. Sinon, c'est la mort. Avoir des aversions honnêtes est naturel et, dit l'indigène, elles ne font aucun mal à l'homme; c'est seulement lorsque des disputes se dissimulent sous le masque de l'amitié et qu'une vieille rancune couve qu'il est dangereux d'échanger des effets ou d'accepter un geste d'affection.
Ces mécanismes à sanction sociale qui permettent aux inhibitions et aux conflits de se résoudre sont les moyens par lesquels l'individu parvient, dans une très large mesure, à s'adapter. Ce sont des aspects de ces modalités de croyance et de comporte­ment qui, comme éléments de la culture, constituent la matrice dans laquelle les struc­tures de la personnalité des individus se développent et doivent fonctionner.

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LE PROBLÈME
DU RELATIVISME CULTUREL


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Tous les peuples se plaisent à émettre des jugements sur le genre de vie des autres sociétés. Une comparaison systématique entre ces genres de vie aboutit à des classifications. Les hommes de science nous en ont proposé plusieurs. On a formulé des appréciations morales sur les principes éthiques qui guident le comportement et constituent le système des valeurs de divers groupes humains. Leurs structures écono­miques et politiques, leurs croyances religieuses ont été rangées par ordre de com­plexité, d'efficacité ou selon leurs vertus intrinsèques. On a également évalué leurs formes d'art, de musique et de littérature.
Cependant on eut tôt fait de se rendre compte que des appréciations de cet ordre ne se défendent que par rapport à leurs prémisses. Leur fragilité tient à une autre cau­se. Parmi les critères qui sont à la base d'un jugement il en est de contradictoires, si bien que les conclusions tirées d'une définition de ce qui est désirable ne s'accordent pas avec celles qui se réclament d'une autre formule.
Un exemple suffira à éclaircir ce point. La famille primaire ne peut se former que selon un nombre très restreint de types. Un homme peut disposer d'une ou de plu­sieurs femmes ; une femme peut avoir plusieurs maris. Si nous évaluons ces formes d'union en raison de leur fonction essentielle qui est d'élever les enfants jusqu'à ce qu'ils deviennent adultes, et ainsi de perpétuer le groupe, il est évident qu'elles satisfont à ces nécessités pragmatiques. Leur existence à elle seule prouve qu'elles remplissent leur tâche primordiale. S'il en était autrement, les sociétés où ces types de mariage se manifes­tent ne sauraient survivre.
Cependant, une telle réponse ne peut satisfaire ceux qui s'intéressent au problème de l'évaluation des cultures. Qu'en est-il de la condition de l'épouse dans une famille polygynique, des questions morales relatives à la pratique de la monogamie ou de la polygamie, de l'équilibre mental des enfants élevés dans une maisonnée où, par exem­ple, les mères se disputent les faveurs de l'époux commun au profit de leur progé­niture. Si la monogamie est considérée comme la meilleure forme de mariage, la réponse à de telles questions est certaine, mais dans des sociétés qui ne sont pas les nôtres il est bien clair que des conceptions différentes du bon et du juste laissent à notre jugement d'autres alternatives.
Prenons par exemple la vie de la famille plurale dans une culture de l'Afrique occi­dentale, au Dahomey. Là, formant une unité, un homme vit avec ses femmes. L'hom­me a sa propre case, ainsi que chacune de ses femmes, conformément au prin­cipe fondamental des coutumes africaines, en vertu duquel deux femmes ne sauraient vivre paisiblement sous un même toit. Les enfants de chaque femme habitent avec leur mère. Chaque femme passe tour à tour une semaine de quatre jours avec l'époux commun, faisant sa cuisine, lavant ses vêtements, dormant dans sa hutte, pour faire place ensuite à une autre épouse. Toutefois, ses enfants restent dans la hutte de leur mère. Une fois enceinte, elle abandonne ce rythme et, en principe, dans l'intérêt de sa santé et de celle de son enfant, elle cesse les visites à son mari jusqu'à, ce que l'enfant soit né et sevré. Cela représente une période de trois à quatre ans, car les enfants sont allaités pendant deux ans et plus.
Cette unité domestique fonctionne coopérativement. Les femmes vendent au marché, font de la poterie ou ont leur jardin, contribuant ainsi au bien commun. Cet aspect a une grande importance économique, mais il est secondaire comparativement au prestige qui s'attache à une unité plus vaste, prestige que tous ses membres parta­gent. Voilà pourquoi on trouve souvent une femme qui non seulement presse son mari d'acquérir une seconde épouse mais encore l'aide en lui faisant des prêts ou des cadeaux. Comme les femmes qui vendent au marché disposent librement de leurs gains, et occupent donc une position économique élevée dans cette société polygame, elles jouent un rôle économique important et peuvent ainsi aider un mari, s'il le faut, à supporter les dépenses inhérentes à chaque mariage.
Il va sans dire que des confits s'élèvent entre les femmes qui habitent dans un de ces enclos familiaux. On a dénombré treize types de mariage dans cette société, et dans une grande maisonnée les femmes mariées de même catégorie tendent à s'unir contre toutes les autres. Le désir de s'attirer les faveurs du mari joue aussi, bien que ce soit aussi souvent dans l'intérêt des enfants que pour des avantages personnels. Les rivalités sont particulièrement vives quand plusieurs femmes tentent d'influencer le choix d'un héritier parmi leurs pro. pres fils. Cependant, tous les enfants de l'enclos jouent ensemble et la force des liens entre enfants de la même mère fait plus que com­penser les tensions qui peuvent surgir entre frères et sœurs qui partagent un mê­me père mais ont des mères différentes. D'ailleurs, les femmes ne cessent de coopé­rer. Elles accomplissent plusieurs tâches en accord amical et s'entendent pour défendre les prérogatives féminines ou la position du mari commun, le père de leurs enfants.
Nous pouvons maintenant revenir aux critères qu'il faut appliquer lorsqu'on juge les sociétés polygames par rapport aux monogames, à la lumière de ce tableau de la famille polygynique du Dahomey. La structure familiale de ce pays est manifeste­ment une institution complexe. A n'en considérer qu'un seul aspect, la diversité des rela­tions possibles entre les individus, nous voyons un grand nombre de droits et d'obli­­gations réciproques et, par conséquent, des zones de sécurité et de conflit. Pour­tant, son efficacité est prouvée. Depuis d'innombrables générations, cette structure familiale a rempli sa fonction qui est d'élever les enfants ; de plus, la dimension même du groupe lui fournit des ressources économiques et une stabilité qui pourrait être enviée par ceux qui vivent sous d'autres formes d'organisation familiale. Il est toujours difficile d'établir des valeurs morales, mais en tout cas dans cette société le mariage se distingue nettement des relations sexuelles occasionnelles et de la prosti­tu­tion, que les Dahoméens connaissent aussi. Il s'en différencie par ses sanctions sur­na­­tu­relles et le prestige qu'il confère, pour ne rien dire des obligations économi­ques envers l'époux et la progéniture qu'accepte expressément tout candidat au mariage.
Divers problèmes d'adaptation se présentent dans une société de ce genre. Il ne faut pas sous-estimer les conflits entre personnes quand des individus de milieux différents sont mis en contact si étroit et si continu. Il est facile de comprendre les plaintes du chef d'une grande maison quand il disait : « Il faut parfois être quelque peu diplomate quand on a plusieurs femmes. » Mais les coups de coude sournois et les disputes ouvertes ne sont pas plus âpres que dans n'importe quelle petite com­munauté, où les gens sont aussi étroitement groupés pendant de longues périodes. Les querelles entre co-épouses ne sont pas très différentes des disputes entre voisins. Et les Dahoméens familiarisés avec la civilisation européenne défendent leur système, en soulignant la facilité qu'il donne à chaque femme d'espacer ses grossesses, ce qui est conforme aux meilleurs principes la gynécologie moderne.
La polygamie, considérée du point de vue de ceux qui la pratiquent, comporte donc des avantages qui ne sont pas apparents au premier abord. On peut en dire au­tant de la monogamie, lorsqu'elle est critiquée par ceux qui vivent dans un autre type de structure familiale. Et ce qui est vrai de cet aspect particulier de la culture l’est aussi des autres. Les jugements de valeur sont relatifs, par rapport au cadre cultu­rel dont ils émanent.
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